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Créer son auto-entreprise : par où commencer ?


Publié le 27 février 2017 par Nya

Comme je suis à mon compte depuis 2007, les aspirants entrepreneurs viennent souvent me consulter pour me demander des conseils, et je me suis dit que ce serait intéressant de reprendre certaines réponses que j’ai données récemment, en espérant que les personnes concernées ne m’en voudront pas. Si tu as envie de monter une activité indépendante, qu’elle soit complémentaire ou à plein temps, voici quelques pistes pour t’aider à y voir plus clair. Je parle ici de l’auto-entreprise parce que c’est le statut le plus simple aujourd’hui, mais c’est loin d’être le seul possible (tu peux aussi être en portage salarial, en EURL…).

En amont

La première étape est évidemment de trouver ce que tu aimerais proposer : veux-tu être analyste financière, photographe, wedding planner, consultante en informatique, maquilleuse, traductrice, professeur de FLE, créatrice textile, community manager… ? Un métier te fait-il rêver ou veux-tu inventer le tien ?

Renseigne-toi auprès des syndicats professionnels de ton métier rêvé pour voir si des conditions sont nécessaires, notamment en termes de diplômes ou d’agrément : si tu veux être avocate, simplement s’inscrire en tant qu’auto-entrepreneure ne suffira pas, par exemple.

Côté administratif

En termes de statut, l’auto-entreprenariat (AE) est la voie royale : tu paies tes cotisations (santé, retraite, etc.) en proportion de ton chiffre d’affaires, et uniquement si tu as des revenus. Si tu n’as pas de clients, tu n’as pas de cotisations à régler (contrairement à d’autres régimes fiscaux). Cela signifie aussi cotiser moins pour la retraite, c’est le jeu, mais en tant qu’entrepreneur, la retraite et les congés payés sont des notions à oublier.

Par contre, c’est un statut qui ne prête pas bien aux artisans (pâtissier, créatrice textile…) parce qu’on ne déduit pas les frais réels, mais un forfait de 34 %. Si tes dépenses dépassent le forfait, tu perdras de l’argent. En revanche, pas de souci si tu deviens prestataire de services car tu n’auras a priori pas vraiment de dépenses pro, hormis un ordinateur, un ou deux logiciels et une connexion à Internet.

L’AE est idéal quand on commence aussi parce qu’on peut tout à fait le cumuler avec une activité salariée à temps partiel (à vérifier pour la fonction publique, certaines restrictions s’appliquent). C’est même fortement conseillé, histoire d’avoir toujours un revenu et de bénéficier de la sécu “classique” (en tant qu’AE, on cotise à la sécu des professionnels indépendants : le RSI).

Je conseille souvent d’essayer de commencer avec un mi-temps salarié et un mi-temps AE, puis de passer temps plein AE une fois que l’activité aura décollé, soit d’ici 1 à 2 ans. Ce n’est pas grave si ta carrière n’est pas linéaire : tu peux repasser à mi-temps si les choses ne vont pas si bien que ça à tout moment, tes clients n’ont pas besoin de le savoir. L’important est surtout de ne pas lâcher complètement l’affaire, car ce serait beaucoup plus dur de repartir.

Pour créer son entreprise, il suffit (aux dernières nouvelles…) de télécharger un formulaire sur le site de l’URSSAF et de le renvoyer à l’agence URSSAF de ta région, c’est tout. À partir de là, tu ne paieras des cotisations que si tu factures des prestations ; si les choses ne vont pas bien, l’entreprise est automatiquement liquidée au bout d’un certain temps sans revenus (deux ans je crois).

Crédit photo : WOCinTech Chat

En aval

Tu as créé ton entreprise auprès de l’URSSAF : félicitations ! Maintenant il faut démarcher tes clients.

Selon ton domaine d’activité, tu viseras des clients locaux ou internationaux. Tu peux démarcher en envoyant des mails, en allant sur des salons professionnels, en passant des coups de fil, mais aussi par le bouche-à-oreille, en parlant de ton activité au plus grand nombre.

Si rien te t’oblige à annoncer tes tarifs dès le démarchage, il faudra malgré tout passer par le moment impressionnant où tu annonces tes tarifs pour la première fois. Pour cela, il faut bien évidemment avoir calculé tes tarifs au préalable.

Tout comme les salariés, les indépendants proposent une qualité différente à différents stades de leur carrière, et il ne me semble pas aberrant de facturer moins quand on est un travailleur débutant. Ce n’est pas non plus une raison pour accepter des honoraires de misère qui cassent les prix et causent du tort à toute ta profession.

Pour calculer ton tarif, on conseille d’habitude de calculer ton revenu mensuel idéal en fonction de ton train de vie et de tes charges pros, de déterminer combien d’heures tu es prête à travailler par mois, et de ramener ça à un tarif horaire. En devenant AE, tu auras environ 25 % de charges si tu prends le versement libératoire de l’impôt sur le revenu. Une chose à savoir, en revanche, c’est qu’il est plus simple de demander un tarif correct à élevé dès le départ avec un nouveau client, plutôt que de demander un tarif moyen en pensant augmenter par la suite.

Pour les cotisations, l’URSSAF se charge de se rappeler à ton bon souvenir et tu paieras probablement tes cotisations tous les trimestres. Ce que tu gagnes est ton revenu brut (chiffre d’affaire) : tu dois impérativement garder 30 % (pour être large) de ce que tu encaisses pour tes cotisations et impôts. Pas d’exception, sans quoi tu pourrais avoir de sérieux problèmes avec le fisc. La loi oblige à ouvrir un compte séparé pour son activité pro, qui peut être un simple compte chèque. Il suffit de laisser les 30 % provisionnés sur ce compte et de te verser 70 % sur ton compte courant personnel, où tu pourras les utiliser comme bon te semble.

Et si je ne suis pas à la hauteur ?

Quand j’ai commencé, je disais à ma famille « je fais des traductions », et on me demandait ce que j’allais faire comme métier, après. J’ai franchi un grand pas en disant « je suis traductrice ». Mon entourage a commencé à me prendre au sérieux à ce moment, ce qui a eu un retentissement formidable sur ma confiance en moi. Ne t’excuse pas de faire ce que dont tu as envie, d’être payée pour ça, et de te présenter en tant que professionnelle.

À partir du moment où tu as enregistré ton entreprise à l’URSSAF (ce qui constitue un cap psychologique, à mon avis), tu es « photographe/développeuse/ce que tu veux ». Pas de « je fais des photos/j’écris du code » (sauf si on te demande d’expliquer ce que tu fais, hein).

Avoir la panoplie complète du parfait petit professionnel libéral peut aussi t’aider à te sentir légitime, parce que cela signifie que tu vas communiquer sur ton entreprise, et que les gens vont pouvoir te contacter à leur tour : cartes de visite/site pro/inscription à des associations professionnelles et syndicats… On peut dire que ce sont des frais inutiles quand on commence, mais j’ai trouvé ça très utile (et ça permet aussi de te protéger, par ex. avec l’assurance responsabilité civile professionnelle).

Comptabilité

Rien de plus simple :

  • ouvre un fichier excel
  • crée un onglet « Recettes », où tu inscriras la date, la nature et le montant de tes recettes
  • crée un onglet « Dépenses », où tu inscriras la date, la nature et le montant de tes dépenses

Tiens le tout à jour et c’est tout !

J’espère que ça répond à tes interrogations. Je te souhaite bonne chance et n’hésite pas à la fois à me rectifier si les choses ont changé depuis que j’ai quitté la France, ou à me poser d’autres questions.

Commentaires

12   Commentaires Laisser un commentaire ?

MlleMora

Supers conseils je trouve !
Pour la Fonction Publique, il me semble qu’il faut être au moins à 70% pour pouvoir créer son auto-entreprise (alors qu’avant même en étant à temps plein on pouvait le faire…) – ils ont changé ça récemment.

le 27/02/2017 à 13h20 | Répondre

Margot

Oui tu as raison! Le décret a été publié au début de l’année, avec une exception pour les activités artistiques

le 28/02/2017 à 13h46 | Répondre

Tamia (voir son site)

Merci pour tous ces renseignements et conseils ! Je suis en plein dedans… Je peine un peu avec le formulaire URSSAF et ses dénominations super claires 😉 Mais je vaincrais !

le 27/02/2017 à 16h10 | Répondre

Madame Fleur (voir son site)

Même si il y a peu de chance que je prenne ce statut un jour, j’ai trouvé ton article très intéressant. Je me suis toujours demandée comment ça se passait.

le 27/02/2017 à 18h37 | Répondre

Amelie

Il tombe à pic cet article je suis en plein dedans! Pour ma part j’ai quitté mon emploi (via rupture conventionnelle) et vais bénéficier des aides de pôle emploi pour les débuts.
Beaucoup de recherches sur les statuts, les aides, la fiscalité, les charges sociales… Pour finalement choisir ce statut de micro entrepreneur qui est top (tant qu’on ne dépasse pas les seuils de chiffre d’affaires!)

le 27/02/2017 à 19h45 | Répondre

Mlle Moizelle

Je mets un petit bémol… j’ai été intéressée par ce statut il y a peu. En projet bébé, je voulais être mon propre patron et travailler « quand je voulais », plus pour garder une activité qui me plaisait et rapporter « de l’argent de poche » au foyer qui est plutôt alimenté par mon homme, tout en gardant du temps pour moi et mon enfant. Mais il y avait certains frais fixes (banques, assurances et CFE -cotisation foncière des entreprises- entre autres) qui faisaient que je devais vraiment rendre mon activité rentable et travailler beaucoup plus que prévu afin de juste être dans le vert à la fin de l’année! A prendre en compte donc, il faut être vraiment motivé et accepter d’y consacrer beaucoup de temps! Du coup, je ne sais pas si un mi-temps serait rentable…?

le 01/03/2017 à 10h59 | Répondre

Inno

Je me lance ce mois ci, en profession libérale. Pour info je travaille à 80% dans la fonction publique (sans être fonctionnaire). Il faut distinguer les temps partiels, voulus par le salarié, des temps non complets, imposés par l’employeur. Si on est à temps non complet, on a juste à informer son employeur de sa création d’entreprise. Sinon il faut faire une demande de cumul de rémunération, et ça peut être refusé.

le 02/03/2017 à 21h20 | Répondre

Miss Chat

Oh sympa comme article 🙂 Bon, pas du tout concernée forcément puisque je suis déjà auto-entrepreneur dans un autre pays mais c’est intéressant de voir comment cela fonctionne à l’étranger !
Et pour le coup, je suis jalouse !! Vous n’avez pas de comptabilité annuelle à tenir et rendre ? Pas de TVA et ses déclarations trimestrielles ? Vous ne payez pas de cotisations sociales quand vous ne facturez pas ?! Snif… je vais déménager en France, moi je crois :'(
Ici, les obligations administratives et financières font que je suis obligée d’avoir un comptable pour faire tout ça…

le 03/03/2017 à 16h45 | Répondre

Virginie

lol non, ce n’est pas aussi simple que ça, l’auto-entrepreneur doit tout de même faire valider ses comptes une fois par an par un expert-comptable il me semble. Il doit donc tenir à jour sa comptabilité. Ce que dit Nya, c’est que c’est quand même beaucoup plus simple que pour une société. Pour ce qui est de la TVA, c’est le régime des particuliers qui s’applique, l’auto-entrepreneur paie son matos avec la TVA classique et refacture sans TVA. En gros, tu achètes un ordinateur au fournisseur à 120€, tu as tout intérêt à le refacturer 120€, voire plus si tu fais ta marge sur le matériel, car l’auto-entrepreneur ne récupère pas la TVA.
Après, je m’étais renseignée et, honnêtement, je considère que c’est bien pour démarrer les deux ou trois premières années mais, si ton affaire fonctionne bien, tu dois vite évoluer dans un autre statut à cause des limites de chiffre d’affaires annuel.

le 04/03/2017 à 09h42 | Répondre

Miss Chat

D’accord, je vois. Ca m’avait l’air tellement simple au premier abord !
Pour la TVA, c’est quand même différent ici puisqu’un auto-entrepreneur paie également la TVA mais il la facture à son client et peut en déduire celle qu’il paie sur ses achats.
Par curiosité, quelles sont les limites de CA en France, du coup ? Ici, il n’y en a pas mais c’est juste que ça devient fiscalement moins intéressant au-delà d’un certain montant 🙂

le 06/03/2017 à 09h46 | Répondre

Nya (voir son site)

Il faut tenir une compta annuelle car on n’est pas à l’abri d’un contrôle fiscal, mais elle est réduite à sa plus simple essence : livre des recettes et des dépenses. Pas de TVA, pas de déductions, pas d’amortissement…
Aux dernières nouvelles, le seuil de l’AE était fixé à 32 500 euros de recettes, au pro rata sur l’année, soit dans le meilleur des cas (aucune dépense… ) des revenus de 2 000 euros mensuels avant impôts. Le système est très clairement créé pour les activités complémentaires ou multiples. Par exemple, j’avais mon AE et je cumulais environ 10 000 à 15 000 € annuels supplémentaires avec des droits d’auteur (qui sont exclus de l’AE et dépendent d’autres organismes de cotisation… les joies de l’administration française !), ce qui me permettait de garder les avantages de ce régime sans dépasser les seuils.
Une fois que les seuils de l’AE sont dépassés, on devient « profession libérale » et là il faut la totale : comptabilité, déclaration compliquée, organisation de gestion agréée, cotisations obligatoires avec ou sans CA etc. C’est beaucoup plus contraignant, et moins rentable en dessous de 50 000 € de CA.

le 06/03/2017 à 13h05 | Répondre

Miss Chat

D’accord, je vois, merci pour les précisions ! C’est en effet beaucoup plus simple… Ici, même un indépendant complémentaire comme moi (c’est-à-dire que j’ai une activité d’employée au moins à mi-temps à côté), est obligé d’avoir une comptabilité précise (avec TVA, déductions et amortissements quand ça doit arriver), cotisations automatiques et organisme pour les gérer, etc.
Le seuil est similaire par contre pour le CA : au-delà de 55.000€, on recommande aux indépendants de passer en société (et là, il y a plusieurs formes possibles).

le 06/03/2017 à 20h42 |

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