Menu
A la une / témoignage

Je suis super-pénible

Je déteste qu’on partage de vieilles photos de classe sur les réseaux sociaux au nom du « bon vieux temps ». Je n’accepte pas qu’on utilise mon image, enfant, qui plus est, sans mon autorisation. Je ne supporte pas qu’on n’y voie aucun mal. C’est arrivé il y a quelques années: une ancienne camarade de classe a partagé une photo de classe datant du collège sur laquelle j’étais au premier plan. Je n’ai pas apprécié, je l’ai dit, et je suis passée pour la super-pénible de service. L’ancienne camarade a d’ailleurs été vexée par ma remarque.

Crédits photos (creative commons): perianjs

Je n’accepte pas ça. Sous prétexte de réseau social, tout devrait être permis. Pour moi, ça ne fonctionne pas comme ça. Je n’ai pas envie que mon image circule sans aucune possibilité de contrôle de ma part, sans que j’aie choisi de la partager, qu’elle soit sujet à commentaire de la part de personnes à qui je n’ai pas parlé depuis des années. Si je partage une photo de moi sur les réseaux sociaux, c’est que j’ai choisi de le faire, dans certaines conditions, en ayant pleinement conscience des conséquences et enjeux. Si tu partages une photo de moi sur un groupe public, et qu’elle est partagée par 5 personnes différentes et ainsi de suite, je ne l’ai pas choisi et j’ai le droit d’être en colère.

Le fait que j’aie de très mauvais souvenirs de mon enfance n’aide certainement pas. Le fait d’être « la fille qui… » dans une petite ville où tout le monde sait tout sur tout non plus, à n’en pas douter.

Je n’aime pas non plus les blagues de parents sur les gens qui n’ont pas d’enfants. Ces « memes » qui tournent sur Internet, les deux personnes qui éclatent de rire avec ce sous-titre: « quand une personne qui n’a pas d’enfants me dit qu’elle est fatiguée ». ou celui qui montre un dragon qui crache du feu avec le commentaire « quand tu as passé la nuit à veiller ton enfant malade et que ta collègue sans enfant te dit qu’elle est fatiguée. » Ou encore celui qui affiche une personne qui lève les yeux au ciel et qui dit: « quand une personne sans enfant te demande si tu as vu un film récent dont tout le monde parle. »

Crédits photos (creative commons): wilkernet

J’en ai marre d’être systématiquement dans la catégorie inconsidérée. J’en ai assez que le monde des réseaux sociaux me renvoie que je devrais avoir des enfants, à mon âge, (coucou, les 6 ans d’infertilité!), et que si je n’en ai pas, je ne devrais pas être fatiguée, ou alors ne pas le dire, et puis il faudrait que j’arrête de vivre aussi, ou que je ne parle ni des films que j’ai vus, ni des livres que j’ai lus, et encore moins des voyages que j’ai faits. Ah et aussi, il faudrait que je m’intéresse aux grossesses autour de moi, mais pas trop, et aux bébés, mais pas trop, sinon on va m’accuser de sur-compenser, mais suffisamment quand même pour qu’on ne croie pas que je suis jalouse, sans jamais parler de moi-même ou de mes centre d’intérêts (parce que je n’ai pas le droit d’être fatiguée, agacée, en colère, frustrée, désorganisée, ou d’avoir des centres d’intérêts auquel les jeunes parents n’ont temporairement plus accès, tu suis?)

Et en plus, je suis fonctionnaire. Je ne te parle même pas du nombre de spécialistes de l’administration française qui ont essayé de m’expliquer que j’étais une fainéante trop payée qui profitait bien des salaires des gens qui travaillent dur, eux, et qui ne se mettent pas en grève parce qu’ils ont une conscience professionnelle, eux.

Et voilà comment je commence à me transformer en super-pénible sur les réseaux sociaux: faire remarquer que je n’aime pas qu’on utilise mon image sans me demander si ça me gêne, affirmer que j’ai le droit d’être fatiguée et que la parentalité ne possède pas le monopole de l’épuisement, rappeler que je donne beaucoup en termes d’énergie et d’attention à mes élèves, que mes 18h hebdomadaires devant élèves ne sont qu’une partie de mon travail, ça dérange. On dirait presque que je n’ai pas le droit de donner mon avis.

Ne te méprends pas, je ne vais pas aller dire à une jeune maman fatiguée que « eh ben moi… », je ne vais pas ramener le truc à moi. Mais quand, dans une discussion de groupe, on diminue totalement ma fatigue parce que je suis la seule non-maman, et qu’on refuse que je fasse remarquer que MOI AUSSI j’ai le droit d’être fatiguée… J’estime être totalement dans mon droit si je le prends mal. Je suis fatiguée qu’on m’explique que « ce n’est pas le même » et que je « ne comprends pas ». La condescendance, ça va bien un moment.

Bref, je m’appelle Madame Givrée, et je suis super-pénible.

Et toi, comment tu te situes là-dedans?

A propos de l’auteur

Madame Givrée, 30 ans, mariée en décembre 2012 à Sir Givré, une maison en bois, deux chats, anglophile, et pleine de projets.

12 Commentaires

  • Aurelie
    8 février 2020 at 7 h 45 min

    Moi c’était le fameux : «  tu n’as pas d’enfant, tu ne peux pas comprendre » sauf que depuis que j’en ai un c’est désormais « tu n’as qu’un seul enfant, tu ne peux pas comprendre ». L’argument ultime des gens qui n’en ont pas ou qui n’ont pas assez d’empathie pour comprendre que tout ne tourne pas uniquement autour d’eux ! Je
    Te soutient +++

    Reply
  • Elodie
    8 février 2020 at 8 h 44 min

    Perso je ne suis pas du genre pénible même mon mari le reconnait.
    Les remarques des gens ayant des enfants ne m’ont jamais atteinte mais c’est sûrement parce qu’on a pas la même histoire ni la même sensibilité. Ceci dit, je dois bien reconnaître que ce n’est pas la même fatigue ?

    Reply
  • Rosa Evril
    8 février 2020 at 9 h 06 min

    Je te soutiens à 100% sur tous les points que tu développes dans ton article ! Et finalement, ce n’est pas toi qui est super pénible, c’est les gens qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas !

    Reply
  • Sarah
    8 février 2020 at 9 h 07 min

    Le coup de la fatigue je pense pas que ce soit réservé aux parents et heureusement je n’ai jamais eu ce genre de remarque parce que sinon je ne me generais pas pour leur rentrer dans le lard. J’ai pas d’enfants mais ca veut pas dire que j’ai une vie moins chargée et moins de responsabilité. Coucou les 55h de travail par semaine et les weekends travaillés. Et puis après tout, ceux qui ont des enfants et qui se plaignent, ben zut ils l’ont choisi leur vie, comme moi j’ai choisi mon taf et je ne plains pas de mes heures à la ronde. Bref, à te lire tu prends beaucoup sur toi et c’est tout à ton honneur mais à un moment d’accord avec toi, faut aussi savoir dire stop. Tu n’es pas chiante, juste une personne qui s’assume : )

    Reply
  • Vee
    8 février 2020 at 9 h 14 min

    Je dois être super pénible aussi alors, parce que je te comprends ! J’ai trouvé une partie de la solution cela dit : j’ai quitté les réseaux sociaux, ça ne m’apportait rien de bon.
    Et quant au partage des photos d’enfance sans ton consentement, c’est même illicite à mon avis donc tu as légitimement le droit d’être contre (tu pourrais même légalement demander qu’elle la retire je pense… Bon là elle te trouverait sûrement archi super pénible sans doute mais à la limite c’est égal !).

    Reply
    • Vee
      8 février 2020 at 9 h 26 min

      (Ah, et puis ce clivage « parents » vs « non parents » sur la fatigue me parait d’autant plus absurde que personnellement je trouve que j’étais beaucoup plus fatiguée quand j’avais 20 ans et que je faisais une dépression que maintenant où j’ai un enfant mais une bien meilleure santé mentale, donc on sait jamais ce que vivent les gens et y a rien de plus bête que les généralités de ce genre !)

      Reply
  • Madame Fleur
    8 février 2020 at 10 h 37 min

    Je te trouve juste super normale.
    Mes paramètres sur les réseaux sociaux sont clairs, je ne partage que ce que j’ai expressément autorisé. Les photos de moi, je veux les valider.
    J’étais un peu moins consciencieuse au début, mais je me suis beaucoup renseignée.
    Quand au clivage « parents » « non parents », je ne rentre jamais dedans, parce que sinon on en sort pas. Et c’est un minimum de respect, on ne sait jamais ce qu’à vécu la personne en face.

    Reply
  • Anne-Claire
    8 février 2020 at 13 h 21 min

    Comme Madame Fleur, je ne te trouve pas super pénible mais super normale! Les pénibles ne seraient-ils pas ceux qui sont en face ou d’ailleurs n’est-on pas finalement toujours le pénible de quelqu’un d’autre…? Merci pour le passage sur les enfants…c’est tellement vrai! C’est tellement réducteur de faire ce clivage comme si avoir des enfants te donnait des droits que tu n’as pas si tu n’en as pas…

    Reply
  • Lila
    8 février 2020 at 17 h 50 min

    Bonjour,
    Tes remarques et tes réactions sont tout à fait saines et légitimes je trouve. À chacun de respecter ce qui semble important ou indispensable à l’autre. Tu n’as pas à te justifier de ne pas avoir d’enfants ou d’être fatiguée même si tu n’en a pas !
    Ne t’inquiète pas, quand tu deviens maman, tu es aussi la cible des jugements : tu ne sors plus/ne voyage plus /ne fais plus autant de choses qu’avant et tu passes pour la reloue de service auprès de certaines personnes qui n’hésitent pas à t’en faire la remarque !
    Bref, peace and love et à bas les cons ?

    Reply
  • Maye
    9 février 2020 at 8 h 49 min

    Team super pénible aussi ! Je met zéro photo de moi ou de ma fille sur les réseaux, mais genre zéro. Alors quand les gens se permettent de le faire ça me soule, et quand je leur demande de les enlever j’ai le droit a des soupirs et des remarques, grrr ! Et puis moi, je ne travaille pas alors évidemment j’ai pas le droit de me plaindre ! Comme si je passait mon temps a dormir et ne rien foutre. Je n’ai pas le droit de travailler, et quand je m’en plains je m’en prend toujours plein la tronche parce que franchement qu’elle chance j’ai, ou alors tfacon j’ai rien a dire parce que « tu sais moi je me lève a 6h TOUS les matins HEIN » mais sérieux vos gueules les gens chacun sa merde on a tous le droit de se plaindre. TOUS. Franchement la hiérarchisation des problémes et des douleurs ça me gave sévère.

    Reply
  • Coralie
    9 février 2020 at 9 h 22 min

    Je crois que le vrai problème c’est que tu n’as pas les bons amis/collègues. Et que les gens trop bête pour essayer de te comprendre, il faut arrêter de s’intéresser à leur vie (et donc de les suivre sur les réseaux sociaux).
    Pour le reste je suis d’accord avec toi sur le fond mais je réagis moins car j’ai probablement moins de remarques. (Je ne suis juste pas sur les réseaux sociaux.)

    Reply
  • Virg
    9 février 2020 at 12 h 54 min

    J’ai eu un enfant tard, donc j’ai connu les 2. Je suis d’accord que tu ne peux pas comprendre…. ce que tu ne vis pas, ça me paraît juste évident. En revanche, tu es prof, tu es mon héros, je serai incapable de faire ton métier sans en massacrer un par jour.
    Le problème des parents, c’est que de fait leurs gosses sont le centre de leur vie, du coup le champ de vision se rétrécit. Un autre truc s’ajoute que je n’avais pas vu venir : c’est désormais une parentalité choisie (pour ceux qui n’ont pas de souci de fertilité hein ?) Du coup je me surprends à culpabiliser quand je m’entends dire « rhoooo les 2 ans toussa toussa. J’ai fait un gosse, je l’ai choisi, donc je dois assumer. Ce n’est pas simple non plus.
    Tout ça pour dire que chacun voit par le bout de sa lorgnette ses soucis du moment et a tendance à minimiser ceux des autres. Et ça m’agace aussi.
    Pour les photos, je ne commente pas, je suis pire que toi. Oui, mec c’est de mon identité que tu te sers là, donc tu t’abstiens.

    Reply

Laisser un commentaire