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D’une culture à l’autre – la vie lagom


Publié le 11 novembre 2019 par Bibi

Depuis maintenant 5 ans, j’habite en Suède avec mon mari. J’ai donc pu observer à quel point la culture suédoise et la culture française sont différentes. Comme tout expatriée, je me suis posée la question de comment m’intégrer correctement dans la société de mon pays d’accueil, sans pour autant perdre ma personnalité propre. Alors, comment vivre lagom, sans rejeter mon sang latin?

(Attention, je généralise beaucoup dans cet article, mais j’espère que tu as bien conscience que dans les faits, chaque suédois est différent, chaque français est unique, et je ne juge personne pour la culture dans laquelle ils ont été élevés!)

Crédit photo (creative commons): stokpic

Un changement de rythme

La première chose flagrante a été de passer d’une capitale majeure à une ville de province. J’habitais à Paris, qui compte 10 millions d’habitants dans la grande couronne… Soit un peu plus que la population suédoise totale. Alors effectivement, je suis dans la 3ème plus grande ville du royaume… ce qui veut dire 350 000 habitants. D’un coup, la densité était complètement différente. La Suède est un pays peu peuplé, et cela se sent. L’espace personnel est d’une importance vitale. Du coup, les Suédois sont très calmes, beaucoup moins stressés. Pour moi, cette décélération a été très facile. Prendre un rythme plus calme et moins stressé m’a été très bénéfique. Laisser l’espace personnel aux autres est aussi un vrai bol d’air frais, moi qui avait l’habitude des métros bondés et qui était plutôt du genre à éviter de faire la bise. Chaque retour à Paris inclus, maintenant, au moins 10 minutes où je peste contre la foule parisienne.

Tout cet espace rend les Suédois très attentifs à la nature qui les entoure (comment faire autrement, quand un pays compte 53 % de forêt, 17 % de montagnes, 9 % de lacs et rivières…? ) et mettent tout en place pour favoriser l’écologie.

Crédit photo (creative commons): M W

La vie lagom

Cette faible densité (et d’autres facteurs aussi, bien sûr) a fait émerger un des principes fondamentaux de la façon de pensée suédoise: le lagom. Lagom, ça veut globalement dire « juste ce qu’il faut ». Ni trop fort, ni trop faible, ni trop chaud ni trop froid, tiède, lagom. Et ça se traduit dans la société par une sorte d’état médian, un équilibre social où personne ne se fait remarquer. Les Suédois aspirent à une vie posée, sans vagues, ni hauts, ni bas. Ils évitent les conflits et vivent que par le consensus.

Et par beaucoup de côtés, cet équilibre social est hautement reposant et rafraîchissant si l’on compare aux cocoricos incessants de nos gauloiseries. Penses-y : tout le monde fait la queue, chacun laisse l’espace vital à l’autre, et la ponctualité est chose acquise. L’ambition principale est de vivre en harmonie avec ses voisins. Une vie sans prétention car juste comme il faut: lagom. Comparé à nous frenchies qui jouent constamment des coudes et pour qui un quart d’heure de retard est une forme de politesse, les Scandinaves sont vraiment faciles à vivre.

Beaucoup de choses ont été dites sur le lagom. Depuis quelques années, c’est devenu un concept à la mode. Il faut dire que la vie lagom est très attrayante: harmonie sociale, importance de la famille, centrage sur soi-même et non pas sur des marqueurs de réussite extérieurs… Et mon expérience me fait dire que cet état d’esprit fait effectivement de la Suède un pays agréable à vivre et facile à adopter…

Mais (car il y a un « mais ») cette cadence tranquille et posée est souvent paradoxale pour une Parisienne comme moi. Souvent, il fait bon vivre dans cette harmonie silencieuse et sereine. Et comme je suis quelqu’un de plutôt calme et doux dans la vie, ne pas faire de vagues n’est pas un problème. Mais de temps en temps, l’agitation et la pagaille me manquent. J’ai juste envie de donner un bon coup de pied à la placidité suédoise pour avoir une réaction.

Patience et longueur de temps…

Car le pendant de la vie lagom, c’est notre serveuse qui nous oublie pendant une heure, sans que ça nous alerte. Évidemment, personne ne fait de vagues. La paix sociale est plus importante que nos ventres affamés. Du coup, tous les jobs de service sont beaucoup, mais alors beaucoup, plus cool qu’à Paris. Le concept de fast-food, par exemple, ne veut pas dire que tu auras ton burger rapidement. J’ai de nombreuses fois attendu plus d’une demi-heure pour mon burger, alors qu’il y avait plus d’employés que de clients dans le restaurant. Peut-être est-ce différent à Stockholm, car je suis après tout en province, et toute province a un rythme particulier. Mais cette pensée lagom et cette faible densité fait des Suédois des gens somme toute peu énervés. L’agitation, très peu pour eux. Ils préfèrent souffrir en silence, voire glisser une petite remarque passive agressive, plutôt que de tracasser les autres.

Crédit photo (creative commons): Marjon Besteman-Horn

Vivre dans la société lagom m’a appris que je suis incapable de rester impassible face à l’inefficacité. Les suédois ont bon cœur et ne jugent pas les autres quand ils ne sont pas efficaces. Je n’ai pas cette bonté d’esprit, malheureusement. Il faut se rendre à l’évidence: quand quelque chose ne va pas, les français n’ont pas peur de l’exprimer. Si, de temps en temps, ça fait de nous des râleurs, je me suis rendue compte qu’il y a aussi des moments où il est nécessaire de signaler franchement les problèmes. Les suédois ont plutôt tendance à tergiverser, à pointer ce qui pourrait être amélioré, ou à montrer les choses positives et taire les négatives. Les français sont plutôt du genre à dire ouvertement que quelque chose cloche.

En étant en Suède, je me suis rendue compte qu’il m’est impossible de rester passive quand quelque chose me dérange ou ne me va pas, et ça fera toujours de moi une française au milieu des suédois. J’ai cependant appris à formuler les choses de manière moins directe et (soyons honnêtes) parfois vexantes, pour éviter la franchise gauloise qui peut être mal prise.

Plus que rage ?

Cette égalité d’humeur joue à notre avantage si on sait l’utiliser correctement (comprends : de temps en temps, s’énerver, ça a du bon).
Les suédois sont si peu habitués au fameux coup de sang français que du coup, quand il y a un problème et que je m’énerve, tout le monde s’affole… Un jour, au pôle emploi suédois, j’ai un peu haussé la voix parce que personne ne savait où en était mon dossier. Et attention, ce n’était pas un énorme scandale à la Joey Starr. Plutôt Mimie Mathy comme réaction. Même moi, je ne me considérais pas en colère.

Crédit photo (creative commons): Robin Higgins

Il n’empêche qu’aussitôt après avoir fait ma grosse voix débarquent, affolés, trois employés, qui veulent comprendre la situation, vont chercher leur boss, et m’emmènent dans un bureau pour résoudre au plus vite le problème. En France, les gens auraient à peine haussé les sourcils avant de reprendre leur 20minutes (concept de journal qui vient de Suède, d’ailleurs). Les suédois ressemblaient à des lapins pris dans des phares : les yeux écarquillés, paniqués, et ne sachant pas dans quelle direction courir. Dans cette situation, la seule façon d’être lagom, c’est de faire taire le protestataire. Et la manière la plus lagom de contenter quelqu’un, c’est de faire comme elle dit. Tout bénef´pour moi !

Pour un suédois, c’est un comportement très agressif. Oui, mais malheureusement, pour moi, impossible de ne rien dire. L’irréductible gauloise que je suis ne peux pas laisser passer des fautes ou des inattentions sans le faire remarquer. Et si je fais des vagues, si je ne suis pas lagom quelques moments, tant pis! C’est une concession à mon pays d’adoption que je ne ferais pas.

Et toi, tu avais entendu parler de la vie lagom? Est-ce que tu pourrais t’y habituer?

Commentaires

4   Commentaires Laisser un commentaire ?

Lumi (voir son site)

Merci pour cet article très intéressant qui m’a fait prendre conscience que nos difficultés sociales peuvent être davantage liées à la société qu’à soi-même… J’ai du mal à m’exprimer, à protester, et c’est vrai que j’ai tendance à le percevoir comme un manque, une faiblesse. J’ai souvent l’impression de me laisser écraser. Mais le même caractère en Suède n’aurait de toute évidence pas du tout les mêmes conséquences… Plus qu’à émigrer, alors ? 😉

le 11/11/2019 à 11h00 | Répondre

Bibi

Contente que ca te plaise !
Tu as peut-être un caractère plus suédois, et tant mieux! Moi aussi j’avais du mal à m’affirmer en France, alors si tu veux venir en Suède pour tenter un stage d’expression de soi n’hésite pas…
C’est ca qui est fascinant avec la vie d’expatriée: le recul que ca offre sur toi-même et la culture dans laquelle tu as été élevée. Ca fait remettre en question beaucoup de choses !

le 12/11/2019 à 13h05 | Répondre

MlleMora

Passionnant, c’est vraiment intéressant ton point de vue d’expat.
Cette façon de gérer la colère me fait penser aussi dans plusieurs pays d’Asie, ils sont très gênés quand ils voient quelqu’un en colère et ne vont jamais hausser le ton comme le feraient les latins. C’est assez déstabilisant, même pour moi qui n’ait pas du tout l’habitude de m’énerver ou de pointer tout ce qui ne va pas…
C’est tellement enrichissant de se confronter à une culture différente de la nôtre. Merci de nous raconter tout ça !

le 12/11/2019 à 13h15 | Répondre

Bibi

Contente que ca t’intéresse! On m’a déjà fait la réflexion que sur ce point, les asiatiques et les scandinaves se ressemblent. Je pense que c’est lié au fait que ce sont deux cultures qui sont très basées sur les faits, contrairement à la culture latine qui est plus penchée sur les relations interpersonnelles.
Ce que je trouve passionnant c’est de voir à quel point il est difficile de faire la part de ce qui est personnel et de ce qui est culturel. Vivre à long terme dans un autre pays m’a permis de mieux cerner ce qui venait de moi et ce qui venait de l’environnement dans lequel j’ai été élevé. Si on est prêt à se remettre en question, c’est une aventure fascinante!

le 14/11/2019 à 11h07 | Répondre

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