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Comment j’ai fondé mon entreprise


Publié le 9 avril 2018 par Miss Chat

Le titre de cet article, bien qu’exact sur le papier, me donne un léger arrière-goût d’imposture. Personnellement, quand je pense à un fondateur d’entreprise, je pense à une personne qui a eu une idée (géniale !) ou une opportunité (de fou !), qui a vu un créneau dans un marché, qui a transformé sa passion en quelque chose de concret, et qui a lancé sa boîte après de nombreuses heures d’études et de mise en place.

J’ai bel et bien fondé mon entreprise en 2014… mais je ne réponds à aucune de ces définitions ! Alors, je me suis dit que je viendrais bien te parler de mon entreprise qui ne ressemble pas à une entreprise.

Aparté et petit précis de terminologie belge : nous avons d’un côté les sociétés au sens traditionnel et de l’autre, les « indépendants », qui se rapprochent de vos auto-entrepreneurs. Un indépendant peut être « à titre principal » ou « à titre complémentaire », selon qu’il s’agit de son occupation principale ou non. Leurs revenus sont soumis à l’IPP (= l’impôt sur le revenu, 33% en moyenne), aux cotisations de sécurité sociale (+/- 21%), et ils doivent tenir une comptabilité simple. En général, un indépendant passe en société dès qu’il dépasse un certain seuil de revenus car l’IPP augmente par tranches.

Comment tout a commencé

Tu peux donc oublier les belles histoires comme celle de Claire et de tant d’autres qui (me) font rêver.

Nous sommes à l’été 2014, je viens de terminer mes études, je cherche un premier boulot. J’ai refusé tacitement d’être engagée dans la boîte où j’ai fait mon stage de master car ils n’engagent que des indépendants et je ne veux pas de ce statut. Comme beaucoup de gens, je n’aime pas le manque de sécurité et la complexité administrative que je suppose y être liés.

Crédits photo (creative commons) : StartupStockPhoto

Deux entreprises, D et C, me font chacune une offre mais la société D ne veut travailler qu’avec des indépendants. Je suis prête à refuser une fois de plus ce statut peu encourageant et à accepter l’autre offre, quand un fond d’honnêteté me pousse à avouer aux deux boîtes que je suis enceinte et serai en congé maternité 8 mois plus tard. Evidemment, tu le vois venir à 1000km (un peu comme une femme enceinte haha… pardon), la boîte C préfère retirer son offre… et, après quelques jours de réflexion, la boîte D me confirme son intérêt ! Je suis toute chamallow face à tant de compréhension et un peu coincée aussi : je n’aime toujours pas l’idée d’être indépendante mais si je refuse cette offre, je ne suis pas sûre de retrouver un autre potentiel employeur dans les prochains mois. Et je n’ai vraiment pas envie d’être au chômage plus d’un an…!

C’est ainsi qu’un beau matin d’octobre 2014, j’ai pris mon diplôme de master, ma carte d’identité et ma carte de banque, et je suis allée créer mon entreprise.

C’est très facile à faire chez nous : tu te présentes à n’importe quel « guichet d’entreprise » (des organismes privés à qui l’Etat a délégué la création et modification de sociétés), tu leur dis ce que tu vas faire en gros et 10 minutes plus tard (et 150€…), tu es enregistrée comme indépendante.

Voilà, c’est fait, je suis chef d’entreprise !

Etre chef d’entreprise : la réalité des débuts

Quand on se lance comme indépendante, il y a assez peu de démarches à entreprendre, outre l’enregistrement. J’ai pris une assurance professionnelle pour me couvrir et engagé un comptable pour les démarches financières et fiscales : j’ai en effet une déclaration d’impôts un peu plus compliquée que les salariés et des déclarations trimestrielles à la TVA à envoyer que je lui ai déléguées. Tout cela représente l’administratif de mon entreprise, qui est plutôt réduit et me demande en moyenne 2h par mois. Franchement, je m’attendais à pire !

Concrètement, j’avais donc ma clientèle avant même de m’installer officiellement. Pire que cela, j’avais un seul et unique client, la boîte D, avec qui je signe donc à l’époque un contrat de collaboration standard. Je travaille dans les locaux de l’entreprise tous les jours, je suis tenue aux mêmes horaires à temps plein que la seule employée, je reçois un smartphone, j’utilise leurs ordinateurs, leurs systèmes, je suis payée une somme fixe tous les mois et je rapporte et « obéis » à notre directeur.

Bref, tu as compris, je suis une employée déguisée en indépendante.

Ce mode de fonctionnement est bien évidemment illégal en Belgique : on appelle cela un « faux indépendant » et c’est sévèrement puni par la loi puisqu’il s’agit d’une fraude à la Sécurité sociale ! Je vais être honnête avec toi : ce système ne me dérangeait pas a priori (parce que moi je payais ma part de cotisations justement, pas comme la boîte D !), sauf que je gagnais en moyenne bien moins que le SMIC belge ! En tant que chasseuse de tête avec bac+5, presque 4 langues parlées et un peu d’expérience dans un secteur en pleine expansion, c’était ridicule. Cette situation n’a pas duré pour d’autres raisons plus profondes, j’en ai déjà parlé mais le patron n’ayant notamment pas respecté sa promesse de me passer en tant qu’employée dès que possible, la confiance était brisée.

Avoue qu’on est très loin de l’image d’un chef d’entreprise autonome. Je ne dis pas qu’il n’est pas normal de gagner peu en début d’activité, c’est au contraire plutôt répandu ! Mais ça n’est pas normal dans mon secteur. Je gardais donc en gros tous les inconvénients de l’indépendant sans aucun avantage, sans protection ou couverture sociale. J’avais donc pour but de changer de job et surtout, de devenir employée !

Quand je me suis réellement mise à mon compte

J’ai donc claqué la porte de chez D et suis devenue salariée à mi-temps dans l’entreprise L et indépendante à titre complémentaire pour la société R.

« Heu Miss Chat…? Tu viens de dire que… » Oui, je sais ! Mais, cette fois, la situation était réellement différente et me permettait d’accepter ce contrat sans crainte. Je t’explique.

En tant qu’employée mi-temps, j’avais enfin accès à la Sécurité sociale sans restriction, à une (demi-)pension légale, aux congés payés et à toutes ces petites choses sympas que je ne connaissais pas (« quoi, je peux tomber malade et je vais être payée quand même ?! »). Cerise sur le gâteau salarié, la boss de la boîte L nous laissait aussi choisir nos propres horaires de travail et nous permettait de les modifier selon les circonstances. Ensuite, mon contrat de collaboration d’indépendante était conclu avec une personne de confiance, avec qui j’avais déjà travaillé et que je connaissais, et surtout, il déterminait un tarif à l’heure honnête et une liberté totale d’horaires et de missions à accepter !

Après un an d’activités, j’étais quand même arrivée à la conclusion que la liberté d’action d’un consultant indépendant dans mon secteur était sans pareille. Aujourd’hui, j’en suis toujours convaincue ; je le suis même de plus en plus, quand je vois que mes copines ont besoin d’aller négocier un pauvre demi-jour de congé chez leur patron. Rien de tout ça chez moi.

On parle également souvent du manque de sécurité de l’emploi de l’indépendant. Réflexion faite, je peux affirmer qu’il n’y a aujourd’hui plus aucune différence entre un employé et un indépendant (dans mon secteur, une fois de plus). J’ai droit à 12 semaines de préavis employé en cas de licenciement et une rupture de mon contrat de collaboration d’indépendante nécessite… 3 mois de préavis ! Il est à l’heure actuelle tellement « facile » de licencier quelqu’un que je n’ai en fait pas plus de risques à me retrouver sur le carreau dans un cas que dans l’autre. Bien sûr, le jour où la société R cesse notre collaboration, je n’aurai pas droit au chômage pour cette part de mon revenu. C’est probablement le principal point noir… Qui est compensé par le fait que mon secteur engage très facilement et que je n’ai aucun doute qu’il me faudra moins de 3 mois pour retrouver un contrat.

Chef d’entreprise ou le futur incertain

J’en reviens toutefois au début de l’article… Oui, j’aime ma situation mais est-ce que je me sens chef d’entreprise ?

Pas vraiment.

Je ne fais pas de prospection commerciale pour trouver des clients, je ne suis même pas la personne responsable du contrat avec les clients. Je choisis mes horaires mais je dépends toujours de quelqu’un d’autre pour savoir ce que je dois faire, comme un supérieur hiérarchique. Je n’ai pas de bureau, pas d’employé. Les missions que j’exécute sont standards et répandues. J’ai l’impression que rien ne me qualifie comme chef d’entreprise, à part cette publication officielle dans la banque des entreprises qui m’instaure comme tel.

Je ne trace plus aucun plan sur la comète à présent. J’aime ma situation et sa flexibilité, je trouve mes revenus suffisants et relativement confortables et j’adore mon secteur de travail. Pour l’instant, je n’envisage pas de changer. Je sais à présent qu’il est assez facile d’être à son compte dans certaines conditions et je n’ai plus peur des difficultés administratives ou de la sécurité de l’emploi. Alors, peut-être que je continuerai à être indépendante.

Ou peut-être pas ! Seul l’avenir nous le dira.

Et toi, t’es-tu déjà lancée comme auto-entrepreneuse ? Cette idée t’a-t-elle déjà tentée ? Comment es-tu arrivée à cette décision ?

Commentaires

10   Commentaires Laisser un commentaire ?

Plume

Je suis avocate en France, installée en libérale et avec un contrat de collaboration avec un cabinet d’avocats dont j’utilise les locaux et qui est quasi mon unique client. Je me retrouve bien dans ta situation ! Ne pas avoir à négocier un jour de congé c’est vraiment bien !

le 09/04/2018 à 07h46 | Répondre

Amy

Pareil… sauf que dans mon esprit je ne me sens pas 100 % indépendante.

J’estime que je le serai quand je serais à mon compte, avec mes clients perso, avec tout ce que ça implique.

Car je trouve que la collaboration libérale c’est un petit peu un salariat déguisé vu nos horaires et le fait d’avoir à rendre des comptes..

le 10/04/2018 à 08h18 | Répondre

Plume

dans ma collab actuelle je suis payée au dossier (aucun forfait) et je suis complètement maître de mes horaires/jours de congé. Donc je me sens un tout petit peu plus indépendante que dans une collab classique qui, on est d’accord, est du salariat à peine déguisé (sauf pour la paperasse…. joie). Mais c’est vrai que sans clientèle, difficile d’avoir l’impression d’ avoir une entreprise

le 13/04/2018 à 09h44 | Répondre

Miss Chat

Oui, tout à fait, le système des avocats est très semblable et je suis d’accord avec Amy, ça fait presque salariat déguisé. Bon, là, c’est un peu le système qui veut ça aussi… Je ne sais pas trop pourquoi d’ailleurs c’est autorisé chez les professions libérales mais si jamais une entreprise et moi consultante le faisons, aie aie aie redressement social !

le 12/04/2018 à 14h41 | Répondre

Lauriane (voir son site)

Je suis auto-entrepreneur depuis 2015 (fabricante d’étiquettes à dragées 😀 ). J’avais toujours rêvé d’être artisan à mon compte, mais dans ma famille c’était impensable, donc il m’a fallu un burn-out et les préparatifs de mon mariage pour découvrir que j’avais un savoir-faire « manuel » valorisable. (Et j’ai été encouragée par les exemples de plusieurs chroniqueuses Dentelle à l’époque : Claire l’habilleuse, une chroniqueuse qui faisait des bouquets en papier…)
C’est sûr que les avantages du salariat me manquent, mais au moins j’exerce un travail qui m’épanouit !

le 09/04/2018 à 08h21 | Répondre

Miss Chat

Oh oui je me souviens de cette chroniqueuse, c’est une Mistinguette en goguette, elle m’avait beaucoup inspirée !
En tout cas, ton activité fait rêver, je trouve ! C’est vraiment à ça que je pense quand je dois imaginer un entrepreneur : tu vis de ta passion, d’un savoir-faire, etc. Et ça t’épanouit, c’est super chouette 😉

le 12/04/2018 à 14h47 | Répondre

Caro - WonderMumBreizh (voir son site)

Je rêve de travailler à mon compte. prendre des congés quand je le souhaite, avoir ma liberté. Mais les contraintes financières m’empêchent de le faire comme je le souhaite.Mais j’y travaille.

Ton article est franc et montre que cela n’est pas toujours simple, cela dépend souvent aussi de comment nous souhaitons vivre notre vie en tout cas dans un 1er temps.

le 09/04/2018 à 12h04 | Répondre

Miss Chat

Oui, c’est une question d’équilibre en fait entre les différents aspects et parfois, il faut attendre un peu pour saisir la bonne opportunité au bon moment.
Attention qu’il ne faut pas non plus idéaliser : être à son compte, c’est avoir des responsabilités qu’on n’a pas en tant qu’employé. C’est gai de pouvoir choisir ses jours de congé mais il ne faut pas oublier que pendant ces jours-là, on n’est pas payé ! 😉

le 12/04/2018 à 14h52 | Répondre

Elodie

Après avoir été salariée 6 ans à l’hôpital avec les astreintes de nuit, de week-end et tout ce qu’implique de bosser à l’hôpital avec une direction qui n’est pas sur le terrain etc mon poste sautait…donc soit nous déménagions, soit je sautais le pas de l’installation libérale. j’ai choisi la 2eme option, la trouille au ventre: peur que ça ne fonctionne pas, peur de la paperasse etc etc Ca fait 3 mois que je suis installée. Alors j’ai un gros crédit matériel sur le dos, mais je gère mon planning comme je veux (sauf urgences, mais ça fait partie du job), je ne dépends plus de personne, le cabinet a très vite bien tourné, seul truc trèès chiant: la paperasse parce que vraiment, y’en a énormément et je passe bien 10h par semaine là dessus…

le 13/04/2018 à 01h26 | Répondre

Miss Chat

Félicitations pour ton installation ! (Et bienvenue dans le monde de l’entrepreunariat 😉 )
Ouah c’est rude autant de temps pour la paperasse… Mais ça ne me surprend pas vu que tu es dans le domaine médical… courage en tout cas !

le 14/04/2018 à 12h52 | Répondre

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