Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien chez soi !

Je crois que le destin n’existe pas


Publié le 16 mai 2017 par Marina

Il y a quelques années déjà, ma mère a été victime d’un très grave accident vasculaire cérébral, un évènement dramatique qui a eu des conséquences très lourdes pour toute ma famille (je t’avais raconté ici combien il m’avait fait mûrir). Personne, dans le milieu médical, n’a pensé qu’elle pourrait s’en sortir ; encore aujourd’hui, les neurologues qui continuent de la suivre nous disent qu’elle avait une chance sur cent mille de survivre, et d’être presque revenue comme avant (les séquelles physiques sont là, mais c’est tellement peu par rapport à ce qu’on nous avait annoncé).

Passés les six premiers mois, une fois qu’on a compris qu’elle allait s’en tirer et conserver ses facultés cérébrales et récupérer l’essentiel de ses capacités physiques, j’ai entendu à plusieurs reprises des gens de mon entourage me dire : « ce n’était pas son heure » ; « c’était écrit »… « c’était son destin ».

Cette phrase-là, je suis sûre que toi aussi tu l’as déjà entendue. Souvent, elle arrive quand on parle d’un accident. Imagine, un repas de famille par exemple, quelqu’un dit une chose de ce genre : « oh dites donc, j’ai entendu les infos l’autre jour, il paraît qu’il y a un type qui s’est fait renverser par une voiture, le lendemain sa maison a brûlé, et rien, pas une égratignure ! ». Et là, il y a toujours un autre qui soupire : « ce n’était pas son heure ». Je me souviens aussi de cette histoire d’un homme qui avait pris le Boeing 777 abattu au-dessus du territoire russe peu de temps après la disparition du vol MH370 de Malaysia Airlines (un 777 aussi) et qui avait posté sur facebook une photo de son avion sur le tarmac avec la légende « hé les gars, si celui-ci disparaît aussi, voilà à quoi il ressemble si vous voulez le retrouver ». Combien de personnes ayant à l’époque appris cette anecdote ont pensé « hélas, c’était son destin ».

Cette phrase m’a toujours étonnée. C’est quoi au juste, « le destin » ? Qui (ou quoi ?) est aux manettes ? Y a-t-il quelque part un grand livre de quelques milliards de pages, ont est inscrit à l’avance l’heure de notre mort ?

Crédit photo : Unsplash

Personnellement, je n’y ai jamais cru. En fait ce n’est pas exactement çà : je m’en fiche complètement. Peut-être que tout est écrit, peut-être que non, quel intérêt de le savoir ? Un vieux proverbe chinois (ou Coluche, la source diverge selon internet !) a dit : « le hasard est une loi qui voyage incognito ». J’adore cette maxime : je pense que le destin n’existe pas, et que tout ce qui nous arrive dans notre vie, n’est au mieux, que la conséquence de nos choix, et au pire, ce que décide le hasard. Et si vraiment il n’existe pas de hasard, et que tout est écrit, du moment que le destin reste bien caché, çà me va ! J’aime aussi, si tu apprécies la BD, ce que les auteurs de Thorgal ont fait de la légende des Parques, dans la mythologie romaine : à l’origine, ce sont des déesses qui tissent les fils de nos vies, nos destinées sont inscrites sur des tables d’airain ineffaçables, et lorsque le jour est venu, la déesse Morta coupe le fil. Dans Thorgal, le héros se retrouve piégé au royaume des ombres, et y rencontre la Faucheuse, vieille femme sans âge entourée d’un enchevêtrement de fils blancs, qu’elle coupe avec indifférence et à sa guise, sans savoir si c’est celui d’un jeune enfant ou d’un vieillard, d’une personne malade ou bien portante… une belle idée pour réconcilier le hasard et le destin !

J’imagine que cette conception de la vie est liée aussi à l’idée que l’on se fait de la religion, et plus largement, de la spiritualité. Je ne crois pas au destin comme je ne crois pas en un Dieu assis au milieu des nuages : je ne crois qu’en l’homme. A son potentiel pour faire le bien, avec la conscience aussi qu’il est capable du pire. Je ne crois pas au destin, parce que je ne peux pas me dire que tout est écrit, et qu’il n’y a aucun effort à faire pour changer notre vie. Si le destin existe, c’est celui dont on est responsable. Aide-toi, et le Ciel t’aidera, en somme ! Et si je crois en un Dieu, c’est celui que les Hommes ont imaginé pour se sentir moins seuls, et avoir moins peur de l’avenir.

Crédit photo : Unsplash

C’est sans doute facile de dire que chacun est responsable de sa destinée, quand on naît dans une famille aimante et qui vous donne les armes psychologiques et les moyens matériels de construire un avenir serein. Mais j’ai envie de répondre encore une fois que justement ce sont les valeurs humaines d’égalité, de fraternité et de solidarité, qui dépassent toutes les religions, qui nous permettent aussi de partager chacun à sa manière, un peu de ce que l’on a reçu. Le destin n’a rien à voir dans tout çà, enfin, à mon avis.

Pour en revenir à ma mère, je crois que si elle a survécu, c’est juste du hasard. Pour un cas comme le sien, des milliers de personnes n’ont pas eu cette chance, et ne se sont pas réveillés. C’est vertigineux, et je sais qu’elle s’est souvent posé cette question : pourquoi moi ? Pourquoi çà m’est arrivé à moi, et pourquoi moi je m’en suis sortie ? Mais je sais qu’elle y apporte la même réponse que moi : peu importe.

Se dire que c’est arrivé par hasard, et que nous avons vécu dans la peine et le chagrin pendant quelques mois, pour avoir enfin la chance inestimable de la retrouver, même si nous avons perdu beaucoup en chemin, çà nous permet de savourer chaque minute de bonheur et de sérénité que la vie nous offre.

« Chante la vie, chante, comme si tu devais mourir demain, comme si plus rien n’avait d’importance, chante la vie, chante… »

Et toi ? Tu crois que tout est écrit à l’avance ? Ou tu t’en remets au hasard et à la chance ?

Commentaires

7   Commentaires Laisser un commentaire ?

Madame Fleur (voir son site)

Comme toi, j’ai tendance à plutôt croire qu’il y a nos choix et le hasard qui entre en ligne de compte de notre vie.
Après je suis aussi la première à me raccrocher à une idée de la vie après la mort pour sans doute en avoir moins peur. Finalement mes destin c’est aussi un peu une manière de se rassurer !

le 16/05/2017 à 10h00 | Répondre

Madame Bobette (voir son site)

C’est un très bel article.
Je ne sais pas si je crois au destin ou au hasard. Par contre j’aime beaucoup l’image des fils coupés.
Toutefois, comme Madame Fleur, j’ai besoin de me raccrocher à la vie après la mort et en un Dieu (bien que je pense que ce n’est pas lui qui guide nos vies). Je ne peux pas m’imaginer que ma maman et d’autres membres de ma famille ont juste disparu à jamais. J’ai besoin de croire que plus tard je les rejoindrai et que je ne serai pas seule dans cette aventure ultime. Peut-être qu’en effet, c’est juste créé par l’Homme mais y croire me rassure et c’est mieux ainsi.

le 16/05/2017 à 10h44 | Répondre

CupCake

J’ai presque la même expérience que toi, pour ma mère ce sont les valves de son coeur qui ont explosées à cause du rétrécissement de l’aorte.
Plusieurs opérations d’urgences et très risquées après (mais bon vu la situation hein …) et une maman robocop avec des valves et plusieurs bouts d’artères entièrement artificiels …elle a fait un avc.
A nouveau elle a survécu mais elle garde des symptômes. Le deuil de mon ancienne mère ( très intelligente, vive et hyperactive) a été et est toujours très difficile à vivre, d’autant que tout ça a commencé quand j’avais 24 ans et elle 56.
N’étant ni croyante ni supersticieuse ni mystique ou autre, je ne crois pas non plus au destin.
Je ne pense pas par exemple que j’aurais pu épouser un homme croyant, tellement notre vision de la vie aurait été différente.
D’ailleurs, sans vouloir faire une polémique, il faut sacrèment être fort ou forte pour accepter d’avancer sereinement dans la vie tout en pensant que nous sommes les seuls maîtres de notre destion et que la mort sera une fin définitive sans échappatoire possible, et que non personne ne veille sur toi à part les personnes physiques autour de toi (et elle n’ont pas de super pouvoirs).
Alors, parfois j’ai envie de ne plus porter cette charge et de me ressourcer dans une croyance … mais cela m’est impossible et je préfère reprendre le taureau par les cornes.
Merci pour cette article, il a remué de nombreuses choses par rapport à ma mère et je me demande si je ne vais pas consulter pour me décharger un peu et apprendre à mieux l’accompagner dans sa nouvelle situation.

le 16/05/2017 à 11h03 | Répondre

Marina

Je t’encourage à consulter si tu l’envisages. Je l’ai fait pendant quelques mois quand ma mère était au plus mal, d’abord avec un psychologue que j’ai laissé tomber très vite parce qu’il ne me convenait pas, puis avec une psychiatre très bienveillante qui m’a écoutée, parfois secouée, et soutenue pendant quelques semaines avec un faible dosage d’anxiolytiques (je n’en avais jamais pris et je n’en ai pas eu besoin longtemps). Cà m’a énormément aidé.
J’ai aussi fait le deuil de ma mère « d’avant », elle ne reviendra jamais. Je ne regarde aucune photo d’avant, je ne peux pas. Peut-être que je n’ai pas vraiment fait le deuil en fait 😉
Je suis dispo par mail si tu veux échanger sur le sujet. La rédaction pourra te donner mes coordonnées. Bon courage !

le 16/05/2017 à 14h13 | Répondre

Mlle Nature

Je suis complètement d’accord avec toi. Je pense que dans toutes choses qui se passent il y a: 50% de choses maitrisables et 50% de chance.
On retrouve d’ailleurs cette idée dans le Prince de Machiavel.
C’est pour ça que lorsque je me lance dans un projet, j’essaye d’atteindre au maximum les 50% maitrisable (comme ça il n’y a pas de regrets à avoir), le reste ça ne dépend de nous mais d’un aléa.

le 16/05/2017 à 13h38 | Répondre

Mélimélanie

Alors de façon très terre à terre j’aurai tendance à te dire que le destin effectivement c’est une jolie excuse pour ceux qui ne se donnent pas les moyens -> « J’ai échoué ouais mais c’est le destin ce n’est pas moi »

Et puis… J’ai rencontré mon mari. Et quand on a réalisé toutes ces fois ou on s’était croisé, ces similitudes dans nos vies, c’est coïncidences qui semblent trop grosses à force de s’accumuler j’en suis venu a penser (comme notre entourage) « Et si c’était le destin de finir notre vie ensemble? » Et si c’était écrit que c’était lui et aucun autre?

Du coup je crois au destin pour les jolies choses. Et je crois à un monde après la mort. Mais pour me protéger. Parce que je n’arrive pas à avancer si je considère que mes proches plus à nos côtés ne sont pas tous ensemble confortablement assis sur un nuage à nous couver de leur amour.

le 16/05/2017 à 15h47 | Répondre

MlleMora

J’aime beaucoup l’image des fils coupés, très poétique, très imagée, presque réconfortante.
Je comprends bien ton point de vue.
J’avoue que je crois bien plus au hasard qu’au destin, mais je crois aussi que malgré tout, les grands axes de nos vies sont « prédéfinis » à la naissance, malheureusement, on ne peut pas nier que l’endroit où on atterrit à la naissance, va engendrer tout un tas de choses qu’on ne choisit pas, qui se dessinent pour nous. Certes, nous sommes les maîtres de nos vies, mais ce fameux « être né quelque part », prédestine tout de même nombreuses choses malheureusement.
Etre né en France ou en Syrie pour faire simple, ça n’engendre pas le même type de « destin ».
Et le hasard interviendra pour modifier la trajectoire d’une vie.

le 19/05/2017 à 13h42 | Répondre

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