Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien chez soi !

Comment j’ai décidé de parrainer un enfant


Publié le 20 mai 2014 par Madame Givrée

Quand j’étais enfant et adolescente, je passais toutes mes vacances chez ma grand-mère. Parfois, c’était super, et parfois, je m’ennuyais comme un rat mort comme une vache normande qui regarde passer les trains. Et quand je m’ennuyais, et que j’avais épuisé les possibilités de

  • conversations avec la voisine,
  • exploration du jardin,
  • étude de la décoration intérieure pour voir ce que je ferais si la maison était à moi,
  • sieste au soleil,
  • jeux avec ma petite sœur (de six ans ma cadette, on se lasse vite, à cet âge là),
  •  vaisselle, ménage et autres désherbage

… je lisais des magazines « pipole ». (Tu sais, ces magazines dans lesquels on trouve toujours des informations CHOQUANTES, ou passionnantes, à propos de personnes dont on n’a jamais entendu parler ?)

C’est au détour d’une page de magazine que j’ai trouvé un jour une publicité qui proposait de « parrainer un enfant » pour « aimer en action ». À l’époque, j’avais 14 ans, évidemment pas de revenus, je me suis dit que c’était une bonne idée.

femme allongée lecture parc

Crédits photo (creative commons) : Raphaël Labbé

Faisons un bond de quelques années. J’ai 25 ans, j’ai désormais un travail, un toit sur la tête, un fiancé que j’aime très fort et qui reste près de moi malgré tout, et un fichu sentiment d’inutilité.

Août 2001, nous emménageons dans notre maison « coup de cœur » pas loin du travail de Sir Givré. Je viens d’être titularisée, Sir Givré le sera dans quelques mois, et j’ai besoin de faire quelque chose. De donner du sens à ma vie. Un autre sens que « j’ai un travail, une maison, je me marie bientôt, je peux partir en vacances quand je veux et faire ce que je veux. »

Je ressens le besoin, profondément, de faire quelque chose pour les autres. M’engager dans une association ? Je manque de temps et d’énergie (moi et le sommeil, c’est toute une histoire, que je te raconterai une prochaine fois), si je m’engage quelque part, je dois le faire à fond, le monde associatif n’est pas pour moi. Pourtant, j’ai besoin de faire quelque chose pour les enfants de ce monde qui n’ont pas la chance que j’ai eue : vivre dans un pays qui offre de réelles chances de s’en sortir.

C’est alors que je me souviens de cette publicité, vue quand j’étais adolescente, pour le parrainage d’enfants. J’en parle à Sir Givré, qui ne comprend pas bien ce que je lui raconte. « C’est simple, tu donnes une certaine somme d’argent par mois, et en échange de cette somme, l’enfant reçoit une éducation, il est nourri, soigné, on s’occupe de lui. »

Quelle association choisir ?

Bingo, Sir Givré est d’accord pour qu’on parraine un enfant. Oui, mais avec quelle association ? Et comment ? Vu les scandales récents sur le détournement d’argent dans les associations et la traite d’enfants, comment être sûrs de ne pas tomber sur une association véreuse, des gens malintentionnés qui utiliseraient l’argent à d’autres fins ? Une liste de critères s’imposait.

  • L’association devait avoir « pignon sur rue ». Avoir des représentants capable d’en parler. Ce n’est pas un gage de sérieux et de qualité, mais c’était un bon début. Il nous paraissait également important que ça ne soit pas une toute nouvelle association.
  • Pour ce qui est du parrainage en lui-même, il nous semblait essentiel que l’enfant ait accès à une éducation, à un suivi médical et sanitaire (des soins, si besoin, garder un œil sur sa croissance, lui donner des conseils d’hygiène de vie…), que les parents ou la famille de l’enfant soient impliqués dans le programme (il n’était pas question, par exemple, de parrainer un enfant et de laisser le reste de la fratrie sur le carreau – eh oui, ça se fait).

De même (mais ça, c’est à l’appréciation de chacun), il nous semblait important, voire vital, que l’enfant ait une éducation religieuse – non pas dans le but de répandre à tout prix notre religion, ou de forcer qui que ce soit à l’adopter, mais parce que cette dimension est importante dans notre vie, et que nous souhaitions donner à un enfant cette possibilité d’avoir une éducation religieuse.

  • Côté budget, nous ne pouvions pas dépasser 30€ par mois sans risquer de mettre en danger notre équilibre financier. L’idée était de pouvoir soutenir l’éducation d’un enfant jusqu’à ses 18 ans, c’est un engagement qui se fait sur le long terme. Nous avions besoin d’être sûrs que nous serions toujours capables de débourser la somme nécessaire au parrainage. J’ose espérer que, quels que soient les surprises que la vie nous réserve, nous serons toujours capable de dépenser cette somme.
  • Si soutenir l’éducation et la croissance d’un enfant jusqu’à sa majorité était important, ne surtout pas tomber dans l’assistanat l’était tout autant.

Il est trop facile de donner de l’argent en pensant que ça résoudra tous les problèmes, de payer les études d’un enfant sans lui faire comprendre qu’un jour, il devra avoir un travail et subvenir lui-même à ses besoins et peut être à ceux des autres. Il était vital à nos yeux que l’éducation de l’enfant le prépare à sa vie future, tout en lui laissant la possibilité de choisir son futur.

  • Le parrainage, ce n’était pas seulement donner de l’argent à nos yeux.

Être le parrain et la marraine d’un enfant représentait pour nous un engagement au-delà de l’aspect financier (d’où, d’ailleurs, l’importance de l’éducation religieuse), et nous cherchions une association qui nous permettrait d’avoir un lien, au moins épistolaire, avec notre filleul. Une association qui s’occuperait de l’aspect « concret » des choses et nous permettrait de voir, année après année, l’évolution de l’enfant que nous choisirions de parrainer.

  • Si nous avions des critères bien précis concernant l’association et ce qu’elle nous proposerait, nous n’avions aucun critère particulier concernant l’enfant à parrainer : garçon, fille, peu importe l’âge ou le pays d’origine, nous étions ouverts à tout.

J’ai passé quelques jours, pendue à mon moteur de recherche, à chercher l’association qui nous permettrait de réaliser notre projet. Finalement, nous avons opté pour SEL France, qui semblait rassembler tous nos critères.

enfants africains

Crédits photo (creative commons) : Simon Berry

Le parrainage

Depuis Août 2011, nous sommes donc les fiers parrains d’un petit garçon ghanéen qui a maintenant 11 ans. Nous payons 28€ par mois, et K. reçoit une éducation, ainsi qu’une éducation religieuse, il est nourri et soigné, participe à des jeux en société.

Les responsables locaux visitent sa famille, donnent des conseils, organisent des réunions sur différents thèmes (l’hygiène, la contraception, le SIDA…).

Nous lui envoyons des lettres et des photos, et il nous en envoie en retour. C’est un petit garçon de son âge, qui aime le foot, l’école, sa famille et le poisson (ça doit être important, le poisson, il nous en parle à chaque fois).

Tous les deux ans, nous recevons une photo de lui, et sommes fiers de le voir grandir. Nous avons aimanté la photo à la porte de notre frigo, et nous pensons à lui, et prions pour lui, tous les jours. Un jour, peut-être, plus tard, quand nous le connaîtrons mieux, nous irons lui rendre visite.

L’histoire ne s’arrête pas là, parce qu’après avoir entendu une émission de radio sur la situation des petites filles dans un pays d’Afrique, j’ai ressenti le besoin de parrainer un autre enfant, une fille cette fois-ci. Nous avons recontacté le SEL et parrainons une petite fille de 5 ans, elle aussi Ghanéenne, depuis quelques mois.

Le budget est un peu plus conséquent, mais à chaque fois que je suis frustrée à l’idée de ne pas pouvoir me payer tel ou tel objet, je me souviens que, quelque part dans le monde, deux enfants ont accès à une éducation digne de ce nom, deux enfants sont soignés, aimés, protégés, et ça a beaucoup plus de sens que cette palette de maquillage à 40€ que je voulais tellement l’autre jour, ou cette robe tellement mignonne que j’ai vue en vitrine la dernière fois.

Et toi, tu as déjà eu envie de te lancer dans un projet associatif ? Tu parraines des enfants, ou tu aimerais le faire ? Raconte !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

Commentaires

17   Commentaires Laisser un commentaire ?

Madame Violine

C’est un chouette projet ça ! Bravo à vous ! Le fait d’avoir un véritable lien est primordial en effet (lettre/photo etc…). Je vais y penser…pour dans quelques années… Merci pour ce témoignage.

le 20/05/2014 à 12h28 | Répondre

Madame Givrée (voir son site)

Merci pour ton message ! Effectivement, si tu le peux, je ne peux que t’y encourager 🙂

le 20/05/2014 à 18h44 | Répondre

Marie Obrigada

Merci pour le partage. Cela donne vraiment envie d’y penser sérieusement et de se lancer. Je pense que j’aurais des critères et espoirs très proches des tiens.
D’ailleurs, je découvre que nous avons beaucoup de points communs.

le 20/05/2014 à 12h53 | Répondre

Madame Givrée (voir son site)

Chouette! Des points communs? On doit en avoir, oui 🙂

le 20/05/2014 à 18h45 | Répondre

Marina

Moi aussi je parraine !! Je suis passée par Toutes à l’école, l’association de Tina Kieffer (une ancienne de Frou Frou, pour celles qui ont connu l’émission…). Elle n’a qu’un seul établissement au Cambodge, qui scolarise uniquement les filles du CP à la terminale et a ouvert une école de coiffure de standing. L’école prend aussi en charge les cours d’informatique de l’école publique locale. Le fonctionnement est grosso modo le même : 30 € par mois à notre charge, et l’assoc scolarise l’enfant, lui fournit tout l’équipement, et soit remet plusieurs kilos de riz chaque mois à la famille (pour compenser le manque à gagner de l’absence de l’enfant, qui souvent travaille aux champs) soit offre l’internat aux enfants de familles trop défavorisées. Nous recevons les bulletins scolaires chaque trimestre, avec une lettre de l’enfant. Nous lui écrivons toujours en réponse, en lui expliquant comment on vit en France, on lui met des photos des villes, de la montagne, etc… et pour son anniversaire je lui envoie toujours une bricole que j’ai fabriquée. J’ai toujours en réponse par mail un mot de remerciement avec une photo de la petite avec son cadeau. Elle a 10 ans et c’est une très bonne élève.
Ce système est vraiment épanouissant. J’encourage tout ceux qui hésitent à se lancer. On l’appelle « notre filleule du bout du monde ». Elle sait qu’on compte sur elle et qu’on lui fait confiance, c’est très motivant.
Est-ce que tu as l’opportunité un jour de rencontrer tes filleuls ? Est-ce que le SEL accueille les parrains sur place s’ils souhaitent visiter la structure ?

le 20/05/2014 à 13h43 | Répondre

Madame Givrée (voir son site)

Bonjour Marina! Je suis contente de lire que toi aussi tu participes à l’effort pour faire de ce monde un monde meilleur. Je connais effectivement Toutes à l’École. Même si je trouve que c’est un beau projet, le fait que ça vise les filles uniquement, et le projet forcément orienté vers les comportements genrés ancrés dans notre société m’empêchent de me tourner vers ce type d’association.

le 20/05/2014 à 18h46 | Répondre

Marina

Je comprends ta réticence sur le fait que le projet n’aide que les filles. Mais pourquoi dis-tu que le projet est forcément orienté vers les comportements genrés ancrés dans notre société ?

le 20/05/2014 à 22h06 | Répondre

Nya (voir son site)

Belle initiative ! J’aimerais aussi parrainer un enfant, mais je n’ai pas encore osé m’engager car comme toi, je veux pouvoir être certaine de pouvoir soutenir l’enfant sur le long terme, même si les sommes demandées restent au final modérées.

Pour l’instant, si je devais choisir, ce serait sûrement avec Plan qui est certes une grosse association (et qui dit grosse structure, dit souvent plus de frais de gestion et moins d’argent pour les enfants…) mais qui a l’avantage de financer des projets communautaires, sans avantager un enfant en particulier et ainsi créer de disparités ou de jalousie dans une classe ou une fratrie.

le 20/05/2014 à 15h19 | Répondre

Madame Givrée (voir son site)

Ce que j’aime avec le SEL, c’est que ce n’est pas qu’un enfant qui est privilégié avec le parrainage, c’est toute la famille qui en profite. C’est effectivement primordial.

le 20/05/2014 à 18h47 | Répondre

Nilith lutine

😮 Tu me rappelles que, moi aussi, je voulais faire ça quand j’étais plus jeune…
Et ce n’est toujours pas le cas aujourd’hui, bien qu’on donne de façon régulière à des associations humanitaires (au total, on n’est pas loin des 30€ justement).
Pour l’instant, on a un peu trop de projets en cours pour mettre en place un parrainage sans risque, mais il faudra qu’on y repense très sérieusement quand on aura retrouvé une certaine stabilité financière ! 🙂

le 20/05/2014 à 17h24 | Répondre

Madame Givrée (voir son site)

Tout le monde fait ce qu’il peut 😉 tu y viendras sûrement quand le moment sera venu!

le 20/05/2014 à 18h48 | Répondre

Mme Alenvers

c’est un très beau geste! j’ai l’habitude de donner à des associations sans trop savoir comment mon don est utilisé, avec le parrainage c’est beaucoup plus clair, je vais y réfléchir 🙂 par contre sais tu comment cela se passe si tu décides pour une raison ou une autre d’arrêter? je pose cette question car ma maman a longtemps parrainé des enfants comme cela mais quand elle a voulu arrêter (je ne connais pas la raison exacte ni l’age des enfants a ce moment là) elle a été harcelé par l’association, avec des lettres de relance quasi hebdomadaire… du coup c’est un peu ce mauvais souvenir qui me freinerait…

le 20/05/2014 à 20h48 | Répondre

Madame Givrée

Hello! Tu es encouragée à ne pas arrêter parce que dans ce cas l’enfant se retrouve comme abandonné. Cela dit si tu souhaites arrêter c’est possible et l’enfant sera « repris » par quelqu’un d’autre.

le 21/05/2014 à 13h47 | Répondre

Santanna

Bonjour.Partageant aussi tes valeurs J’ai été très touchée par ton témoignage et je voudrai aussi parrainer un enfant via le SEL qui m’envoie régulièrement des brochures .En es -tu tjrs satisfaite? Quelle est la fréquence des échanges avec les enfants? Merci d’avance de ta réponse

le 20/10/2015 à 13h13 | Répondre

Madame Givrée (voir son site)

Santanna, je suis désolée je viens de lire ta réponse ! Je suis vraiment, vraiment désolée, je ne sais pas comment elle a pu m’échapper.

Pour répondre à ta question, je suis toujours autant satisfaite. Un de nos parrainages s’est arrêté parce que la famille de l’enfant a eu un gros changement (positif) de situation, et ne rentrait plus dans les critères, mais ça s’est fait normalement, j’ai reçu une lettre d’au revoir de l’enfant, et j’ai basculé mon parrainage sur un autre enfant. Nous sommes donc les parents d’un garçon et d’une fille. Tout se passe bien. On reçoit souvent des courriers. Et quand il se passe quelque chose dans la région (Ouest Afrique), on reçoit généralement un mail pour nous rassurer, nous dire que nos filleuls vont bien.

le 08/06/2016 à 22h23 | Répondre

mehdy

Bonjour et merci pour ce témoignage. Il est vrai qu’il est difficile de se lancer car il y a tant de pseudos associations qui prospèrent sur la misère du monde, cela rend suspicieux au moment de donner. Mais cela ne doit pas constituer un prétexte pour ne pas faire de don car comme tu l’as si bien dit, on peut se priver des choses superflues que nous achetons si cela peut permettre à une personne défavorisée d’obtenir quelque chose d’essentiel.

le 11/05/2017 à 09h28 | Répondre

le bihan christine

je ne sais pas si vous avez des enfants a parrainer chez vous mais j aimerais bien savoir si il y en a cordialement mme le bihan reponse par email merci

le 29/05/2018 à 09h57 | Répondre

SI TU SOUHAITES RÉAGIR C'EST PAR ICI !

As-tu lu notre Charte des commentaires avant de publier le tien ?