Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien chez soi !

Le manichéisme, cette plaie en société


Publié le 2 novembre 2016 par Nya

Aujourd’hui, j’ai envie de parler d’une idéologie que l’on peut tou.te.s subir dès lors qu’on exprime des convictions marquées : le manichéisme.

Le manichéisme consiste à tout voir en noir et blanc, sans nuances de gris (aucun rapport avec un roman à succès…). À tout interpréter selon une vision du monde où il y a les bons et les méchants, où l’on adopte une ligne de conduite à 100% ou l’on ne l’adopte pas du tout, où l’on est pour quelque chose ou contre quelque chose.

Je ne sais pas si je suis une femme de convictions, mais le fait est que je suis végétarienne, que je vote écolo, que je ne porte pas de soutif, que j’utilise une coupe menstruelle, que je ne m’épile pas en hiver et que je n’achète que des fringues d’occasion. Et pire encore, que je parle haut et fort de tout ça, ici ou dans la vraie vie.

Je fais des choix qui sortent de la norme, comme pas mal d’entre nous, mais mes choix ont le don pour caresser à rebrousse-poil pas mal de gens qui aiment bien les traditions et pensent que je mets en danger la France millénaire en choisissant un autre chemin.

Là où le manichéisme me touche, c’est que pas mal de gens ont l’air de penser que dès lors qu’on adopte une conviction, on ne peut pas en déroger. Et ils adorent faire remarquer les incohérences de mes démarches :

  • « Tu es végétarienne et tu portes des chaussures en cuir ? »
  • « Tu es athée et tu fêtes Noël ? »
  • « Tu votes pour les Verts et tu prends l’avion ? »
Les critiques quand on est engagé

Crédits photo (creative commons) : Sarah Ackerman

Le fait est qu’on peut parfaitement adapter une ligne de pensée à notre sauce. Ce n’est pas pour rien qu’il existe autant de courants politiques, de dénominations religieuses, ou tout simplement d’écoles de pensée.

Les gens manichéens adorent nous prendre en défaut, pour tenter d’invalider notre raisonnement. Car si nous avons tort, alors eux ont raison. Mais ce n’est pas un procès, ni même un concours.

Quand je choisis une ligne de conduite différente des autres, il y a évidemment une part de jugement sur la conduite que je rejette. Je préfère les fripes car je ne veux pas acheter de vêtements neufs qui encouragent le travail des enfants au Bangladesh. Mais ce que je rejette, c’est l’institution du travail des enfants au Bangladesh. Pas forcément la personne qui choisit d’acheter ces vêtements (même si elle participe à la consolidation de cette institution…).

En choisissant des lignes de pensée un peu ou très différentes, on s’expose fatalement à la critique. En ce qui me concerne, je n’aime pas le dogmatisme, j’aime bien arranger les choses à ma sauce. J’aime bien contredire, aussi, tu l’auras deviné. Mais mon but dans la vie n’est pas de m’enlever toute joie dans l’existence ni de m’imposer une discipline de fer. Je ne suis pas nonne.

Si j’ai envie de manger une tranche de viande des Grisons à Noël parce que c’est la seule et unique viande qui me manque, même après neuf ans de végétarisme, je la mange. Et, oui, malgré ces 25g de viande ingérés annuellement, j’ose me qualifier de végétarienne. Ce qui choque certaines personnes, qui me « rétrogradent » illico au rang de flexitarienne. Soyons sérieux, non ?

J’aimerais avoir une démarche d’une cohérence absolue, mais il m’est physiquement impossible d’aller au bout de certaines de mes convictions : un bon écolo est un écolo mort, car il ne rejette plus de CO2. Notre simple existence pollue. Je ne peux pas, littéralement, avoir une vie 100% écolo. Mais je peux essayer de mener la vie la plus écolo possible en adaptant mon mode de vie du mieux que je peux.

De même, j’ai beau m’être engagée sur une voie d’économies radicales en vue de gagner mon indépendance financière le plus vite possible, je ne peux pas faire une croix sur mes voyages. Impossible. Voyager est littéralement vital pour moi, et si tu ne me crois pas, tu pourras demander à mon homme, qu’il te parle de ma dépression en début d’année alors que j’étais bloquée à la maison. Pour compenser mon empreinte carbone, je fais des dons à des associations écologiques, c’est déjà un bon début.

Tout cela pour dire que si j’essaie d’être la plus cohérente possible, il m’est difficile d’entendre que mes choix sont irrationnels ou paradoxaux. J’estime faire pas mal de choses à mon niveau, et avoir toujours une marge de progression.

Bref, j’aimerais bien que l’on me laisse avancer à mon rythme dans mon cheminement vers une vie plus réfléchie, en accord avec mes convictions – et que les personnes qui critiquent se demandent déjà si avoir une démarche incohérente mais raisonnée ne vaut pas mieux que ne pas avoir de démarche du tout.

Et toi, tu as déjà subi ce manichéisme ? Tu en penses quoi ? Viens nous raconter !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

Commentaires

17   Commentaires Laisser un commentaire ?

Virginie

Oh ! le joli coup de g… dès le matin 🙂 🙂 🙂
Je suis d’accord avec toi sur beaucoup de points et, franchement, il faut que les gens arrêtent de tout juger/rentrer dans des cases. L’important, ce sont les convictions, ce sont elles qui te feront faire les bons choix au fur et à mesure mais on est toujours obligé d’adapter. A moins que tu aies trouvé une manière de faire les voyages en avion… sans avion ? une manière de vivre en province sans voiture ? etc. etc. etc.

le 02/11/2016 à 08h28 | Répondre

sarah

tout à fait d’accord ! depuis 2 ans environs je fait attention à ma facon de consommer en général et ma facon de vivre pour être plus éco-responsable et tout de suite le dénominatif dont je suis affublée c’est : bizarre. « tu as une alimentation Bizarre », « tu écoutes de la musique bizarre »,  » tu es bizzare ». en fait je crois surtout que notre comportement renvoie les gens à leurs propres actions et ca les rassurent de se dire que c’est nous les ‘hors normes’…

le 02/11/2016 à 09h05 | Répondre

Madame D

Je comprend totalement ton coup de gueule mais finalement nous faisons tous la même chose. On essaie de convaincre les gens qui nous entoure que notre raisonnement est le bon. Même si je te l’accorde, certaines personnes sont réfractaire a la discussion. Mais quand je tombe sur un pur sang macho je ne peux pas m’empêcher de le contredire et de lui prouver que son raisonnement ne tient pas la route. Et directement via son comportement en cherchant les failles. Et il va faire la même chose avec moi.

le 02/11/2016 à 09h11 | Répondre

Nya (voir son site)

Je suis tout à fait d’accord qu’on juge tous de telle ou telle manière de voir les choses : alimentation, politique, écologie, éducation, voire vie sociale…
Mais c’est une chose d’avoir une opinion pour soi, une autre de l’exprimer dans le bon contexte (débat) et encore une autre de venir chercher la confrontation. Si quelqu’un me dit qu’il vote parti communiste, ou qu’il mange paléo, ou qu’il sort quatre fois par semaine en boîte, je ne vais pas lancer immédiatement une charge sur son mode de vie. Alors que franchement, en tant que végétarienne/féministe, il m’est arrivée de m’en prendre plein la tronche sitôt prononcé le mot fatidique, surtout des remarques qui n’avaient aucune vocation à provoquer le débat, et cherchaient simplement à minimiser mes convictions. Débat oui, lynchage non.

le 02/11/2016 à 11h55 | Répondre

Lisa

Merci pour cet article, comme toi si il y a vraiment quelque chose qui m’énerve c’est le jugement de certaines personnes qui pensent détenir la vérité et qui ont dû mal à accepter que l’on puisse avoir des opinions différentes. Les personnes qui manquent de nuances, qui te mettent dans des cases. Je trouve ça tellement triste quelque part. On est tous unique, on raisonne, pense différemment, on fait nos expériences, on chemine beaucoup, on apprend, découvre constamment de nouvelles choses. On a notre propre sensibilité, nos convictions et ce n’est pas parce qu’on va dans un courant que l’on doit tout prendre pour acquis, tout accepter, bien au contraire on a le droit d’avoir son libre arbitre et heureusement c’est primordiale.

le 02/11/2016 à 09h19 | Répondre

Madame Fleur (voir son site)

Je te remercie d’avoir mis un mot sur ce que je ressens parfois au quotidien.
Je ne suis pas particulièrement engagée dans ma vie de tous les jours mais cela n’empêche pas souvent les gens de se mêler de ce qui ne les regarde pas et d’en tirer des conclusions blanches ou noires et sans nuances.
Merci pour ce bel article.

le 02/11/2016 à 11h48 | Répondre

Swiiixou

Dans les bons jours, je réponds que j’aime les paradoxes et que je suis ‘contradiction’. Dans les mauvais, je suis trop énervée pour la patience, la prise de hauteur et la zénitude et j’ai juste envie de les tarter 🙂

le 02/11/2016 à 12h30 | Répondre

Die Franzoesin (voir son site)

Je suis un peu mitigée…
D’un coté je suis d’accord : bien sûr, tous les comportements que j’estime allant dans la « bonne direction » sont bons à prendre alors tant pis si tout le monde n’est pas « jusqu’auboutiste ».
D’un autre coté je pense qu’il faut essayer de te mettre à la place de tes contradicteurs : dans tous les exemples que tu donnes tu sembles être du « bon coté » de la moralité (contre le travail des enfants, pour l’environnement…). J’imagine que face à tes engagements certains peuvent ressentir le besoin de se justifier (« oh mais moi aussi je suis contre le travail des enfants ! mais mes nouvelles chaussures quoi… ») et que cela peut rapidement dévier en une sorte d’agressivité (de toute facon toi tu prends l’avion, na !).
Bref le comportement de tes contradicteurs est sans doute injuste / inapproprié mais je crois que je peux comprendre ce qui peut les amener à réagir de la sorte 😉 .

le 02/11/2016 à 13h31 | Répondre

MlleMora

Dans l’absolu, je suis d’accord, ça peut être pénible au quotidien. Mais on est tous manichéens d’une façon ou d’une autre je crois. On a tendance à toujours considérer que notre façon de voir les choses est la bonne, donc forcément quand quelqu’un nous met le nez dans nos contradictions, on n’aime pas ça. Et ce quelqu’un nous met le nez dans nos contradictions parce qu’il en est bourré, lui aussi.
Tout le monde a des nuances de « gris » même si on veut parfois faire croire qu’on pense qu’il faut être tout noir ou tout blanc, surtout lorsque la personne a une position qui sort de la « norme ». Quand on s’affirme végétarien, forcément, l’autre en face a l’impression d’être jugé sur sa façon de s’alimenter, donc il va chercher la faille pour pouvoir continuer de justifier sa position à lui. Et effectivement, on en arrive à des positions agressives, on ne se comprend pas et on a l’impression que l’autre veut nous convaincre…
Mais voilà, c’est toute la complexité des relations humaines !

le 02/11/2016 à 14h40 | Répondre

Aline

Cet article me laisse perplexe, car justement je trouve qu’il n’y a pas plus manichéen que les végétariens ! ( « j’ai décidé de ne jamais manger de viande » … du genre « les carnivores sont des gros méchants »… comment peux tu manger du « cadavre  » ????) . et les écolos ne sont pas bien tolérants non plus ( du genre  » ben dis donc, c’est pas super bien trié dans ta poubelle ! »)
alors voilà, Nya, je lis tous tes articles, je suis souvent d’accord avec toi, j’ai appris beaucoup de choses grâce à toi… mais là, recevoir ce genre de leçon alors que tu sembles si sûre d’avoir raison, ça me fait sourire !…
hé oui, moi, j’aime trop la viande, ( même si je limite), j’aime trop consommer, j’ai la flemme quelquefois de tout trier, … et je suis entourée d’amis végétariens/écolos qui passent leur temps à me faire la leçon et ne me laissent pas manger mon steak en paix ! ( alors que moi, je leur dis qu’ils ont raison, mais que ce n’est juste pas pour moi !)… donc le manichéisme, il est où ?

le 02/11/2016 à 18h24 | Répondre

Camille

Je crois que justement, Nya n’a jamais parlé de « gros méchants carnivores », de « cadavres » ou de « mauvais tri de poubelle »… essayons d’éviter les amalgames, d’un côté comme de l’autre 🙂 C’est le propre du fait d’avoir des convictions, de penser avoir raison, cela n’empêche pas le respect des autres… Je dirais que c’est même précisément le but de cet article que de le rappeler 😉

le 02/11/2016 à 18h46 | Répondre

Nya (voir son site)

J’explique justement que je m’autorise des écarts et que je mange parfois de la viande, ce qui est l’opposé d’une démarche manichéenne. Je comprends que tu puisses avoir l’impression que j’oppose « mon camp » (les gentils végés bobos écolos) au « camp ennemi (les méchants omnivores pas écolos). Disons que puisque je suis végétarienne/écolo etc., j’ai l’impression que les donneurs de leçons sont des omnivores. Mais il est certain que des manichéens, il y en a de tous les côtés. Pour l’anecdote de la viande des Grisons que je m’autorise à Noël, les personnes qui me cataloguent « flexitarienne » suite à ces 15 malheureux grammes de viande sont d’ailleurs généralement végéta*iennes…
Je suis navrée d’avoir donné l’impression de cliver les catégories alors que je voulais simplement dénoncer les gens qui attaquent les convictions des autres sans arrière-pensée.

le 03/11/2016 à 16h31 | Répondre

Ornella

Je plébiscite à fond ce type de questionnement. Contrairement à toi, je trouve ça salvateur et assez sain finalement. Moi c’est les failles pointées dans un raisonnement qui me permet de me construire une opinion (oui on peut se faire des raisonnements thèses anti-thèses seules dans sa tête). J’avoue que ça m’étonne que ça t’embête parce que tu te décris toi même comme quelqu’un qui aime la contradiction.Je crois que ça déjà été dit au dessus mais un exemple : je trouve assez agressives les phrases du style « je ne mange pas de viande parce que j’aime les animaux ». Déjà parce que en toute logique ça pose la question de tes jolis souliers en cuir mais aussi parce que le « moi je » au lieu de souligner la singularité de la démarche clive et positionne moi versus ceux qui font pas comme moi. Oui parce que l’autre peut se dire: »aimer les animaux n’est pas une raison suffisante pour être végétarien puisque je les aimes et je pense contribuer à leur bien-être sans pour autant les éliminer de mon assiette » j’ai souvent remarqué que la façon dont on affirmait une conviction conditionnait souvent la réponse obtenue. En prenant le même exemple dire je suis végétarienne parce que c’est ma manière de participer à la cause animale me semble moins conflictuelle. Prendre à défaut un raisonnement pour moi ne ressemble pas à du manichéisme, parce que les failles d’un raisonnement ne l’annule pas pour autant, En gros tout ça pour dire que j’ai une préférence pour les gens qui cherchent la petite bête ( sans te sauter à la gorge pour autant hein?) parce que je trouve souvent la petite bête pas si petite que ça!

le 02/11/2016 à 20h55 | Répondre

Nya (voir son site)

La façon de tourner les choses est passionnante – on entre dans le champ de la linguistique là ! Pour moi, dire « je suis végé parce que je ne me retrouve pas dans les pratiques industrielles actuelles » revient à dire « c’est mon choix et je ne demande à personne de faire le même » (phrase que j’ajoute d’ailleurs souvent pour désamorcer les situations). Même si comme tu dis, ça peut cliver les gens qui entendent « TU devrais faire pareil » (je vois la même réaction que je dis « je ne veux pas d’enfants »).

« Prendre à défaut un raisonnement pour moi ne ressemble pas à du manichéisme, parce que les failles d’un raisonnement ne l’annule pas pour autant » de ce que je vois, le but de toutes les conversations que j’ai eu était au contraire d’annuler le raisonnement et de me prouver que j’avais tort de faire tel ou tel choix 😉

le 03/11/2016 à 16h43 | Répondre

Madame yoga

J’avoue qu’au quotidien, notamment lors des conversations le midi avec mes collègues (que j’aime beaucoup hein!), j’aime bien me mettre dans la posture de « l’avocat du diable ». Parfois cela revient à souligner les contradictions (le « t’es végétarien mais tu manges de la viande?! » j’aurai pu le dire!) mais toujours au second degré par contre… Alors pourquoi fais-je une chose pareil? Honnêtement ça m’agace la bien-bien-pensance : il faut manger bio, ne pas regarder la télé, sortir avec ses potes boire un verre tous les weekend… donc parfois j’aime bien en rajouter dans le sens contraire! Mais toujours avec humour par contre!

le 02/11/2016 à 21h39 | Répondre

EliseAnne

Merci beaucoup pour cet article qui m’a beaucoup plus, je pense que malheureusement beaucoup entendent le « je » en opposition à ce qu’ils sont et retourne de l’agressivité. Ce n’est pas du tout comme cela que je l’ai perçu et j’ai beaucoup ri avec le « un bon écolo est un écolo mort, car il ne rejette plus de CO2 ».

le 02/11/2016 à 21h47 | Répondre

Madeleine

Je pense aussi que les gens sont perdus entre des injonctions contradictoires. Genre: « il faut consommer pour relancer l économie » et « il faut faire attention à la planète et diminuer l hyperconsommation. »
Qd on comprend pas un truc compliqué, on a tendance à simplifier donc à être dans un truc manichéen.

le 11/11/2016 à 09h50 | Répondre

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