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Comment s’engager pour faire bouger les choses ?


Publié le 24 mai 2017 par Nya

En 2016, le jour même de mon anniversaire, Donald Trump a été élu président des États-Unis. Ce qui aurait dû être une belle journée s’est transformée en hallucination éveillée, les messages d’anniversaire reçus en ligne noyés dans la masse de commentaires inquiets. Sur Facebook, sur Tumblr, sur Twitter, les messages des minorités craignant pour leurs droits m’ont pris à la gorge. On se disait que ce ne serait que de l’esbrouffe, on se rassurait comme on pouvait.

Quelques mois plus tard, l’hallucination collective n’a pas cessé. Trump est revenu sur les fonds américains accordés aux ONG internationales faisant la promotion de l’avortement, comme Reagan et W. Bush en leur temps. Il est revenu sur une loi garantissant la transparence des salaires et des actions en justice pour harcèlement et discrimination. Dans le même temps, la Pologne y était allée elle aussi de son grain de sel sur l’avortement, si tu te souviens.

Tout ceci ne me touche pas directement. Je ne vis pas aux États-Unis, ni en Pologne. Mais ces reculades sur des droits humains que j’estime fondamentaux dans un domaine qui nous touche toutes m’ont fait comprendre que rien n’est vraiment acquis.

Je me suis posée la question de mon engagement. Je me dis féministe, je l’écris. Mais concrètement, qu’est-ce que je fais ? Je râle sur Facebook. Je relaie des informations qui indignent. J’écris des chroniques ici. Je corrige les gens dans mon entourage quand on me demande ce que je cuisine à mon homme. Je me décris comme « autrice » et pas « auteur ». J’ai gardé mon nom de famille.

La belle affaire. Voilà ce que je me dis parfois. D’autres jours, je me dis que c’est important de montrer l’exemple. Je suis assez partagée sur la valeur de mes actions, même si elles valent mieux que rien du tout.

Si ces petits gestes ont sûrement un sens, un poids, ils restent infimes. Je pense que mes actions écologiques ont beaucoup plus de poids, concrètement, que mes élucubrations féministes.

En ce moment, j’ai l’impression de pratiquer un « militantisme mou ». Appelons-le le « mollitantisme ». Signer des pétitions en ligne, s’indigner dans les dîners. Je suis probablement une mollitante qui se sent surtout impuissante. Je parle ici de féminisme puisque c’est, avec l’écologie, la cause qui me touche le plus, mais tu pourras sans doute extrapoler à d’autres convictions si tu fais partie, toi aussi, du club des indignées : la corruption politique, le droit des salariés dans un syndicat, le droit des enfants, la paix dans le monde, la construction d’un aéroport aberrant ou le respect des minorités… je suis sûre qu’on a toutes une cause qui nous tient énormément à cœur.

Rendu à ce stade de la chronique, tu te dis peut-être que j’essaie de nous faire toutes culpabiliser pour qu’on parte s’enrôler dans une association ou une autre. Pas vraiment. Si tu n’es pas militante dans l’âme, c’est chouette. Si tu es militante en ligne, c’est chouette. Si tu es militante sur le terrain, tout pareil. Pour ma part, j’essaie de joindre l’acte à la parole et je me rends compte que passer du militantisme « doux » au militantisme « dur » n’a rien d’évident.  Je ne suis probablement pas la seule à avoir envie de faire bouger les choses sans savoir par quel bout commencer.

Source

Le militantisme dur demande un peu plus d’engagement. De passer vraiment sur le terrain. Et quitter le cocon de son écran pour aller dans la rue, ou dans les assemblées municipales, ça n’a vraiment rien d’évident pour moi.

On peut choisir d’avoir des enfants pour leur transmettre des valeurs. C’est sûrement une bonne chose (voire un pré-requis pour devenir parent) mais d’un point de vue militant, c’est une solution qui ne suffit pas. Certes, les enfants portent des graines de changement des mentalités, mais si on veut défendre ou changer les lois, c’est à nous de jouer, maintenant.

On peut s’engager en politique, en votant pour nos valeurs, en écrivant aux députés, en devenant conseiller municipal. Je l’avais ambitionné pendant un temps, si jamais je revenais dans une municipalité à taille humaine. Maintenant que je suis au Canada, je ne peux plus voter, et devenir conseillère municipale me semble un doux rêve à moyen terme. Mais c’est malgré tout à la portée de tous… à condition d’avoir les épaules solides et d’aimer les danses politiques.

On peut s’engager dans des associations qui vont sur le terrain. Au-delà de s’enchaîner à des arbres ou de faire irruption seins nus dans une assemblée, on peut se rendre visible en allant à des manifestations, se joindre à des associations pour faire pression sur les édiles locaux ou participer à des actions concertées.

Montrer l’exemple par ses actions et diffuser des informations importantes est une chose, mais appuyer directement là où ça fait mal, au niveau législatif, restera sans doute la meilleure des solutions à mes yeux. Je cherche encore comment faire, et comment bien le faire. J’attends donc tes témoignages et conseils dans les commentaires.

Commentaires

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Madame Givrée

Je me pose exactement les mêmes questions que toi et j’en parlais justement dans un de mes articles il y a quelques mois (celui sur le féminisme et ce que ça veut dire, être féministe de nos jours).
Au quotidien, je suis comme toi: je râle sur les réseaux sociaux et je partage des articles, je corrige les personnes qui ont tendance à croire que la voiture appartient à Sir GIvré et la cuisine m’appartient, mais que faire de plus?
Je vais voter à chaque élection et je m’efforce de faire un choix déterminé, même quand les options me semblent limitées ou non satisfaisantes. Je pense que c’est une forme d’engagement, peut-être assez faible, mais je n’ai pas l’âme d’une engagée politique.
Côté associatif, je suis traductrice bénévole pour l’association via laquelle nous parrainons deux enfants. Cela me permet de faire avancer les choses, à mon niveau, en disposant de mon temps comme je l’entends.
Et justement je pense que le temps est une composante importante là-dedans: on vit des vies à cent à l’heure et c’est difficile de s’arrêter suffisamment longtemps pour réfléchir à comment on peut s’engager pour les autres, pour le monde, pour l’avenir de la planète ou pour le bien général.

le 24/05/2017 à 11h23 | Répondre

Flora (voir son site)

Très bonne question ! Pour le moment je suis plutôt satisfaite avec mon « mollitantisme ». Je prêche le féminisme autour de moi et je m’efforce de vivre ce que je prêche. Par exemple le nom de famille est très important pour moi, alors nos enfants porteront le double nom et je sais que rien que ça ouvrira la porte à pas mal de débat sur le sujet. Aussi parce que je refuse que ma carrière soit la seule à souffrir de notre parentalité, c’est mon mari qui se chargera des congés enfants malades à hauteur de mes 3 mois de congés maternité… ça ne reste que la part du colibri, mais je ne me sens pas assez expérimenté pour prétendre à plus.

le 24/05/2017 à 12h24 | Répondre

Mademoiselle Bulle

Ah l’engagement,… Vaste sujet. Se poser la question est déjà bon signe, je trouve ! Quant aux façons de mieux s’engager concrètement…

Je suis aussi adepte du « mollitantisme » comme tu l’appelles, mais je ne suis pas certaine qu’il soit si mou que ça ! Certes, il n’y a pas d’action de terrain. Mais pour mou qu’il soit, tout le monde ne le pratique pas, sinon nos mails seraient pollués de tas de pétitions à signer et nos réseaux sociaux seraient transformés en répertoire des différents scandales du moment. Beaucoup de personnes ne s’intéressent pas à ces questions, n’ont jamais eu l’idée de partager ou même de signer une pétition.

Pour pouvoir s’engager de façon plus active, je pense comme Madame Givrée qu’il est possible de donner un peu de temps en utilisant les compétences qui sont les nôtres. Après, chacun évalue le temps qu’il peut y consacrer ; ceux qui n’en ont pas peuvent choisir de faire des dons d’argent. Les deux restent utiles. Ceux qui préfèrent agir peuvent partir sur le terrain, en voyage humanitaire ou en s’engageant à plus long terme dans une association.

Au quotidien, je pense que le respect des valeurs dans lesquelles on croit est une forme d’engagement. Si on s’y tient, et que les autres nous voient nous y tenir, ils s’habituent, et parfois, cela peut provoquer des réflexions chez eux, voire amorcer des dialogues ouverts. Cela peut prendre du temps, c’est comme tout.

A mon avis, le problème vient de là : les choses ne bougent pas assez vite, du coup, on se demande comment faire pour accélérer le processus. Personnellement, je garde toujours à l’esprit que « Rome ne s’est pas faite en un jour », ou que les grottes que nous visitons aujourd’hui sont le résultat de milliers d’années de gouttes accumulées et de lente érosion. Je ne verrai peut-être pas bouger les causes qui me tiennent à cœur de mon vivant, mais j’ai bon espoir qu’elle finiront par se débloquer un jour ! 🙂

le 24/05/2017 à 12h53 | Répondre

Mademoiselle Bulle

Et il manque évidemment un s au dernier « elle »… Ça casse tout :p

le 24/05/2017 à 12h54 | Répondre

Claire (voir son site)

Quand je lit ton article, il me viens à l’idée le dernier article d’antigone XXI sur le militantisme vegan. Je l’ai vraiment trouvé très intéressant. Je te le conseille. Mais sinon, je pense que seule on ne peux pas changer les choses. Et je suis très adepte de faire ma part du colibri 😊

le 24/05/2017 à 15h13 | Répondre

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