Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien chez soi !

Devenir veuve soudainement, à l’âge de 26 ans


Publié le 24 avril 2014 par Edwen

Notre belle histoire d’amour

À 16 ans, j’étais jeune et belle, j’ai rencontré celui qui allait devenir plus tard mon mari. Après quelques années partagées entre nos études et la recherche de boulots, nous nous sommes installés ensembles.

Au bout d’une année de vie commune, il m’a demandé en mariage. Nous nous sommes donc dit « oui » en 2004. J’avais 22 ans, et il était mon premier vrai amoureux. Cela faisait 6 ans que nous étions en couple. Le mois de juin était le mois de notre rencontre, ainsi que le mois de notre mariage.

Au mois d’août 2006, notre petite famille s’est agrandie, avec l’arrivée de notre fils. Nous étions heureux, et un peu plus d’un an après la naissance du premier bébé, nous évoquions la possibilité d’accueillir le second.

Un jour de juin 2008, tout a basculé…

C’était un samedi, une très belle journée pour la fête de la musique. Nous avions prévu de sortir avec un ami pour l’occasion. Mon mari était parti au boulot de bonne heure, en moto.

Je n’avais pas eu de nouvelles de la journée, mais je savais qu’il y avait beaucoup de travail. Je ne me suis donc pas inquiétée outre mesure. Après la sieste de mon fils, je me suis quand même décidée à appeler mon mari pour avoir quelques nouvelles, et savoir à quelle heure il allait rentrer. L’échange fut bref, mais il m’indiquait qu’il partait et qu’il serait là dans 10 minutes. Je savais qu’il n’était plus au boulot, il devait être chez un collègue.

Le jardin était orienté vers l’autoroute qui passait en contrebas. Nous profitions donc du ronronnement de la circulation… Et ce jour-là, comme la porte de la terrasse était ouverte, de quelques ambulances qui semblaient partir en intervention.

petit jardin

Crédits photo (creative commons) : Ben Babcock

Au bout d’une heure, il n’est toujours pas rentré. Je décide de l’appeler, un peu agacée, pensant qu’il a « oublié » de partir de chez son collègue, alors que nous devons sortir le soir-même. Je tombe sur la messagerie, il doit donc être en route.

À travers la fenêtre du salon, j’aperçois une camionnette de police qui se gare près de notre maison. C’est assez inhabituel, car nous sommes dans un lotissement d’agents d’une même entreprise. Instinctivement, je me dis que ce n’est pas normal. Lorsque la sonnette de la porte d’entrée retentit, une drôle de sensation m’envahit.

Je crois que toute ma vie je me souviendrai de cette scène… Mon fils qui court pour ouvrir, et la vue de 3 policiers dans l’encadrement de la porte. À ce moment-là j’ai su, avant même qu’il ne me demande si j’étais bien Madame Untel, la femme de Monsieur Untel. J’ai d’abord espéré un accident. Imperceptiblement, un policier est entré, et s’est placé légèrement derrière moi (au cas où je fasse un malaise), tandis que le chef m’annonçait : « Votre mari a eu un accident de moto très grave. Il est décédé. ».

Je ne sais plus ce que j’ai dit, je sais que je me suis mise à pleurer. J’ai attrapé mon fils qui tentait une sortie dans la rue. Il souriait et ne se doutait pas le moins du monde qu’il ne reverrait pas son papa.

Les policiers sont restés avec moi, le temps que ma voisine prenne le relais afin de ne pas me laisser seule. Ils ont appelé ma mère sur son lieu de travail afin lui demander de venir. J’étais incapable de lui annoncer. L’accident ayant créé un énorme bouchon sur l’autoroute, ils lui ont servi d’escorte afin qu’elle puisse passer sur la bande d’arrêt d’urgence, pour me rejoindre rapidement.

Mes beaux-parents, qui vivent à l’autre bout de la France, ont été prévenus également, et ils ont pris le premier train.

C’était irréel. J’ai espéré que mon mari ait prêté sa moto à un copain et que, pour une raison inconnue, il n’ait pas pu me prévenir. Ce n’est pas très sympa pour le potentiel copain et pas très crédible, mais j’étais en plein déni : je ne pouvais pas accepter que ce soit arrivé, que je ne le reverrai plus. Que la dernière fois que je lui avais parlé, c’était le vendredi soir, et que jamais plus je ne pourrais le faire, entendre le son de sa voix, me blottir dans ses bras. Je ne pouvais pas envisager que notre fils allait grandir sans aucun souvenir de son papa, parce qu’on ne garde pas de souvenirs quand on a 2 ans…

Le lendemain, mes beaux-parents sont arrivés à la maison. Les policiers sont revenus dans l’après-midi : dans les cas d’accidents de la route, il faut faire une reconnaissance du corps. Nous devions donc être escortés jusqu’à la morgue, où mon mari avait été transporté, pour procéder à cette identification. Il nous fallait aussi déterminer qui allait accomplir cette épreuve. Mon beau-père a accepté de le faire, je ne m’en sentais pas capable, et j’avais toujours cet espoir insensé que ce ne soit pas lui qui ait eu cet accident (même si au fond de moi je savais bien que cet espoir était totalement illusoire).

Nous sommes donc allé à l’hôpital de la ville dans la camionnette de police. Nous avons patienté dans une petite pièce, mon beau-père a été appelé. Je ne sais pas si c’est lui que j’ai entendu pousser un gémissement ou si c’est mon imagination, je ne le saurais jamais. Mais lorsqu’il est revenu, mon tout petit espoir complètement irraisonnable s’est évanoui. Ma belle-mère a souhaité voir son fils. Je suis sortie, ne pouvant plus rester dans la salle d’attente.

À l’extérieur, j’ai essayé de me contenir. Mais au moment où les policiers, qui devaient nous reconduire chez moi, sont passés à côté de nous… J’ai aperçu le casque de moto dans un sac plastique, qu’ils emportaient pour expertise (ça, je ne l’ai compris qu’après). Cette vision m’a complètement chamboulée, j’ai fait une crise d’angoisse : hyperventilation, sensation de fourmillement dans une partie de mon visage. Comme nous étions à l’hôpital, j’ai été prise en charge rapidement, on m’a allongée, pris ma tension, donné un demi Lexomil. Je ne sais plus comment nous sommes rentrés, je crois que le compagnon de ma mère nous avait suivi en voiture et que c’est lui qui nous a ramené, mais je suis incapable de m’en souvenir réellement.

seule face à l'eau

Crédits photo (creative commons) : Lee J. Haywood

Les jours qui ont suivi ont été comme irréels. J’ai fonctionné je ne sais comment, il fallait accomplir un certain nombre de démarches, comme prévenir mon employeur de mon absence (c’est une amie que j’ai appelé pour cela, et je l’ai entendu hurler au téléphone d’incrédulité).

Il a fallu également organiser les obsèques. Nous avons décidé de l’inhumer dans sa commune de naissance (à 80 km de chez moi), avec son grand-père. Aussi incroyable que cela paraisse, quelques jours avant l’accident, il avait justement eu une discussion avec ses parents, durant laquelle il leur avait précisé qu’il préférait être incinéré. Inutile de préciser que ça a pas mal chamboulé ma belle-mère…

Nous nous sommes donc rendus dans un funérarium de la commune où il serait inhumé. Je savais comment cela se passait, ayant dû m’occuper des obsèques de mon père 2 ans plus tôt. J’étais donc armée pour le type de questions dérisoires posées pendant l’établissement du devis : « Que voulez-vous comme cercueil ? », « Quelle couleur pour le tissu intérieur ? »… Des considérations quelques peu inutiles dans le cas d’une incinération.

Puis est arrivé le moment de fixer la date de la cérémonie. Il y avait une légère contrainte liée au rapatriement du corps, et je crois que la première date disponible était un vendredi. Cela convenait, de toute façon, je n’avais aucun souhait particulier. Le vendredi a donc été acté. Au moment où la dame des pompes funèbres nous a dit « donc nous organisons tout pour le vendredi 26 juin », j’ai eu un sursaut. En effet, le 26 juin, ce serait notre anniversaire de mariage. Elle s’est sentie gênée, m’a proposé de modifier la date, mais cela n’avait pas d’importance. De toute façon nous ne fêterions plus notre anniversaire de mariage.

Et puis, il a fallu revenir à la réalité… Je t’en parlerais bientôt.

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Commentaires

16   Commentaires Laisser un commentaire ?

stephanie

Très émue de ce témoignage si touchant, je n’ose imaginer les mois qui ont suivi.

A très vite pour la suite.

Stéphanie

le 24/04/2014 à 10h53 | Répondre

angegardien81

La vie nous apporte bien des épreuves et des surprises aussi.
Je n’ai pas eu à vivre les épreuves que vous avez vécu nous avons tous des souffrances à surmonter et quand cela m’arrive J’aime beaucoup me rappeler ce que dis Thich Nhat Hanh, Maitre bouddiste zen: « pas de Lotus sans boue » (en traduction cela veut dire pas de Bonheur sans souffrances).

le 24/04/2014 à 11h29 | Répondre

Delph97485

Histoire très touchante… Chaque fois que mon mari quitte la maison et ne revient pas à « l’heure prévue », j’ai cette hantise… Ce doit être une épreuve plus que difficile à surmonter et pour laquelle il doit falloir être très entourée.
Je vous souhaite bon courage pour la suite avec votre fils

le 24/04/2014 à 13h18 | Répondre

babouchka (voir son site)

Suis toute retournée, merci pour ce partage,
c’est important merci

le 24/04/2014 à 13h53 | Répondre

Laura

Quel touchant témoignage…qui me parle tellement et me glace le sang.
Mon homme fait de la moto, la peur m’envahit chaque fois que je le vois partir… Seulement je ne peux pas le priver de sa passion. Pourtant les accidents de moto ont marqué notre famille: mon frère qui aurait pu perdre sa jambe, un cousin qui lui l’a perdue, une tante de ma belle sœur qui a trouvé la mort…
C’est chaque fois une épreuve de le voir s’en aller seul au guidon de sa moto. Il m’arrive même parfois après son départ je vous l’avoue, de réfléchir « et si…? » Seulement le danger est partout, pas seulement sur une moto…
Je ne sais quoi te dire…un drame horrible quand il nous touche…

le 24/04/2014 à 14h36 | Répondre

myrabelle

Euh ben, ya pas que des articles légers et sympas sous notre toit… :/ c’est tragique, dramatique, et ca a du etre drolement dur… 6 ans plus tard, j’espère d’une part que tu as pu te relever, et d’autres part que la vie te parait un peu plus douce aujourd’hui (et que ca ne t’a pas trop retournée d’en parler…) En tous les cas, merci pour ce beau témoignage…

le 24/04/2014 à 14h47 | Répondre

Cécile

Témoignage très touchant !!!! Merci de partager ça avec nous !!! J’ai hâte de te lire de nouveau pour savoir comment tu as géré les semaines et mois qui ont suivit !! A très vite !!

le 24/04/2014 à 15h56 | Répondre

Sonia

Très émue.

le 24/04/2014 à 16h26 | Répondre

Anne-Charlotte (voir son site)

Toute remuée à la lecture de ton histoire Edwen, quel courage tu as du avoir pour surmonter tout ça. J’espère en tout cas que la vie t’a apporté depuis beaucoup de réconfort et de bonheur (je n’ne doute pas avec ton mariage qui approche!). Merci de ton témoignage et vraiment hâte d’en savoir plus sur la suite de ton histoire (et de ton mariage!).

le 24/04/2014 à 16h50 | Répondre

Laura (voir son site)

Mon Dieu que cet article est poignant. J’en ai les larmes aux yeux.
Je suis moi même jeune mariée depuis quelques mois, et je n’imagine pas une seconde l’effondrement que cela doit être.
J’espère de tout coeur que vous allez mieux, que vous avez pu malgré tout avancer…

le 24/04/2014 à 17h22 | Répondre

Enzo

Tres touchant!!

le 25/04/2014 à 03h08 | Répondre

Mimi

Terrible article qui m’a bouleversé. Mon homme a été motard. Trois accidents, en quelques années, heureusement sans gravité par la chance d’un ensemble de hasards, l’a, pour mon grand plaisir et ma sérénité, convaincu d’arrêter.
Quel courage il faut pour vivre de telles tragédies, et je me réjouis pour toi d’avoir retrouvé le bonheur.

le 25/04/2014 à 08h55 | Répondre

Urbanie

C’est un témoignage très touchant que tu nous as livré, plein de sincérité et de justesse. <3

le 25/04/2014 à 10h27 | Répondre

Carmen

Quel cauchemar vous avez du vivre, mon futur mari est motard, et je connais les risques de ce genre, mais comment les priver de leurs passions?!En tout cas merci pour le témoignage et je vous souhaites plein de douceur et de bonheur pour le futur!

le 28/04/2014 à 14h25 | Répondre

Amel

Merci pour ce témoignage. J’ai 24 ans avec une petite fille de 18 mois et j’ai perdu mon compagnon il y as 10 mois. Sa fait du bien de savoir qu’on est pas seul a vivre ce genre de situation même si je le souhaite à personne. Avec les fêtes de fin d’années qui approche j’ai besoin de savoir que cet épreuve est surmontable. Encore merci pour ce beau temoignage.

le 03/12/2014 à 10h38 | Répondre

bosq

Ce témoignage est si touchant et si réel. J’ai perdu mon mari dans un accident de moto. J’étais alors enceinte. C’est dur de se dire que mon bébé ne connaîtra son père qu’à travers des photos et vidéo. J’ai lu plusieurs commentaires de femmes qui explique que leurs compagnons est motard et qu’elles ne veulent pas leur interdire leur passion. Mais la véritable question voulez vous les autoriser à vivre. Je n’ai rien contre la moto bien au contraire mais les automobilistes sont trop je m’en foutiste face aux motards. C’est juste un motard. Prennez soin d’eux avant qu’il ne soit trop tard.

le 29/03/2015 à 11h35 | Répondre

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