Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien chez soi !

La pression de la fête des mères


Publié le 4 juin 2013 par Nya

Qui ne fête pas la fête des mères ? Cette fête a acquis un statut universel en quelques décennies seulement, pour le bonheur de toutes les mamans, chaque dernier dimanche de mai. Et pour célébrer la fête des mères, il est généralement de mise d’offrir un cadeau.

Pendant l’enfance, l’institutrice nous faisait faire des colliers de pâtes, des dessins, des photophores en yaourts La Laitière. On les ramenait fièrement à notre môman qui nous couvrait de bisous en s’extasiant devant nos colliers importables et nos photophores bancals, et on passait à autre chose sans se poser de questions.

En classe de cinquième, persuadée que cette fête était une activité purement scolaire, j’ai décrété que la fête des mères était un truc de bébé, et que j’arrêtais de la fêter.

Autant te dire qu’en quatrième, je me suis bien creusée la tête pour rattraper cette rébellion. À ma décharge, personne ne m’avait expliqué que tout le monde célébrait la fête des mères.

petite fille bouquet de fleurs

Crédits photo (creative commons) : Lauren Hammond

Mais maintenant que je suis arrivée à l’âge canonique de 28 ans, je reviens un peu sur cette idée qui avait décoiffé ma famille à l’époque. Souhaiter une bonne fête des mères ne me pose pas de problème. L’obligation d’offrir quelque chose à cette occasion, si.

Parce que je ne sais pas toi, mais moi, après avoir :

  • acheté des CD de ses groupes préférés ou non
  • acheté des DVD
  • acheté des livres au hasard en lui dédicaçant
  • acheté des vases
  • acheté des parfums
  • acheté des bougies
  • acheté des cadres photos
  • acheté des tubes à essai avec des fleurs et de la poésie dedans
  • envoyé un bouquet de fleurs à son travail…

… Je suis carrément à bout d’idées de cadeaux. Et plus les années passent, plus je me sens cynique devant l’avalanche de pubs qui m’invitent (me contraignent ?) à prouver à ma mère que je l’aime en lui offrant des cosmétiques/un blender/un appareil à abdos et autres joyeusetés improbables…

Adolescente, je pouvais encore m’en tirer avec un truc acheté vite fait ou un cadre photo fait main. Mais plus le temps passe, plus les cadeaux que l’on offre symbolisent (à tort ou à raison) l’expression de notre amour et la façon dont nous connaissons le destinataire. À presque 30 ans, on attend de moi un cadeau réfléchi, qui touche juste. Et avec une fête aussi chargée émotionnellement, pas question de se rater. J’ai parfois l’impression que ce serait se révéler irrémédiablement être une fille indigne.

C’est ça, la magie du marketing : comme pour toutes les fêtes célébrées dans notre société, si on n’offre pas de cadeaux, nous sommes indignes. Si j’ai le malheur d’oublier la fête des grands-mères, la brigade familiale me rappellera à l’ordre dès le soir même. Pourtant, cette fête a été créé en 1987 par le café Grand’Mère… Ça, c’est du marketing réussi ! Tout comme la Saint-Valentin, qui fait de nous des amoureux indignes si on ne dépense pas une blinde en roses rouges et restau hors de prix pour se prouver qu’on s’aime.

Quand on y réfléchit, on pourrait presque relancer l’économie en créant de nouvelles fêtes qui généreraient de nouvelles obligations de cadeaux (cher gouvernement, si tu me lis…) :

  • la fête des arrières-grands-mères
  • la fête des cousins au troisième degré
  • la fête des animaux de compagnie
  • la fête des boulangers
  • la fête des employés de la voirie

Autant d’occasions de cadeaux manquées ! D’ailleurs, savais-tu que la fête des grands-pères se fête le premier dimanche d’octobre ? Non ? NON ? Petite-fille indigne, va.

Gare donc à l’oubli de la fête des mères, sous peine de déclencher l’apocalypse familiale et de te faire renier. Cette fête part d’un bon sentiment, mais chaque année, j’ai l’impression que la société de consommation achète mon amour pour ma mère dans un numéro bien ficelé de chantage psychologique.

mère et fille

Crédits photo (creative commons) : 23am.com

Cette année, je remonte donc le temps jusqu’en cinquième et je l’assume : pas de cadeau ! Pas d’attrape-poussière, pas de CD choisi au hasard, pas d’énième objet de déco. Pour cette fête des mères, nous allons nous faire mutuellement le plus cadeau qui soit : celui du temps de qualité passé ensemble, des moments qui créent des souvenirs et qui renforceront notre relation mère-fille bien mieux que ne le fera une bougie parfumée.

Et toi, tu boycottes la fête des mères ? Tu t’y plies de bonne grâce ? Tu offres des cadeaux à n’importe quelle occasion, ou tu rues dans les brancards quand tu as l’impression de te faire manipuler ? Qu’en pense ta famille ? Raconte-moi tout !

Commentaires

7   Commentaires Laisser un commentaire ?

Marie Obragada

Pas de cadeau ici non plus sauf rares exceptions. (De même que je n’ai pas toujours eu un cadeau à mon anniversaire et que je n’en offre que très rarement à mes parents à cette occasion).
Bref, on n’est pas très cadeau dans la famille mais on s’aime fort.

le 04/06/2013 à 08h10 | Répondre

Madame Diane

Merci pour cette chronique, je me sens moins seule.
Petite, je me faisais un devoir de lâcher toutes les économies de mon argent de poche, durement gagnées au prix de sacrifice d’achats de bonbons ou autres choses essentielles.
Ma mère était couverte de cadeaux. J’étais extrêmement fière et excitée de tant la gâter pour lui prouver ô combien mon amour pour elle était grand.
Chaque année, la déception de sa réaction (ou absence de réaction) me causait frustration et surtout beaucoup de souffrances.
Petit à petit, j’ai pris cette fête en grippe, achetant au dernier moment le dernier truc qui me tombait sous la main.
Étant devenue mère j’ai fait l’objet de multitudes de cadeaux improbables faits par les mimines de mes petiots, chacun aussi émouvants les uns que les autres. Leurs poèmes qui à chaque fois m’arrachaient des larmes.
Depuis qu’ils sont grands, je ne veux plus prendre part à cette fête, seul jour de l’année où l’on devrait célébrer l’amour que mes enfants ont pour moi.
Je ne veux plus de cadeaux, aucun événement particulier autour de cet amour qui j’espère existe entre mes enfants et moi les 364 autres jours de l’année.
Ils ont donc bien tous compris qu’un simple coup de fil ou bisou assorti d’un « Bonne fête Maman. Je t’aime » me comble largement, suffit à toucher mon cœur et à me tirer une larmichette.
Nul besoin de parfum, robot ménager ou fer à repasser (le premier qui m’offre un de ces 2 trucs là pourra voir mon courrou) pour me rendre heureuse et me sentir « bonne mère aimée de ses enfants ».
Et même traitement pour ma mère. Un simple coup de fil.
Oui, fille et mere ingrates je suis.

le 04/06/2013 à 08h29 | Répondre

Madame Lutine

Ici, ce n’est pas tant l’obligation de cadeau matériel ou la fête commerciale qui nous gène, que le conditionnement. (Non, pas le conditionnement/emballage du cadeau ! Le conditionnement, les conditions que cela implique. 🙂 )

Et ce ne sont pas nos familles qui nous « rappelleront à l’ordre » : ma mère est contre cette fête rapport à Pétain (qui l’a institué en France). Ma belle-mère est contre, car on n’a pas à la remercier d’être mère, et que rien ne vaut les petits mots d’amour spontanés que lui laissaient ses enfants de temps en temps.

Mon Lutin et moi sommes contre, donc, car nous n’aimons pas l’idée d’une fête conditionnelle (je pense que outre Pétain, c’est aussi ce qui dérange ma môman, en fait). La fête des mères (des pères, etc.) dit « maman, merci d’être ma maman »… Ça devient une obligation de remercier Maman d’être ce qu’elle est… Même si elle est ignoble, soit dit en passant.

Par contre, si nos enfants ont envie de fêter ces fêtes des mères/pères, ça sera leur choix. (J’ai un peu trop entendu ma maman dire qu’elle était absolument-complètement-contre, ce n’était pas franchement agréable d’arriver avec son cadeau fabriqué à l’école et de se l’entendre rappeler à ce moment-là, encore une fois. Même si elle gardait les cadeaux – heureusement ! –, on se sent un peu pouilleux avec son cadeau.) Mais il est hors de question d’insister en leur rappelant que la fête approche et que par conséquent, ils devraient « peut-être » prévoir une surprise.

A mon sens, c’est donc différent de Noël ou d’un anniversaire. Ces cadeaux-là ne remercient personne, ils sont là inconditionnellement. Ce n’est pas le cas pour ces fêtes récentes.
(Je ne suis pas contre les cadeaux « merci d’être ce que tu es », mais leur valeur est complètement biaisée par l’obligation incontournable. Ces cadeaux sont plus fort lorsqu’ils sont spontanés. Bref, je suis aussi d’accord avec Belle-Maman. C’est pourtant pas souvent sur les sujets éducatifs. 😛 )

le 04/06/2013 à 08h36 | Répondre

Mme Pivoine

Je suis tout à fait d’accord avec toi !!
Tous les ans je me force à faire un cadeau suffisamment cher pour prouver à ma maman que je suis une fille gentille qui l’aime, mais cette année non, pas de cadeaux hors de prix! Tout comme la St Valentin hein ! on ne l’attend pas pour s’offrir des cadeaux ou des resto, donc chez nous c’est niet!
Parce que bon, entre Noël, la St Valentin, Pâques, la fête des mères/pères/grand-mères/grand-pères, la journée de la femme et les anniversaires, j’ai parfois le sentiment que mes cadeaux n’ont plus de vraies valeurs…

le 04/06/2013 à 09h31 | Répondre

Madame Stilettos

Alors sur le principe je suis totalement d’accord avec toi…maintenant en pratique c’est autre chose!
Vois tu, comme je vous l’ai expliqué le jour de la fête des mères j’ai des rapports compliqués avec la mienne…parce qu’elle est quelqu’un de compliqué!
j’ai l’impression en permanence qu’elle recherche le conflit et que le moindre petit détail peut mettre le feu aux poudres!
Vois tu ma mère c’est le genre à te dire « on a pas besoin de ça » mais hyper vexée si tu ne lui fait rien!
Quand j’habitais chez eux, je trouvais que c’était une belle attention de préparer un beau brunch ce dimanche là plutôt que de dépenser des dollars!
Mais en grandissant, maintenant que j’ai des ressources, je me sens obligée de faire un cadeau, comme tu dis aussi par pression sociétale!
Et chaque fois c’est la misère, parce que je n’ai pas le temps, que je n’ai pas d’idées.
Fort heureusement près de mon travail, il y a un bazar, genre caverne d’ali baba et j’ai pu y trouver mon bonheur à la dernière minute!
Mais j’aimerais arriver comme vous à me dire c’est pas la fin du monde si cette année elle n’a rien!
D’autant que pour être franche, cette année je ne sais même pas si c’était offert avec le cœur vu qu’on s’était disputées toute la semaine avant…

le 04/06/2013 à 13h35 | Répondre

Mademoiselle Godille

Chez nous, pas d’obligation mais quand maman a une envie qui vient autour de cette date on se dit que c’est l’occasion…
Mais je suis bien d’accord quand ça devient une obligation on en perd le plaisir!

le 05/06/2013 à 20h47 | Répondre

Cheza

Ah.. Chez nous, c’est un peu différent… ma mère ne supportant pas de fêter son anniversaire (on n’a limite pas le droit de lui souhaiter!).. on se rattrape avec la fête des mères, qui est simplement devenu un rendez vous à ne pas manquer, ou on se retrouve en famille… et après, parfois il y a des cadeaux (souvent des photos souvenirs ou des activités à faire en famille).. parfois non. Car le principal, c’est qu’on soit ensemble.
ps : la date n’a pas d’importance.. Cette année on fête la fête des mères le 15 Juin! (en même temps que la fête des pères, d’ailleurs! pour celles qui ne suivent pas! 😉 )

le 06/06/2013 à 17h38 | Répondre

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