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Écologie et féminisme, même combat ?


Publié le 8 octobre 2019 par Padma

Être écolo quand on court après le temps

Pour beaucoup, adopter des gestes éco-citoyens représente un investissement en temps qu’il est difficile à intégrer dans un quotidien déjà surchargé. J’ai lu récemment un article qui parlait de cette charge mentale supplémentaire pour les femmes que ces nouvelles exigences. Il ne faut plus seulement que la maison soit propre, le repas fait maison et les enfants élevés avec la dose adéquate de stimulation intellectuelle et sportive, mais il faut, en plus de cette liste non exhaustive, ajouter le fait de faire ses courses en vrac, de passer aux couches lavables, de ne plus prendre la voiture, et j’en passe. Beaucoup de ces gestes sont chronophages, et de plus, comme les femmes sont encore trop souvent chargées des tâches du quotidien, c’est à elles que revient d’intégrer ces nouveaux impératifs. J’ai souvent entendu dire : « On a choisi les couches lavables. Enfin, mon mari n’était pas très motivé, mais je lui ai dit que je gérais. »

Faut-il pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain ? Faut-il faire une croix sur tous ces gestes écolo sous prétexte que c’est une nouvelle forme d’aliénation de la femme ?

Évidemment, en tant qu’écolo, j’aurais bien envie de dire non. Mais ça pose une vraie question, qui pour moi est au cœur même de ce combat écologique, et qui montre à quel point le problème est systémique. Se contenter de lutter contre le réchauffement climatique, c’est traiter le problème sans regarder à la racine ce qui l’a causé. On sait aujourd’hui que les émissions de gaz à effet de serre sont produites en majorité par les pays riches, et que les populations les plus pauvres seront celles qui seront impactées en premier lieu par les conséquences de ce dérèglement climatique. Dès lors, on ne peut pas lutter contre celui-ci si on ne lutte pas également contre les inégalités.

Crédit photo (creative commons) : Sasint

Et l’inégalité hommes femmes, qui se traduit entre autre par le fait que la majorité des tâches ménagères est encore assumée par la femme, est l’une de celle que nous devons adresser en priorité pour espérer remettre un peu d’équilibre dans la balance. Les hommes doivent prendre leur part au sein du foyer pour permettre de revoir son fonctionnement et d’adopter des pratiques plus vertueuses. Alors oui, j’ai cette double casquette de féministe et d’écologiste, qui me rend deux fois plus enquiquineuse (pour rester polie) aux yeux de certains. Ces deux tendances actuelles sont tellement liées d’ailleurs qu’on a élaboré le concept d’écoféminisme.

L’écoféminisme

L’écoféminisme, c’est quoi ? Je l’ai un peu résumé déjà : on fera aussi avancer la lutte écologique en réduisant les inégalités hommes femmes dans la gestion du foyer (et ailleurs) pour que ce soit plus facile d’inventer un quotidien éco-responsable.

Mais j’ai aussi envie de rajouter ceci : on a associé à la masculinité les valeurs de conquête, de domination, et au féminin, la protection du foyer, la terre nourricière, la reproduction. L’homme a largement pillé les ressources à sa disposition. Il a considéré le monde comme un grand réservoir où il pouvait puiser à sa guise, et a accumulé les richesses, les terres, tout ce qui était à disposition. C’est précisément ceci qui cause aujourd’hui notre perte : cette vision conquérante et dominatrice du monde. Peut-être faut-il promouvoir davantage les valeurs associées à la féminité : préserver notre foyer pour fournir à nos descendants un abri, de la nourriture, un lieu où grandir en toute sécurité. Remettre de la coopération, de l’entraide, de la solidarité, dans une société où l’on a trop mis en avant l’individualisme, la promotion de l’ego, la compétition. Il ne s’agit pas d’essentialiser les genres et de cantonner chaque sexe à une vision sociale figée, mais de rééquilibrer les forces pour que ce ne soit plus le plus fort qui gagne à la fin mais l’intérêt de tous.

La révolutionnaire en moi aurait bien envie de dire : bon, les gars. Vous avez bien mis le bazar depuis des milliers d’années. Et si on laissait faire les femmes, maintenant ? Mais je sens que je ne vais pas me faire d’amis 😉

Et toi ? Penses-tu que l’écologie est souvent portée par les femmes ? Qui s’occupe en majorité des gestes écolos dans ton foyer ? Et comment faire pour équilibrer tout ça ?

Commentaires

14   Commentaires Laisser un commentaire ?

sarah

Je confirme, l’écolo en pratique de la famille c’est moi. Mais paradoxalement c’est mon mari qui soutient le plus les thèses de la collapsologie. (Sauf que lui se dit, foutu pour foutu, j’en profite). Et comme je suis tout à fait consciente que ma charge mentale ne ferais qu’augmenter avec des enfants, et qu’en plus je considère que le combat écolo est plus important que la sauvegarde de l’espèce humaine au moins pas d’enfants ça résout pas mal de problèmes 🙂

le 08/10/2019 à 08h27 | Répondre

Padma

C’est en effet une solution, radicale mais efficace !

le 08/10/2019 à 11h00 | Répondre

Colombine

Je me sens souvent en décalage avec cette idée d’inégalité homme/femme à la maison. J’ai la chance énorme d’avoir un mari qui participe aux tâches ménagères et de la maison. Il cuisine et fait plus de ménage que moi. Il est complètement autonome et n’a pas besoin que je lui dise qu’il est temps de faire une machine de linge ou d’aller acheter du lait.

Forcément, ça influe sur notre manière d’envisager l’écologie dans notre quotidien. C’est lui qui est le plus motivé pour y passer même si je suis complètement d’accord avec cette démarche. Il impulse et on fait les efforts tous les 2, et ça ne repose pas uniquement moi. J’aurais du mal à avoir une démarche où je suis la seule à faire des efforts !

le 08/10/2019 à 10h01 | Répondre

Lo

exactement pareil ici ! j’aurais pu écrire la même chose ! j’ajouterais juste que c’est dommage qu’on considère que c’est avoir de la chance d’avoir un mari/conjoint comme ca- ca devrait juste être normal

le 08/10/2019 à 10h54 | Répondre

Padma

Tout à fait ! J’ai moi aussi un mari très impliqué et c’est aussi grâce à ça que je peux m’investir et adopter des pratiques écolo dans notre quotidien.
Mais j’ai des amies qui portent l’essentiel de la charge mentale et du fonctionnement de la maison. Elles sont souvent épuisées. Et c’est compliqué pour elles de se rajouter les contraintes d’une démarche zéro déchet, cuisine maison, courses au marché le samedi matin / vrac, et j’en passe. On ne peut pas leur jeter la pierre non plus. Parfois même, ça les culpabilise de ne pas pouvoir répondre à ces nouvelles injonctions.
L’idéal serait donc que ce fonctionnement égalitaire qui est quand même présent (et heureusement) dans quelques couples, soit la norme.

le 08/10/2019 à 11h06 | Répondre

Madame Parenthèses

Ici, la charge mentale ne repose pas uniquement sur moi (et c’est… normal en fait !), mais c’est souvent moi qui propose des démarches plus écologiques (manger moins de viande, passer au savon/shampoing solide…). Le problème vient davantage du fait que Monsieur ne valide pas si ce n’est pas aussi « bien » que la solution précédente (pratique, bon goût… les critères sont multiples ! ^^) et c’est parfois dur de lui faire valider ! Après, ça lui arrive également de proposer de nouvelles approches. Mais je suis celle qui s’informe le plus sur la démarche écologique (en même temps, lire des tonnes d’articles sur le sujet ne me dérange pas, donc finalement…).

Je suis d’accord avec ton article sur l’idée que la vision individualisée du monde est sûrement la cause de pas mal de problèmes actuels. L’humanité a besoin de personnes qui ne pensent pas en priorité à leur intérêt personnel (mais c’est compliqué, même avec les meilleures intentions du monde !).

le 08/10/2019 à 10h39 | Répondre

Padma

Oui on a le même genre de mari 😀
Il y a le critère financier aussi qui revient. Personnellement, j’aimerais passer au végétarisme mais ça ne passe pas auprès de mon mari qui n’envisage pas un repas sans viande alors on a trouvé un compromis. J’impose quelques repas végétariens par semaine et je fais l’impasse sur la viande pour moi dès que c’est possible. Dans tous les cas, je trouve que changer de façon graduelle est une bonne optique. Petit à petit, on les a à l’usure ! Et ça m’évite de me mettre trop de pression. Si j’arrive à incorporer un petit truc dans notre quotidien, c’est très bien, mais je n’ai pas vocation à être parfaite. Sinon, ça devient trop lourd à porter pour tout le monde.

le 08/10/2019 à 11h14 | Répondre

Bleuvert

Merci pour cet article, c’est un sujet très intéressant et complexe! Je me reconnais bien dans ce tiraillement entre mes valeurs féministes et écologistes. Elles ne devraient pourtant pas être contradictoires mais c’est vrai que c’est moi qui ai proposé, utilisé puis abandonné les couches lavables, qui me mettais la pression pour avoir des purées maison, pour faire notre lessive et le produit lave vaisselle… Donc c’est mon temps personnel qui en pâtissait.
J’ai lâché un peu la pression (et le fait main du coup), mais la culpabilité m’assaille, alors que mon conjoint n’en éprouve aucune…
Je vous joins ici un lien d’un article passionnant sur le sujet : http://www.slate.fr/story/180714/ecologie-feminisme-alienation-charge-morale
Bonne lecture!

le 08/10/2019 à 10h58 | Répondre

Padma

Oui c’est de cet article que je parle au début du mien. Il est passionnant en effet et m’a fait me poser pas mal de questions.
Je comprends bien ce sentiment de culpabilité. Je crois qu’en tant que femme on a souvent l’impression de ne pas en faire assez, pour sa maison, pour ses enfants. C’est aussi quelque chose que mon mari ne ressent pas du tout !
Je crois qu’il faut qu’on arrive à trouver le bon équilibre pour se sentir en accord avec soi-même. C’est dur et ça demande des ajustements, un certain lâcher prise… Mais c’est possible.
Et puis, je prépare un article sur les petits gestes qu’on peut adopter quand on a pas beaucoup de temps 🙂

le 08/10/2019 à 11h22 | Répondre

Welna

Ah, cet article en préparation m’intéresse ! Je ne me sens pas très féministe (je suis de celles qui en font beaucoup à la maison, mais parce que sinon, ce n’est « pas bien fait » …), pas très écolo non plus (je ne sais pas par quoi commencer, mais je ne prends plus ma voiture pour aller au travail par exemple), mais concernée quand même par les deux causes … Et j’ai peu de temps 😀

le 08/10/2019 à 16h16 | Répondre

Padma

Super, ça m’encourage à l’écrire !

le 09/10/2019 à 10h18 | Répondre

Pippa (voir son site)

Merci pour cet article.

J’envisageais de rédiger un article sur les concepts d’écofeminisme suite à la lecture d’un essai de Starhawk… mais tu m’as devancé.

Féminisme et antispécisme sont 2 luttes, qui menées conjointement, pourraient vraiment changer l’état de notre terre et ses habitants.

J’ai fait une overdose du mouvement « zero déchet », entre culpabilisation, charge mentale accrue et consumérisme indécent (« achète une paille en inox pour sauver les tortues et ta bonne conscience » lolilol).

Merci encore pour ton article qui fait du bien.

le 08/10/2019 à 20h26 | Répondre

Padma

Oui je te rejoins sur le zéro déchet. Je n’accroche pas trop car il y a un côté obsessionnel qui frise la culpabilisation et l’autoflagellation. Même si tout n’est pas à jeter à la poubelle 😀

le 09/10/2019 à 10h22 | Répondre

Miss Chat

Je trouve que l’antispécisme est un des mouvements les plus culpabilisateurs qu’il m’aie été donné de voir… et il ne me donne par conséquent pas du tout envie de me pencher dessus !

le 09/10/2019 à 17h02 | Répondre

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