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Du harcèlement au viol : le point de non retour


Publié le 12 mars 2019 par Ivy Billy-Rose

Dans les articles précédents, je t’ai raconté le harcèlement que j’ai subi au travail et comment il a lentement mais sûrement dégénéré. Je t’ai également expliqué les raisons qui ont fait que je n’ai pas su comment réagir. Malheureusement, l’histoire ne s’arrête pas là.

Du harcèlement au viol : le point de non retour

Crédits photo (creative commons) : PublicDomainPictures

Un jour, on a atteint un point de non-retour

Il avait brisé beaucoup de barrières chez moi. Je vivais dans un brouillard permanent, fait des cauchemars relatifs à mon passé, du flou concernant mon présent, épaissi d’une bonne dose de dépréciation de moi-même à la sauce « tout est de ma faute, je suis une horrible personne ». Le moment où il m’a embrassée sans que je réagisse a été un tournant. Je pense qu’il s’est senti encouragé. De mon côté, je pense qu’il était plus facile pour ma santé mentale de me dire que mes sentiments étaient embrouillés et que je ressentais de l’attirance pour cet homme plutôt que de reconnaître la situation pour ce qu’elle était.

Le véritable tournant, cela dit, a eu lieu dans la semaine qui a suivi. Ce jour-là, j’étais malade et seule à l’appartement.

Et tu vois, je n’avais pas osé répondre à ses mails ou à ses compliments déplacés. Je n’avais pas osé lui refuser l’accès à notre appartement. Je n’avais pas su réagir quand il m’avait embrassée la semaine précédente. Ce weekend-là, quand il nous a rejoints en boîte de nuit, je n’ai rien dit non plus. Et mes colocataires ont trouvé amusant que cet homme de vingt ans notre aîné nous offre des boissons et danse avec moi jusqu’au bout de la nuit.

Cela ne te surprendra sûrement pas, donc, si je te dis que je n’ai pas osé refuser quand il a proposé de passer me voir à l’appartement ce jour-là.

Et je n’ai pas non plus osé résister quand il m’a embrassée à nouveau, ou quand il a passé ses mains sous mes vêtements. Quand il a sorti un préservatif, je me suis mise à trembler très fort, et j’ai détourné le regard. Et j’ai pleuré, après.

Du harcèlement au viol : le point de non retour

Crédits photo (creative commons) : Claudia24

Ensuite, c’est devenu très confus. Avec le recul, je me rends compte que j’avais mis en place des barrières mentales pour me protéger, comme pendant mon enfance. J’ai préféré me dire que j’étais une personne détestable qui avait choisi de coucher avec un collègue mais qui n’osait pas quitter son petit ami. J’ai choisi de me croire amoureuse. Je l’ai laissé revenir chaque soir où il mentait à sa femme.

C’est devenu réellement étouffant. Je n’avais aucun moment sans lui. Je n’avais plus une seule seconde à moi pour souffler et réfléchir.

La fin de mon contrat est arrivée…

… et il m’avait tant étouffée que je ne savais plus où j’en étais. Il est difficile à expliquer cet état d’emprise psychologique. À mes yeux, j’étais devenue une fille méprisable, qui avait trompé son homme. Comment pouvais-je rentrer en France et affronter ce que j’avais fait ?

Je suis rentrée. Je n’ai rien dit. Je l’ai laissé continuer à me harceler de mails. J’ai continué à faire des cauchemars. Le violeur de mon enfance a été condamné à de la prison et mon monde a commencé à s’effriter. George a quitté sa compagne, déménagé, et m’a offert des billets d’avions pour le rejoindre ; et moi j’aurais fait n’importe quoi pour échapper à ma famille qui me blâmait, à ma dépression, à ce traumatisme énorme, alors je suis partie. J’ai justifié ça à moi-même en me disant que ça serait l’occasion de revoir mes colocataires et anciens collègues. J’ai justifié ça auprès de mon chéri en disant que j’allais chez des copains.

Du harcèlement au viol : le point de non retour

Source : Holgi

Quand George m’a ramenée chez lui et emmenée dans sa chambre, je lui ai dit « non ». Et puis encore « je ne veux pas ». Et enfin « NON ». Alors il m’a forcée.

C’est à ce moment-là que j’ai commencé à me sortir du brouillard et à comprendre.

Mais il m’a fallu des mois. Il a fallu que j’évolue et que je comprenne que mon corps m’appartenait, que mon avis comptait, et ça a été un réel apprentissage pour la jeune femme que j’étais.

Il m’a fallu plusieurs voyages, plusieurs séjours chez lui, plusieurs « non », plusieurs crises de larmes sur le sol de son salon au milieu de la nuit pour reconnaître que je ne voulais pas de cette relation qui n’en était pas une.

Il a fallu que le harcèlement tourne à la menace, qu’il décide de se passer de préservatifs, qu’il exige un enfant de moi, qu’il évoque le « jour où je serai à lui », qu’il dépense des sommes folles en billets d’avion et en cadeaux extravagants pour que je sorte de ce brouillard et que je me détache.

À partir de là, ça a été rapide : j’ai déménagé à cette période, ce qui a facilité les choses. J’ai changé de numéro de téléphone. J’ai cessé de répondre à ses mails, puis j’ai changé d’adresse mail. Je l’ai bloqué sur les réseaux sociaux. J’ai coupé tout contact avec lui.

Il me restait à vivre le reste de ma vie avec le poids de ce qu’il s’était passé… Je t’en parlerai dans un quatrième et dernier article.

Commentaires

6   Commentaires Laisser un commentaire ?

Banane

Merci pour ton témoignage si personnel et si instructif. C’est difficile, de l’extérieur, de comprendre ton état d’esprit de l’époque. J’espère tellement que tu as pu te reconstruire et prendre soin de toi!

le 12/03/2019 à 07h58 | Répondre

Ivy Billy-Rose

C’est difficile de l’exprimer aussi, j’espère y être parvenue parce que je pense qu’il est loin d’être unique… J’ai pu me reconstruire. Prendre soin de moi, j’apprends au fur et à mesure… 🙂

le 12/03/2019 à 21h59 | Répondre

Virg

Malheureusement, mais en « moins pire », je comprends que tu y retournes à chaque fois… mauvais souvenirs tout ça, comme le disait une autre lectrice dans l’article précédent, ils ne disparaissent jamais complètement et surtout la culpabilité « non mais comment j’ai fait pour en arriver là ? Pour accepter ça ? »
Je ne sais pas ce que tu en retires, pour ma part, il reste quand même de la culpabilité quoi qu’on en dise et une grande peur pour ma fille. S’il lui arrivait quelque chose de similaire, je perdrais sûrement tout contrôle. Ça ne devrait pas exister, personne ne devrait avoir à vivre ça.

le 12/03/2019 à 08h38 | Répondre

Madame Fleur (voir son site)

Je te trouve tellement courageuse de venir en parler ici et de remuer tout cela. Il est clair que cela t’a demandé un énorme effort.
Je te souhaite de mettre tout ça derrière toi et que tu te reconstruise. ❤️

le 12/03/2019 à 09h11 | Répondre

Nathalie

Le fait d’insister sur l’emprise est très représentatif de la société actuelle qui demande aux victimes de justifier qu’elles sont victimes, la crainte, peut-être, de ne pas être crue.

Je retrouve cette façon de parler quand je m’exprime moi-même.

J’aurais tellement envie de te réconforter à la lecture de tout ça.

le 12/03/2019 à 15h16 | Répondre

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