Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien chez soi !

Mes troubles alimentaires


Publié le 23 mai 2019 par Doupiou

Je le reconnais, j’ai plutôt l’habitude d’écrire des articles sur des sujets assez légers. Cela me fait du bien au moral. Pourtant aujourd’hui, j’ai envie de te faire partager une période difficile de ma vie, celle où j’ai eu des troubles alimentaires.

Je vais parler sans langue de bois dans cet article. Il va être question d’anorexie, de boulimie et d’anxiété.

Le commencement

Pour certaines personnes, les troubles alimentaires s’installent de façon insidieuse, lentement et sûrement. Pour moi, cela n’a pas du tout été le cas. Il y a eu un élément déclencheur très net, couplé à une période de pré-adolescence. Remontons à l’été des mes quatorze ans si tu le veux bien…

Je suis une fille très bien dans sa peau malgré sa petite taille et son embonpoint. Mes sœurs sont grandes et élancées et je ne rentre pas dans le même moule qu’elles. Ce que mes proches ne manquent pas de me rappeler .

Un jour, après une énième remarque sur mon poids de la part de mes parents, mon cerveau vrille. Je monte dans ma chambre et note sur un cahier un programme complet de régime sans pain, sans charcuterie, sans graisse. Je monte sur la balance, note mon poids et me fait une promesse à moi-même : je vais tellement maigrir qu’ils vont regretter de m’avoir brisée. Dans mon cœur, se mêlent un désir de vengeance et un profond mal-être.

Je pleure beaucoup, je n’ai plus aucune confiance en moi et mon leitmotiv est clair : je dois perdre du poids, le plus rapidement possible et par tous les moyens.

La première semaine, je perds assez facilement. Mais cela ne me suffit pas. Je décide de supprimer le repas du soir. Les trois semaines suivantes, l’aiguille de la balance chute à vue d’œil. Je suis fière de moi, c’est presque trop facile…

L’anorexie mentale

Petit préambule : il faut distinguer l’anorexie « pure » qui est une perte d’appétit, de l’anorexie mentale qui est un dégoût et une fuite de la nourriture. C’est ce second aspect qui va caractériser mon trouble.

En un mois et demi, j’ai perdu une dizaine de kilos. Mes soutien-gorges ne soutiennent plus rien et mes pantalons baillent. Pourtant, aucune remarque de la part des mes parents. Ils ne semblent avoir rien remarqué…

Je suis vexée. Comment font-ils pour ne rien voir ? Je ne dois pas avoir suffisamment maigri… Un soir, alors que j’ai un t-shirt particulièrement moulant, mon père me dit cette phrase qui me fait l’effet d’un électrochoc  » tu as perdu du poids on dirait, ça te va très bien ».

Non ! Ce n’était pas le but recherché ! Je suis en colère, ils devaient s’inquiéter de mon état, pas me faire des compliments ! Mon plan n’a pas fonctionné. Et cette fichue balance stagne, pourquoi je n’arrive pas à perdre plus de poids ?

Je ne mange plus que des légumes et des fruits, je bois plusieurs litres par jour. Je ne vois pas comment je peux réduire encore plus mon alimentation. Mais si, il y a bien une solution, je décide de passer à l’étape supérieure.

Après avoir mangé le repas du midi, je vais aux toilettes et commence à mettre mes doigts au fond de ma gorge. Le vomi ne m’a jamais fait peur. Les nausées sont violentes et les spasmes secouent mon estomac. J’ai mal au ventre mais j’arrive à régurgiter mon repas dans la cuvette.

Puis je pleure, longtemps. Je suis désespérée. Comment ai-je pu en arriver-là ? Pourquoi je m’inflige tout ça pour une famille qui n’en a rien à faire ?

Je fonce alors au frigo et me jette sur toute la nourriture qui passe sous mes mains.

crédits photo : Free-Photo (pixabay)

La boulimie

En à peine quelques jours, je suis passée au stade du dégoût de la nourriture à des périodes de remplissage d’estomac compulsives. Mais ces périodes se terminent toujours de la même façon : un aller-retour aux toilettes pour vider mon estomac.

J’ai perdu une grosse quinzaine de kilos depuis le début de l’été. La rentrée scolaire au lycée est dans une semaine et je ne pèse plus que 42 kilos. Ma sœur me prête des vêtements mais je nage dedans. C’est elle qui va m’ouvrir les yeux : « regarde-toi, tu ne ressemble à rien ».

Depuis ces quelques semaines, je savais les troubles alimentaires qui m’empoisonnent. Mais je me refuse à accepter. Je me refuse à avouer que je suis allée trop loin, que je suis malade. Je n’ai besoin de personne pour m’aider.

Je suis très affaiblie. Me lever du canapé me donne des vertiges, le moindre effort physique m’épuise, je fais des malaises de plus en plus souvent et mon ventre est douloureux en continu.

Cette alternation d’anorexie et de boulimie durera plusieurs mois.

S’en sortir petit à petit

Ce corps me dégoûte, je le déteste. Malgré les côtes saillantes, je le trouve trop gros. Je me compare à ces filles dans les clips, toujours plus minces.

Je comprends que quelque chose ne va pas. La colère contre mes parents est partie, je ressens un profond sentiment de culpabilité envers moi-même. Je sais très bien comment j’en suis arrivée là. Je crois que j’ai besoin d’aide. Non, quelle honte. Je ne vais pas pouvoir raconter tout cela à quelqu’un. Et puis je me suis mise seule dans cet état-là, je vais devoir en sortir seule. C’est une question de fierté.

La procédure que je vais te raconter à pris plusieurs années, sept pour être précise. J’ai essayé de reprendre du poids, pour ne plus m’écrouler à moindre effort. J’ai fait beaucoup de sport : pour raisonner la prise de poids mais surtout pour me réapproprier mon corps.

Je me pèse deux fois par jour, le matin et le soir avant d’aller me coucher. Je parviens pendant environ trois ans à ne plus me peser que le matin, puis progressivement, tous les deux jours. Je n’arrive pas à faire moins que cela.

J’ai eu des nombreuses rechutes. Des mois où mes seuls repas étaient un petit-déjeuner et une banane à midi. C’est tout. D’autres moments, je me faisais vomir après avoir pris un repas un peu trop copieux à mon goût. Mais je suis devenue indulgente envers moi-même. Et j’ai pris le temps pour m’en sortir.

Pendant toute cette période, le spectre du poids était toujours au-dessus de moi. Mais plus encore, la façon dont on me voyait m’importait. Comment les garçons pouvaient-ils me draguer, me trouver jolie alors que je souffrais tellement ? Pourquoi le physique importe autant ?

Et maintenant ?

Il y a encore du chemin à faire. Je suis très difficile encore au niveau alimentation. Et les sorties au restaurant sont parfois un calvaire.

Mais mes grossesses ont été un véritable lâcher-prise pour moi. Des périodes où je me suis recentrée sur mon corps.

Maintenant j’essaie de perdre mes kilos de grossesse mais j’y vais lentement, je ne veux surtout pas rechuter. Cela a commencé il y a quinze ans, j’ai l’impression que c’était hier.

Les troubles alimentaires, il est si facile d’y entrer mais tellement long d’en sortir…

Et toi ? Souffres-tu ou as-tu souffert de troubles alimentaires ? As-tu connu quelqu’un dans ce cas ? Comment aider une personne malade ? Dis-nous tout !

Commentaires

19   Commentaires Laisser un commentaire ?

Maye

Merci pour ton partage. Ça ne doit pas être facile.
Une question me taraude : tes parents ont-ils fini par ouvrir les yeux ? Par s’inquiéter ? T’aider ?

le 23/05/2019 à 09h32 | Répondre

Doupiou

Si j’avais écris cet article en plein pendant ma période de troubles, je te dirais qu’ils ne se sont aperçus de rien.
Maintenant, avec le recul, je sais qu’ils ont remarqué que quelque chose ne tournait pas rond chez moi à ce moment-là. Ils ont fait et font l’autruche.
Ne pas en parler c’est faire comme si rien ne s’était passé.

le 23/05/2019 à 16h47 | Répondre

Clémence (voir son site)

Ton récit résonne en moi et je m’y retrouve en de nombreux points car j’ai également des troubles du comportement alimentaire, que l’impute à mes parents et ma famille et leur innombrables reflexions sur mon (petit) surpoids durant mon enfance (j’ai eu le malheur d’être un bébé joufflu dans une famille grossophobe). Je me bats contre mes pulsions et compulsions alimentaires depuis l’adolescence (je n’ai par contre jamais fait d’anorexie).
Pour être passée par là je sais que c’est difficile, mais as-tu pensé à te faire aider par un ou une professionnel ?
Il y a presque deux ans, après une très grosse réflexion, j’ai pris mon courage à deux mains pour franchir le pas du cabinet d’une diététicienne spécialisée en psychonutrition, trouvée via le site du G.R.O.S (groupe de réflexion sur l’obésité et le surpoids
https://www.gros.org/ ).
Je suis très loin d’être arrivée au bout de ce travail, car les remarques et privations durant mes années d’enfances/adolescences ont fait de très gros dégâts, j’ai d’ailleurs récemment commencé à consulter une psychologue en parallèle, sur conseil de ma diététicienne, pour avancer sur les points qui bloquent et qui s’éloignent de ses compétences.
Néanmoins, aujourd’hui, même si je n’ai pas encore perdu de poids (avec une grossesse entre temps, j’en ai même plutôt pris), je n’ai plus fait de compulsions et de pulsions alimentaire depuis des mois (ce que j’appelais « crises de boulimie ») alors qu’elles étaient quasiment quotidiennes et gargantuesques avant de commencer à voir ma diététicienne. C’est un pas de géant et un énorme gain en confort de vie.
Comme tu le dis si bien, le chemin est long et je te souhaite plein de courage et surtout beaucoup de bienveillance envers toi-même.

le 23/05/2019 à 09h43 | Répondre

Doupiou

Merci pour ton partage d’expérience.
Je rejoins en de nombreux points ton commentaire. La famille grossophobe c’est vraiment un fléau. Surtout que moi j’avais 2 soeurs au gabarit très différent pour bien comparer …
Je n’ai jamais osé franchir la porte d’un psy ou d’une diététicienne. Pourquoi ? Parce que j’avais honte… Tout simplement

le 23/05/2019 à 16h50 | Répondre

Clémence (voir son site)

Je comprends, ça a été très dur pour moi aussi de faire le premier pas. Et il n’est pas trop tard tu sais. Si tu ne te sens pas en paix nourriture, un suivi par un pro pourra sûrement t’aider.

le 23/05/2019 à 22h27 | Répondre

Amélie C

Merci pour ton témoignage. Je ne suis pas touchée personnellement par ce trouble et je l’ai trouvé très instructif. On ressent ta douleur et comme il est facile de plonger. Tu as eu beaucoup de force pour t’en sortir seule

le 23/05/2019 à 11h56 | Répondre

Doupiou

Merci pour ton commentaire. C’est un sujet toujours délicat pour moi car même si je pense m’en être sortie, j’ai toujours un rapport compliqué à la nourriture aujourd’hui encore

le 23/05/2019 à 16h51 | Répondre

La parenthèse psy (voir son site)

Ton histoire me touche en tant que pro mais aussi en tant que personne… Je n’ai pas pour habitude de faire ça mais j’ai souffert aussi de TCA vers mes 16 ans. Mes parents ne s’entendait plus et avec du recul, je me rend compte que je voulais les inquiéter pour qu’ils se focalisent sur autre chose que leurs conflits conjugaux. Ca n’a pas marché, ils n’ont rien remarqué. Alors je me suis remise à manger. Heureusement pour moi, les troubles n’étaient pas vraiment installé et il a été « facile » de s’en sortir, c’était presque un soulagement. Malheureusement pour accompagner parfois des jeunes en souffrance, je sais que ce n’est pas toujours aussi simple. Les TCA engendrent une grande souffrance, quel courage d’en parler ouvertement 😉

le 23/05/2019 à 12h14 | Répondre

Doupiou

Je pense aussi que la société influe beaucoup trop sur les cerveaux si malléables des jeunes adolescentes.
Quand je voyais des femmes très minces dans les clips, j’avais envie d’aller me faire vomir pour être minces comme elles. Bien entendu au pire de cette période j’étais squelettique, seulement je me voyais toujours grosse…

le 23/05/2019 à 16h54 | Répondre

Madame Colombe

Quel courage d’avoir écrit cet article, et quel chemin parcouru!!
Je ne suis pas maman, mais je me pose tout de même une question ( sans poser un jugement quelconque, entendons-nous bien): comment vos parents n’ont-ils rien vu? Avez-vous réussi à avoir avec eux des relations apaisées?
Merci encore pour votre témoignage.

le 23/05/2019 à 12h14 | Répondre

Doupiou

Les relations avec mes parents sont toujours assez difficiles. Quand on se voit, tout va bien. Mais ils ont souvent cultivé la compétition et la comparaison entre mes sœurs moi.
Comme je le disais plus haut en réponse du premier commentaire : ils n’ont pas pu passer à côté de mes troubles. Quand une ado perd une dizaine de kilos en un mois cela ne passe pas inaperçu.
Peut-être attendaient-ils que je leurs en parle de moi-même ? Je n’ai moi-même pas envie d’évoquer le sujet

le 23/05/2019 à 16h56 | Répondre

Mme Lau

Bravo pour cet article, c’est presque bête à dire mais j’ai comme une sorte d’admiration du fait que tu ai réussi à t’en sortir seule.
Je ne suis pas concernée par ces troubles, (j’aime trop manger je pense pour ça) mais je comprends comment la pression du poids peut être dure. J’ai un corps qui prend facilement du poids et j’ai été en surpoids pendant l’adolescence puis grâce à du sport puis à mon boulot j’ai réussi à perdre mais depuis mes 2 grossesse j’ai 20kg en trop que je n’arrive pas à perdre et tout me renvoie à ce « problème ». Alors je prends mon temps et je me dis que je devrais finir par réussir à perdre mais tous les jours je me dis que j’ai un peu trop de rondeurs.
Et puis ton article résonne en moi aussi parce qu’au lycée j’ai eu une amie qui était anorexique et malgré mes efforts et ceux d’une autre amies pour l’en sortir elle n’a pas réussi et quand ses parents l’ont remarqué ils l’ont envoyé à l’hôpital (Maison de Solenn à Paris) et lui ont fait couper tous les ponts avec ses contacts antérieurs, du coup je ne sais toujours pas ce qu’elle est devenue et parfois j’y repense en me demandant si j’avais tout fait pour l’aider ou pas…

le 23/05/2019 à 21h24 | Répondre

Julie

Oh mais c’est très violent de faire couper tous les ponts! Ça me choque un peu, tous les contacts ne sont pas mauvais, ou je me trompe? C’est une étape habituelle?

le 24/05/2019 à 18h28 | Répondre

Doupiou

C’est très violent cette histoire avec ta copine…

le 27/05/2019 à 16h05 | Répondre

Julie

Pareil que d’autres, je me demande comment les parents ont pu si peu réagir… Et indirectement ça me fait peur: si ça arrivait à ma fille, est-ce que je passerais à côté? Est-ce que je réagirais de manière adéquate?

le 24/05/2019 à 18h34 | Répondre

Doupiou

Figure-toi que je me pose exactement la même question étant maman d’une petite fille.
J’espère ne pas lui transmettre mes troubles et surtout être à l’écoute de son mal-être si un telle période venait à lui arriver

le 27/05/2019 à 16h06 | Répondre

neserine

S’il vous plaît es que je peu parler avec quelqu’un j’ai 13ans et je me sen pas bien sur mon corp je veut être anorexique

le 13/06/2019 à 05h31 | Répondre

neserine

salut j’ai 13 ans et je veux etre anorexique parceque je me sens pas bien dans mon corps
esque quelqu’un peut m’aider

le 16/06/2019 à 03h54 | Répondre

Pippa (voir son site)

Bonjour Neserine,

Si tu veux parler à quelqu’un, tu peux m’envoyer un mail.
Je t’écouterais avec plaisir.

Courage à toi dans cette période pas évidente.

le 16/06/2019 à 13h23 | Répondre

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