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A la une / témoignage

Le confinement et notre crise actuelle d’un point de vue économique et social

On parle beaucoup de nos vies en ce moment, de toutes ces personnes malades, du travail admirable de nos soignants qui sont là pour faire face à à ce drame qui se joue… Des lueurs sont là : beaucoup de gens guérissent, il y a aussi l’espoir de trouver des solutions pour soigner les personnes les plus gravement touchées. Je n’ai aucun doute que nous vaincrons mais nous garderons sans doute des séquelles. Médicales, sociales, mais aussi économiques.

Je ne suis ni médecin, ni sociologue, encore moins économiste. Responsable financier d’une usine avec quasiment tout le monde en chômage partiel, autant te dire que dans ma petite tête, ça tourne à 3000 à l’heure depuis l’arrivée de ce fichu virus. Pour la santé des gens en général : de ceux que j’aime, de mes collègues, du voisin que je croise dans la rue, etc… Mais je pense aussi au bon vieux retour de bâton. Du risque économique qu’il y a derrière tout cela. Oui, déformation professionnelle.

Quand j’ai lu dans un média national « qu’on s’attend à la pire récession économique depuis 1945 ». Zut, mes actions en bourse… Autant ne pas aller les regarder celles-ci. Il faut bien le reconnaître : notre économie est en « stand by ». Beaucoup vont perdre des plumes. Comme d’habitude, les plus fragiles. Je pense aux petites entreprises qui n’ont pas de fond de roulement (pour faire simple si tu ne les paies pas, elles mettent les clés sous la porte ne pouvant plus payer leur loyer, leurs salariés ou leurs propres fournisseurs par exemple), ou encore à ceux qui étaient en intérim et espéraient le CDI tant convoité, à ceux qui sont en chômage partiel et basculent dans la précarité…

Au delà de la potentielle crise que cette saleté de virus va générer, elle est révélatrice d’une limite du capitalisme. C’est certes très intéressant de délocaliser. Coucou Ricardo et les avantages comparatifs ! Mais nos pays occidentaux ont oublié l’essentiel : garder un minimum d’activités stratégiques même si elles ne sont pas rentables. Comme les masques par exemple. Ou encore les médicaments. A trop être « ouvert », nous, nous en mordons les doigts aujourd’hui. C’est peut-être une « analyse économique » de comptoir, mais je ne peux m’empêcher de penser à tous ces drames humains et personnels qui vont se jouer dans les semaines à venir – au-delà de l’aspect sanitaire. Je me demande si nos politiques, nos économistes… réagiront. Honnêtement, ça me tord dans tous les sens. Je me dis qu’avec « des coussins », un peu de précaution, on aurait pu limité un drame médical qui va de pair avec un une crise économique. En comptabilité, on appelle cela le principe de précaution : on sécurise les comptes dès qu’un risque existe par des « provisions ». Plus imagé : c’est comme une acrobate qui fait son spectacle avec un filet, « au cas où ». Bref, parfois j’aimerai ne rien comprendre à tout cela. Je me sentirai sans doute moins mal. L’ignorance a du bon parfois.

Crédit photo (creative commons) : Geralt

Ma lueur d’espoir, c’est de se dire qu’il y a bien eu les 30 Glorieuses après 1945. Alors est-ce que cette crise ne nous permettra pas un rebond ? Comme pour rattraper tout ce qui n’a pas été fait pendant le temps du confinement ? Alors oui, oui, je sais, les 30 Glorieuses ont existé grâce à une politique de grands travaux (coucou Keynes), mais on peut toujours espérer. Peut-être que nous allons avoir là aussi une opportunité de penser différemment notre économie ? De revoir la manière dont nous gérons nos ressources, car il faut bien le reconnaître cette crise est révélatrice de beaucoup de limites. Et si, cela passait par une économie plus sociale, plus solidaire (et soyons fou : plus environnementale aussi) ? Il serait peut-être temps non ?

Bref, il y a beaucoup de choses qui remuent en moi. Trop nombreuses pour les exposer en long et en large ici. Je suis responsable financier, sans doute un des métiers les plus rationnels et un des plus pragmatiques qui existe (oui, à Sciences Po – mes études, tu es le diable quand tu décides de partir dans la voie de la finance). Mais je déteste ce que nous avons fait de notre médecine, du manque de solidarité dont nous avons fait preuve avec l’Italie, des pays qui se volent entre eux les masques sur le tarmac des aéroports chinois à coups de billets… C’est encore l’économie qui continue à gouverner en priorité alors que des milliers de gens meurent à travers le monde et que ce n’est pas fini. Réveillez-vous. Pensez différemment. Il n’y a qu’à travers plus de cohésion et de solidarité que nous réussirons à faire les choses mieux. Une autre voix est possible, et je dirai même obligatoire. Je pense à encore plus de développement social, plus d’équité, à une maîtrise de secteurs clés, à encourager notre recherche, la formation des générations futures… Ce n’est pas incompatible avec la rentabilité. C’est juste une autre manière de capitaliser, de voir à long terme et non pas à court terme.

C’est certain qu’aucun politique ne serait élu si son discours était : « Je vous promets de renouer avec de la croissance, une augmentation de vos salaires, des emplois… mais pas avant 10 voire 15 ans… ». Oui, mais on a rien sans rien. Il y a des chantiers qui sont longs, mais aucune génération a l’heure actuelle n’est prête à se sacrifier et à supporter des choix qui pourraient cependant tout changer. Bref faire une transition pour une économie différente pour certes nous protéger mais surtout progresser. Nous serons obligés de le faire quand nous serons au pied du mur. Et si cette crise pouvait être l’élément déclencheur ?

Voilà c’était juste une très modeste contribution sur mon ressenti de la situation. Ma situation professionnelle, ma formation académique… me torturent pas mal. J’espère que tu as compris quand même quelques idées qui se bousculent dans ma tête. En tout cas, je souhaite à tous beaucoup de courage pour les semaines à venir, à vous, à vos proches. Des lueurs aussi. Regardez autour de vous, pensez aux autres, développer des solidarités que vous n’auriez même pas imaginer. Pour la suite.

A propos de l’auteur

Parisienne d'adoption par nécessité professionnelle et surtout parce que j'ai épousé un autochtone du coin, j'ai une vie très dynamique : mariage récent, déménagement, bébé dans la foulée, poste à responsabilité, et l'envie de bien gérer mon "chez moi"... C'est parfois dur de tout concilier !

3 Commentaires

  • Sarah
    9 avril 2020 at 8 h 18 min

    Merci de nous faire partager ton point de vue que je rejoins complètement.
    Comme tu le dis la population n’est pas prête à faire des ‘sacrifices’ sur le long terme… (Suffit de voir les gilets jaunes). Du coup je trouve ça compliqué de blamer la sphère politique qui n’est que le reflet de la population dans une démocratie.
    Perso outre la récession économique ce qui m’inquiète c’est tout ce qui va avec… Monter des extrêmes, l’UE qui au bord de l’explosion, les pays déjà pauvres qui font en faire les frais, pénuries alimentaires … L’histoire a des tas d’exemples pour démontrer ce qui s’en suit ensuite : (
    J’espère au moins qu’on saura apprendre du passé pour ne pas refaire la même erreur.

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    • Azu
      9 avril 2020 at 10 h 38 min

      Je t’en prie laisse les gilets jaunes en-dehors de ça, ça n’a rien à voir… Ils sont déjà sacrifiés par les politiciens, mais il y a quand même des gens qui s’étonnent qu’ils se rebellent quand on leur demande de se serrer encore la ceinture…

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  • Virg
    10 avril 2020 at 8 h 10 min

    +1 exit les gilets jaunes, complètement hors sujet.
    Je te suis assez sur le raisonnement global mais n’ai pas les connaissances nécessaires pour bien appréhender le phénomène économique. A mon petit niveau, j’ai tout simplement honte, honte de voir des hôpitaux en passer par des appels aux dons pour le stricte nécessaire, honte de voir que beaucoup de gens ne respectent pas les gestes barrières, honte de constater la manière dont cette crise a été gérée par nos politiques. Juste honte. À ma petite échelle, j’ai toujours appliqué le principe de précaution financier suivant : indispensable à notre quotidien, on ne « réfléchit » pas à la dépense. Ce bon vieux principe paysan « manger, boire, dormir, se loger et se chauffer » me paraît être un basique. Alors quand il s’agit de santé publique, pour moi, c’est juste évident qu’il faut appliquer quoi qu’il en coûte le principe de précaution. Et je me rends compte que non, on a sacrifié l’essentiel pour de l’argent. Je suis effarée de tant de bêtise.

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