Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien chez soi !

Faire mon deuil


Publié le 20 novembre 2019 par Doupiou

J’ai commencé à rédiger cet article sous la forme d’une lettre ouverte à son attention. Je voulais mettre par écrit toutes les choses que je n’ai pas pu lui dire, mon amour, mon admiration et ma tendresse pour Elle.

Au bout de quelques mots, je me suis aperçue que je n’y arriverais pas. Je ne me sens pas encore prête. Quatre année se sont écoulées depuis son décès. Pour moi c’était hier.

J’ai l’impression de sentir son parfum autour de moi, parfois. J’ai l’impression de sentir sa main sur la mienne quand je vais mal. Et les larmes me montent instantanément aux yeux. Elle me manque. Beaucoup.

J’en suis venue à me dire que je n’avais pas fait mon deuil. Et puis cette question : ça veut dire quoi faire son deuil ?

Donc, qu’est-ce que « faire son deuil » ?

J’ai tout bêtement tapé sur internet « faire son deuil ». Simplement. Et voici la première réponse que ce cher Google a trouvé :

« Faire le deuil » est une réaction qui s’accompagne de sentiments et de pensées éprouvées suite à la perte de quelqu’un ou de quelque chose. C’est en effet un processus actif dans lequel la personne se met en action pour se délivrer de sa tristesse, peine, souffrance, incompréhension… qu’implique la perte.« 

C’est surtout la seconde partie de la définition qui m’importe. Je suis bien consciente que la tristesse éprouvée lors de la perte d’un être cher ne s’en va pas du jour au lendemain et que ce n’est pas parce qu’on est triste quand on pense à lui qu’on n’a pas fait son deuil.

J’ai compris pourquoi Elle était décédée. La maladie l’a emportée. C’est un fait. Il n’y a rien d’autre à comprendre. Mais j’en viens à faire une grosse introspection sur le fait que je pense tout le temps à Elle.

Peut-être que d’écrire de cet article me permettra d’y voir plus clair, de « me délivrer de ma tristesse » (selon la définition ci-dessus).

Crédit photo : Free-Photos (Pixabay)

Ce qui me bloque

Il y a des choses qui me sont très difficiles dans ce processus de deuil.

Aller sur sa tombe par exemple. J’y suis allée deux fois en quatre ans. Ridicule n’est-ce pas ? Mais je n’y arrive pas. Juste le fait de m’imaginer remonter cette allée m’est impossible. Tu veux savoir pourquoi ? Merci à l’écriture de cet article de m’avoir, à l’instant même, donnée une explication.

Parce que je n’ai jamais ressenti comme une corvée le fait d’aller au cimetière. Depuis toute petite j’y allais très souvent pour entretenir les tombes de la famille et je trouvais une réelle satisfaction à fleurir et nettoyer. Mais à chaque fois que j’allais dans ce cimetière, c’était avec Elle. Je n’arrive pas à passer les grilles et savoir qu’Elle n’est pas là à donner la main à la petite fille que j’étais, tout en tenant un bouquet de fleurs de l’autre main.

A chaque fois que je me dis qu’il faut que j’aille au cimetière, je me trouve des excuses toutes aussi bidon les unes que les autres…

La pensée positive

Pourtant, je crois que mon processus de deuil s’accompagne aussi de pensées positives.

Je ne ressens pas de tristesse en me disant qu’Elle n’a jamais connu mes enfants mais plutôt de la gratitude car je sais qu’Elle veille sur eux. Tu vas peut-être me trouver cul-cul-la-praline mais c’est une satisfaction que je retire de cette situation.

Parfois je me demande, le sourire au lèvres, ce qu’Elle penserait de moi si Elle me voyait maintenant. Et je sais qu’Elle serait fière.

J’essaie d’accompagner son souvenir, quand il se présente soudainement, de pensées positives, de souvenirs joyeux. Du dernier souvenir que j’ai d’Elle, qui était merveilleux puisque je lui annonçais ma grossesse.

Au final, je sais que faire son deuil est un processus propre à chacun. Au début, je croyais naïvement que faire son deuil c’était « oublier » la personne décédée. Maintenant je pense que c’est vivre avec cette disparition et arriver à l’accepter.

Et toi ? Comment qualifierais-tu le fait de faire son deuil ? Dis-nous tout !

Commentaires

6   Commentaires Laisser un commentaire ?

Gwen

Je lis tes articles depuis un petit moment avec beaucoup de plaisir mais c’est la 1ere fois que je laisse un commentaire car ton témoignage m’a tellement touché, émue.

C’est drôle, enfin bizarre je veux dire : juste ce matin je me suis réveillée en larmes après avoir rêvé de mon papa qui est décédé il y a 2 ans, d’une maladie et ton article fait tellement écho à ce que j’ai vécu et ressens.

Qu’il n’ait pas connue ma fille, son premier petit-enfant, m’a toujours brisé le cœur.
Au début à chaque progrès de ma fille, je pensais avec douleur à lui. Aujourd’hui, souvent je regrette qu’il ne soit pas là pour me raconter ses souvenirs de quand il est devenu papa, et je me rends compte qu’il y a tant de choses que j’ignore sur lui, tant de questions que j’aurais aimé lui poser.

J’essaie de me consoler en me disant qu’il a savouré pendant un mois la joie de se savoir papy mais ça n’efface pas ce sentiment qui revient toujours de tristesse et de regrets.

Je sais que le deuil se fait jour après jour, le manque est là mais les averses sont de moins en moins nombreuses, et j’espère qu’un jour les épisodes pluvieux disparaîtront totalement.

le 20/11/2019 à 15h23 | Répondre

Doupiou

Je te souhaite plein de courage pour surmonter cette épreuve et j’imagine que ta fille est le joli parapluie quand tu traverses tes épisodes pluvieux (pour reprendre ta métaphore )

le 21/11/2019 à 09h54 | Répondre

Madame Colombe

Je lis à chaque fois vos chroniques avec beaucoup d’attention et vous êtes même l’une de mes chroniqueuses préférées😉.
Aujourd’hui je suis particulièrement touchée par votre article. J’ai connu enfant une tragédie : la perte de mon petit frère. Trente ans après, je pense à lui sans trop pleurer, j’accepte enfin qu’il ne soit plus là mais j’ai conscience qu’il me manquera toute ma vie. Et je reste assez fragile dans certaines situations : les magasins de jouets, rencontrer un petit garçon qui lui ressemble un peu…
Vous avez su trouver les mots justes pour expliquer ce qu’est faire son deuil et je vous remercie du fond du cœur pour cela.
Je vous souhaite le meilleur pour la suite.

le 20/11/2019 à 20h17 | Répondre

Doupiou

Merci sincèrement pour ton commentaire qui me touche beaucoup.
Je te souhaite de trouver la paix dans cette épreuve

le 21/11/2019 à 09h55 | Répondre

Mme Coati

Bel article tres touchant.
Le dernier paragraphe m’a fait penser à une conference Ted d’une femme qui disait qu’après un deuil « we don’t move on, we move forward ». Qu’on pourrait vaguement traduire par « on ne s’en remet pas, on avance avec ». Cela m’avait beaucoup marqué.
Bon courage pour les jours difficiles…

le 20/11/2019 à 21h16 | Répondre

Louve

Merci pour cet article. J’ai perdu mon papa brutalement il y a trois ans pendant ma première grossesse. Je suis passée par différents stades et après deux ans de thérapie et un traitement contre la dépression, une nuit j’ai rêvé de lui. Et il m’a dit « je suis fière de toi ». Ça va sembler fou mais ça a été un déclic pour moi. Hasard ou pas, quelques jours plus tard je me découvrais enceinte de ma princesse qui naîtra en août, le mois où il est parti. Et depuis je me dis que j’ai fait mon deuil. J’arrive à penser à lui sans pleurer, j’arrive à moins être en colère contre cette vie qui me l’a pris. Je me demande parfois comment aurait été ma vie s’il était toujours là, comment il aurait été avec ses petits enfants. Comme gwen je me console en me disant que pendant six mois il a vécu heureux de bientôt devenir grand père.

le 20/11/2019 à 22h53 | Répondre

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