Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien chez soi !

Combattre le sexisme au sein de sa famille


Publié le 30 juillet 2018 par Doupiou

Dans ma famille et belle-famille, le sexisme n’est pas appelé comme tel. C’est plutôt une histoire de mœurs. Education à l’ancienne et traditions d’un autre temps : les femmes à la popotte et les hommes au bricolage. C’est cliché, mais c’est ainsi que j’ai été élevée, et mon mari aussi d’ailleurs.

Alors comment on fait pour faire changer les choses ?

Etat des lieux

Ma maman est la dernière fille d’une famille de neuf enfants. Mon grand-père travaillait à l’usine et ma grand-mère ne travaillait pas. Ma grand-mère a eu une vie de femme à l’ancienne très difficile : pas de contraception, pas de permis de conduire, pas le droit de toucher à l’argent de la famille… Bref, les filles devaient faire le ménage et les lessives en rentrant de l’école pendant que les garçons avaient la belle vie. Ma mère a été éduquée dans le tabou du sexe et du corps en général.

Lorsque mes sœurs et moi avons été en âge de comprendre certaines choses, elle nous a expliqué ne surtout pas vouloir reproduire son schéma familial. Elle nous a expliqué ce qu’étaient les règles, nous a dit de ne jamais dépendre de qui que ce soit (sentimentalement et financièrement). On pourrait voir en elle une féministe mais plus je grandissais, plus je réalisais qu’à la maison, mon père ne touchait jamais un balai et ma mère jamais une visseuse. Et puis à dix ans je savais parfaitement faire le ménage et un lit au carré mais absolument pas manier un tournevis.

J’ai commencé à me poser des questions vers mes douze ans, je pense. J’ai demandé à mon papa pourquoi il n’aidait jamais maman à faire le ménage ou le repassage. Il m’a répondu que c’étaient des choses de maman et que lui faisait des choses de papa.

Dans la belle-famille c’est sensiblement la même chose. Mon mari bricolait avec son papa mais ne passait pas l’aspirateur. Les filles de la famille étaient réservées au ménage et mon mari, aux travaux « d’hommes ».

La prise de conscience

Je ne peux pas dire qu’il y ait eu un déclic. Cela a pris beaucoup de temps. Vers mes treize ans, j’ai commencé à m’intéresser au football. Les garçons de ma classe me prenaient pour une gourde parce qu’une fille ça n’y connait rien au foot. Sauf que quand j’étais capable de citer tous les joueurs de mon équipe favorite et de débriefer sur le dernier match du championnat, j’impressionnais tout le monde. Y compris mon papa.

Et puis quand est venu le jour de la conduite accompagnée, je me suis intéressée à la mécanique. Là encore mon papa était plutôt étonné mais étrangement ravi de pouvoir expliquer de choses « de garçons » à sa fille.

Et tout doucement je le voyais prendre un aspirateur de temps à autre, pendant que ma maman passait la tondeuse à gazon. Puis c’est devenu de plus en plus régulier, un coup de balai ou de serpillière, un débarrasse de lave-vaisselle… ça me choquait de voir ma maman le remercier. Tout le monde participe à la vie de famille non ?

Une de mes sœurs est très féministe et n’hésite pas à s’emporter à la moindre petite réflexion misogyne ! Les hommes de la famille font très attention à leurs mots avec elle !

Du côté de mon mari, c’est un peu plus difficile. C’est encore récurrent que lors des repas de famille, les femmes débarrassent la table pendant que les hommes terminent leur café. Nous, la jeune génération, nous crions au scandale et sommons nos conjoints de lever leur fessier. Mais les anciens sont toujours choqués par cette attitude. Je dirais que les choses commencent à bouger, mais plus lentement.

crédit photo : pixabay

Et avec les enfants ?

Quand ma fille est née, je me suis immédiatement posée comme anti-sexisme. Je savais que ça allait être difficile mais je me suis dit que plus tôt je lui apprendrais l’égalité des sexes, plus ce serait logique pour elle (pas encore pour la société malheureusement). Maintenant que mon fils est né, lui aussi aura droit à cette éducation !

Et me voilà partie en guerre contre les réflexions sexistes des grand-parents. Parce qu’il y a encore des vestiges de leur éducation qui ont la vie dure ! Un exemple ? La semaine dernière ma belle-mère achète une poussette avec une poupée et une fausse tondeuse à gazon pour ma fille et son cousin (ils ont dix-huit mois d’écart). Mon neveu se jette sur la poussette et ma fille sur la tondeuse (miracle qu’ils ne convoitent pas le même jouet pour une fois !), ma belle-mère leur retire derechef leur jouet respectif parce que « la tondeuse c’est pour les garçons et la poussette c’est pour les filles ». Heureusement que ma belle-sœur et moi sommes intervenues !

Mon mari partage globalement mon point de vue mais est moins extrême que moi. Cela ne le dérange pas de dire que j’habille ma fille comme un garçon quand elle n’est pas en jupe ou en robe. Pour lui, le sexisme n’est pas vraiment réel. L’autre jour, nous étions à un spectacle et un monsieur était debout devant la scène à regarder les danseurs. Devant lui passe une femme. Il la reluque littéralement de haut en bas. Mon mari était extrêmement choqué de voir que cet homme ne prenait même pas la peine de regarder discrètement le fessier de la dame mais était en train de la scruter comme un pervers. Je lui ai expliqué que c’était le quotidien de nombreuses femmes (et encore ce n’était qu’un regard…) et la raison pour laquelle il fallait expliquer à nos enfants le respect des autres et de l’autre sexe.

Alors s’il est possible, mais très difficile, de changer la mentalité des adultes, ne laissons pas nos enfants entrer dans cette vilaine image de choses réservées aux filles ou aux garçons.

Naïvement, je pensais que ma doctrine était ancrée une bonne fois pour toutes dans la tête de ma fille : il n’y a rien que tu ne puisses faire, rien de réservé aux filles ou aux garçons. Et c’est souvent qu’elle me dit des phrases du genre : toi et moi maman on ne peut pas jouer au ballon parce qu’on est des filles. Mon cœur se brise et je me dis que la lutte contre le sexisme est une affaire de tous les jours et que rien n’est acquis.

Et toi ? Tu as grandi dans une famille sexiste ? Tu as des conseils ou un témoignage pour faire changer une personne sexiste ? Tu pense que le sexisme est culturel ? Dis-nous tout !

Commentaires

20   Commentaires Laisser un commentaire ?

Marie B

Ma 2è fille a eu un an il y a 2 semaines, quand j’ai dit à la crèche qu’elle avait eu un garage à voiture, un gros camion poubelle et un ballon, une des dames de crèche a eu l’air choquée et m’a dit « mais ce sont des jeux de garçons!! ».
J’ai été très surprise par cette réflexion! Je pensais naïvement que ça n’existait plus!
J’ai eu la chance d’avoir une maman qui a toujours travaillé, qui a osé garder son nom de jeune fille à une époque ou c’était très mal vue, et qui était la première femme officier dans son corps d’armée, alors j’ai été élevée avec l’idée que je pouvais faire ce que je voulais, que si je voulais mettre un jogging et jouer aux petites voitures personne n’avait rien à en dire, et que si je voulais faire des études dans un domaine dominé par les garçons j’étais totalement légitime!
Par contre j’ai du batailler avec ma belle mère à la naissance de ma 1ère fille pour qu’elle arrête de penser qu’il fallait mettre une robe pour faire petite fille, mais elle a rapidement pris le pli et a offert d’elle même le camion à ma 2ème fille. (par contre on a eu une explication il y a peu parce que j’ai très mal accepté qu’elle explique à ma fille qu’il faut se maquiller pour sortir parce qu’il faut être belle)
Alors dès que j’entends ma fille dire « c’est pour les garçons » ou « c’est pour les filles », je la reprends assez rapidement en lui expliquant que c’était juste pour la personne qui en avait envie!

le 30/07/2018 à 10h24 | Répondre

Yvanna

Ho qu’est ce que j’aime cette phrase « cest juste pour la personne qui en a envie » 😍

le 30/07/2018 à 14h57 | Répondre

Doupiou

C’est hallucinant qu’une pro de la crèche se permette ce genre de réflexion !

le 01/08/2018 à 22h15 | Répondre

Miss Chat

Aaaah oui c’est une lutte de tous les instants… Dans ma famille maternelle, les femmes ne se sont jamais laissées faire : ma grand-mère était gérante d’entreprise, une femme forte qui a élevé son fils et sa fille de manière égalitaire. Côté paternel, c’était typiquement espagnol et traditionaliste : ma cousine et moi faisions la vaisselle avec les femmes pendant que nos frères et cousins pouvaient aller jouer dans le jardin. Je me souviens même d’un jour où ma grand-mère m’a dit (j’avais 13-14 ans, mes parents étaient séparés) : « maintenant tu es grande et tu es la seule femme de la maison donc tu dois faire le ménage ». Heu tu rêves. Et heureusement il n’y avait que mes grands-parents qui étaient comme ça !
Avec mes enfants, j’applique une tolérance zéro par rapport à une différence de traitement fille-garçon. C’est impensable pour moi de les limiter pour quoi que ce soit juste parce qu’ils sont une fille/un garçon. Le plus difficile je pense est avec la famille, celle de mon mari ayant toujours des « réflexes éducationnels » qui ressortent encore type « aaaah un petit fils, on va pouvoir jouer aux petites autos »…

le 30/07/2018 à 10h28 | Répondre

Doupiou

J’y aussi eu droit quand mon fils est né : super un garçon, je vais pouvoir l’emmèner au foot – dixit mon papa.
Du coup c’est ma fille qui veut faire du foot l’année prochaine ! Na !

le 01/08/2018 à 22h17 | Répondre

Hellow

Bonjour,

J’ai adoré cet article et me suis reconnue parfois dans tes phrases.
Je suis d’origine portugaise et chez nous, c’est (en gros) la femme à la maison et l’homme au bistrot. Tout ce que je déteste.
Mes parents nous ont appris à mon frère et à moi à savoir tenir une maison seul. Bien que mon frère (comme mon père d’ailleurs) sache faire la cuisine, le ménage, le repassage (mon père sait même coudre à la main et à la machine, c’est pour dire…), en présence d’une femme, ils se reposent sur elle.
Lors des repas de famille, depuis mon adolescence, quand un de mes oncles me faisaient une remarque sexiste comme par exemple « va me chercher un café », je lui répondait « pourquoi ? tu peux pas lever tes fesses ? » . J’ai toujours eu et aurais toujours dans l’idée que la femme n’est pas l’esclave de l’homme et le jour où j’aurais des enfants, c’est ce que je leur apprendrais.
Avec les années, les hommes de ma famille et mes amis savent que je ne me laisse pas marcher sur les pieds et que je n’admet pas le machisme.
Je pense que ça soulage même ma mère parfois de savoir que je n’aurais jamais à subir quelqu’un qui met les pieds sous la table en attendant d’être servi.
Courage les filles ! La route est encore longue avant que le sexisme soit de l’histoire ancienne.

le 30/07/2018 à 10h50 | Répondre

Doupiou

Mon mari est portugais alors je comprends trop bien ce que tu dis ! Surtout le côté ou les hommes sont parfaitement capables de faire lzs tâches mais lorsqu’il y a une fêle dans les parages ils se reposent dessus !

le 01/08/2018 à 22h19 | Répondre

Charlotte - Enfance Joyeuse (voir son site)

Je suis entièrement d’accord avec toi et milite au quotidien contre les stéréotypes que subissent les enfants des leur plus jeune age…Mais comme tu le dis, les vielles habitudes ont la vie dure 😉 En éduquant ainsi tes enfants, tu participes à changer les mentalités 😉 Alors merci pour ça !

le 30/07/2018 à 10h55 | Répondre

Doupiou

Dans un monde de bisounours tous les parents éduquent leur enfant comme ça… ! Il y a encore du boulot c’est clair !

le 01/08/2018 à 22h20 | Répondre

Madame Nounours (voir son site)

Malheureusement il y a encore beaucoup de sexisme dans notre société actuelle. J’ai de la chance d’avoir évolué dans une famille où ce ne fut pas trop le cas. Entre mon grand-père maternel et mon père, qui faisaient leurs parts de tâches ménagères (linge, cuisine par exemple) je n’ai jamais ressenti ça au sein de ma famille. J’ai également mon mari qui a évolué dans une famille où la part des tâches ménagères et s’occuper des enfants étaient partagées entre les deux parents (bon par contre mon beau-père niveau cuisine il repassera!) et aujourd’hui il m’aide beaucoup dans les tâches ménagères et de s’occuper de notre fils car il a eu cet exemple parental devant les yeux et aussi parce qu’il a vécut des années seul ou en colocation. On souhaite inculqué à notre fils le partage et l’aide des tâches ménagères car c’est important, d’ailleurs, il a une cuisine, une poupée pour apprendre ça.

le 30/07/2018 à 15h23 | Répondre

Doupiou

C’ est génial que ton petit ait une cuisine en jouet ! Ça paraissait inconcevable il y a quelques décennies !

le 01/08/2018 à 22h22 | Répondre

Flora

J’ai fait 2h de débat contre la moitié des tantes de mon mari au dernier repas de famille sur ce sujet ! Pour moi c’est aussi tolérance zéro, donc même les choses sans réel gravité, je ne les laisse pas passer. Non une fille ça peut aussi avoir une personnalité en plus d’être belle, non je ne prendrais pas le nom de mon mari même de façon pas officiel (officiellement on ne change pas de nom en Belgique), non je ne laisserai pas mes enfants perpétuer la culture patriarcale du nom de famille sous prétexte que le double nom c’est trop long, non je ne veux pas de la galanterie ni de compliments sur mes tenues au travail… La route est encore longue mais on avance 😉

le 31/07/2018 à 11h15 | Répondre

Doupiou

J’aurais adoré être à ton débat de famille ! C’est jouissif ce genre de discussions !

le 01/08/2018 à 22h23 | Répondre

16 a la douzaine (voir son site)

Nous ne sommes pas vraiment une famille « traditionnelle ». J’ai fait des études plus prestigieuses que mon mari, mon salaire est plus important, et clairement, j’ai plus d’ambitions professionnelles que lui. A la maison, je fais plus la cuisine car j’aime bien ça, mais c’est lui qui fait la vaisselle, il étend des machines, change des couches… normal.
Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j’ai eu cette conversation avec mon petit garçon :
– moi, quand je serai grand, j’irai à ton travail !
– ah oui ? tu travailleras avec moi ? je serai ta chef alors, parce que je serai vieille (joke inside) !
– non! c’est moi qui serai le chef, parce que je suis le garçon !
voilà voilà…

le 31/07/2018 à 14h27 | Répondre

Doupiou

Dure la phrase de ton petit ! Comme quoi ce n’est pas au sein du foyer qu’il a entendu ce type de réflexion

le 01/08/2018 à 22h29 | Répondre

Madame coeur

waw super article! maman de deux filles je me bats chaque jour pour ne pas qu elle ait a subir le sexisme! je suis désespérée lorsque ma belle mere (institutrice au passage!!!!) achete systématiquement du rose ou des poupee a mes filles et des tracteurs a mes neveux parce que « c’est pour les garçons ».

le 01/08/2018 à 06h55 | Répondre

Doupiou

Mais c’est fou de voir que le corps enseignant nourri ce sexisme ordinaire ! Ça me fait rager !

le 01/08/2018 à 22h30 | Répondre

WorkingMutti (voir son site)

J’ai grandi dans une famille où le sexisme régnait en maître. Pareil pour mon conjoint. Mais j’ai de la chance, il est sorti de sa campagne et n’est pas misogyne pour un sou.

Mes parents savent à quoi s’en tenir avec moi et ne font aucune remarques sur le partage des tâches. Mais dans ma belle famille …

Oui c’est toi Mr G qui s’occupe tout le temps (en fait la moitié du temps) des enfants, elle ne fait rien c’est une honte. Mais pourquoi elle en a voulu un troisième c’est encore toi qui va s’en occuper.
Elle n’a pas pris ton nom ? Mais faut être un bonhomme, il faut controler ta femme.?

Heureusement ca fait rire mon conjoint autant que moi

le 02/08/2018 à 09h36 | Répondre

Issabill (voir son site)

J’ai bataillé ferme avec ma grand-mère pour qu’elle accepte de donner ma poupée à mon fils. Elle voulait à tout prix attendre que j’ai une fille… Mais elle a fini par accepter l’idée que mon loulou aime jouer à la poupée, c’est d’ailleurs un de ses jouets préférés je pense, elle dort même avec lui. Et maintenant, elle trouve même ça très bien 🙂
(Et puis de toutes façon, comme je lui dit, j’ai eu 2 autres enfants après lui: que des garçons, ça n’aurait servi à rien d’attendre ahaha)

le 06/08/2018 à 12h40 | Répondre

Ileou

Dure tâche que de faire évoluer les choses vers un monde plus juste (mais pas forcément égalitaire).

Chez nous, le partage des fonctions domestiques n’est pas traditionnel. Mais nous ne remettons pas non plus tout en cause.

Ce qui nous parait le plus important c’est que chacun de nos enfants, un garçon, et une fille, sachent qu’il leur est possible de faire les choix qu’ils veulent, et qu’il leur est possible de refuser certaines choses.

Je suis capable de beaucoup de choses dans un foyer, mais pas de cuisiner régulièrement…

Mon épouse est capable de beaucoup de chose dans un foyer, mais pas de bricoler, ou entretenir les véhicules, ni même de faire du ménage.

Nous conservons donc, en apparence, et en apparence seulement, une organisation « traditionnelle », et c’est très bien ainsi, et ce n’est pas du sexisme.

Mais, nos enfants savent qu’ils sont libre de reproduire ce modèle, ou pas. L’important étant l’équilibre et le respect.

le 13/08/2018 à 10h20 | Répondre

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