Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien chez soi !

Mes amies


Publié le 22 mai 2017 par Madame Givrée

Nous avions deux ans et demi. J’avais la tête qui tournait, elle était seule dans la cour de l’école. Je lui ai proposé de jouer. Nous ne nous sommes jamais vraiment quittées.

Nous avions vingt ans, nous étions étudiantes. Nous formions un trio un peu improbable, tant nous étions différentes. Mais aussi un peu semblables. Je pense à elles tous les jours.

Hier, il faisait beau. Un grand soleil comme on en a rarement en Normandie. J’avais, exceptionnellement, ma journée, elle était en vacances dans la région. C’était si agréable, de se retrouver, de marcher ensemble, de parler.

J’ai grandi dans une famille qui ne croit pas aux liens amicaux; les amis, « ça existe quand tout va bien dans ta vie, au premier problème, ils disparaissent ». J’ai grandi dans une famille qui m’interdisait les goûters d’anniversaires, les nuits chez les copines, les sorties entre filles. Et pourtant j’ai des amies dont rien ne saurait me séparer.

Elles savent d’où je viens

Nous avons « vécu ensemble » pendant un long moment. Nous allions au même endroit, par le même moyen, aux mêmes horaires, pour faire la même chose, chaque jour. Nous passions nos journée ensemble. Nous parlions beaucoup; de rien, mais surtout de tout. Nous connaissions l’environnement familier les unes des autres, comme si nous vivions réellement ensemble, nous connaissions les joies et les peines de chacune, au quotidien. Il n’y avait pas de filtre, pas d’obligation de se donner des nouvelles, nous étions réunies par notre amitié, et le partage d’un quotidien sans chichis qui était le fondement de notre existence.

Crédits photos (creative commons): profq1123

Nous avons une histoire commune

Il est plus difficile de s’attacher à de nouvelles personnes, à l’âge adulte. Mes amies et moi avons une histoire commune. Nous avons chacune évolué d’une façon différente depuis que nous avons quitté l’université, mais nous savons d’où chacune vient, nous avons été les témoins de l’évolution de chacune. Nous avons fait des choix différents: entrée dans la vie active ou poursuite des études, mariage, ou pas, grossesse, ou absence de grossesse, déménagement, changement de région, ou pas, vie à l’étranger, voire à l’autre bout du monde; nos chemins se croisent, se suivent, s’entrelacent. Nous discutons, partageons des photos, pas assez souvent à notre goût, nous nous voyons quand nous le pouvons (trop rarement, donc), selon le rythme de nos vies. Nous avons grandi ensemble, amorcé le passage à l’âge adulte ensemble, partagé les doutes et les grandes décisions. Ces années passées en parallèle et en inter-relations forment des liens très forts, constituent notre histoire commune, celle qui nous appartient et qui est à l’exception des autres. Je suis très attachée à elles.

Elles sont totalement honnêtes avec moi…

… Et m’aident à garder les pieds sur terre. Elles font partie de ces personnes qui  n’ont pas peur de me dire des vérités qui risquent de ne pas me plaire (« je trouve que tu t’es mal comportée, là »), ou à poser des questions difficiles (« et comment tu as vécu, ce truc difficile, là? »). Elles amorcent les conversations sur des sujets que, parfois, je préfèrerais éviter. Elles n’hésitent pas à me pousser dans mes retranchements, à me mettre face à mes contradictions, à m’interroger jusqu’à ce que j’admette ce que j’ai en tête. Parfois, j’ai envie de leur dire de ne pas tant s’inquiéter, mais en réalité, j’aime l’idée que je peux tout leur dire, qu’elles peuvent tout me demander.

Quand quelqu’un te remet à ta place, quel que soit le contexte, tu as tendance à être vexée. Quand c’est une amie que tu connais depuis longtemps… Tu as des raisons de te dire que c’est mérité, parce que tu sais que c’est l’amitié qu’elle a pour toi qui la pousse à parler.

Elles m’ont toujours soutenue

Elles me soutiennent quand je suis énervée parce que j’ai passé une mauvaise journée au travail, ou quand je suis blessée ou vexée par quelque chose qu’on m’a dit. Ce n’est pas parce qu’elles n’ont pas peur de me dire des vérités difficiles que je ne sais pas qu’elles sont de mon côté, toujours.

Elles me soutenaient à l’université quand j’allais très mal. Elles m’ont laissée ne rien dire quand je n’étais pas prête à parler, pleurer toutes les larmes de mon corps quand j’en ai eu besoin. Elles ont pris de mes nouvelles quand tout ce que je voulais c’était rester dans mon coin sans parler à personne.

Elles ne le savent pas, mais certains jours, c’est un message de leur part qui m’a obligée à m’alimenter, ou à sortir de mon lit, ou à faire quelque chose pour moi. Elles continuent à s’inquiéter pour moi, même si je vis à des centaines de kilomètres d’elles.

Crédits photos (creative commons): Cherylholt

Elles ont vu les pires aspects de ma personnalité

Elles m’ont vue déprimée, suicidaire, angoissée, en colère, enragée. Elles m’ont vue incapable d’éprouver de l’empathie pour qui que ce soit, habitée que j’étais par ma propre douleur, elles m’ont vue égoïste, presque aigrie, et elles m’ont aimée quand même.

Elles m’ont vue pleine d’acné, brûlée au second degré par de l’eau bouillante, trop maigre, puis en surpoids, pas coiffée, mal maquillée, elles ont connu ma période « rose » (je ne m’habille qu’en rose!) et ma période « bleue », puis la période « noire », elles ont été surprises et amusées quand je me suis fait piercer le nombril, et elles ont continué à être mes amies. Je crois que c’est bon, là, elles ne me quitteront pas.

On a partagé nos premières « blagues d’initiées

Tu sais, ces blagues que seuls toi et tes proches comprenez, parce qu’il faut avoir été dans le contexte pour les comprendre? Ces blagues que tu n’expliquerais pour rien au monde, parce qu’elle vous appartiennent, et sont inexplicables? La référence à une parole prononcée par une personne dont vous avez oublié le nom, il y a dix ans, mais qui vous fait tant rire, depuis tout ce temps? Le surnom idiot que vous vous êtes donné à la fac parce que vous l’avez trouvé gravé sur une table dans un amphithéâtre, ou tagué sur un mur, ou parce que c’était le tic de langage d’une de vos profs?

Personne ne peut comprendre ce monde amusant, éclectique, un peu idiot, que nous nous sommes créé. Le rire est un ciment à amitié sans pareille.

Et toi, que représentent tes amies pour toi? Tu te reconnais dans cet article, ou tu as une vision toute différente de l’amitié? As-tu grandi avec tes amies?

Commentaires

8   Commentaires Laisser un commentaire ?

Madame Fleur (voir son site)

J’ai toujours eu assez peu d’amis.
Mais j’ai grandis avec un super groupe d’amis à la fac.
Du coup, je me retrouve beaucoup dans tout ce que tu écris.

le 22/05/2017 à 11h36 | Répondre

Madame Givrée (voir son site)

J’ai l’impression que beaucoup de personnes forment des amitiés durables à la fac. Je me demande souvent si c’est parce que ces amitiés se forment à un âge où nous avons le temps du la volonté de les cultiver, ou si ça a plus à voir avec la symbolique, le passage à l’âge adulte, le besoin de s’accrocher aux choses, d’appartenir à quelqu’un d’une certaine façon… Ou un mélange de tout ça.

le 24/05/2017 à 22h46 | Répondre

Madame Bobette (voir son site)

Je crois aussi en l’amitié.
Ma plus grande amitié dure depuis 28 ou 29 ans je pense (j’en ai 30 dans 2 semaines). Voisines quand nous étions petites avec des mamans copines, écoles maternelles primaires et collèges ensemble. Ensuite nos routes ce sont séparées pour se retrouver 1 an à la fac. Ca n’empêche que même si 10h de route nous séparent aujourd’hui, elle reste l’unique. Je sais que je peux compter sur elle, elle peut compter sur moi, on ne se juge pas et qu’on s’appelle 3 fois dans la semaine ou pas pendant 3 mois, rien ne change. J’ai 2 autres amitiés aussi fortes mais plus récentes.
Les vrais amis, c’est aussi important que la famille! D’ailleurs, ça peut parfois devenir la famille grâce aux parrains et marraines 😉

le 22/05/2017 à 12h35 | Répondre

Madame Givrée (voir son site)

Haha, j’ai un aveu à te faire : jusqu’à ce que tu dises que 10h de route vous séparent, j’ai cru que tu étais la copine d’enfance que j’évoque au début de mon article, tant je me retrouve dans ce que tu dis !

le 24/05/2017 à 22h48 | Répondre

Madame Nounours

Quel belle déclaration d’amitié envers tes amies, je trouve ça beau. Personnellement je n’ai pas d’amie d’enfance ,enfin plus pour être exacte mais j’ai un groupe d’amis que j’ai depuis une quinzaine d’années et que J’adore. Je me retrouve un peu dans ce que tu décris notamment le fait que même si elles sont loins elles sont là pour chaque étape de la vie ainsi que les bons et mauvais moment.

le 22/05/2017 à 12h51 | Répondre

Mlle Nature

Je me reconnais tellement dans ce que tu écris aujourd’hui! Que ce moi ou mes amis nous aurions pu écrire cet article. J’ai rencontré mes deux amis au lycée, en internat. Petite je déménageais tous les 2-3 ans c’était donc difficile de garder une amitié.
Ces deux amies, comme dans ton cas, habitent bien loin et je les vois rarement malheureusement. Elles ont tout connu de moi et j’ai tout connu d’elle. On a passé des moments difficiles ensemble comme d’autres plus sympa. Finalement je les considère presque comme une deuxième famille. Je sais qu’elles seront toujours là.
L’envers de la médaille, c’est que je n’arrive pas vraiment à me faire d’amis dans ma ville actuelle car je sais que ce ne sera jamais pareil. Comme tu le dis : avoir des amis en étant adulte est bien plus difficile.

le 22/05/2017 à 14h23 | Répondre

Claire (voir son site)

Je trouve que l’amitié sincère est quelques chose de très précieux. Il me faut beaucoup de temps pour me faire une nouvelle amitié. La plupart de mes amitiés date de l’école, du lycée et de la fac.
Même si on ne se voit pas souvent, j’adore quand on se voit et que c’est presque comme si on s’était vu la veille 🙂

le 22/05/2017 à 15h18 | Répondre

MlleMora

C’est totalement ça avec mes amies, c’est si juste, et c’est si beau !!! Je trouve dur aussi de forger des amitiés aussi fortes à l’âge adulte, même si j’ai de belles amitiés, ce n’est pas pareil ! 🙂

le 26/05/2017 à 19h02 | Répondre

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