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« Choppée dans un coin », la violence des inconnus sur les réseaux sociaux


Publié le 23 janvier 2017 par Ivy Billy-Rose

« Quand à la question de l’agression sexuelle, je ne vois pas ce que ça vient faire là. T’as été chopée dans un coin ? Je ne pense pas. »

Voici la phrase que vient de rédiger un contact d’amie de contact (ou un truc comme ça) sur Facebook. Parce que, bien sûr, cette personne me connaît. Et ça l’autorise à me demander brutalement ce genre de choses, à présupposer que la question est forcément non, et que cela met fin à la conversation, validant ainsi l’opinion qu’elle avait exprimée juste au-dessus, par absence de réponse de ma part.

Crédits photo (creative commons) : Alexas_Fotos

Chopée dans un coin ? Tu veux dire, comme la fois où ce mec de trente ans mon aîné a prétexté une balade dans la nature pour me coincer et me forcer à des pratiques que je ne connaissais pas, vu que j’avais onze ans ?

Chopée dans un coin ? Tu veux dire, comme les douze ans que j’ai passés enfermée dans le silence, prise dans un étau, coincée entre l’envie de me libérer d’un fardeau que je n’aurais jamais dû porter, et le conflit de loyauté dans lequel j’étais bloquée : il m’avait fait promettre de ne rien dire. J’avais promis de ne rien dire avant même de savoir ce qu’il allait faire.

J’avais promis de ne rien dire sans comprendre ce qu’il m’avait fait.

Chopée dans un coin ? Tu veux dire, comme la fois où, après avoir dénoncé mon agresseur, subi les foudres d’une partie de mes proches, vomi tout ce que j’avais en moi, jusqu’à vomir de la bile, jusqu’à ne plus rien vomir du tout, un copain de lycée m’a envoyé un message sur un mode de communication qui n’existe désormais plus, pour me dire que je méritais tout ce qui m’arrivait, parce que j’avais été méchante avec lui ?

J’avais refusé de quitter mon copain pour lui.

Il avait vingt et un ans, le mec. Il est venu me dire que je méritais d’avoir été battue, manipulée, violée, rejetée, parce que je lui avais dit « non ».

Chopée dans un coin ? Tu parles sûrement de tous ces recoins de ma mémoire que je redécouvre à chaque traumaniversaire. Comme la fois où je me suis souvenu, trop tard pour que la justice en face quoi que ce soit, qu’il m’avait cassé trois doigts de la main gauche en m’écrasant sur son lit. Ma mémoire traumatique en avait fait une histoire de maladresse. Ma maladresse légendaire.

Crédits photo (creative commons) :  Alexas_Fotos

Chopée dans un coin ? Qu’est ce qui te donne le droit d’utiliser une question aussi terrible, pour me faire taire, juste parce que je n’ai pas le même avis que toi ? Qu’est ce qui te fait penser que, parce que tu es sur Internet, tes paroles n’ont aucun poids, aucune importance ? Qu’est ce qui te fait penser que tu avais le droit de me dire ça ?

Chopée dans un coin ? Tu veux dire, comme ce soir, où, assise dans mon lit, à 20h30, j’écris ces lignes en essayant de forcer mon cerveau à refouler les souvenirs qui sont encore trop présents dans ma mémoire ?

Qu’est ce que j’aimerais, parfois, que les gens se rendent comptent qu’une femme sur 5 a été, est, ou sera violée au moins une fois dans sa vie. Et que sur 8 commentaires sur un statut Facebook, il y aura forcément au moins une victime. Ou deux. Ou plus.

Qu’est ce que j’aimerais, parfois, que les gens conservent leur humanité, même cachés derrière un nom d’utilisateur, sur les réseaux sociaux.

Et toi, est-ce que tu te sens libre de tout dire et rien dire sur les réseaux sociaux? As-tu déjà fait les frais d’une personne qui avait perdu tout filtre, sous couvert d’anonymat?

Commentaires

13   Commentaires Laisser un commentaire ?

Chaperon Rouge

… Je suis désolée pour ce qui t’es arrivée, je trouve ça d autant plus terrible que souvent, quand ça arrive (et surtout si ça arrive « tôt ») la victime met énormément de temps a comprendre qu elle EST victime.
Je suis aussi outrée que toi par ce genre de commentaires qui enfonce un peu plus le clou de la toute puissance anonyme « tes concernée? Non. Bah ta gueule. Oui? Bah tu l’as surement bien cherché ». Ces mêmes gens qui pensent que parce que ça ne te concerne pas tu ne devrais rien dire (sans savoir si tu las vécu ou non) sont ceux qui défilaient contre une loi d amour qui ne les concernait pas EUX. et ne se rendent pas compte qu’en interdisant de s exprimer ils s expriment aussi sur un sujet qui ne les concerne pas (non plus). Ce commentaire n’est surement pas très clair mais ça me met tellement en colère ce genre de choses…

le 23/01/2017 à 08h56 | Répondre

Ivy Billy-Rose

Bonjour,
Si, rassure toi, je vois tout à fait ce que tu as voulu dire. Merci pour ton commentaire !

le 24/01/2017 à 21h44 | Répondre

Charlène

Je ne sais pas quoi t’écrire, mais je te laisse ce message pour t’exprimer tout mon soutien, ma compassion, mon admiration que tu réussisses à t’exprimer, mon dégout des agresseurs, mon dépit devant la bêtises, la méchanceté et la violence humaine….Courage à toi

le 23/01/2017 à 09h10 | Répondre

Ivy Billy-Rose

Merci pour ton message, merci pour le soutien ! Je dois avouer que j’ai écrit ce message sur un coup de sang, et que je ne l’ai pas remis en forme depuis, donc c’est un texte brut, les mots tels que je les ai pensés. Je te remercie d’avoir laissé un message.

le 24/01/2017 à 21h45 | Répondre

Claire (voir son site)

Aïe! Il est vrai que j’ai vu passer sur Facebook, des trucs pas jolie jolie, les gens ne se rendre pas compte qu’il y a des personnes derrière l’ordi et qu’ils ne connaissent pas leurs histoires.
J’ai regardé très récemment une vidéo d’Hélène Romano ou elle parlais des victimes (notamment d’abus sexuelle) et que les gens avait tendance à minimiser ce qu’il avait vécu (voir nier) parce que c’est plus simple comme ça. Je crois qu’elle a écrit dernièrement un livre sur le sujet.
En tous les cas, je te souhaite bon courage pour ta reconstruction.

le 23/01/2017 à 11h44 | Répondre

Ivy Billy-Rose

Je crois que les gens font passer leur égo avant tout le reste. Et faire passer son égo avant le reste, ça veut dire aller loin dans les paroles, pour avoir le dernier mot. Et c’est bien dommage…

le 24/01/2017 à 21h56 | Répondre

Madame Parenthèses

Je ne comprends pas ce genre de message… On pourrait croire qu’en tapant sur un clavier, on aurait largement le temps de réfléchir à son message (les fameux sept tours de langue avant de parler) et se rendre compte de ce qu’il porte, du mal qu’il pourrait faire, de la blessure qu’il pourrait raviver… Je suis vraiment désolée que tu aies été la cible de ce genre de commentaire… surtout que vue ton histoire, ils doivent faire tellement mal… Courage, tous les humains ne sont pas comme eux !!

le 23/01/2017 à 12h17 | Répondre

Ivy Billy-Rose

A vrai dire, j’ai surtout été très en colère. J’ai pris l’habitude depuis longtemps de ne plus être blessée par ce genre de commentaire.

le 24/01/2017 à 21h57 | Répondre

Madame Lavande

Ça me rend dingue de voir à quel point certains, bien planqués derrière leur écran, se permettent des jugements déplacés et haineux !
Je suis vraiment désolée que tu sois confrontée à ce genre de propos, et je te trouve bien forte et courageuse de venir nous en parler ici!

le 23/01/2017 à 14h58 | Répondre

Mary Mead

Facebook est un monde dans lequel bon nombre de personnes se mettent à parler sans filtre. Ils écrivent des choses qu’ils n’oseraient jamais dire dans la vrai vie. Ils se lâchent sans se rendre compte que l’impact de certains écrits peut être aussi (si pas plus) fort que des paroles. Suite à des commentaires haineux ou déplacés, j’ai pris la décision de quitter Facebook. C’était la meilleure décision de ma vie. Si quelqu’un veut me contacter, il y a le téléphone, il y a Skype, les e-mails traditionnels, le courrier papier, entres autres. Depuis, je vis sans le poids de la bêtise des gens sur les épaules. Et si j’ai un avis à donner sur n’importe quel sujet, j’en parle à mes amis ou ma famille dans la vrai vie. J’aime beaucoup l’adage qui dit: pour vivre heureux, vivons caché.

le 23/01/2017 à 15h06 | Répondre

Ivy Billy-Rose

Je crois que j’ai trop besoin de me sentir le plus connectée possible pour me passer de ces moyens de communication. D’autant plus que j’ai des proches aux quatre coins du monde, littéralement. Je pense que c’est une question de perception, mais je comprends totalement ton point de vue.

le 24/01/2017 à 22h06 | Répondre

MlleMora

Oui, une femme sur 5. C’est terrible car j’ai découvert cette statistique quand une merveilleuse femme de ma famille est entrée dans la statistique.
Ton texte est beau, et j’ose à peine imaginer ta douleur. L’écran n’efface en rien notre souffrance et c’est dommage que tant de personnes ne se rendent pas compte du mal qu’elles peuvent faire sous prétexte qu’elles tapent sur un clavier.

le 23/01/2017 à 15h16 | Répondre

Ivy Billy-Rose

En fait, il me semble que si on ramène ça tous genres confondus, tous âges confondus, on est même à une personne sur 4. C’est terrible.

le 24/01/2017 à 22h07 | Répondre

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