Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien chez soi !

Au revoir tatie


Publié le 15 avril 2020 par Joy

Tatie Charlette, c’était le nom qu’on te donnait alors que tu n’étais pas de notre famille. En réalité, tu occupais dans notre cœur et dans nos vies la place de la grand-mère qui habitait si loin de nous. Et nous, nous remplacions un peu tes petits enfants qui grandissaient dans ce même pays lointain.

Avec ton mari, tonton G, vous faites partie de mes souvenirs d’enfance dans ce département des tropiques où la vie tournait au ralenti. Vous nous gardiez régulièrement mon frère et moi, vous cachiez les œufs de Pâques dans notre jardin pendant que nos parents nous occupaient, vous participiez à nos Noëls. Vous comptiez énormément pour nos parents, qui avaient trouvé en vous des amis, des mentors, et il faut se l’avouer, des parents de substitution.

En pensant à toi, quelques lointains détails font surface. L’immense avocatier dans ton jardin et les noyaux que tu m’as appris à faire germer dans un verre d’eau. Les épinards aux œufs durs avec des croûtons délicieux. Le bruit du carton que l’on découpe que tu détestais tant. Et de longues années plus tard, des parties de ping-pong et la chanson des Restos du cœur chantée à tue-tête en voiture.

Crédit photo (creative commons) : Alanyadk

Puis vous êtes rentrés en métropole, auprès de vos proches. Quelques années plus tard, nous avons suivi dans une autre région. La vie nous a éloignés, puis rapprochés géographiquement. Nous ne nous sommes jamais plus vus aussi souvent qu’avant, toutefois le lien est resté. Vous avez assisté à tous les événements importants de ma vie, tous les deux, puis toi toute seule ma chère tatie, après le départ de tonton. Je ne t’appelais pas souvent mais ma maman te donnait très régulièrement de nos nouvelles et me transmettait les tiennes.

Puis est arrivée la menace du COVID-19. Au tout début du confinement, j’ai entendu un énième expert dire à la radio que nous allions tous perdre quelqu’un que nous connaissions à cause de cette maladie. Je me souviens avoir rejeté cette idée avec mépris, en me demandant qui autour de moi ne serait pas assez solide pour supporter ce que je pensais alors être l’équivalent d’une grippe.

Un soir, ma maman m’a dit qu’elle t’avait eu au téléphone, que tu avais attrapé cette saloperie. Tu étais seule à l’hôpital depuis une semaine, loin des tiens. Tu lui as dit que tu étais très fatiguée et que tu pensais que tu n’arriverais pas à vaincre. De la part d’une battante comme toi, cela voulait tout dire. Tu avais 85 ans passés, et tu étais déjà fragile des poumons. Il était tard, je me suis dit que je t’appellerais le lendemain. Trois jours ont passé sans que j’arrive à te joindre. Tu étais en fait décédée durant la nuit qui a suivi l’appel de ma maman.

J’aurais tant aimé pouvoir te dire au revoir. Te dire à quel point tu comptais pour moi et à quel point je t’aimais. J’espère que tu le savais, que tu l’as deviné à travers ma fierté de t’avoir à nos côtés pour mon mariage et ma joie de te présenter ma fille. Comme un hommage, ma fille porte un prénom dérivé de celui de ton mari. Cela t’avait surprise, et malgré ta pudeur, je crois que cela t’a beaucoup touché.

Chère tatie, de toi je garderais le souvenir d’une femme drôle, fantasque et follement dynamique. Tu resteras un de mes modèles, surtout lorsque la vie me malmène. Au revoir tatie. Repose en paix. Je t’aime et tu me manques déjà.


Commentaires

2   Commentaires Laisser un commentaire ?

Rosa Evril

C’est un très joli récit, toutes mes condoléances…

le 15/04/2020 à 09h40 |

Azu

Toutes mes condoléances…
Je suis un peu comme toi pour l’instant j’ai du mal à m’imaginer que cette maladie puisse m’enlever un proche. Ils sont tous en bonne santé (je n’ai plus de grands-parents donc forcement, ça fait moins de personnes fragiles dans mon entourage et un soucis en moins).
Je t’envoie plein de courage et d’ondes positives pour cette dure étape !

le 15/04/2020 à 10h59 |

Les commentaires sur cet article sont fermés.