Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien chez soi !

Ce qui marche contre mon anxiété liée aux traumatismes


Publié le 29 mars 2020 par Madame Givrée

Je suis une personne très anxieuse. Tellement anxieuse que si tu rapproches ton écran et que tu changes quelques lettres, tu liras en fait « traumatisée et en cours de reconstruction ». Peu de gens connaissent l’étendue des dégâts, tout ce qu’ils voient, c’est mon extrême anxiété, et tout le monde y va de son petit conseil pour m’aider: dessiner, peindre, faire du tricot, prendre un bain, faire du coloriage, boire un thé, aller faire une marche, respirer un grand coup, ou faire de la sophrologie.

Ces personnes sont bien intentionnées, et je suis certaine que les techniques de relaxation fonctionnent bien chez les autres. Les personnes qui n’ont pas engrangé des années de violences et qui n’ont pas à gérer au quotidien plus que leur dose de traumatisme. Pour moi, ces techniques sont, au mieux, inefficaces, au pire dangereuses pour ma santé mentale puisqu’elles me mettent dans un état de panique immédiat et profond.

Crédit photo (creative commons) : 41330

La pire chose que je puisse faire, si je suis très angoissée, c’est de faire de la relaxation. Cela donne juste à mon cerveau une occasion de faire tourner en boucle ce qui me pose problème. Et quand je te dis en « tourner en boucle », je ne te parle pas simplement du phénomène de rumination qu’on connaît tous, mais de tous les symptômes associés à l’anxiété : le déclenchement de la mémoire corporelle, difficulté à respirer, flash-backs, etc. Ce qu’il me faut dans ces situations, c’est une échappatoire, une façon de faire descendre la pression.

Crois-moi, j’ai souvent fait de longues marches, contemplé la mer, caressé mon chat ou fabriqué des doudous, et même si ces activités sont agréables elles ne changent rien à mon niveau d’anxiété. Je ne peux pas échapper physiquement à ma douleur. Elle est à l’intérieur de moi. Ce dont j’ai besoin, c’est de trouver une occupation à mon esprit le temps de faire passer le plus gros de la crise, jusqu’à ce que je sois capable de m’occuper de la source du problème.

Je n’ai pas besoin de plus de temps pour cogiter, j’ai besoin de couper l’anxiété à la racine. Parce que je suis sur-stimulée en permanence : les cauchemars me réveillent au moins 3 fois par nuit, le manque de sommeil fait que je suis à fleur de peau, je suis en hyper-vigilance permanente, et tout peut devenir un problème.

Crédit photo (creative commons) : Kaz

Si mon mari met plusieurs heures à répondre à un de mes messages, je me figure qu’il ne m’aime plus. S’il m’appelle en plein milieu de la journée alors qu’il est censé être au travail, je m’imagine qu’il a eu une prise de conscience et ne veut plus de moi, si je suis sous la douche et que j’entends un bruit, je suis prête à bondir, si on se tient derrière moi pendant que je suis à l’ordinateur, la tension dans mon corps me ferait presque pleurer. Rien ne me donne plus envie de hurler que quand mon mari reste près de moi quand je fais la vaisselle. Toute situation banale de la vie quotidienne peut devenir un problème pour moi. La liste est sans fin.

Parce que je pense qu’il est important d’avoir conscience des capacités et limites des personnes vivant avec un ou des traumatismes, j’ai fait la liste des choses qui ne me servent à rien, puis celle des choses qui m’aident. Il n’y a pas d’ordre particulier, et bien sûr cela reste une liste personnelle. Ce qui s’applique à moi peut être totalement différent de ce qui fonctionne pour quelqu’un d’autre.

Ce qui ne m’aide pas du tout

Prendre un bain / une douche et me faire un thé

Regarder un film ou le coucher du soleil, ou mes chats, ou les petits oiseaux.

Dessiner, colorier, faire du crochet ou du tricot, ranger la maison.

Faire du yoga ou des étirements.

Faire des exercices de respiration, de relaxation, de sophrologie.

Ce qui peut m’aider

Faire des mots-croisés, des Sudoku, ou un puzzle.

Ecrire. N’importe quoi, mais rédiger quelque chose.

Me perdre dans la lecture d’un roman. A condition que ça soit un très bon roman.

Apprendre par cœur quelque chose. Passer l’agrégation a fait beaucoup de bien à ma santé mentale cette année (mais je l’ai quand même ratée)

Faire des maths. Bon, je t’avoue que ça fait longtemps que je n’ai pas utilisé cette technique mais il y a une époque où je ne jurais que par les problèmes de maths.

Toute activité qui me demande une grande concentration (ou même une petite concentration, vu mes capacités parfois limitées)

Quelques petites choses qui m’ont aidée ponctuellement

Réciter la succession de premiers ministres britanniques depuis le milieu du XIXème siècle (oui, bon, on a les passe-temps qu’on mérite hein!)

Faire des listes.

Danser. A condition que ça soit très vite, très mal, et sur une chorégraphie que je ne connais pas.

Il est évident que je ne suis pas médecin, ni psychologue, et que parfois mes techniques de gestion m’ont menée… Directement dans le mur. Mais je pense qu’il est important de garder à l’esprit que le cerveau d’une personne traumatisée ne fonctionne pas tout à fait comme le cerveau des autres, et que ce qui marche pour toi ne marchera pas forcément pour moi. Mon anxiété se nourrit des temps libres. Mes traumatismes ne demandent qu’à remplir chaque espace vide de mon cerveau. Trouver des techniques de gestion, qui ne sont pas celles de tout le monde, m’aide à respirer à ne pas sombrer. Parce que ce que la plupart des gens ne sait pas, c’est que je vis chaque minute de chaque jour avec ces traumatismes : ils ne font pas partie de ma vie, ils imprègnent le tissu de ma vie. Et ils demandent une attention particulière. Et parfois, une échappatoire.

Et toi, tu fais quoi contre l’anxiété ?

Commentaires

2   Commentaires Laisser un commentaire ?

Madeleine

Au cas où un calin virtuel aiderait… 😘

le 30/03/2020 à 10h08 | Répondre

Colombine

Quand je stresse j’ai également tendance à faire des jeux hyper répétitifs du genre du sudoku pour débrancher le cerveau.

Un conseil qu’on m’avait donné : faire un effort physique. Ça va couper le stress. Pas forcément du sport, mais juste monter et descendre très rapidement les escaliers sur plusieurs étages peut aider.

En tout cas gérer son angoisse est très difficile alors je te souhaite beaucoup de courage.

le 04/04/2020 à 23h35 | Répondre

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