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Mes tribulations professionnelles


Publié le 13 mars 2020 par Rosa Evril

Sur ce blog, entre autres choses, j’aimerais te parler de ma vie professionnelle. Je fais un métier très intéressant et assez remarquable : je suis chercheur en biologie. Je vais écrire quelques articles à ce sujet, mais celui qui suit n’est malheureusement pas entièrement positif puisqu’il raconte surtout les différents problèmes que j’ai pu rencontrer. Mon métier est rempli de challenges et au cours de ma (courte) carrière mon challenge le plus important a été de croire en ce que je faisais.

Crédit photo (creative commons) : mwooten

Mes études

Je n’ai pas eu de réelle vocation : petite je m’imaginais enseigner, et j’aimais beaucoup le français et l’histoire à l’école. Il s’agissait de secteurs assez bouchés à l’époque et comme Welna, je me suis lancée dans des études scientifiques par intérêt pour la biologie et j’ai passé chaque année en me demandant vaguement à chaque étape si j’étais au bon endroit, mais en continuant à suivre la voie standard. J’ai décidé de faire un doctorat après des stages dans des laboratoires de recherche qui m’avaient beaucoup plu et à ce moment-là, je m’imaginais obtenir un emploi de chercheur et faire une carrière dans ce domaine. Mon doctorat a été une expérience assez enrichissante, même si ça a été très difficile à certains moments j’en garde de très bons souvenirs.

Mon expérience de travail à l’étranger

Après un doctorat, la voie « standard » pour devenir chercheur est d’avoir une expérience de travail à l’étranger et de revenir ensuite en France pour passer les concours (les postes de chercheurs dans les laboratoires publics sont des postes de fonctionnaires d’État donc soumis à un recrutement sur concours national). J’ai donc cherché et trouvé un emploi à l’étranger avec le projet d’y rester entre 2 et 4 ans selon affinités.

Une fois arrivée là-bas, j’ai eu un choc assez important : j’avais 25 ans, c’était la première fois que je partais si loin de ma famille et de mon environnement (et je n’avais pas fait les choses à moitié) et j’ai eu beaucoup de mal, au départ, à m’y adapter.

Au niveau professionnel, le cadre était sur le papier idyllique : une équipe jeune, dynamique, avec pas mal de moyens financiers, du soutien moral et technique, toutes les conditions étaient réunies pour que ça se passe bien. Pourtant, j’ai eu peur. Peur parce qu’on attendait beaucoup de moi et que je n’en avais pas eu conscience avant d’arriver. Peur de décevoir, donc, et c’est finalement exactement ce qui s’est passé. Je me suis sentie complètement perdue et larguée par rapport à mes autres collègues qui semblaient être comme des poissons dans l’eau. J’ai commencé à avoir quelques reproches, très gentils, qui avaient pour but seulement de me faire réagir. Pourtant, j’étais vraiment perdue et j’ai pris une décision radicale : si je n’étais pas à ma place dans ce laboratoire, alors c’est que je n’étais pas faite pour être chercheur. Et si je n’étais pas faite pour ça, alors je n’avais aucun intérêt à rester dans ce pays. J’ai donc décidé de partir au bout d’à peine un an, et même si je ne veux pas le regretter parce que ça ne sert à rien une fois que les choses se sont produites, j’ai encore du mal à expliquer aujourd’hui mon choix si drastique. Rien ne se passait vraiment mal, je commençais à bien m’habituer à la vie là-bas et j’aurais pu essayer de me remotiver et d’arranger les choses, et avoir une réelle et solide expérience professionnelle à l’étranger au lieu de ces quelques mois qui suscitent aujourd’hui toujours des questions et la réserve des recruteurs.

Mon retour en France

A mon retour en France, ma décision était tellement radicale que je ne voulais même plus mettre les pieds dans un laboratoire de recherche.

Aimant le contact humain, j’ai cherché de manière assez large un emploi d’enseignant dans le privé ou un poste de commerciale (je n’étais pas fixée sur le type d’emploi ni sur le secteur géographique). J’ai eu la chance de trouver un emploi assez facilement dans le second domaine. Même si c’était encore relativement loin de ma famille je pouvais rentrer sur un week-end ce qui faisait une énorme différence « moralement » avec mon précédent emploi. Cette tranche de vie a été une belle expérience : au niveau du travail c’était très compliqué avec mes patrons ; mais j’ai rencontré de belles personnes, et ça m’a donné l’occasion de sortir de mon cadre de travail habituel. Mais dans cette entreprise, on ne restait pas, les patrons cherchaient surtout à presser au maximum pour jeter ensuite… Pas très épanouissant donc, et puis la recherche me manquait finalement beaucoup plus que je ne l’avais imaginé.

Une fois encore, j’ai eu un choix à faire : rester ou partir ? Et cette fois encore, le choix nécessitait un abandon… Je suis finalement partie, encore une fois, mais cette fois pour un retour chez moi, avec ma famille et mes amis, et sur le même lieu de travail que pendant mon doctorat mais dans une autre équipe de recherche. Malheureusement, le temps n’était pas (et n’est toujours pas) au beau fixe dans le secteur public et il est difficile d’obtenir un poste pérenne, par le jeu des concours plus ou moins orientés et les sacrifices personnels que cela demande. Je me suis installée dans une vie professionnelle somme toute assez confortable par rapport aux horaires et aux tâches que j’avais à accomplir mais encore une fois, la précarité de ma situation (j’étais en CDD et chaque renouvellement était très compliqué) s’est imposée pour m’obliger à faire un nouveau choix.

Le graal ? Mon CDI

A ce moment-là, j’ai eu une opportunité en or : une offre d’emploi en CDI dans une start-up, correspondant parfaitement à mon profil, dans ma ville… l’emploi rêvé, sur le papier…

En réalité, (encore une fois), j’ai eu pas mal de doutes avant de commencer. Est-ce que j’avais vraiment envie de faire ce job ? Est-ce que j’allais être à la hauteur ? Est-ce que les conditions de travail (horaires (très) à rallonge, peu de congés, équipe minuscule : un seul collègue au départ et a priori (vraiment) pas d’affinités particulières à première vue) allaient me convenir ?

Pourtant, je m’y suis épanouie pendant plus d’un an. Malgré la fatigue et les aléas, je trouvais vraiment du sens à ce que je faisais. C’était varié, intéressant, très gratifiant, et surtout, je pouvais me projeter à long terme. Et puis, je ne sais pas à quel moment exactement, quelques grains de sable se sont infiltrés… j’ai appris par hasard que mes supérieurs (qui n’étaient pas sur place) ne me faisaient pas entièrement confiance, qu’ils me jugeaient moins fiable et performante que mon collègue. En quelques jours, j’ai appris qu’il allait être promu mais que moi je n’étais pas à la hauteur, tout en devant quand même assurer mon travail et le sien pendant son absence de quelques mois. Ça a été un peu la descente aux enfers, j’ai perdu confiance en moi et ça a été un cercle vicieux : j’avais énormément de travail mais avant son départ mon collègue avait dit derrière mon dos que ce n’était pas le cas donc j’avais sans cesse de nouvelles tâches et des relances… La charge de travail faisait que je commettais des erreurs qui n’ont fait que me faire perdre encore plus confiance en moi. En plus je n’avais aucun soutien (je me suis rendu compte que c’était vraiment primordial pour moi dans ma vie professionnelle) … C’était donc un cercle vicieux où je faisais des erreurs qui me faisaient perdre confiance en moi, ce qui me faisait en commettre encore plus, et travailler d’autant plus, de plus en plus…

Je ne voyais aucune issue, je passais mon temps à travailler (parfois 12 à 13 heures par jour) et dormir. Avec le recul, je me rends compte à quel point cette situation m’avait changé, j’étais épuisée, sans réaction, triste, je n’arrivais même plus à faire l’effort de parler aux gens, à faire des actes simples de la vie quotidienne. Un premier déclic a été quand mes parents m’ont dit qu’ils ne me reconnaissaient plus. C’était très dur à entendre, mais finalement salutaire. J’ai finalement été « poussée vers la sortie » mais c’était la meilleure chose qui pouvait m’arriver à ce moment-là car je glissais tout droit vers un gros burn-out.

Avec cette décision, est venu le temps de l’indécision : que faire maintenant ? J’en reparlerai sans doute dans un prochain article mais à ce moment-là j’ai beaucoup réfléchi à une réorientation. Ce n’était finalement pas le bon moment, mais je ne remercierai jamais assez la dame de l’APEC qui m’a permis de prendre du recul sur ma situation et de m’en sortir moralement, ce qui était la première étape pour aller mieux.

Et maintenant ?

J’ai retrouvé très vite un emploi de chercheur dans un laboratoire de recherche public. De ce fait, il s’agit d’un CDD mais pour le moment sans problème de renouvellement. J’ai aussi retrouvé une certaine confiance en moi grâce à mon chef qui m’a valorisée et a valorisé mon parcours dès mon recrutement. Je travaille sur des projets qui m’intéressent beaucoup et qui font sens pour moi, mais avec une pression qui me semble raisonnable : j’ai des délais à respecter bien sûr, mais qui ne nécessitent pas de rester plus de 10 heures par jour au travail pour les assurer. J’ai obtenu quelques belles réussites professionnelles depuis mon arrivée à ce poste, et même si ce n’est pas parfait, et que le gros point noir reste l’emploi en CDD, je peux dire que je suis très contente d’être là où je suis.

Au niveau personnel, ma vie est plus tranquille aussi : j’ai le temps de faire d’autres choses que travailler (ça semble bête, mais dans mon emploi précédent j’avais vraiment oublié cette sensation). J’ai enfin repris le temps de lire (et je me suis bien rattrapée), de profiter des bons moments en famille ou entre amis et même de m’ennuyer parfois (quel luxe !).

Finalement, toutes ces expériences m’ont permis d’apprendre beaucoup sur moi : je ne dois pas abandonner trop vite, j’ai besoin d’un bon équilibre vie pro/vie perso, de bien m’entendre avec mes collègues et de ne pas avoir trop de pression et d’attentes sur les épaules. J’ai trouvé ça aujourd’hui et j’espère rester dans cette dynamique le plus longtemps possible !

Je reviendrai dans un prochain article pour te raconter mon quotidien de chercheur, mais de ton côté n’hésite pas à me raconter en commentaire tes propres tribulations, je serai très heureuse d’en discuter !


Commentaires

5   Commentaires Laisser un commentaire ?

Azu

C’est intéressant mais c’est dommage que tu nous racontes pas plus ce que tu faisais exactement dans tes différentes expériences. Parce que personnellement, j’ai beaucoup de mal à m’imaginer à quoi ont pu ressembler tes journées en tant que chercheur. C’est vraiment un métier qui me questionne.

le 13/03/2020 à 13h31 |

Rosa Evril

Merci pour ton commentaire, c’est prévu je gardais ça pour un prochain article 🙂

le 13/03/2020 à 13h38 |

Maye

Mon mari aussi est chercheur, au stade de l’expatriation. Et oui qu’est-ce que c’est dur ! Je comprends que tu soit partie si vite, on la chance d’être en famille mais déjà comme ça c’est un calvaire. On entame la 3eme année d’expats. Au moins notre fille apprend des tas de langues…
Est-ce que tu penses que la promotion de ton collègue et non la tienne est du a du sexisme ?

le 13/03/2020 à 18h08 |

Rosa Evril

Merci pour ton commentaire ! Il est dans quel domaine ? Et toi tu peux travailler dans le pays où tu es ? Disons que le fait de « devoir » s’expatrier rajoute une difficulté quand comme pour moi ce n’était pas forcément une envie profonde. Mais ça reste une expérience intéressante de découvrir une autre culture. Pour le sexisme, non je ne pense vraiment pas, car ma chef était très à cheval sur ce genre de choses

le 13/03/2020 à 21h53 |

Maye

Astrophysique ^^ Au Japon j’avais le droit de travailler 15h/semaine pour un boulot non qualifié, ce que je n’ai pas fait vu je ne parlais que très peu japonais et que là bas la garde d’enfant est quasi inexistante. Maintenant on est aux US et là j’ai pas le droit de travailler. Les journées sont longues….

le 14/03/2020 à 10h11 |

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