Menu
A la une / témoignage

Ces brefs instants qui peuvent changer une vie

De manière générale, j’aime bien l’idée de signes, de moments charnières, d’événements où l’on se dit « il y a un avant et un après ». Je n’en ai pas beaucoup dans ma vie mais celui dont je vais parler est vraiment particulier à mes yeux.

Crédit photo (creative commons) : Pexels

Il y a quelques années, je suis partie en week-end à la mer avec une amie. Nous étions toutes les deux dans un état moral assez déplorable, elle avait vécu un deuil et une rupture difficile, elle avait accordé sa confiance à la mauvaise personne.

J’étais épuisée après presqu’un an sans vacances, et je vivais douloureusement la fin d’une non-histoire sentimentale. J’avais essayé d’aller de l’avant en rencontrant de nouvelles personnes sur internet, mais j’avais beaucoup de mal à oublier ce qui s’était passé, les mots qui avaient été dits et la honte que je pouvais ressentir par rapport à cette histoire. Un profil parmi d’autres m’avait attirée, le garçon en question habitait dans la ville où j’ai été au lycée, pas loin de chez mes parents. Je lui avais écrit le week-end précédent, et il m’avait répondu le samedi de notre week-end à la mer, un message simple, sympathique. Avec mon amie, nous avons énormément parlé ce week-end-là. Nous avons disséqué, décortiqué, analysé les comportements de nos amours indélicats et malheureux. Il n’y avait rien que nous puissions changer, les faits étaient là, les histoires terminées, mais nous avions besoin d’en parler encore parce que c’était trop douloureux de les laisser s’en aller. Ça nous a fait beaucoup de bien, ça nous a apaisées. Je me souviens comme dans un rêve de ces balades, où nous avons laissé échapper tous les mots et les sentiments. Nous n’attendions rien pour la suite, nous étions perdues, aucune de nous n’était à ce moment-là capable d’envisager un avenir.

Le dimanche, une imprudence a fait que nous aurions pu mourir. Ça a été notre interprétation de ce qui s’est passé. Nous avions entamé une balade le long de la digue et avons remarqué que les vagues étaient très hautes, mais accaparées par notre discussion nous n’y avons pas prêté attention. Nous avons continué notre chemin sur une partie où la digue longeait les maisons et non plus la route, et nous avons subi une première vague qui nous a mouillé les pieds jusqu’aux chevilles. Nous en avons ri, et ça aurait dû nous alerter mais nous avons continué en nous disant qu’à la première intersection nous reprendrions la route côté ville.

Nous avons croisé un monsieur avec qui nous avons échangé quelques mots, il s’était fait avoir lui aussi, nous en avons ri un peu jusqu’à ce que mon amie et lui voient d’un œil inquiet une nouvelle grosse (énorme) vague arriver. Nous sommes montés sur une petite marche menant au fond d’un jardin en pensant éviter de se faire tremper de nouveau les pieds. Je me suis retournée au moment où la vague frappait la digue et j’ai vu un mur d’eau d’au moins deux mètres. Je n’ai pas eu le temps d’avoir peur, tout a été très vite : la vague qui passe par nos épaules puis au-dessus de notre tête, l’agrippement à la barrière pour ne pas tomber, la vague qui repart avec force, nous laissant trempées et hilares (nous n’avons pas réalisé tout de suite).

Nous sommes reparties à toute vitesse à l’hôtel (nous étions trempées jusqu’aux os, et la température n’était pas très élevée, nous n’étions qu’en avril). Sur le chemin du retour, nous avons réalisé que ça aurait pu être très grave : si ne nous étions pas arrêtées pour parler avec le monsieur (qui était aussi trempé que nous et à qui nous n’avons même pas jeté un regard en partant), nous n’aurions pas vu la vague, ou bien nous n’aurions peut-être pas eu cette marche et cette barrière providentielle à laquelle nous raccrocher. La force de l’eau était telle que la vague nous aurait peut-être emportées, nous aurions pu tomber à la mer, et il n’y avait pas âme qui vive sur cette partie de la digue pour nous porter secours.

Le reste de la journée a été assez mouvementé, nos affaires ont mis des heures à sécher (certaines s’en souviennent encore malheureusement) et nous avons dû sortir, moi sans manteau et mon amie avec ses chaussures trempées car elle n’en avait pas pris d’autres. Heureusement, nous ne sommes pas tombées malades, et nous avons quand même pu profiter. Nous gardons finalement un très bon souvenir de ce week-end, et nous en reparlons encore souvent.

Je ne sais pas si cet événement a causé un déclic. Toujours est-il qu’après, il y a eu plusieurs événements marquants dans ma vie : j’ai rencontré le garçon d’internet, nous sommes tombés amoureux et nous vivons ensemble depuis. Dans le même temps, je suis devenue propriétaire d’un bien à rénover, qui représente le plus gros projet de vie que j’ai eu à mener jusqu’à maintenant. Avant, j’aurais probablement énormément réfléchi, j’aurais eu peur d’agir (coucou l’anxiété) mais le fait de penser que rien de tout ça n’aurait eu lieu si j’avais disparu en mer ce jour-là, c’était une bonne raison d’en profiter d’autant plus… Même s’il peut sembler très anodin, cet événement continue à me marquer encore plusieurs années après.

Et toi, as-tu vécu certains événements apparemment anodins qui ont opéré un changement en toi ? Viens nous en parler !

A propos de l’auteur

Trentenaire pleine de contradictions, je suis une scientifique qui adore lire et créer. Je viens te parler ici de mes lubies, mon métier et mes expériences de vie !

3 Commentaires

  • Madame Givrée
    4 mars 2020 at 12 h 32 min

    Merci pour cet article ! Moi aussi j’ai vécu ce genre de moments où tu te dis « il y a un avant et un après ». Pas nécessairement en frôlant la mort, mais juste des petits moments où le destin prend les choses en mains et où tu te dis que si les choses s’étaient faites autrement, ta vie aurait pris un tout autre tournant…
    Le premier exemple qui me vient à l’esprit est le choix d’une option que je n’avais pas très envie de faire au collège, mais au moment de remplir le document à rendre à l’administration j’ai demandé à ma mère de cocher la case, sur une inspiration. Je ne sais toujours pas ce qui m’a poussée à choisir cette option que je n’ai vraiment pas aimée, et que j’ai subie pendant le reste de ma scolarité, mais le fait est que si je ne l’avais pas choisie je n’aurais pas été dans le même groupe que mon mari, et nous ne nous serions peut-être jamais parlé… Ou alors peut-être qu’on se serait parlé au judo, un sport auquel je me suis inscrite alors que je n’en avais pas spécialement envie, parce que je voulais quelque chose qui me donne confiance en moi.
    Souvent je me dis que si j’avais choisi une autre option, ou un autre sport, on ne se serait jamais connus et ma vie aurait été tellement différente. Ca donne le vertige.

    Reply
  • Cricri2j
    4 mars 2020 at 13 h 21 min

    J ai aussi cette impression d être passé « proche de » après une opération et depuis la sensation de profiter de ce temps qui m est donné en plus.
    Contente de savoir que ton moral est revenu après ce week-end là

    Reply
  • Madame Parenthèses
    9 mars 2020 at 17 h 25 min

    Je suis d’accord avec le commentaire de Madame Givrée, car si on regarde en arrière, on se rend compte que nos choix ont fortement influencé notre vie, et que ça s’est parfois joué à pas grand chose !

    Je n’ai jamais vécu d’expérience aussi intense que la tienne, mais je comprends tout à fait qu’après cela, tout est remis en perspective… Peut-être que des fois, c’est nécessaire de vivre ce genre de moment, qu’on évite la plupart du temps (en tout cas personnellement, j’évite tout ce qui me fait peur), pour pouvoir ensuite reconsidérer ce qui nous semble acquis. Merci pour ton témoignage en tout cas !!

    Reply

Laisser un commentaire