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A la une / témoignage

Un chômage longue durée

En arrivant en Suède, j’ai mis beaucoup, beaucoup de temps à trouver du travail. Sans compter une reconversion et l’apprentissage du Suédois, j’ai mis 2 ans à décrocher un emploi. A l’heure où j’écris, je suis encore sans emploi (mais ça ne va pas durer, tu vas voir!). Alors, comment vit-on une aussi longue période de chômage ? Quels sont mes « trucs » de vétéran pour mettre toutes les chances de son côté?

Des objectifs

Une fois passés 6 mois en recherche d’emploi, j’ai fait un bilan de mes actions, et je me suis rendue compte que je postulais un peu à tout, partout, au petit père la chance. Mon profil atypique fait que mon CV est un joli micmac d’expériences qui devait dérouter les recruteurs. J’ai donc remis à plat mes objectifs, et j’ai travaillé à partir de ça.

Je m’explique: j’ai ciblé plus précisément deux types d’emploi. Un pour lequel j’avais l’expérience, et un dans la branche où je m’étais reconvertie. De là, j’ai construit deux CV différents, deux modèles de lettres de motivation. J’ai simplifié mes CVs et surtout mon discours vis-à-vis des recruteurs. J’ai aussi fait quelques actions bénévoles qui étaient des atouts pour ces emplois précis. Bref, j’ai été plus claire dans ce que je voulais, et donc plus claire dans la façon dont je me présentais.

Crédit photo (creative commons) : Rudy and Peter Skitterians

Paradoxalement, je déprimais moins à chaque rejet avec cet objectif. Comme mes candidatures étaient plus ciblées, j’en envoyais moins (du coup, moins de refus, youhou!). Mais j’étais plus impliquée dans le processus et à chaque fois demandais la raison de mon rejet. Certaines fois les recruteurs répondaient et j’avais un peu plus l’impression d’avancer. Je pense aussi qu’avoir un objectif précis m’a aussi aidé à voir que je ne perdais pas mon temps, en quelque sorte, en cherchant un travail. J’avais une vision de mon futur que j’essayais de mettre en place, notamment grâce à ma recherche d’emploi, mais pas seulement. Ces mois de quête étaient une façon de mettre en place mon objectif de vie et chaque action que j’entreprenais était pour me projeter dans cet avenir.  

Un programme

Ce qui m’a vraiment, énormément aidé pendant ses années de chômage a été de m’en tenir à un planning. C’est ce qu’a conseillé un employé du Pôle Emploi suédois, après un entretien particulièrement difficile (il est possible que j’ai éclaté en sanglots quand il m’a demandé comment ça avançait… Oui, je suis sensible et c’était particulièrement éprouvant) Et pour moi ce conseil est le plus important que j’ai reçu durant cette période.

J’ai donc élaboré un planning hebdomadaire auquel je me tenais rigoureusement. Tous les jours, le matin, veille sur les sites de recrutement pour repérer les annonces qui pouvaient me correspondre. Puis suivi des annonces pour lesquelles j’ai postulé (relance des recruteurs généralement). L’après-midi, je postulais aux annonces repérées le matin. A cela s’ajoutait une matinée par semaine dédiée à une amélioration d’une de mes compétences ou d’un outil utile au recrutement (optimiser mon LinkedIn, me mettre à jour sur certaines pratiques…) et une après-midi de « networking » (relancer des contacts, aller à des rencontres ou des conférences…)

Crédit photo (creative commons) : Andreas Lischka 

Dit comme ça, ce planning est très impressionnant, mais je prenais des pauses régulières. C’est ce que m’avais dit mon conseiller: ne pas négliger son temps libre. Et comme j’avais un programme précis, que j’avais l’impression d’accomplir quelque chose au quotidien, je pouvais regarder cet épisode sur Netflix sans me sentir coupable !

La motivation

Ce qui a été le plus dur pour moi a été de trouver la motivation au jour le jour. J’ai eu la chance de toujours trouver du travail rapidement quand j’étais à Paris. Mais arrivée en Suède, sans connaitre la langue et sans diplôme utile, j’ai eu du mal à savoir quoi faire dès l’arrivée des premiers rejets.

Etre dans un pays inconnu sans aucun réseau a augmenté ma difficulté à trouver des repères. Je ne savais pas à qui m’adresser, a quelle porte taper. Le Pôle Emploi de là-bas est assez efficace mais très peu personnel. Les annonces qu’ils m’envoyaient n’avaient rien à voir avec mon milieu, et je n’ai reçu que très peu de conseils personnalisés sur mon CV ou mes lettres de motivation. Je me retrouvais donc dans une impasse. Face à un tel mur, j’ai passé des mois de déprime, à n’envoyer que peu de candidatures parce que « à quoi bon, de toute façon ça ne sert à rien ». J’étais dans une spirale horrible : je déprimais, donc n’envoyais pas de candidatures, ou alors elles ne marchaient pas, donc je me sentais coupable et inutile, donc je déprimais… Le serpent qui se mord la queue.

Je ne sais pas comment je me suis sortie de cette spirale de démotivation, pour être honnête. Avoir un planning a beaucoup aidé, comme je l’ai dit plus haut. Mon principal conseil, si tu es dans le même cas que moi, est de bien t’entourer. Mon mari a été d’un grand soutien, me redonnant confiance en moi quand j’étais au plus bas. Avoir des gens autour de moi qui galéraient aussi m’a aidé à ne pas rester dans une spirale négative.

Ce que j’ai appris, c’est qu’il ne faut jamais négliger les gens autour de soi. J’ai toujours été quelqu’un de très indépendant, et il a fallu du temps avant que j’accepte les perches qu’on me tendait. Je haïssais l’idée de devoir mon travail à une connaissance, mais au final, le népotisme n’est injuste que si tu ne mérites pas le travail donné.

Crédit photo (creative commons) : Niek Verlaan

La lumière au bout du tunnel

Et en parlant de népotisme, j’ai fini par utiliser ma principale ressource: mon mari. Il a réussi, non sans mal, à me trouver un stage dans son entreprise. Si, au début, cela me mettait un peu mal à l’aise, au bout d’une semaine je me suis rendue compte que je méritais de travailler comme tout le monde, et surtout que j’avais les compétences pour ce que je faisais. Ce stage s’est très bien passé et m’a fait me rappeler a quel point avoir un travail pouvait être gratifiant…. Mais j’étais enceinte quand je l’ai effectué. Ce qui fait que je n’étais pas très embauchable. J’ai profité des jolis congés maternités suédois, et après 8 mois de pouponnage, je me suis re-mise à l’attaque!

A force de patience, et de persévérance, j’ai fini par rejoindre un programme qui aide les expatriés à s’intégrer au monde du travail suédois. Ce programme est parfait pour moi, et grâce à lui j’ai déjà quelques pistes sérieuses pour la prochaine étape de ma vie : un CDI ! Croises les doigts pour moi …

Et toi, tu as connu une longue période de chômage ? Comment l’as-tu vécu ?

A propos de l’auteur

Expatriée en Suède depuis 5 ans, je suis une vraie geek, désorganisée (un peu), créative (beaucoup), mais surtout passionnée (de films, de livres, de jeux vidéos...) Ancienne actrice, réceptionniste, assistante, auteur, femme de ménage (et j'en passe!), maintenant maman, je touche à tout et adore te parler de mes expériences!

2 Commentaires

  • Virg
    1 octobre 2019 at 8 h 45 min

    Bien joué le coup du planning, ça permet d’avoir la sensation de prendre les choses en main, genre « établissons le plan de bataille » 😉 et de garder un rythme professionnel. Top 😉 les objectifs sont aussi une bonne idée; au moins tu te bats et tu sais pour atteindre quoi, vu la complexité et la déshumanité complète de la recherche d’emploi (merci Internet), ça me paraît hyper important.

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  • Raphaelle
    1 octobre 2019 at 16 h 03 min

    Je suis aussi passée par là et je confirme pour la nécessité du planning! J’ai moi même beaucoup misé sur les formations, le benévolat et les stages (et j’ai aussi passé mon permis!). Même si tout n’etait pas relevant (comme par exemple le permis, mais aussi plusieurs stages « café/photocopie »), c’etait vital pour mon moral de pouvoir mois après mois rajouter de nouvelles choses sur mon cv, et d’ainsi m’autoconvaincre que non je ne perdais pas mon temps.. c’etais une periode bien dur cela dit..

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