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Être politiquement correcte fait-il de moi une nunuche ?


Publié le 3 octobre 2016 par Nya

Il y a quelques semaines, on m’a reproché d’être politiquement correcte. La question mérite qu’on s’y arrête. L’expression est voulue comme une accusation, un synonyme d’entrave à la liberté d’expression. Est-ce vraiment un défaut ? Être politiquement correcte fait-il de moi une nunuche ?

Et c’est quoi, au juste, le politiquement correct ? Wikipédia nous dit :

« Le politiquement correct désigne, principalement pour la dénoncer, une attitude véhiculée par les politiques et les médias, qui consiste à adoucir excessivement ou changer des formulations qui pourraient heurter un public catégoriel, en particulier en matière d’ethnies, de cultures, de religions, de sexes, d’infirmités, de classes sociales ou de préférences sexuelles. »

Politiquement correct

Crédits photo (creative commons) : leovalente

Pour donner des exemples, être politiquement correct, c’est…

  • éviter le racisme/sexisme ordinaire,
  • ne pas donner de surnoms dégradants fondés sur la nationalité ou l’origine ethnique,
  • ne pas se moquer ou rabaisser des personnes qui sont différentes de soi, parce qu’elles sont grosses/maigres/tatouées/gays…
  • ne pas se moquer de l’accent d’une personne,
  • féminiser les professions, dire « il ou elle » au lieu de simplement « il » dans les phrases génériques, parler des « droits humains » au lieu des « droits de l’Homme »,
  • ne pas perpétuer des stéréotypes, qu’ils soient de genre, de nationalité, sur les personnes malades…
  • s’efforcer de ne pas mettre tout le monde dans le même panier : tous les Asiatiques ne sont pas des « Chinois », les personnes autistes ne sont pas des « attardés mentaux »,
  • en gros, s’efforcer de ne pas perpétuer les « phobies » : grossophobie, xénophobie, transphobie…
  • tu connais forcément l’exemple qu’on nous rabâche tout le temps : être politiquement correct, c’est dire « personnes de petite taille » et pas « nains ».

En ce qui me concerne, je n’aime pas qu’on se moque ou qu’on tance des personnes différentes de la norme, peut-être parce que je ne fais pas toujours partie de cette norme, et j’ai tendance à employer des expressions comme « personnes de petite taille » sans avoir l’impression de donner dans la langue de bois.

Malgré les reproches que j’ai essuyés, je continue à penser que le « politiquement correct » peut faire du bien aux mentalités.

Être politiquement correct, c’est accepter qu’on est tous des êtres humains. J’ai l’impression d’être une sacrée hippie en écrivant ça (imagine une chanson de John Lennon pendant que tu lis le reste de la phrase…), mais nous avons tous le droit au respect, tous le droit de vivre sans qu’on se moque de nous. On fait tous de notre mieux, on essaie tous d’être nous. Je ne vois donc pas pourquoi je me moquerais de Machine parce qu’elle est handicapée, ni de Truc parce qu’il pèse plus que moi.

Être politiquement correct, c’est aussi accepter de donner la parole à certains groupes. J’imagine que les « nains » n’ont jamais choisi d’être appelés ainsi, et que l’expression « personne de petite taille » est de leur création. Tout comme je sais qu’en Amérique du Nord, ceux que nous appelons « homosexuels » refusent l’équivalent anglais « homosexuals », qu’ils jugent péjoratif, au profit de « LGBT community ».

Utiliser les termes qu’ils préfèrent, c’est leur donner la légitimité qu’ils méritent et dont ils ont besoin. On ne peut pas militer dans toutes les associations, mais on peut être des alliés. Si utiliser « communauté LGBTAQ » permet de donner un peu plus de visibilité à la diversité sexuelle, je le fais avec plaisir. Si utiliser « personne de petite taille » permet à celles-ci de se sentir mieux considérées, ça ne me coûte rien. Ça ne fait pas tout, ça ne fait même pas grand-chose, mais ça ne défait rien.

« Mais alors, on ne peut plus se moquer de personne ? »

Le fait est que si une grande partie de l’humour d’une personne ou d’une société consiste à se moquer des personnes différentes, il y a probablement un problème, non ? L’humour a de nombreux visages, et on peut rire de nombreuses façons.

L’humour évolue aussi avec le temps, et les tartes à la crème et les pets d’aisselle qui faisaient hurler de rire nos grands-parents ne nous arrachent plus de sourire aujourd’hui. Peut-être qu’il est temps de prendre conscience qu’on peut rire de beaucoup de choses, mais que rire majoritairement au détriment d’autrui ou prendre un groupe donné pour bouc émissaire, ce n’est pas idéal.

On peut rire de soi, rire de situations, rire de concepts… mais rire du fait « qu’on ne verra plus un noir si on éteint la lumière » ? Non. Rire du fait qu’une femme, « c’est comme un kleenex, on la prend et on la jette » ? Non plus.

Au-delà même du rire, mettre les bons mots sur les bons concepts est signe de progrès et d’acceptation. Comment être opposé à cela ?

« Le politiquement correct, c’est de la censure, ou pire : c’est de l’auto-censure. »

Personnellement, je ne pense pas m’auto-censurer en disant « Allemand » au lieu de « boche » comme le faisait mon grand-père, simplement parce que ce mot ne fait pas partie de mon vocabulaire, tout comme d’autres horreurs racistes que j’ai entendues dans la bouche d’aînés (note que je ne dis pas « vieux » !) ou d’abrutis (ou d’aînés abrutis… ce n’est pas incompatible). Si je me retenais de prononcer ces mots, ce serait de l’auto-censure, mais ce n’est pas le cas.

« Mais alors, et la liberté d’expression ? »

Je suis d’accord, tout le monde reste libre de dire ce qu’il veut. Dans une certaine limite : je rappelle que malgré tout, la loi française interdit les actes, injures et discriminations racistes, sexistes, homophobes, antisémites… J’estime qu’en perpétuant des stéréotypes de race/genre/religion par le biais du « politiquement incorrect », on se rend coupable de racisme/sexisme/etc. Mais ça n’engage que moi.

La liberté d’expression signifie que l’État ne peut pas empêcher quelqu’un de faire des remarques limites. Mais ça ne signifie pas pour autant que les gens qui l’entendent doivent rester muets, ou rester tout court. Libre à moi de signifier mon désaccord (de manière constructive) ou de ne pas rester en la compagnie d’une personne qui persiste à vouloir penser de manière raciste/homophobe/etc.

Je suis convaincue qu’être « politiquement correcte », même si cette expression ne veut pas dire grand-chose à mon niveau (je n’interviens pas en politique, je ne m’attache pas à ménager un électorat – c’est le sens premier du terme) ne fait pas de qui que ce soit une nunuche adepte de la bien-pensance ascendant langue de bois, mais relève simplement du respect.

On fait tous des erreurs de langage, des bourdes qui vexent d’autres personnes à divers degrés. Mais ma conscience se porte mieux quand je m’efforce de ne pas être l’abrutie de service qui se moque éperdument du respect ou pire, qui prend un malin plaisir à vexer la personne en face d’elle – pour mieux lui reprocher son manque d’humour par la suite.

Je n’ai pas vraiment de conclusion. Je pense qu’on lance facilement le « politiquement correct » comme une insulte pour ne pas remettre en question certaines habitudes faciles, qui consistent à prendre pour boucs émissaires les groupes minoritaires.

Je suis attachée au « politiquement correct » parce que j’estime qu’il revient simplement à faire preuve de courtoisie humaine, à aller au-delà des stéréotypes pour reconnaître l’être humain qui se cache derrière. Un être humain qui ne peut pas être réduit à une dimension, celle du stéréotype perpétué par ce qui « politiquement incorrect » – ou plutôt, par ce qui est franchement phobique. Ce n’est pas si évident que ça, tant nous sommes habitués à mettre les gens dans des boîtes qui les déshumanisent.

Et toi ? Tu es adepte du politiquement correct ? Ou tu détestes ça et le combats de toutes tes forces ? Pourquoi ? Viens en discuter avec nous !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

Commentaires

10   Commentaires Laisser un commentaire ?

Die Franzoesin (voir son site)

J’espère ne pas t’agacer avec mes références musicales mais je pense forcément à l’excellente chanson de Benabar « poliquement correct » en te lisant. Si tu ne la connais pas je te la conseille il va tout à fait dans ton sens !
Je suis d’accord avec toi aussi d’ailleurs et je trouve ce reproche du politiquement correct totalement « vide ». Cela dit je vis dans un pays où parfois cela devient vraiment agaçant… Ainsi en Allemagne je ne suis pas considérée par l’administration pour laquelle je travaille comme une employée « étrangère » mais… « internationale » ?! Je trouve que cela ne veut rien dire je ne suis pas internationale du tout 🙂 . Mais l’administration allemande n’ose plus qualifier les gens d’étrangers pour les raisons qu’on imagine. Dans ces cas là on frôle le ridicule mais la situation en Allemagne sur ces sujets est bien sûr très particulière.

le 03/10/2016 à 08h43 | Répondre

Ars Maëlle (voir son site)

En ce moment dans la sphère US, c’est à la mode de taper sur le « PC » : il n’y a qu’à regarder les 2 dernières saisons de South Park, qui montrent la domination du PC et ses dérives, et les commentaires sur les sites très fréquentés au sujet des « SJW » : social justice warriors. A les lire, défendre l’égalité, refuser la discrimination, respecter la sensibilité des gens, c’est être ridicule, nunuche et rabat-joie (voire mériter d’être tué ou violé, si tu lis certains !)
C’est terrifiant d’entendre ça, mais c’est aussi terrifiant que le bon sens et le respect ne suffisent pas à organiser les relations et qu’on soit obligés de tout codifier comme ça en prend la tournure.
Personnellement, je ne supporte pas qu’on utilise des synonymes péjoratifs de « femme » ou « homosexuel » pour parler d’un lâche ou d’un mauvais sportif, mais je connais assez bien mes amis gays pour rire avec eux quand ils font les grandes folles (après avoir vérifié que c’était OK pour eux)
Pour les euphémismes, je pense que c’est pareil : les gens ont le droit de choisir, et il y en a que ça agace d’être appelés seniors ou blacks plutôt que vieux ou noirs, parce que ça dénote une gêne qui n’a pas lieu d’être : pour eux, on est ce qu’on est ! J’ai souffert de l’euphémisation de ma maladie, j’aurais préféré la franchise d’un mot simple plutôt qu’une circonlocution. Ce qui compte, c’est le respect de l’autre, et il ne prendra pas toujours la même forme selon l’autre, justement.
Bref, merci pour ton article qui nous rappelle que ce n’est ni ridicule ni casse-bonbon d’être respectueux, et qu’on a le droit de le revendiquer !

le 03/10/2016 à 08h50 | Répondre

Madame Bisounours

Je trouve qu’au contraire, cela est la preuve d’une grande intelligence de coeur et d’esprit ! Mais pour moi, comme pour le dico ce n’est pas ça le politiquement correct, ce que tu décris c’est juste être un humain décent. Je pense que si plus de gens prenaient le temps de faire attention à leurs mots avant de parler, le monde n’en serait que meilleur !

le 03/10/2016 à 08h58 | Répondre

Madame Fleur (voir son site)

Je ne vois pas en quoi cela ferait de toi une nunuche. Avoir du respect pour les gens est quand même une qualité qui manque à de nombreuses personnes, je ne taperai jamais sur quelqu’un qui l’a ! Je vais quand même mettre une petite nuance, des fois derrière ce politiquement correct, il y a quand même des personnes qui le pratique avec absolument aucune bienveillance, en ayant seulement en tete de se faire bien voir de ses congénères. Mais ça c’est un autre problème.

le 03/10/2016 à 09h25 | Répondre

Myriam

Politiquement correct, j’y voyais un autre sens. Je parle de la pensée unique, du bon ton, proche finalement de l’image du mouton de panurge. Pour moi, le politique correct serait plutôt avoir une opinion parce que tout le monde l’a, sans s’être posé plus de questions. Ne pas faire de vague en se rangeant à l’avis lissé de la majorité. C’est en ce sens-là que j’y vois une définition négative. Mais aussi je pensais plutôt à quelques américains que j’ai rencontrés (je ne généralise pas, je pense juste à 2/3 personnes) chez qui ce politiquement correct était vraiment hypocrite et normatif. Mais je n’ai pas trop approfondi la question, contrairement à toi. C’est juste du ressenti. Bonne journée

le 03/10/2016 à 13h18 | Répondre

Madame yoga

J’allais écrire sensiblement le même commentaire! Pour moi il y a certes les termes utilisés mais également le fond quand on dit ce qui « fait bien » plutôt que ce que l’on pense réellement sans que cela soit une insulte bien sûr (si tu dis que tous les boches sont des nazis là c’est autre chose peu importe les termes employés d’ailleurs!).
Mais encore une fois un de tes articles m’a permis d’avoir un point de vue différent! Merci!

le 03/10/2016 à 21h40 | Répondre

Flora

Je suis d’accord qu’il n’y a rien de nunuche la dedans mais je t’avoue que j’ai quand même du mal avec ça, parce que je ne comprends pas l’intérêt de créer des mots pour dire la même chose que les autres existant. Pour reprendre un exemple qui a été cité, pourquoi aller chercher black ou senior quand on peut dire noir et vieux ? Le problème n’est pas le mot mais l’image qu’on s’en fait. Et si c’est péjoratif d’être noir aux yeux de certains, ça le sera autant d’être « black ». Et pareil être vieux est on ne peut plus naturel, le rendre péjoratif et aller essayer de trouver des alternatives, c’est à mon sens absurde.
Du coup forcement quand ces mots sont utilisés dans un contexte politique, je vois ça comme se voiler la face. Mais si tu l’utilises en signe de respect, c’est tout à fait honorable.
Quant aux surnoms dégradants c’est pour moi des insultes est ne pas les utiliser c’est tout simplement être correct 😉

le 03/10/2016 à 14h57 | Répondre

Nya (voir son site)

C’est assez délicat quand on fait partie d’une majorité (dans mon cas, les blancs) et qu’on a peur de manquer de respect ou d’être condescendant parce que certains mots sont connotés à nos yeux (à tort ou à raison) : arabe, noir, juif, vieux, handicapé… sont des mots qui ont été utilisés en tant qu’insultes et dont on peut être amener à se dissocier en employant un mot « adouci ». Après, comme je le disais, l’un des intérêts du politiquement correct est surtout d’employer des termes choisis par les communautés/personnes concernées sans leur imposer un terme dont elles ne voudraient pas. Si tu te définis comme noire, je ne vois pas pourquoi je t’affublerai du qualificatif black. Mais si une autre personne se qualifiait de black, je respecterai son choix aussi. Le problème étant que le communautés ne sont pas forcément homogènes sur un qualificatif commun… Dans ce cas on aurait tendance à viser le mot le moins offensant… mais de notre point de vue, sans forcément savoir s’il est correct…
Une autre question que j’ai pas abordée est le fait de s’auto-définir par un mot péjoratif pour faire preuve d’auto-dérision ou se le réapproprier, sans permettre aux autres de l’utiliser, ce qui complique encore davantage les choses…

le 03/10/2016 à 16h01 | Répondre

Tamia (voir son site)

En lisant ton titre je m’attendais à une autre thématique… Un peu comme Myriam, j’y voyais l’idée de ne pas faire de vague, de quelque chose de normalisé et sans réel bienveillance. Par contre, ce que tu dis est juste et ne fais pas de toi une nunuche (ou alors nous sommes nombreux !). Je trouve que de respecter l’autre dans son intégrité est une forme d’ouverture d’esprit et d’une bienveillance saine.

le 03/10/2016 à 22h18 | Répondre

Kitsuné

Je suis d’accord avec toi Nya. On n’imagine pas à quel point certains mots peuvent blesser les gens dont on parle (style « chinetoque », « tarlouze », etc.). Surtout qu’ils les entendent, non pas une fois de temps en temps, mais parfois plusieurs fois par jour. En plus, il y a une chose qui me semble très importante mais dont tu ne parles pas, c’est que le fait d’employer un mot respectueux va « mécaniquement » te faire éprouver plus de respect pour cette personne, par une sorte d’imprégnation. Le langage influe sur nos perceptions, ça ne saute pas aux yeux à première vue et pourtant c’est vrai. Moi, en ce moment, mon cheval de bataille, c’est d’arrêter de dire « pute » pour dire « prostituée » (j’en croise souvent lors de mes trajets et le mot me vient naturellement. Je me force à changer cette habitude). Je me dis que ces femmes ont déjà de grandes difficultés, je ne suis pas obligée de les insulter en plus …

le 06/10/2016 à 15h46 | Répondre

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