Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien chez soi !

Qu’est-ce que ça veut dire, être féministe, de nos jours ?


Publié le 26 juillet 2016 par Madame Givrée

J’étais en train d’écouter ce podcast de la BBC (attention, c’est en anglais !) ce matin, en short sale et débardeur, dans mon cellier en train de faire des enduits (et d’en mettre dans mes cheveux) (ça plante le décor, ça, non ?), quand je me suis posé ces questions : qu’est-ce que ça veut dire, être féministe, de nos jours ? Qu’est-ce qui restera pour les générations futures ? Quel est mon engagement ? Qu’est-ce qui fait de moi une féministe ? Est-ce que ce n’est pas un peu facile de me dire que « si je crois en l’égalité entre les hommes et les femmes, je suis féministe » ? Est-ce que ce n’est pas un peu… se reposer sur les acquis des générations précédentes ?

Comme le dit Jane Garvey au début de l’émission, ça fait cent cinquante ans que Millicent Fawcett et d’autres militantes ont remis leur requête pour le vote des femmes au Parlement britannique. Depuis, on a identifié trois ou quatre vagues de féminisme. Il paraît que nous sommes au début de la quatrième vague. Mais qu’est-ce que ça veut dire, concrètement, pour moi, pour toi ?

Féminisme aujourd'hui

Crédits photo (creative commons) : bandita

On a toutes entendu parler de ces femmes qui, au début du vingtième siècle, se battaient pour le droit de vote des femmes. Les Suffragettes sont connues partout dans le monde. On a toutes des images qui nous viennent : des manifestations, des femmes emprisonnées, des grèves de la faim. Emmeline Pankhurst. Les mouvements ouvriers. Tout ça éveille des souvenirs de films/séries/pages de manuels d’histoire. Je pense qu’on a toutes été amenées à se demander, un jour ou l’autre, ce qu’on aurait fait si on avait vécu à cette époque.

Je suis une personne qui n’aime pas faire de vagues. Si je peux, j’évite le conflit. Je ne vais pas manifester, même quand un sujet me tient à cœur. Qu’est-ce que j’aurais fait, si j’avais été une contemporaine d’Emmeline Pankhurst ? Je serais sûrement restée chez moi, avec mes opinions, comme je le fais maintenant. Internet rend les choses tellement plus faciles (et confuses) !

La seconde partie du vingtième siècle est également marquée par de gros changements. La contraception. Les femmes sur le marché du travail. Les femmes dans les universités (les premières femmes de la classe ouvrière à aller à l’université au Royaume-Uni y sont allées… dans les années 60). On a toutes une mère/tante/grand-mère qui nous a déjà raconté le moment où elle a eu le droit d’ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de son mari. On parle encore du divorce, de l’avortement. On se souvient des années 80, de l’apparition de la notion d’intersectionnalité entre diverses oppressions : sexe, classe, couleur de peau, orientation sexuelle…

Mais qu’est-ce qui restera aux générations futures des années 2010 ? Est-ce que les générations futures se souviendront de Hillary Clinton et de ce qu’elle disait sur l’égalité salariale ? Et quid de ces innombrables articles de blog ? Est-ce que ça fait de moi une féministe, si tous les jours, je relaie sur ma page Facebook des articles, vidéos, tweets féministes ? Qu’est-ce que je peux faire de plus ? Qu’est-ce qui nous tient à cœur ?

Je pense que nous avons une question à nous poser. Nous, la génération Internet, celle qui se bat à coup de commentaires sur Facebook, de tweets et retweets, de partages et d’abonnements sur Instagram, de conversations sur les blogs. Qu’est-ce que nous accomplissons ? Est-ce que la politique est la réponse ? Est-ce que répondre aux innombrables commentaires qui inondent la toile sert réellement à quelque chose ?

Je lisais l’autre jour un article sur ce garçon d’une université américaine qui a agressé sexuellement une fille, et a été condamné à une peine ridicule. J’ai lu la lettre de la victime en entier. À la fin de ma lecture, j’avais vaguement la nausée. J’ai partagé les articles sur ma page Facebook. Trois personnes ont réagi, une a commenté : un smiley qui vomit. Je me suis demandé : est-ce que ça me mène réellement quelque part, de partager tout ça sur mon mur ? Qui lit réellement ce que je partage ? Les personnes déjà sensibilisées à la question ? Est-ce vraiment utile ?

J’ai parfois l’impression de me reposer sur mes lauriers. De profiter de ce que les générations précédentes m’ont permis d’avoir : le droit de voter, d’avoir un moyen de contraception, de faire ce que je veux de mon argent, de me marier, ou pas, de divorcer, ou pas, d’avorter, ou pas, d’avoir un enfant, ou deux, ou trois, ou pas du tout, de sortir quand je veux, d’aller où je veux, de conduire une voiture, ou pas, d’être assise sur cette chaise à parler d’un sujet qui me tient à cœur en buvant un thé, en robe, les jambes à l’air, ou pas. Je ne peux pas faire la liste complète de toutes ces choses que j’ai grâce à des personnes qui se sont engagées. Mais moi, qu’est-ce que je fais ?

J’ai renoncé à répondre aux hommes (principalement) qui postent des commentaires sous les vidéos de Huffington Post Women (entre autres).

Tout à l’heure, un homme a posté le commentaire suivant sous une vidéo qui comparait le nombre de femmes employées par Hillary Clinton et le nombre de celles employées par Donald Trump, leur salaire, et le vocabulaire emprunté pour parler d’elles : « Vous savez, c’est pour ça que personne ne prend le féminisme moderne au sérieux. Vous utilisez la même logique tordue pour l’égalité salariale, mais vous comparez le salaire des hommes sans prendre en compte d’autres facteurs, et vous jouez à comparer Clinton et Trump parce que vous savez que vous n’avez aucun argument à avancer contre Trump lui-même. »

J’aurais pu répondre. Mais je ne l’ai pas fait. Le net déborde d’opinions, de commentaires du même type. À quoi bon ? Puisque de toute façon, la plupart des conversations se terminent par : « Rien de ce que tu pourras dire ne me fera changer d’avis. »

Est-ce qu’éduquer tes enfants, leur apprendre que nous sommes tous égaux, fait de toi une féministe ? Est-ce qu’autoriser ton fils à jouer avec un jouet rose fait de toi une féministe ? Est-ce qu’apprendre à ton fils à ne pas violer, lui apprendre ce que c’est que le consentement, apprendre à ta fille qu’elle a le droit de faire ce qu’elle veut de son corps fait de toi une féministe ? Et à l’inverse, est-ce que ne PAS apprendre ces choses à ses enfants est anti-féministe ? Est-ce qu’habiller ta fille en princesse, en rose, en paillettes, fait de toi une anti-féministe ?

Qu’est-ce qui va faire avancer notre époque ? Et quid de l’école ? Est-ce qu’un enseignement engagé (Madame Sourire en parle dans cet article) fait de moi une féministe ?

Je suis professeur d’anglais. Quand nous parlons des tâches ménagères, j’essaie de trouver des documents dans lesquels les hommes et les femmes partagent les tâches (et je ne te raconte pas la difficulté pour trouver un témoignage MASCULIN, accessible pour des 6èmes/5èmes, sur le thème des tâches ménagères).

Quand j’aborde le récit de grandes aventures avec mes 4èmes, je fais en sorte d’avoir une parité hommes/femmes (c’est comme ça que cette année, mes élèves ont entendu parler de Jessica Watson, de Cheryl Strayed, de Bhakti Sharma (la première femme d’Asie et la plus jeune à avoir réalisé un record de natation en Antarctique) et de Justine Gosling. Entre autres. Cette liste n’est évidemment pas exhaustive.

Mes 6èmes ont été estomaqués (note le jeu de mots avec la suite !) quand, en début d’année, alors que nous travaillions sur la nourriture (estomaqués, nourriture, ha ha ha !), je leur ai trouvé une fille (une FILLE !!) qui affirmait que son repas préféré était « un cheeseburger, des frites, et une part de cheesecake ». « Mais, Madame, elle n’a pas peur de grossir ? »

Encore une fois, est-ce que ça fait de moi une féministe ?

Et comme je le disais en réunion il n’y a pas si longtemps : le féminisme, ce n’est pas seulement montrer des exemples positifs de filles qui réussissent, ou parler de garçons qui font le ménage (même si c’est un bon début). Comment aller plus loin ? Qu’est-ce qu’on peut faire, au quotidien  ? Quels sont nos grands combats, à nous ? Comment former les générations futures, pour que non seulement elles aient conscience de ce qui est accompli (ou débattu) maintenant, mais qu’en plus, elles reprennent le flambeau ?

Je ne prétends pas avoir la réponse (je commence à me dire que les réponses sont multiples, et propres à chacune), mais j’aimerais avoir ton opinion.

Qu’en penses-tu ? Que fais-tu au quotidien ? Est-ce que tu es engagée ? Si oui, comment ? Et si non, pourquoi ? Viens en discuter…

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

Commentaires

18   Commentaires Laisser un commentaire ?

Virginie

ouch ! la réponse est vaste, tout comme le débat lui-même et le nombre de tes questions. J’imagine qu’il y en a bien d’autres.
A mon sens, il faut reposer les termes du débat : que voulons-nous exactement ? Une égalité de traitement entre hommes et femmes. Jusque-là tout va bien 😉 Sauf que, d’un point de vue biologique, nous ne sommes pas faits pareil 🙂 🙂 🙂 ça commence mal !
Le souci est l’ampleur des images populaires qui vont contre ça. En revanche, aller jusqu’à dire qu’habiller sa fille en rose est anti-féministe me semble incohérent puisque, justement, on devrait pouvoir le faire sans devoir s’en justifier/excuser. Après tout, chacun son délire.
Relayer des choses sur le net; si, ça peut servir. Je le fais pour la cause animale pour ma part (chacun son combat) et je sais que, petit à petit, je touche ceux qui ne s’intéressaient pas tellement à la question. Tu sais, non pas ceux qui ont déjà une opinion quelle qu’elle soit, non, non, ceux qui ne se sont jamais sentis concernés et qui donc ne se sont tout simplement que rarement intéressés à la question. Si tout le monde se sent concerné, ça fait automatiquement plus de monde pour s’en occuper.

Après, je considère que notre vraie valeur ajoutée en tant qu’individu est la trace qu’on laisse sur le monde. C’est-à-dire l’éducation à tes enfants, à tes amis, à tes proches. Petit à petit, ça fera forcément changer les choses.

Après, je dois malheureusement admettre que réduire ce problème à la discrimination des femmes est très réducteur. En fait, c’est un débat beaucoup, beaucoup, beaucoup plus vaste qui pour moi rassemble toutes les discriminations.
Du coup, j’estime que le vrai débat sous-jacent est plutôt le suivant : mais pourquoi nom d’une pipe faut-il toujours qu’on nous mette dans des cases !!!!!!!!!!!!!!!!

le 26/07/2016 à 08h33 | Répondre

Mélimélanie

Alors la tu poses un peu LA question…
Et j’avoue que je n’ai pas du tout de réponse. Même pas un début.

J’ai (et je profite encore) de tous ces droits obtenu pour les femmes dans les dernières décennies. J’évolue dans un monde très (très très) masculin et je revendique mon statut de femme!

Mais j’avoue me retrouver souvent assez démuni quand il s’agit de me battre. Le nombre fait la force et pour le coup je suis souvent seule…

le 26/07/2016 à 09h20 | Répondre

Clette

Je pense que ce qui compte le plus, c’est l’éducation. Des jeunes comme des plus âgés !
Ça peut être notre enfant, à qui on choisit d’apprendre qu’il peut choisir le jouet qu’il souhaite, de la couleur qu’il veut, peu importe qu’il soit dans le rayon fille ou garçon (oui, même ça a un impact !) ,à qui on apprend à respecter l’intégrité physique et mentale des autres, ou un frère qui doit exactement faire le même quota de tâches ménagères que sa sœur, etc. Dans l’éducation des enfants, les petits détails comptent. Encourager sa fille à faire des sports catalogués garçons si ça lui plaît, acheter des chaussons de danse à son fils qui a toujours la bougeotte et veut tester la danse, tout ça paraît anodin mais pas tant appliqué que ça ! (surtout dans le sens de permettre aux garçons de faire des « trucs de filles » , le féminin étant considéré comme dévalorisant par rapport au masculin).
Faire ça, c’est prendre part à former une génération à l’égalité et contre les clichés et préjugés qui ne rendent pas service aux gens. ( je pense notamment aux femmes qui « se doivent » d’être belles, gentilles et plus douces que nos valeureux mâles téméraires, qui ne pleurent pas et sont poilus parce que eux c’est normal ce sont des hommes (et notre ancêtre commun bien poilu tu en fais quoi ??? Nous on descend des vers de terre ??) bon bref j’ai forcé le trait mais honnêtement c’est fou de voir combien de personnes ont assimilé ce genre de ******).
Et plus, dur, éduquer des personnes plus âgées (ou de notre âge). Je bataille toujours contre mon père qui, alors qu’il se déclare féministe, va parfois de son petit commentaire macho qui me fait hérisser les poils. Hé bien ça commence à porter ses fruits  .
Mon mari j’ai rien eu à faire, quand je l’ai rencontré il était plus féministe que moi. (c’est pas mon mari pour rien !!).
Je pense vraiment que c’est l’éducation qui fera que les hommes et femmes politiques prendront des mesures vraiment égalitaires et qu’on aura un vrai impact sur notre société !
Dsl pour le pavé ^^ et bel article 🙂

le 26/07/2016 à 09h23 | Répondre

Swiiixou

Clette, j’adore ce com. Merci !!

le 27/07/2016 à 11h44 | Répondre

Madame D

C’est un très bel article que tu écrit là. Pour ma part, je t’avoue que je mise sur l’education. Quand je rencontre des gens qui se catalogue eux meme, je me rend compte en discutant que c’est surtout du a leur propre education. Je fait très attention a la manière dont j’eduque ma fille. En fait je veux juste qu’elle soit libre de ses choix. Mais je sais que mon « combat » est bien plus facile car mon mari est d’accord avec moi. Et nous avons tous les 2 un travail d’ingenieur et mon mari fait plus de taches menagere que moi (et moi je sors plus que lui) donc on est loin des stéréotypes. Ce qu’elle voit tous les jours va dans le bon sens. Ce qui m’inquiete c’est ce qu’elle ne voit pas. Elle ne voit pas que je suis extremement mal payé par rapport a son pere alors que nous sortons de la meme ecole … elle ne voit pas que quand elle est malade, les chefs de mon mari lui disent « c’est bon Madame D va prendre sa journée pour s’en occuper » … Et ça c’est plus dur de changer ces mentalités …

le 26/07/2016 à 09h43 | Répondre

Flora

Ce sont de très bonnes question aux quelles je n’ai pas vraiment de réponses. Je me considère féministe mais en effet à part débattre avec mon entourage, je ne fais pas grand chose.
C’est vrai que si on regarde ce qui se passe aux USA où les inégalités de salaires c’est dès la sortie de l’université, on se dit qu’on doit beaucoup aux générations passées. Je me rends compte maintenant à quel point c’est important de connaitre l’état du marché du travail et d’avoir une idée réaliste des prétentions salariales.
Pour rebondir sur ce que dit Virginie, nous ne sommes en effet pas faits pareil mais ça ne veut absolument pas dire que nous ne pouvons pas prétendre à une égalité de traitement. L’homme a toujours tendance à vouloir hiérarchiser les traits qui nous différencient. Ainsi l’homme devient mieux que la femme, le blanc mieux que le noir et l’hétéro mieux que l’homo. Mais ce n’est pas la nature qui veut ça ! On pourrait aussi choisir d’exploiter la complémentarité de nos différences…
à une époque, on parlait de force physique pour expliquer l’infériorité des femmes. Maintenant que ce n’est plus un argument, on va plus parler d’instinct maternel et d’horloge biologique (un bon article sur le sujet ici https://www.theguardian.com/society/2016/may/10/foul-reign-of-the-biological-clock).
Sauf que dans la réalité ce qui fait les inégalités hommes/femmes ce n’est pas les 3 mois de congés maternité, mais les années d’éducations d’enfants qui affectent bien plus les carrières des mamans que celles des papas. Et cela n’a rien de biologique !

Personnellement je crois que les bases théoriques d’une société égalitaire ont été posées et que le défis de notre génération est de démontrer que c’est possible. Possible d’avoir une égalité hommes/femmes dans toutes les sphères de la société, possible d’avoir une répartition équitable des tâches ménagères, possible de partager la charge des enfants entre papa et maman, possible d’avoir une carrière et une famille pour les mamans aussi (sans devoir retourner au boulot avant la fin des lochies comme Rachida Dati), possible pour les hommes d’être au foyer si ils en ont envie, possible d’élever ces enfants de la même façon quelque soit leur sexe, possible de devenir qui on veut sans se heurter au plafond de verre à un moment ou à un autre.
Ce n’est peut être pas grand chose mais c’est déjà tout un programme 😉

le 26/07/2016 à 10h08 | Répondre

Louna (voir son site)

Merci pour ce bel article, pour toutes ces questions si justes, si cruellement essentielles maintenant encore, malgré les combats de nos mères, grands-mères et arrière-grand-mères.

J’avoue qu’au fur à et mesure de la lecture, je me sentais de plus en plus démunie.
Je ne peux que me rendre à l’évidence : tu as raison ! Relayer les articles ou témoignages sur les réseaux sociaux, commenter les articles de blogs, ou même éduquer son enfant pour lui donner les bonnes armes face à ce monde stéréotypé, est-ce suffisant ? Est-ce même seulement utile ?

Tout comme toi, je n’ai pas la réponse.
Tout comme toi, j’essaie, à mon échelle, d’avoir un impact sur ce sexisme ordinaire (hier encore, je reprenais un collègue qui disais, devant un petit garçon et une petite fille de 2 ans jouant ensemble, qu’on voyait bien que le garçon était déjà plus attiré par le foot que la fille et que les différences de sexe étaient déjà bien marquées à cet âge-là ! Pourquoi n’a-t-il pas plutôt remarqué que la petite fille était plus à l’aise pour grimper de partout ? Ou que le petit garçon était un vrai bavard ?).
Tout comme toi, je me pose ces questions, et tout comme toi, je ne sais pas quelles réponses y apporter.

le 26/07/2016 à 10h27 | Répondre

Sarah Belmas Photographe (voir son site)

Je vais essayer de faire court.
Nous vivons dans une génération du tout cuit, tout rapide, les infos se noient dans le flot de la surabondance d’articles etc. Tout va vite. Quand tu décris que parfois des gens réagissent avec des smileys qui vomissent, des « like », etc, ça peut être tentant de trouver le concept absolument ridicule. Parfois ça l’est, et c’en est affligeant. Telle est notre génération virtuelle…

Je pense qu’il faut que nous changions les mots que nous employons. Je ne me dirais pas, pour ma part, féministe mais humaniste. Pour nos droits, hommes comme femmes.
En éduquant tes enfants à respecter les femmes, tu fais plus qu’être féministe, tu fais de tes enfants les adultes de demain; des adultes qui prennent en considération l’être humain, la femme.
En partageant un article, tu as ce sentiment que ça ne sert à rien, mais ceux qui ne « partagent » pas ou qui ne « likent » pas auront vus, lus, réfléchis ou pas et auront transmis dans un autre contexte que celui du virtuel. Tu ne sauras jamais quel impact tes mots, tes gestes auront sur le long terme. Et pourtant il existe.

Oui, nous profitons aujourd’hui des droits que l’on a grâce à ces femmes qui se sont battues pour nous, et nous en avons le droit.

Nous transmettons, par le virtuel, par le dialogue, par les échanges. Chaque petite action, aussi insignifiante puisse-t-elle te paraître, a sa valeur et son impact. La preuve, puisque je t’écris ce commentaire, comme les autres personnes qui t’ont écrit et vont t’écrire. Ça a son effet.

Tu es enseignante? Alors profite de ce statut pour sensibiliser tes élèves. Tu peux le faire. Certains retiendront, d’autres pas.

Je finirai en te citant Mère Thérésa:
« Chaque action que nous faisons est une goutte d’eau dans l’océan. Mais si cette goutte n’existait pas, elle manquerait. »

Merci pour cet article.

le 26/07/2016 à 10h58 | Répondre

Die Franzoesin (voir son site)

Je vais sans doute jeter un pavé dans la marre mais je dois dire que je ne comprends pas vraiment le sens de cet article… En effet, d autres se sont battus pour avoir des droits, maintenant on les a, on en profite, on les defend. Mais on ne se bat plus justement parce que dans nos sociétés actuelles (je précise bien) il n y a plus enormement de raisons de nous battre, non ? Bien sur tu vas me dire qu il y a encore beaucoup de chemin à faire pour l egalite salariale par exemple ou l egalite tout court dans le monde. C est vrai. Mais nous sommes quand meme desormais en Europe loin de la situation des femmes du siecle dernier. Donc effectivement, moins dans le combat – et ca me semble « logique »…

le 26/07/2016 à 12h12 | Répondre

Mademoiselle Suisse

Bien sûr, les générations précédentes ont fait un énorme travail mais là où je ne suis pas d’accord, avec toi, c’est que je trouve qu’il y en a beaucoup à faire.
L’égalité salariale? C’est un chantier énorme. Pourquoi, parce qu’on est une femme, on gagne automatiquement moins? C’est de la discrimination pure et simple.
Alors oui, on profite de beaucoup de chose que nos mères, grands-mères n’ont pas eu mais c’est à nous de continuer dans ce sens. Enfin je trouve.
Je suis d’accord avec Sarah, il ne s’agit pas que du droits des femmes mais du droit de chacun à être traiter également.

le 26/07/2016 à 21h08 | Répondre

Louna (voir son site)

Je suis de l’avis de Madame Suisse : tu as raison, nous de beaucoup d’avantages et d’acquis par rapport à nos aïeules, mais je ne trouve pas non plus que nous n’ayons « plus énormément de raisons de nous battre ». C’est moins visible, plus insidieux, ça ne touche pas autant tous les milieux, toutes les femmes, mais il reste encore des discriminations dans nos pays occidentaux (et je ne parle pas du reste du monde, mais je sais que nous sommes d’accord sur ce point ! 😉 ).
Mais du coup, peut-être que le combat à mener doit aussi évoluer ? Faire changer les mentalités, ça ne se fait pas de la même manière que faire changer les lois….!
Bref, vaste sujet ! 🙂

le 28/07/2016 à 09h41 | Répondre

Nya (voir son site)

J’aime beaucoup ta chronique ! Tu abordes des points que je vais toucher dans d’autres parce qu’ils sont fascinants (notamment le procès Brock Turner).
Pour essayer de répondre à ta question… que faire concrètement quand on est féministe ? Comme beaucoup, je suis féministe et le dit haut et fort, mais je ne milite pas dans une association féministe dont les actions auraient une portée qui dépasse mon simple entourage. En revanche, j’aime bien montrer mes convictions par l’exemple, ou ériger mes actions en affirmation politique comme tu préfères. Comme pour mon végétarisme, je profite de mes choix à contre-courant pour ouvrir le débat dès que je peux quand le contexte s’y prête : le fait de ne pas porter de soutif/de bikini/ne pas montrer certaines parties de mon corps, aller à des réunions de famille pas maquillée ou les jambes pas épilées pour provoquer le débat, avoir un langage inclusif qui bat en brèche les stéréotypes (« Tu as pris le nom de ton mari ? » « NOUS n’avons pas changé de nom »), éviter de perpétuer les clichés avec les enfants… J’essaie aussi de reprendre calmement les adultes quand ils disent des horreurs comme « pleure pas mon fils, t’es pas une gonzesse » ou « celle-là, avec sa minijupe, quelle *** » mais je deviens vite la personne qui casse l’ambiance, j’utilise avec modération. Mais il me semble que 1/montrer l’exemple 2/parler quand on a une tribune (et quelle belle tribune que Sous Notre Toit !) est un bon point de départ. J’aime bien bousculer les gens. On pourrait penser que partager, ou écrire, des articles n’est qu’une broutille, mais si on touche ne serait-ce que 10 % des lecteurs, c’est déjà ça. Comme d’autres l’ont dit, tu es prof, c’est une tribune encore plus formidable et tu as le pouvoir de marquer durablement tes élèves.
Je lisais récemment un article où une femme expliquait qu’elle était féministe, que le féminisme prône le choix, et que son choix était de vivre selon une répartition des rôles traditionnelle. Je comprends et respecte son choix, mais il me semble qu’être féministe, c’est vouloir que les choses bougent, vouloir bousculer les acquis et obtenir de nouvelles possibilités (hommes et femmes sont peut-être égaux en droit, mais pas dans les faits ! Loin de là). C’est le fil directeur de ma vision du féminisme en tout cas, et j’essaie de bousculer les mentalités autour de moi du mieux que je peux (c’est-à-dire, probablement pas beaucoup, mais c’est déjà mieux que rien ?).

le 26/07/2016 à 13h28 | Répondre

Nya (voir son site)

Et j’aimerais ajouter que pour combien de Millicent Fawcett et Emmeline Pankhurst qui sont entrées dans l’Histoire, combien y a-t-il eu d’Odette, Josephine, Alice et Marie anonymes qui ont fait bouger les choses à leur façon, même à l’époque où les femmes étaient des mineures sur le plan juridique, en encourageant leurs filles à aller à l’école, en demandant le respect, en menant la vie de leur choix ? Le féminisme ne se résume pas aux grandes avancées juridiques. Nous sommes les féministes anonymes d’aujourd’hui, et nous contribuons à faire changer les choses, une mentalité à la fois.

le 26/07/2016 à 17h32 | Répondre

Swiiixou

Nya, comme d’habitude, tes mots résonnent. <3 (cœur féministe).
Je suis complètement d'accord, je ne crois pas qu'il faille complexer du féminisme ordinaire. Ce sont effectivement nos petits gestes et discours quotidiens qui font bouger les choses. Bien sûr que les visages des luttes deviennent des icônes qui restent. Mais s'ils personnifient la lutte, ils ne sont certainement pas les seuls à avoir œuvré. Les anonymes comptent aussi. Je suis anonyme, je participe, et ces débats sont les miens, ces avancées aussi.

le 27/07/2016 à 11h53 | Répondre

Madame yoga

Vaste sujet! Je rajouterais seulement que pour moi notre combat n’est peut être pas d’obtenir de nouveaux droits mais de maintenir ceux que l’on a déjà. Tu évoques par exemple l’avortement comme droit acquis mais combien de centre d’avortement sont fermés sous des prétextes financiers? Je crois qu’il faut faire attention à ça surtout dans ces temps troublés…

le 26/07/2016 à 19h20 | Répondre

Mariounche

Comme ton article me parle, je rejoins beaucoup de tes questions. Je pense, comme beaucoup le disent dans les commentaires, que ça passera essentiellement par l’éducation aux filles et aux garçons et qu’il faut du temps (une ou deux générations !) pour que l’égalité « sur le papier » devienne une égalité réelle. Nous bénéficions en effet des acquis des combats précédents, et j’ai la chance de choisir la vie que je veux mener plus librement que ma grand-mère. Cependant, il faut veiller à ce que ces acquis le restent, il n’y a qu’à regarder ce qui se passe en Pologne par exemple, avec un gouvernement qui revient sur l’ivg par exemple. Et c’est un pays de l’union européenne.
Donc par l’éducation et ce n’est pas facile, ayant des enfants, c’est fou ce que les gens énoncent comme stéréotypes sur les genres des enfants, même dans ma propre famille, et je ne veux pas toujours passer pour « la féministe qui voit le mal partout » !
Pour une manière d’agir, personnellement je pense sérieusement à une participation financière à la fondation malala, j’ai lu son livre et le sort des filles dans beaucoup d’endroits du monde est vraiment peu enviable, alors je me disais que ça pouvait être ma manière d’agir un peu plus… Car son combat m’a beaucoup touché.

le 26/07/2016 à 21h08 | Répondre

Cecile-youmademyday (voir son site)

Comme tu le disais très bien au debut de ton article, nous sommes dans la 4eme vague du féminisme. Aujourd’hui on ne se bat pas seulement pour une loi ou quelque chose d’aussi concret. On se bat pour faire changer les états d’esprit. On se bat pour détruire ces cases dans lesquels on nous fait rentrer des le debut de la vie (parfois meme avant de naitre!). Ce combat est bien plus difficile puisqu’il n’est pas politique. On ne peut pas aller dans la rue pour cela, on ne peut pas voter pour cela…C’est un combat du quotidien et pour moi cela signifie avant tout me revendiquer féministe. Ben oui les gens font beaucoup plus attention a ce qu’ils disent me sachant féministe et je m’imagine que si tout le monde était pareil et bien tout le monde ferait attention a ce qu’il dirait et on n’entendrait plus des absurdités que les gens sortent sans meme les penser parfois (juste parce que ca se dit). Ensuite, moi aussi je lance des débats, je corrige ce que les gens disent etc… C’est vrai que parfois cela ne mène a rien mais ca a le mérite d’exister et si j’ai au moins glisser un micro-doute dans la tete des gens et bien j’ai deja gagne! Concernant les réseaux sociaux, c’est pareil, je partage des choses cela n’a peut être pas beaucoup de retour mais au moins je sais que cela est apparu sur le mur de personnes qui ne sont peut être pas sensible a la cause.
L’education est pour moi la clé, plus nos enfants seront éduqués a respecter tout le monde de la meme manière, plus ils seront choques et capables de ne pas laisser passer certaines choses plus tard. De plus, je crois profondément que laisser devenir les enfants qui ils ont envie d’être et ne pas les faire rentrer dans une case c’est leur donner énormément de confiance en eux et pour moi c’est le plus important dans la vie!
En tant que professeur, tu as un grand role a jouer. Bravo!
Je voulais aussi ajouter que malgré le fait de croire profondément en une cause, douter est une grande marque d’intelligence…

le 27/07/2016 à 03h27 | Répondre

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