Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien chez soi !

Se réconcilier avec soi-même


Publié le 7 août 2017 par Madame Givrée

Il n’y a pas longtemps, je me suis surprise dans la voiture à me refaire le film d’une conversation que j’avais eue avec une collègue dans la journée, et imaginer ce que je lui aurais dit si je n’avais pas peur de casser l’ambiance, d’être celle qui revient toujours avec sa liste de traumatismes longue comme le bras.

Je lui aurais sûrement dit « Tu sais, il n’y a pas grand chose dont je suis fière dans la vie. Quand ta mère a été dépressive une grande partie de ta vie, et que tu as été battue, violée et manipulée, le bilan n’est pas glorieux. Je n’ai pas d’enfants, je parle parfaitement deux langues, ce qui me rend complètement banale, ou au moins comme des millions d’autres gens dans le monde, j’ai le même boulot que des milliers de personnes. Ma relation avec Sir Givré est une des seules choses dont je peux être fière et je cultive cette fierté comme on polit un objet précieux, parce que c’est tout ce que j’ai ».

Crédits photos (creative common): Ben_Kerckx

Cette pensée, que j’ai à peine osé articuler, m’a obligée à admettre que le chemin était encore long pour m’accepter pleinement. J’ai très peur de ne jamais y arriver, d’être toujours dans un état d’insatisfaction voire à la limite de la dépression, de devoir m’accommoder des choses plutôt que de vivre pleinement, de devenir amère.

Accepter mon corps

Je t’en parle dans un autre article, il y a dix ans, je pesais un peu moins de la moitié de ce que je pèse maintenant. Je ne m’alimentais pas et j’allais très mal. Quand j’ai recommencé à manger, la prise de poids a été compliquée, à la fois rapide et lente, avec des hauts et des bas. J’ai été malade pendant longtemps et j’ai arrêté les sports que je pratiquais, j’ai donc pris du poids n’importe comment, et les kilos accumulés, difficile de s’y remettre.

Parfois, je me demande si accepter ce corps sera un des combats de ma vie.

Crédits photos (creative commons): monstreh

Souvent, je me dis que j’ai une alimentation (presque) normale et une activité physique correcte, ce qui devrait me suffire. Ces jours-là, je me dis que je reviens de loin et que je dois célébrer le fait d’être en vie et en bonne santé, plutôt que déplorer les kilos en trop et les bras moches sur les photos.

Rarement, un coup d’angoisse, une ancienne photo retrouvée me donnent la nostalgie de ce temps où je me sentais toute-puissante parce que je ne mangeais rien. Ces jours-là, j’avale à peine des jus de fruits ou des soupes. Ça ne dure jamais très longtemps, mais suffisamment pour me rappeler combien il est bon de voir sa silhouette changer, et comme c’est douloureux et inquiétant.

Parfois la nuit mon corps a le souvenir d’un corps plus gros, plus fort, qui l’étouffe et je voudrais être partout, sauf à l’intérieur de mon corps. Ces nuits-là, je donnerais cher pour être quelqu’un d’autre.

Accepter mon esprit

Je me sens différente, je ne peux pas partager mes souvenirs d’enfance ou d’adolescence, je suis hypersensible et angoissée, j’ai du mal à relativiser, je suis joyeuse et triste en même temps.

Synesthète, mon organisation mentale est très personnelle et difficile à expliquer. Nya le fait mieux que moi alors je te laisse lire son article.

J’ai une mémoire kinesthésique et visuelle, des angoisses à n’en plus finir, une montagne de souvenirs qui ne me servent à rien. Sir Givré dit souvent que ma mémoire est comme un meuble plein de tiroirs: il suffit de peu pour ouvrir un tiroir et les anecdotes sont sans fin. Je sais qu’il trouve ça attendrissant, moi je trouve ça insupportable. Ne rien oublier, pouvoir remonter très loin dans sa mémoire, c’est parfois une plaie.

Crédits photos (creative commons): 52hertz

Pendant longtemps, mon émotion principale, ma première réponse à toute situation de la vie a été la colère. Il m’arrive de sentir cette colère au fond de ma gorge, je sais qu’il ne faudrait pas grand chose pour qu’elle remonte à la surface et je la ravale plus souvent que je ne souhaite l’avouer. Je ne suis pas toujours sûre de savoir quoi faire avec cette colère.

Accepter que je n’ai pas le contrôle

Je ne peux pas changer mon passé, je ne sais pas de quoi l’avenir sera fait. Je serai toujours confrontée à des imprévus, de quelque nature qu’ils soient, Sir Givré et moi pourrons planifier notre vie autant que nous le voulons, les choses ne se passeront jamais exactement comme nous l’avons espéré. Je ne peux pas changer mon mari non plus, et certaines choses ne changeront pas.

La science moderne a fait croire aux femmes qu’elles pouvaient avoir un enfant quand elles le voulaient, quand elles le décidaient, ni avant, et – surtout pas! – après. Les trois dernières années m’ont démontré que ce n’est pas vrai, et les interrogations sans fin rendent mon avenir incertain et confirment ce que je pense savoir depuis longtemps: ce n’est pas moi qui ai le contrôle.

Souvent, j’essaie de m’accommoder de ce sentiment d’impuissance. Parfois j’y arrive. Beaucoup trop souvent en revanche, je me sens en colère et je ne sais pas quoi faire de cette colère.

Crédits photos (creative commons): Unsplash

Accepter la routine

On s’était juré que ça n’arriverait pas. Pas chez nous ! La routine, c’est pour les autres. Savoir ce qu’on fait, chaque jour, pour toute la semaine, ce n’était pas pour nous. Et puis… nous avons tous les deux eu un travail à horaires fixes, une maison et un crédit immobilier à rembourser, pas d’enfant, et bien sûr nos jours ont commencé à se suivre et à se ressembler.

Bien sûr, on essaie de réenchanter le quotidien, de profiter des weekends et vacances, d’autant plus que nous sommes très proches et aimons passer notre temps libre ensemble. Mais ça n’empêche pas l’angoisse: et si la routine nous tuait? Et si la routine nous rendait indifférents l’un à l’autre? Et si, à force de routine, tout ce qu’il allait rester de notre vie à deux serait ce vide béant que l’absence d’enfants crée dans notre maison? Et si toutes les soirées de nos vies devaient se passer à deux? Est-ce qu’on survivrait à une vie en tête-à-tête?

Je me dis souvent que si j’étais mise au pied du mur, si je devais choisir entre vivre avec Sir Givré jusqu’à « ce que la mort nous sépare », mais sans jamais avoir d’enfant, ou me séparer de lui et avoir des enfants ailleurs, je choisirais Sir Givré. Ce n’est même pas une question. Mais au delà de ça, j’ai peur que tous mes jours jusqu’à la fin de ma vie se suivent et se ressemblent.

Il y a un certain confort à la routine: savoir que quelqu’un t’attend à la maison, savoir que tu partages ta vie avec une personne qui t’aime, qui a toujours été là et qui sera toujours là (je te rappelle que nous sommes ensemble depuis nos quinze ans), ça a un prix inestimable. Mais dans mon cas ça vient aussi avec une ribambelle d’angoisses que je ne sais pas très bien gérer et que je vais devoir apprendre à accepter.

Et si, finalement, la vie était une longue série d’acceptations et de résignation? Qu’est ce que tu en penses?

Et toi, quel est ton rapport à ton corps? Est-ce que tu as l’impression d’avoir le contrôle dans ta vie? La routine est-elle une bénédiction ou un ennemi mortel?

Commentaires

6   Commentaires Laisser un commentaire ?

Bérénice

Comme toujours, tes articles sont très émouvants Madame Givrée ! en tout cas ils me touchent toujours…

j’espère que leur rédaction te libère car je trouve toujours beaucoup de mélancolie à leur lecture…

je te souhaite sincèrement les meilleures choses…

le 07/08/2017 à 15h21 | Répondre

Madame Givrée

Oh, ils ne sont pas tous comme ça quand même ;). Merci pour ton commentaire. En fait, je ne les écris pas tant pour me libérer que pour partager sur des sujets qui ont tendance à être tabous.

le 17/08/2017 à 10h56 | Répondre

Claire (voir son site)

C’est pas simple tout ça. La routine a du bon. Je pense que du moment que l’on se rend compte que l’on est dans une routine, ça va. C’est quand on a plus envie de ne rien faire pour la changer que ça se complique.
Avec ton parcours difficile, les remises en question ont du aller bon train. Il faut juste essayer de trouver l’équilibre. Mais une fois trouvé, il ne dire jamais longtemps.
En tout cas, j’espère que le fait d’écrire ici te libère et te permet de voir plus claire dans ta vie pour pouvoir prendre un peu de recul même si ce n’est pas toujours simple.
Bon courage.

le 07/08/2017 à 16h03 | Répondre

Madame Givrée

En fait, j’ai l’impression qu’en ce qui me concerne, les remises en question sont permanentes. Il est rare qu’on arrête de se remettre en question… c’est la tempête permanente dans ma tête.
Ecrire ici me permet de faire le tri mais aussi de mettre en lumière des sujets qui me paraissent impossibles à aborder ailleurs.

le 17/08/2017 à 11h00 | Répondre

Audrey

Merci pour ce billet. Elle me rappelle une anecdote récente ; en week-end avec une amie, devant un superbe coucher de soleil, j’ai été submergée par l’émotion et je lui ai confié que j’étais suicidaire dans ma jeunesse, et que ce genre de moments me rend heureuse d’être en vie… Gros blanc ! Comment plomber l’ambiance en une minute 😀

Je me suis toujours battue avec mon esprit et maintenant avec mon corps, et si j’essaie de faire la paix avec tout ça, c’est certain que ce n’est pas un chemin facile. Après plusieurs épisodes dépressifs, j’en suis arrivée à la conclusion qu’il valait mieux pour moi apprivoiser la dépression et apprendre à la connaître plutôt que l’ignorer et faire comme si tout allait bien. Me dire que la dépression vient d’un dérèglement chimique du cerveau et non d’un « manque de volonté » m’aide beaucoup (un grand merci à mon médecin traitant qui m’a dit récemment que la moitié de ses patients venaient pour ses problèmes de santé mentale… nous ne sommes pas seules).
Bref. C’est un cheminement. Avoir un partenaire de vie sur qui se reposer aide beaucoup. Je te souhaite du courage.

Par contre pour la routine, je ne suis pas résignée et je me bats de toutes mes forces pour la vaincre. Ce qui donne lieu à des séries de week-ends trépidants, jusqu’à ce que je m’épuise – viendront ensuite des séries de week-ends reposants, jusqu’à ce que je m’ennuie… Je fais le pendule 😀

le 07/08/2017 à 17h14 | Répondre

Madame Givrée

Merci de partager ça avec nous !

le 17/08/2017 à 11h01 | Répondre

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