Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien chez soi !

Traverser les crises en couple


Publié le 19 mars 2020 par Urbanie

Alors aujourd’hui, Tata Julie prend sa casquette de vieille routarde du couple (17 ans ensemble, ça consolide) pour te donner deux ou trois conseils. Loin de moi l’idée de vouloir me transformer en conseillère conjugale, mais sur A nos étoiles, il est fréquent que les abonnées me demandent: « on vient de perdre notre bébé, est-ce que notre couple s’en relèvera? ». Donc je me suis dit que partager ici sur le sujet – et pas que dans le cas d’un deuil périnatal – pourra intéresser d’autres personnes.

Comme le chantait ce bon vieux Stomy Bugsy, « la vie c’est pas un film, ça dure pas une heure et demie/ deux heures et puis on rembobine » (on a les références culturelles qu’on peut), donc oui, shit happens comme diraient les ricains. Gérer les coups durs en solo, ce n’est pas évident, mais les gérer à deux, c’est parfois un exercice de haute voltige. Je donne donc ici quelques conseils, ceux qui ont marché pour nous, après deux deuils périnataux, et pas mal d’autres merdes posées sur le chemin (en 17 ans, on en a vu quelques-unes, tu t’en doutes).

Crédit photo (creative commons) : StockSnap

On fait fi du regard des autres

Si j’étais vulgaire, je dirais même que les autres, tu les emmerdes.

On m’a beaucoup dit, au moment du décès de notre premier bébé, que 50% des couples se séparaient suite à ça. Alors je ne sais pas très bien d’où sort ce chiffre, d’une espèce d’institut de sondage aussi imaginaire que bullshit, j’imagine, mais quelque chose me dit qu’il s’agit avant tout d’une funeste rumeur populaire que l’entourage se permet un peu trop souvent de projeter sur les parents endeuillés. Limite si les gens ne s’attendaient pas à ce que Jean-Mi et moi on se sépare/ traverse des crises majeures/ s’engueule tout le temps. Je sais qu’il y’a eu de très vilaines rumeurs à ce sujet (je perds foi en l’espèce humaine, parfois), mais vous savez quoi?

Raté.

Alors oui, je continue d’être moyen fan quand il oublie d’enlever son réveil le samedi matin, mais globalement, pas plus de disputes ne sont à déplorer qu’avant (globalement, très peu). Et je vais même te dire: je suis quasi certaine que, si je lance un sondage sur à Nos étoiles, l’immense majorité des abonnées me répondra peu ou prou la même chose.

Amande le dit très bien d’ailleurs, dans son documentaire « Et je choisis de vivre »: elle aussi a eu droit à cette petite rengaine, et oui, bien évidemment, certains couples se séparent suite à un drame. Il s’agit aussi souvent de couples qui étaient déjà très fragilisés par d’autres problèmes.

On communique

Je sais, cela semble évident, mais il arrive parfois qu’enfermé(e) dans son chagrin, dans ses certitudes, ou tout simplement par peur de rajouter le poids de sa propre tristesse ou de ses problèmes sur les épaules de l’autre, on en oublie de dire à son partenaire ce qu’on ressent vraiment. Je crois bien que c’est un écueil dans lequel nous tombons tous à un moment ou à un autre, en cas de drame, c’est certain.

Il est pourtant capital de partager. Partager ne signifie pas demander à l’autre de prendre notre peine, ni de ne plus s’occuper de lui pour voler à notre rescousse, non. Il s’agit tout simplement de dire « je ne me sens pas bien/ je suis très triste » ou, tout au contraire « en ce moment, je me sens mieux ».

Pourquoi c’est important? Pour éviter les malentendus. Et parce que nous sommes aussi tous le produit d’une éducation, qui nous a tous plus ou moins conditionnés à répondre de telle ou telle manière à certaines situations, en particulier en tant qu’hommes ou femmes. Parce que c’est bien connu: un homme, un vrai, ça ne pleure pas. Une femme, c’est forcément plus sensible, et plus fragile.

Mouais.

A ce sujet, je déplore sincèrement que les hommes n’osent pas plus s’exprimer quand ils perdent un bébé. C’est comme cela qu’on se retrouve avec des mamans endeuillées persuadées que leur mari n’en a rien à faire du tout, alors que ces messieurs, eux, sont convaincus qu’il leur faut porter sur leurs épaules tout le poids du chagrin du couple pour soutenir leur femme. Niveau malentendu, on est sur une poudrière prête à exploser à tout moment. Et c’est bien souvent le problème que rencontrent de nombreux couples endeuillés, d’ailleurs.

A l’inverse, dire « je vais mieux » permet aussi de faire comprendre à son partenaire que nous sommes en capacité de nous rendre disponible pour lui/elle. J’ai ainsi remarqué qu’avec Jean-Mi, nous avions plus ou moins instinctivement pris le parti de nous « relayer »: quand l’un n’allait vraiment pas bien, l’autre était là pour l’écouter sans modération et le soutenir. Puis, quelques semaines plus tard, les rôles pouvaient s’inverser, sans risquer de « vider » l’autre de son énergie. Mais pour ça, pas de magie: il a fallu que nous apprenions à nous dire clairement « Ok, là, tu peux venir vers moi si tu en as besoin ».

Cela fonctionne donc avec le deuil, mais vraiment: je suis convaincue que cela vaut pour n’importe quel autre coup dur de la vie. Parlez-vous, et ne sur-interprétez pas les réactions de votre conjoint. C’est parfois beaucoup plus compliqué que ça.

On prend soin de soi

Même lorsqu’un couple reste soudé dans l’adversité, je reste persuadée qu’une des clefs pour un fonctionnement sain reste de prendre soin de soi, et de ne pas trop en demander à l’autre. Je sais bien que Jean-Mi ne peut pas absorber mon chagrin, et d’ailleurs, je n’attends pas de lui qu’il me rende à 100% heureuse. Ça, en fait, c’est mon boulot à moi.

Donc après mes deuils, j’ai mobilisé des ressources parfois très différentes, mais complémentaires: j’ai pratiqué le yoga de façon intensive pendant quelques mois. J’ai repris un abonnement à Weight Watchers parce que cela me semblait important, pour me faire du bien, de me réconcilier avec ce corps qui n’avait pas pu donner la vie. J’ai été voir un psy, une association d’aide aux parents endeuillés, je me suis tournée vers des amies. En allant ensuite vers Jean-Mi, j’avais déjà fait une grosse partie du chemin de mon côté, je n’étais donc pas en attente qu’il remplisse à lui seul le rôle de mari/ ami/ psy/ amant/ coach. Le deuil, c’est vraiment quelque chose d’extrêmement épuisant: on y perd son énergie, son temps, ses ressources propres, son identité aussi. Quand on le traverse en couple, il faut bien se dire que l’autre aussi a besoin de remplir ses réserves pour pouvoir nous venir ensuite en aide. C’est un peu comme le coup du masque à oxygène en avion: il faut d’abord se le mettre à soi avant d’aider les autres à enfiler le leur (sinon, tout le monde perd connaissance et l’avion se crashe, youpi).

On prend soin de son couple

Ne culpabilise pas de vouloir prendre du « bon » temps à deux. Même si, sur le moment, cela te semble déplacé, bizarre, indécent. Quelle que soit la période, il faut savoir recharger ses batteries. Y compris à deux.

Donc oui, autorisez-vous à rire, à essayer de vous détendre, à aller au cinéma ou à dîner dans un bon restaurant. Selon l’étendue des difficultés du moment, je ne dis pas que tu réussiras à tout oublier, non (je me souviens encore du film que nous étions allés voir juste après ma première IMG – une bouse hollywoodienne. J’étais la nana la plus triste du monde, et pourtant, à un moment, j’avais ri, et je m’en étais étonné. Et je m’en étais voulu, aussi, de rire). Mais cela vous fera du bien, à toi et à ton conjoint. D’une certaine façon, ton couple aussi a besoin de recharger ses batteries, pour avoir de l’énergie lors de la prochaine crise, ou du prochain coup de moins bien.

Voilà pour ces quelques conseils, n’hésite pas à partager les tiens dans les commentaires.

Et toi, comment gères-tu ta vie de couple dans les moments difficiles ? Est-ce que tu as déjà traversé un deuil avec ton conjoint ? Comment vous en êtes-vous sortis ?

Commentaires

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Virg

Je plussoie, bientôt 19 ans de vie commune, 1 bébé, un mariage, pas de deuil périnatal mais plein d’emm…. tous tes conseils nous ont permis de rester soudés. Les autres ? Oui tu fais comme ça toi, sauf que t’es pas dans mes bottes. La communication, pour le coup, c’est vraiment la clef. J’ajoute communication si possible en restant sur soi « je suis vexée » « en colère » « fatiguée » « contente » sinon l’autre se sent attaqué alors qu’on parle bien de la manière dont on reçoit/perçoit les choses et non pas de la manière dont l’autre les pensait.
Ce que tu dis du relais, nous l’expérimentons aussi. Je me demande si ça ne vient pas un peu naturellement quand on vit ensemble depuis longtemps « tu flanches, je suis là, si je flanches, je compte sur toi ».
Un dernier truc, j’entends souvent les gens parler ouvertement de leur couple, leurs problèmes etc. Je me suis toujours demandé si c’était bien normal de « baver » sur l’autre hors de sa présence. Nous ne l’avons jamais fait, ou pour les micros trucs débiles dont l’autre est déjà au courant (oui, je sème mes tasses de café). Je le vois un peu comme une trahison de ce que nous sommes l’un pour l’autre puisque, en cas de désaccord, on se le dit cash. Réflexion ouverte.

le 19/03/2020 à 08h43 | Répondre

Madame C

Après ma fausse couche, je suis allée voir «  la famille bélier » au cinéma. Seule, je pleurais et riais en même temps…

le 20/03/2020 à 11h11 | Répondre

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