Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien chez soi !

Retrouver un peu de moi chez une célébrité m’a aidé à surmonter de lourdes épreuves


Publié le 5 juin 2014 par Madame Givrée

Je n’ai jamais été une groupie. Tu sais, la fille qui met des posters de son chanteur ou acteur préféré dans sa chambre, qui se pâme à chaque fois qu’il passe à la télé, qui ne parle que de lui, qui ne vit que pour lire ses actualités ? Je n’ai jamais été comme ça. À la question « qui est ton acteur chanteur préféré ? » (la question se décline aussi au féminin), j’ai toujours répondu, invariablement, « je ne sais pas » ou « je n’en ai pas ». Et c’était vrai !

Puis, j’ai découvert James Blunt. Un peu avant que sa côte de popularité n’explose avec la désormais célèbre, niaise et insupportable You’re Beautifulquand il était encore un petit chanteur pas très connu avec vaguement « une voix de fille ». J’ai tout de suite aimé ses reprises et compositions un peu années 80, un peu modernes, ce mélange de tristesse et de joie chez lui. Je suis ce qu’on appelle « une fan de la première heure ».

seule sur le pont dans la ville

Crédits photo (creative commons) : Thomas Leuthard

Quand son album Back to Bedlam (bedlam, en anglais, c’est le tumulte, le b*rdel, et parfois l’enfer) est sorti, j’ai tout de suite adoré. James Blunt a fait un carton avec You’re Beautiful, les filles l’adoraient, les garçons levaient les yeux au ciel à la mention de son nom. Très vite, il a été catalogué « chanteur pour les nanas ». Un peu niais, comme je te le disais.

A l’époque, j’avais 19 ans, et je traversais un véritable enfer. Ou plutôt, j’y retournais, comme le titre de l’album. Et même, ma vie était un sacré bordel. Victime de viols (le pluriel est intentionnel), je ne savais plus trop comment sortir du silence, de l’isolement, de la douleur, de la peur, de la honte et de l’envie de mourir.

Dans ma chambre d’étudiante, j’écoutais ses paroles à fond et je me disais que, lui, au moins, savait de quoi il parlait. Un mélange de désespoir et d’espoir. Lui aussi, revenait de l’enfer, et s’il parlait de la peur, de la mort, je pouvais l’écouter et me dire que je n’étais pas seule au monde.

Morceaux choisis… (chanson Tears and Rain)

How I wish I could surrender my soul
Shed the clothes that become my skin
See the liar that burns within my needing.

How I wish I’d chosen darkness from cold.
How I wish I had screamed out loud,
Instead I’ve found no meaning.

I guess it’s time I run far, far away ; find comfort in pain.

Traduction :

« Comme j’aimerais pouvoir livrer mon âme, me débarrasser de ces habits qui sont comme une seconde peau, voir l’imposteur rongé par ma soif de vivre.

Comme j’aimerais avoir choisi les ténèbres plutôt que le froid. Comme j’aimerais avoir hurlé. À la place, je n’ai trouvé aucun sens à tout ça…

Je pense qu’il est temps de m’enfuir très, très loin, trouver du réconfort dans la douleur. »

James Blunt en concert

Du fin fond de mes propres ténèbres, ces paroles ont eu un retentissement que, je suppose, tu peux imaginer. J’ai eu le sentiment que James Blunt mettait en paroles ce que je n’arrivais pas à exprimer. Et que dire de ces paroles, issues de Billy, du même album ?

He knows the price that he’s paid.
He admits that it’s too late to admit that he’s afraid.
Tomorrow comes.
Sorrow becomes his soul mate.
The damage is done.

« Il connaît le prix à payer. Il admet qu’il est trop tard pour admettre qu’il a peur. Les lendemains reviennent, la douleur devient son âme sœur. Le mal est fait. »

Et ça ?

Do you see my guilt? Should I feel fright? Is the fire of hesitation burning bright?

« Vois-tu ma culpabilité ? Devrais-je avoir peur ? Est-ce que le feu de l’hésitation est très vif ? » (Chanson Cry, du même album.)

A l’époque, j’avais parlé de ce qui m’était arrivé à deux amies. Elles m’encourageaient à continuer à me battre, et essayaient de me convaincre d’en parler à ma famille, de porter plainte contre celui qui m’avait fait du mal. (Même si parfois j’utilise les termes « mon agresseur », tu verras que la plupart du temps, je refuse d’utiliser le mot « mon » pour parler de lui.)

Mais le sentiment de culpabilité (et si c’était ma faute ?), la peur (qu’est ce qui va m’arriver ? Et lui, il va aller en prison ?) étaient si forts que j’étais réduite au silence.

James Blunt me donnait la possibilité d’exprimer ma peur et ma douleur. Membre d’une chorale quand j’étais adolescente, je chante de façon acceptable. Chanter les chansons de James Blunt à mes heures me permettait de lâcher un peu la pression. J’avais le sentiment de me retrouver en lui, de me retrouver dans ses paroles, et donc, un peu, dans ses émotions.

Avec le recul, et même si ça peut paraître idiot, vu de l’extérieur, je pense que ses chansons m’ont aidée à survivre. En ce qu’elles m’ont permis de comprendre que je n’étais pas la seule personne qui avait à dépasser des horreurs.

concert James Blunt batterie logo

Les paroles des chansons de James Blunt ne faisaient pas seulement écho à mes émotions. C’est aussi un chanteur britannique avec un parfait accent anglais – un peu bourgeois. J’ai une telle passion pour l’anglais que tu peux imaginer à quel point je peux apprécier un vrai chanteur britannique. Et puis, j’aime ses références (plus ou moins) subtiles à la littérature anglaise, comme dans l’extrait ci-dessus, qui était une référence au poème de William Blake, « The Tiger ». Tout ce que j’aime !

Le temps a passé. J’ai finalement porté plainte contre mon agresseur, fait mon bout de chemin. La peine est restée pendant très longtemps, la procédure suivant son cours, l’angoisse prenant beaucoup de place. Et pendant tout ce temps, James Blunt est resté mon chanteur préféré. J’ai commencé à voir mon avenir avec un peu plus d’optimisme.

Et James Blunt a sorti un nouvel album.

Oh these feet carry me far.
Oh, my body oh so tired.
Mouth is dry. Hardly speak.
Holy spirit rise in me.

« Oh, ces pieds me mènent loin. Oh, mon corps, si fatigué. Ma bouche est sèche. Peux à peine parler. Le Saint-Esprit s’élève en moi. » (Chanson I’ll take everything, album All The Lost Souls, James Blunt.)

Un peu plus positif, je te dis. J’avançais sur le chemin de la résilience, et James Blunt reste gravé dans mon esprit comme LE chanteur qui pouvait mettre des paroles sur des sentiments au moment où, moi, je ne pouvais pas.

Je me fichais de savoir s’il ressentait vraiment ça ou pas, si j’aurais un jour l’occasion de le clamer haut et fort ou pas. Le fait de savoir qu’il y avait au moins une personne dans ce monde qui souffrait, et qui était capable de le dire, m’a aidée à survivre.

En 2008, pour mes 22 ans, j’ai eu la chance d’aller le voir en concert.

Mme Givrée au concert de James Blunt

J’ai vu un petit bonhomme chanter et s’agiter de loin, et j’ai été aux anges pendant des semaines.

Les années ont passé. Je ne vais pas te raconter tous les détails, mais mon agresseur a été condamné à – un peu – de prison. J’ai traversé un passage à vide terrible, et puis je me suis relevée. J’ai commencé à aller mieux. J’ai eu mon concours. J’ai commencé à exercer le métier que j’avais choisi à 11 ans, sur les bancs de l’école.

C’est ce moment qu’a choisi James Blunt, du fin fond de sa bulle à lui, pour sortir son album, Some Kind of Trouble (que je traduis, un peu pour m’amuser, à moitié sérieusement par « un peu dans la m*rde »). Et dans cet album, la chanson No tears, et ces paroles :

Don’t I know it? Nobody has to say it.
I’ve been lucky, guess I was born that way.
[…]
Well I’ve been everything I wanna be.
So no tears, no tears for me.

« Ne le sais-je pas ? Personne n’a à me le dire. J’ai eu de la chance, je crois que je suis né(e) comme ça. J’ai eu tout ce que je voulais. Alors ne pleurez pas, ne pleurez pas pour moi. »

concert James Blunt

Et encore une fois j’ai eu l’impression qu’il parlait à ma place. J’ai eu deux amies qui m’ont soutenue quand j’en ai eu besoin, qui m’ont poussée à me battre, à parler, à me libérer de mon fardeau.

Le moment venu, j’ai eu un fiancé qui m’a tenu la main pour aller porter plainte, et qui m’a laissée pleurer sur son épaule. Il a fait preuve de tant de patience et d’amour que, des années après, j’ai une boule dans la gorge quand j’y pense. J’ai vraiment eu de la chance.

J’ai traversé l’enfer, mais je l’ai traversé entourée de personnes qui ont su m’aimer et me soutenir quand je croyais être seule. Et James Blunt m’a permis d’exprimer ce que je ressentais mieux que je ne pouvais le faire moi-même. J’ai réellement le sentiment d’avoir été portée par sa musique, accompagnée sur le chemin de la guérison.

Quand je parle de ça avec mes ami(e)s, ou avec Sir Givré, je passe aisément pour une folle. Peut-être qu’à l’écrit, ça passera mieux…

Quand j’étais au fond du trou, j’ai trouvé des chansons qui m’ont permis de comprendre et de dire ce que j’avais au fond du cœur. J’ai trouvé en James Blunt une personne à la sensibilité exacerbée, quelqu’un qui était capable de dire les choses, et la preuve que je n’étais pas la seule en enfer. S’il avait survécu, je pouvais le faire aussi.

Au moment où j’ai commencé à aller mieux, James Blunt a commencé à sortir des chansons plus joyeuses. Et quand je me suis enfin libérée de ce fardeau, il a sorti un album qui a été décrit dans les médias comme « une explosion de bonheur ».

Alors, moi, la fille qui n’a jamais été une groupie, je me mets à attendre avec impatience le prochain concert (j’en ai quelques uns à mon actif !), ou la sortie du prochain album (il en a sorti un, Moon Landing, en octobre dernier).

Mme Givrée concert James Blunt

Et comme il le dit dans la première chanson de ce tout dernier album:

But in time, all the flowers
Yes in time, all the flowers
Turn to face the sun

« Mais en leur temps, oui, en leur temps, toutes les fleurs trouvent/se tournent vers le soleil. »

No tears. Ne pleurez pas pour moi. J’ai trouvé le soleil, et James Blunt m’y a aidée, à sa manière, de loin, sans qu’il ne fasse jamais vraiment partie de ma vie ou moi de la sienne. Ça a été James Blunt, ça aurait pu être n’importe quel chanteur, acteur, écrivain, vivant ou mort. Le fait est que c’est en lui que je me suis reconnue. C’est en lui que je me reconnais, au jour le jour. Et quelle que soit mon humeur du jour, il y a toujours une chanson de James Blunt appropriée.

Et toi, il t’est déjà arrivé de retrouver un peu de toi chez une célébrité ? Est-ce que tu as des chansons « fétiches », qui te semblent écrites pour toi ? Tu as des chansons qui t’ont accompagnées dans tous tes moments, tristes ou joyeux, et dans les épreuves ?

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

Commentaires

9   Commentaires Laisser un commentaire ?

mondomisiladore

je n’ose pas imaginé ce que tu as pu vivre mais si james blunt et sa musique t’ont fait du bien c’est l’essentiel la musique est tellement importante dans nos vies c’est la que je m’en rends d’autant plus compte

le 05/06/2014 à 08h57 | Répondre

Madame Givrée (voir son site)

Merci pour ta réponse! Effectivement, je pense que la musique est essentielle dans notre vie ;).

le 06/06/2014 à 11h04 | Répondre

creamy

C’est très difficile de trouver les mots justes après un tel témoignage… Tu t’en es sortie avec les moyens que tu as trouvé et le soutien de tes proches et c’est tout ce qui compte.
Je t’embrasse !

le 05/06/2014 à 18h30 | Répondre

Madame Givrée (voir son site)

Oui j’imagine la difficulté pour les lecteurs de trouver les mots! Pas de souci, il n’y en a pas forcément. J’ai surtout voulu témoigner parce que je SAIS que je ne suis pas la seule à avoir des mécanismes de survie qui peuvent être perçus comme « hors du commun ». On s’accroche à ce qu’on peut.

le 06/06/2014 à 11h05 | Répondre

Marie (voir son site)

Que dire, je viens de lire ce témoignage et ça m’a bouleversé. Je n’ai pas les mots, mais voir que tu vas mieux, que tu étends tes ailes et que tu construis des projets me réconforte.
Je ne comprends que mieux les raisons pour lesquelles cet artiste t’accompagne autant. Et je pense que les artistes sont aussi là pour ça. Je connaissais U2 depuis mon enfance ayant baigné dans cet univers musical depuis toujours, mais c’est une histoire qui a très mal tourné au lycée qui m’a définitivement tourné vers eux. J’avais 18 ans. J’étais perdue et j’ai avancé grâce à eux. Un blog, des rencontres, une affirmation de soi, U2 m’a changé et j’ai avancé.
Si c’est dans des proportions mineures aux tiennes, j’ose imaginer le réconfort que James Blunt a pu te procurer !
En plus, lui aussi il a l’air d’aller mieux, j’aime les petites coïncidences comme ça !
Je te tire mon chapeau pour avoir pu exprimer ton ressenti à l’écrit, sortir ces démons et aussi pour ta plume.
Des bisous !

le 11/06/2014 à 00h29 | Répondre

Madame Givrée (voir son site)

Oups petite Marie je ne voulais pas te bouleverser ! Je dois dire que j’avais oublié que cet article contenait son lot de révélations quand je t’ai parlé de ce blog… Je suis désolée !
Le secret de tout ça, c’est que ce n’est pas un secret, et ça ne le sera jamais. Je refuse d’en faire un tabou. Donc, le reste du monde est libre de sa réaction. C’est une partie de moi, comme toutes les autres facettes de ma personnalité, elle n’est pas divisible ou séparable. Don’t worry, then !
Et je comprends TOTALEMENT ce que tu veux dire vis à vis de U2 !
Des bisous à toi aussi! (que c’est étrange de te parler ici…)

le 11/06/2014 à 20h09 | Répondre

Margot

Il est très émouvant ton article, et il dit de toi, aussi, que tu as de la ressource et une sacrée capacité à rebondir…respect…

le 19/07/2014 à 12h21 | Répondre

Madame Givrée (voir son site)

Merci Margot pour ton message. J’ai une certaine capacité à rebondir, c’est vrai, mais j’ai surtout des personnes incroyables qui m’entourent :).

le 19/08/2014 à 14h22 | Répondre

MBAREK

Ton témoignage est touchant. La musique est une thérapie certaine.Elle accompagne dans les moments difficiles.James blunt a une voix émouvante , elle véhicule tellement d’émotions.
La musique a certainement été pour lui aussi un échappatoire à des moments difficiles de sa vie c’est pour ça qu’elle fait écho en toi.Je tiens à te tirer mon chapeau pour avoir su chercher les alternatives à ta détresse : tes amies qui t’ont accompagné à prendre la bonne décision ,la musique… Et aujourd’hui tu souris.
Et ce qui me fais craquer par dessus tout c’est le son de la guitare qu’il gratte!!!J’adore tout simplement…..
Grosses bises à toi

le 17/09/2014 à 23h38 | Répondre

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