Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien chez soi !

J’ai été actrice


Publié le 23 septembre 2019 par Bibi

De mes 18 ans à mes 29 ans, j’ai poursuivi une carrière dans le théâtre. Malgré des hauts et des bas, pendant un moment, quand on me demandait ce que je faisais, je répondais « actrice ». Je n’étais pas une star du cinéma et je ne roulais pas sur l’or, mais j’en vivais. Alors, qu’est-ce que ça donne, derrière les coulisses?

Photo de Audrey Hepburn en noir et blanc

Crédit photo (creative commons): skeeze / Pixabay 

Comment ça a commencé

J’étais très timide, petite. C’était presque maladif. Du coup, pour exorciser ce démon, ma maman m’a inscrite à un cours de théâtre quand j’avais 13 ans. Résultat: je suis toujours timide… Mais j’ai chopé le virus! J’ai continué dans mon groupe amateur à la MJC, puis intégré la troupe du lycée… et quand est arrivée la fameuse question: que faire après le bac? une seule réponse me paraissait valide: actrice.

Ce n’est pas la gloire qui m’attirait, l’espoir d’être reconnue dans la rue, non, ce que j’adorais par-dessus tout, c’était l’art d’être quelqu’un d’autre. J’adore me glisser dans un personnage, utiliser mon corps et ma voix pour le faire vivre. Je raffole éprouver des émotions intenses dans le confort de la scène. Découvrir un texte et le fouiller pour comprendre ce qui se dit, mais aussi ce qui ne se dit pas. J’aime le challenge de faire rire, pleurer, ou simplement parler aux gens face à la scène. Et je voulais absolument faire ça toute ma vie.

Crédit photo (creative commons): rawpixel 

Bon, tout le monde sait qu’actrice, ça ne gagne pas très bien sa vie au début, donc j’ai fait mes études dans un premier temps, pour avoir un diplôme (mais dans le monde de la culture!). Je continuais avec mes troupes amateurs à côté, j’ai même décroché un contrat de publicité qui m’a permis de me payer mon école de théâtre ensuite. Puis je me suis lancée dans le grand bain.

Mon parcours

Ma licence en poche, j’ai intégré une école de théâtre, qui était pluridisciplinaire: non seulement il y avait des cours de théâtre et tout ce qui va avec (diction, histoire du théâtre, mime…), mais il y avait aussi du chant et de la danse. Pendant 2 ans j’ai appris les cordes, tout en travaillant à côté (il faut bien payer son loyer!) et en postulant à des castings. J’ai intégré quelques projets (que j’ai donc fait en plus des cours, du boulot et des castings, eh oui mes journées étaient chargées), ce qui m’a permis de monter un réseau.

La sortie de l’école a été tout à la fois dure et libératrice. Avec quelques copines de la même promo, nous avions écrit une comédie. C’était le moyen parfait pour ne pas passer son temps à courir les castings: se créer nous-mêmes nos rôles! Et après quelques showcases, nous avons eu la chance d’intéresser un théâtre parisien. Au final, cette pièce pour laquelle nous étions auteur, metteurs en scène, comédiennes, costumières, décoratrices, productrices, et parfois éclairagistes, c’était notre petit bébé. Et nous avons pu la jouer plus de 100 fois devant un public parisien! C’était pour moi la meilleure période de ma carrière: sur scène 6 jours sur 7 avec un projet que j’adorais, avec une troupe soudée et un public au rendez-vous. Je ne payais toujours pas mon loyer avec ça (eh oui, quand on est aussi productrice, on ne se paye pas).

Crédit photo (creative commons): David Mark 

Ce n’est que l’année suivante, après avoir joué au théâtre, fait de la figuration, de la voix-off, animé des anniversaires déguisée en fée (ou, une fois que je préfère oublier, en Obélix) que j’ai obtenu le statut si convoité d’intermittente du spectacle. Je suis apparue dans des clips, des courts-métrages, des spectacles de danse, des festivals. Bref, j’ai été très occupée. C’était une vie à 100 à l’heure, où chaque jour était différent et où j’ai accumulé des expériences chacune plus riche que l’autre.

Un super-pouvoir

Les deux questions que l’on me pose le plus souvent, quand j’évoque mon ancienne carrière sont : « dans quoi je t’ai vu? » Et « tu peux pleurer sur commande? »

Pour répondre à la première question, j’ai été actrice de théâtre. Actrice de cinéma, c’est un autre genre de boulot. J’ai bien sûr fait de la figuration ou tourné quelques courts-métrages. Si tu es très attentive, tu peux me voir quelque part dans le fond d’une scène de l’Attrape-Cœurs ou de Midnight in Paris. Du coup, je n’ai jamais été reconnue dans la rue. Il m’est arrivé, une fois, de croiser quelqu’un en soirée qui m’avait vu sur scène. Et même si le moment était très cool, il manquait du glamour d’un tapis rouge.

Crédit photo: Hermann Traub

Pour répondre à la deuxième question, oui, je peux pleurer sur commande. Pas besoin d’évoquer le souvenir de mon chien mort quand j’avais 12 ans, ou d’imaginer quelque tragédie. J’ai trouvé un truc tout simple, une réaction physique, qui me fait monter les larmes aux yeux. Si je suis dans une situation qui le demande, les larmes coulent toutes seules. Cela n’a rien d’extraordinaire. Et pour anticiper ta prochaine question, je ne m’en suis jamais servi autre part que sur scène : c’est un super-pouvoir qui ne doit être utilisé que pour le bien!

Ce que je n’aimais pas

Etre sur scène m’enchantait. Répéter, et chercher le meilleur positionnement, la bonne gestuelle, l’intonation juste, c’était passionnant. Mais malheureusement, quand on est actrice, ce n’est pas à ça que l’on passe ses journées. Non, on tape aux portes des agences, on se prépare pour des auditions, on apprend l’escrime pour un rôle que l’on espère avoir, on rencontre un jeune photographe qui accepte de faire des photos de book pour pas cher… On passe aussi pas mal de temps à Pole Emploi. Et la plupart du temps, le contrat que l’on décroche est soit non rémunéré, soit seulement pour quelques jours.

C’est ce que tout le monde te dit: tu vas galérer. Et c’est effectivement extrêmement galère. En fait, c’est comme être perpétuellement au chômage, mais avec une question d’ego en plus. Non seulement tu n’as pas le job, mais régulièrement c’est une question de physique. J’ai eu le droit, une fois, à un casting, d’entendre le directeur dire, avant même que je dise « bonjour », : « pas celle-là, elle est trop grosse ». Forcément, le moral en prend un coup. C’est difficile de se remotiver après une audition ratée. De sourire à une énième projection parce qu’il faut « étendre son réseau ». Et trouver la motivation pour faire ça tous les jours, même quand tu as déjà décroché un contrat (bah oui, la majorité des pièces ont des contrats sur 3-4 mois, il faut anticiper). C’est difficile. Voire parfois impossible, quand ça fait plusieurs mois que tu n’as pas travaillé et que chaque essai est un échec.

Crédit photo (creative commons): Christos Giakkas 

Je suis donc arrivée proche de ma trentième année à complètement remettre en question ma carrière. Je n’aimais pas 60% de ce que je faisais, je n’aimais pas les gens que j’y côtoyais, et ma confiance en moi avait pris de sacres coups. Je venais aussi d’emménager avec l’homme que j’allais ensuite épouser, et commençait sérieusement à vouloir me poser.

L’intermittence tient bien son nom: d’un mois à l’autre, d’un jour à l’autre, on ne sait pas ce que l’on va faire, combien on va gagner ou quel sera le prochain projet. J’ai donc toujours eu un petit boulot à côté, de préférence le matin pour pouvoir si besoin être sur scène le soir. Une actrice rentre très souvent à la maison après minuit. Ou part en tournée pendant 3 mois à dormir dans des hôtels. Je l’ai fait, et c’était une expérience extraordinaire et très riche, mais je voulais avoir une vie plus stable, avec mon homme. J’étais fatiguée des incertitudes et envisageait une reconversion dans un autre milieu.

C’est pendant une période très creuse, ou je n’avais pas décroché un casting depuis plus de 4 mois, et que je me demandais ce que j’allais faire si cela continuait, que mon chéri me demande si j’aimerai vivre en Suède. Après un instant de réflexion, j’ai accepté.

Bilan

Je ne regrette absolument pas cette dizaine d’années passée sur les planches ou pas loin d’elles. C’est quelque chose que je considère avec fierté et mélancolie. Les planches me manquent, mais j’ai récemment intégré une petite troupe amateur qui me donnent mon shoot hebdomadaire de jeu.

Aujourd’hui, je travaille dans l’informatique. Un milieu complètement diffèrent que je suis contente d’avoir pu intégrer après une reconversion difficile. Je recroise parfois des photos de book ou des amis qui apparaissent dans des films, et je suis ravie pour eux. Mais je suis contente d’avoir tourné la page de ce script et de m’être tournée vers autre chose.

Et toi, tu as vécu une carrière « passion »? Tu es intéressée par le théâtre?

Commentaires

10   Commentaires Laisser un commentaire ?

Marianne

J’ai adoré lire ton article. Je ne connaissais pas du tout ce monde et je comprends tout à fait les raison qui t’ont poussé à changer de carrière.
J’espère que désormais tu te plais dans ta nouvelle vie 🙂

le 23/09/2019 à 12h11 | Répondre

Bibi

Merci ! J’aime beaucoup ma nouvelle vie, dés que j’aurais trouvé un travail ça sera parfait..

le 23/09/2019 à 16h38 | Répondre

Madame Colombe

Quel bel article!
J’ai vécu moi aussi une carrière passion. J’ai été formatrice pendant 11 ans avant de raccrocher.
Trop de contrats précaires et d’instabilité professionnelle. Et surtout ma rencontre avec mon cher et tendre en CDI et l’envie de se poser.
Je travaille dans un tout autre domaine aujourd’hui ,en CDI. Mon ancien métier me manque, mais je ne regrette pas ce changement qui a conditionné ma vie actuelle: mariage, projet immobilier.. Je suis admirative de votre parcours car j’adore le théâtre!!

le 23/09/2019 à 12h19 | Répondre

Bibi

Merci ! Comme je comprends l’envie de se poser ! C’est quelque chose qu’a 20 ans je pensais ne jamais ressentir, mais arrivé 30 ans j’ai moins fait la maligne… C’est super que vous soyez heureuse dans votre nouvelle vie, même si c’est bien normal que votre première vocation vous manque.

le 23/09/2019 à 16h41 | Répondre

MlleMora

Bravo pour ta persévérance, et cela restera une expérience qui t’aura forgée.
J’ai suivi le même parcours que toi au début, et j’ai commencé une école de théâtre parisienne, mais au bout que quelques mois, j’ai compris que je supporterai pas toute la partie réseau, taper aux portes etc, alors même si j’adorais jouer je me suis concentrée sur mes études et j’ai choisi un style de vie plus « sûr » même si au départ ça ne me faisait pas peur de « galérer ».
Je ne regrette pas mon choix car j’ai donné une chance à cette voie mais je pense que je ne m’y serai pas épanouie.
J’espère qu’à présent ta nouvelle vie t’apporte ce que l’ancienne ne pouvait t’offrir.
Pour ma part, je n’ai pas osé reprendre le théâtre depuis 4 ans maintenant… je me sens trop vieille !!

le 23/09/2019 à 13h03 | Répondre

Bibi

On n’est jamais trop vieille pour du théâtre! Au contraire, pleins de nouveaux rôles s’offrent a toi… C’est peut-être même l’occasion de te sentir plus jeune 😉

le 23/09/2019 à 16h45 | Répondre

Cacy

Article très intéressant. On n’imagine rarement le côté réseau et tapage aux portes. On imagine juste quelques castings avant le rôle miracle.
Au final, je trouve que ca ressemble un peu à pas mal de boulot. On fait 30% de tâches intéressantes et importantes et le reste c’est courir après la direction pour avoir le budget, convaincre son chef que notre idée est bonne, faire des rapports que personnes ne lira…

Par contre, je pensais que pour le théâtre on disait comédienne et pas actrice.
Ça me manque bien le théâtre depuis que je suis en Suède.

le 23/09/2019 à 17h38 | Répondre

Bibi

Pour le théâtre, on dit effectivement comédienne, mais on peut dire actrice pour les deux. J’ai toujours trouvé « comédienne » un peu pompeux personnellement, et comme j’ai fait des trucs devant la caméra aussi je préfère utiliser actrice.

le 26/09/2019 à 07h01 | Répondre

Raphaelle

C’est super intéressant, merci de partager ton parcours! Tu as lancé ta reconversion depuis la suede du coup? Tu as fais des etudes là bas? En suédois?

le 25/09/2019 à 16h20 | Répondre

Bibi

Merci !! Oui, du coup je me suis reconvertie en Suède : j’ai d’abord appris la langue, puis pris des cours à moitié en anglais et à moitié en suédois….

le 26/09/2019 à 07h02 | Répondre

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