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Devenir paysans : demander un prêt, démarrer les travaux ? Pas si facile


Publié le 30 novembre 2018 par Madame Ophrys

Petit rappel express : nous avons acheté notre maison cash, mais nous avons besoin d’un prêt pour effectuer les travaux. 50 000€, c’est pas énorme non ? Chéri et moi avons un salaire confortable et chacun un CDI, ce sera une simple formalité n’est-ce pas ? Ou pas…

Demander un prêt : le parcours du combattant

Le premier réflexe que nous avons, puisqu’il s’agit d’un bien situé en France, c’est de s’adresser à une banque française. Où nous avons été très vite rejetés car :

  • Nous n’habitons pas en France (enfin pas encore), nous ne payons donc pas nos impôts en France
  • Nous ne sommes pas salariés en France (nos salaires ne sont pas versés sur un compte français)

Ah, bon. La situation aurait peut-être été différente si nous étions passés par un prêt pour l’achat de notre maison (nous aurions pu la mettre en garantie/hypothèque), je n’en sais rien et ne le saurai probablement jamais.

Devenir propriétaires : les démarches pour un prêt bancaire

Crédit : delphinmedia (CC)

Bon ben je vais aller voir ma banque belge alors hein, celle sur laquelle j’ai mon compte courant. Après un entretien avec une conseillère où j’explique en toute transparence la situation (salaire, CDI, maison en France, tout ça), la décision de la banque tombe : Non. Pourquoi non ? Parce que nous ne sommes pas propriétaires en Belgique (uniquement locataires). Ça change quoi, vu que de toute façon le remboursement du prêt est prélevé sur notre compte, le critère n°1 devrait être la solvabilité non ? Oui, mais seulement si c’était pour un bien situé en Belgique.

Or ici, la banque a très peur que nous clôturions nos comptes belges et partions nous installer en France, sans donner signe de vie. Ils ne pourraient donc pas retenir l’argent sur notre salaire, et puisque notre bien se situe à l’étranger, ils ne pourraient pas le saisir. D’accord, mais du coup on fait comment si ni la Belgique ni la France ne veulent nous prêter d’argent ?

On me conseille alors de présenter un garant (comme lorsque tu veux louer un bien immobilier), quelqu’un qui soit propriétaire belge (et qui ait un salaire régulier) et contre qui la banque pourrait se retourner si jamais nous partions en catimini. Bon, super… Dans notre entourage, peu sont les personnes propriétaires de leur maison, qui de plus accepteraient de se porter garant pour nous. Et puis on n’a pas envie de demander ça à quelqu’un : même si concrètement la personne n’aura jamais un seul cent à débourser, c’est une question de principe. Mais comme on n’a pas le choix, j’ose demander timidement à ma Super Maman (oui, encore elle, décidément elle qui a déjà tant fait pour nous!), tout juste retraitée (et donc avec un revenu fixe assuré à vie), si elle veut bien encore une fois nous aider, ce qu’elle accepte immédiatement.

Réponse de la banque : Non. Motif ? Et bien il y en a deux cette fois :

  • Je suis enfant unique et ma mère est retraitée. Rien ne l’empêche donc de revendre sa maison et venir s’installer en France avec moi (oui mais bon, si on voit aussi loin, alors aucun garant ne sera jamais recevable pour n’importe quel prêt !)
  • Avec un bon avocat, elle peut faire tomber le prêt à son nom car n’a aucun intérêt financier dans l’histoire (la maison étant seulement pour mon mari et moi-même). Même en écrivant une lettre comme quoi elle renonce à son droit de rétractation ou quelque chose dans le genre, ça ne passe pas. Bon sang, que les banques sont méfiantes !

J’ai fait le tour de plusieurs banques, et la réponse était toujours négative. Chéri et moi sommes quelque peu désespéré (j’étais pas loin de lancer un crowdfunding ^_^), quand enfin, une lueur d’espoir : un très bon ami banquier propose de s’occuper de notre cas. Mais pour cela il faudra que Maman s’investisse encore plus : il ne suffit pas qu’elle soit garante, elle devra aussi être cosignataire, c’est-à-dire signer le prêt en tant que 3ème emprunteur, sur le même pied d’égalité que nous. Même si, encore une fois, elle n’aura pas à participer financièrement, elle sera tout de même fichée dans les dossiers bancaires avec un crédit à son nom, ce qui peut lui porter préjudice si jamais elle doit refaire un crédit par la suite (pour des travaux dans sa maison, l’achat d’une voiture, ce genre de choses). Ce n’est pas un engagement à prendre à la légère, mais on n’a pas trop le choix et Maman accepte.

Notre ami présente notre dossier, le défend bec et ongles, et enfin la réponse tombe : le prêt est accepté, youpie ! En plus il a réussi a nous obtenir le taux spécial réservé aux travail écologiques, donc un taux plus intéressant que pour des travaux classiques. Autant dire que le jour de la signature officielle du crédit, nous l’avons invité lui, sa chérie et Maman au resto, c’était plus que mérité !

Devenir propriétaires : les démarches pour un prêt bancaire

Crédit : janeb13 (CC)

Que les travaux commencent !

Dès que l’on a eu le feu vert pour le prêt, j’ai recontacté mon cousin afin de passer en phase « réalisation des travaux ». Et depuis… Et bien ça avance. Lentement. Très lentement.

Bon, il faut comprendre que le chantier de notre maison, c’est pas un chantier hyper intéressant financièrement pour l’entreprise de mon cousin. Il a des chantiers beaucoup plus lucratifs, et s’ils ont proposé de s’en charger, c’est avant tout pour nous rendre service. Mais du coup, le prix à payer c’est qu’ils nous casent entre 2 gros chantiers, une semaine par-ci, une semaine par-là. Et que s’il y a du retard sur un chantier (et il y en a très souvent, les gens qui ont déjà dû faire faire des travaux le savent), et bien c’est nous qui sautons, c’est logique.

Et donc, à l’heure où j’écris ces lignes, il n’y a que la toiture de faite. Attention, c’est très bien fait hein, je ne dis pas ! Mais ils ne nous ont consacré qu’une semaine jusqu’à présent, depuis 6 mois. Dès lors, c’est très difficile de se projeter dans cette maison, car on peut y être dans 6 mois comme dans 3 ans, et je n’exagère pas. Du coup cela pose plusieurs soucis :

  • Nous avons un double loyer à payer. Et oui car nous avons notre loyer normal + le remboursement de notre prêt (qui est équivalent à notre loyer). Donc pour l’instant nous piochons dans le prêt en lui-même, mais c’est triste de voir que l’argent se vide « inutilement » au lieu de payer les travaux.
  • Nous ne savons pas quand arrêter le bail de notre logement actuel, en principe renouvelable tous les ans. Heureusement, notre propriétaire est très compréhensif et nous a dit qu’à partir du moment où l’on envoyait un préavis de 3 mois, on pouvait partir quand on voulait.
  • Nous ne pouvons pas chercher de travail, car tu t’en doutes, déménager à 500 km de notre maison actuelle implique de quitter notre boulot et d’en trouver un autre sur place. Sauf que ça ne sert à rien de postuler aux offres que l’on voit passer, puisqu’on ne connait pas notre disponibilité. « Quand est-ce que je peux commencer ? Oh, entre juillet 2019 et décembre 2022, à peu près. Gardez-moi la place au chaud ! » 
  • Cette phase d’attente commence à nous peser. Nous avons trouvé la ferme en septembre 2016, signé le contrat de vente en mai 2017, et aujourd’hui, en septembre 2018, quasiment rien n’a changé. Et on ne sait pas quand cela bougera. Nous parlons tout de même d’un projet de vie complet, pas d’un « simple » déménagement (projet de micro-ferme en permaculture, toussa).
  • On ne peut réaliser aucun investissement dans le jardin tant que l’on n’est pas sur place. Et oui, même pour planter des arbres, il vaut mieux rester dans le coin pour intervenir, car les arbres jeunes sont très fragiles. Naïvement, nous avions essayé de planter quelques arbres lors de l’une de nos visites, et lorsque nous sommes revenus quelques mois plus tard tout était mort, donc bon… Et je ne t’apprends rien : les arbres ne portent pas de fruits tout de suite, il faut attendre plusieurs années selon l’essence de l’arbre, la variété choisie ainsi que le porte-greffe. Donc chaque « saison de plantation » perdue signifie reculer le début de notre productivité fruitière d’un an.

Alors en attendant que cela avance, Chéri et moi tentons de nous occuper intelligemment. Nous avons par exemple repris des cours du soir en botanique et permaculture. Pour moi qui suis biologiste, je connais déjà tout cela, mais un rappel ne fait jamais de mal. Chéri quant à lui avait déjà suivi des cours-là de son côté, mais n’en avait pas retenu grand chose (son cursus est plus orienté médecine-pharmacie-laboratoire que biologie-plante-insecte). Cela nous fait donc une activité de couple, on la fait à deux, on se motive l’un l’autre pour y aller et on se fait réviser l’un l’autre les cours afin que ça se cristallise vraiment. Et ça marche plutôt bien.

Histoire de pratiquer un peu plus que dans notre petit jardin (le proprio refuse que l’on transforme l’intégralité du jardin en potager, je ne comprends pas pourquoi…), nous avons abandonné notre grasse mat du dimanche afin de devenir bénévoles dans un ferme dans le Nord de la France, pas loin de chez nous. C’est une chouette association, qui veut refaire de la ferme le lieu de vie central du village, et ne vise donc pas la productivité pure et dure (ce qui permet aux gens qui bossent là-bas bénévolement de commettre des erreurs sans qu’on leur tape sur les doigts), leur seules rentrées fixes d’argent étant les paniers AMAP et les ventes au porte-à-porte dans le village.

Si tu ne connais pas le concept des AMAP, sache qu’il s’agit d’un super moyen de soutenir les petits producteurs locaux en payant un prix fixe par panier. Sauf que c’est le producteur qui décide du contenu du panier. Tu reçois donc un panier « surprise » en fonction de la saison, à toi de t’organiser ensuite pour transformer tout ça (fais des réserves de sauce tomate en été par exemple, et ressors-les en hiver). En plus du type de contenu, la quantité du panier varie également : tu en auras plus lors d’une belle récolte et moins en cas d’intempérie, toujours pour un prix fixe afin de ne pas pénaliser le producteur. Si ce concept t’intéresse, je ne peux que t’encourager à te renseigner plus en détail.

Bon, de fait le projet de micro-ferme est un peu en stand-by en ce moment, mais ne t’inquiète pas, j’ai d’autres sujets à aborder avec toi en attendant, alors à très vite !

Et toi, as-tu rencontré des difficultés afin d’obtenir un prêt ? As-tu attendu plus longtemps que prévu avant d’emménager dans ton nouveau chez-toi ? As-tu connu les travaux qui se rallongent à l’infini ? Connais-tu les AMAP ? Raconte-moi tout !

Commentaires

8   Commentaires Laisser un commentaire ?

Banane

C’est intéressant, d’en connaître plus sur vos démarches.
J’ai quand même une question : en prenant en compte le retard (et donc double loyer), est-ce toujours intéressant financièrement de passer par cette société? En l’écrivant je me souviens que c’était avant tout un pb de confiance pour vous. N’empêche qu’une semaine en 6 mois c’est chaud!!

le 30/11/2018 à 07h51 | Répondre

Madame Ophrys

Ta remarque est très pertinente, et tu as répondu toi-même (en grande partie) à ta question ^_^.
Disons que ce n’est pas simple car :
1) On n’a pas vraiment confiance de prendre une société qu’on ne connait pas, sans que l’on puisse surveiller les travaux (et la présence d’ouvrier sur place) à cause de la distance
2) Lorsque l’on passe par la « famille », c’est toujours délicat de faire marche arrière sans vexer personne (même si dans ce cas-ci ce sont eux les coupables du retard accumulé
3) Nous avons déjà versé un gros acompte pour la commande de matériaux, donc on peut difficilement faire marche arrière, au minimum pour cette partie-là

Mais oui je suis totalement d’accord avec toi, une semaine en 6 mois ce n’est pas correct, d’autant plus que nous ne pouvons avancer sur rien d’autre en attendant…

le 04/12/2018 à 12h05 | Répondre

sarah

En effet ça doit être difficile de ne pas avoir de planning clair et précis.
J’ai moi aussi une question, vous ne pouvez pas venir vous même sur place pour faire les ‘petits’ travaux histoire d’avancer un peu ? Ou vous ne pouvez pas prendre une autre société ? Parce qu’en fin de compte, entre votre loyer et le temps que cela va prendre vous risquez d’être « perdants » sur les 2 fronts si cette situation ure trop longtemps, non ? (bon je suppose que vous avez déjà réfléchi à cette éventualité, mais je suis curieuse de comprendre ce qui motive vos choix dans ce sens là 🙂 )

le 30/11/2018 à 08h58 | Répondre

Madame Ophrys

Mon mari est très bricoleur et s’y connait sur pas mal de choses, donc en effet on pourrait s’occuper des finitions nous-mêmes (pose de carrelage, etc).
Mais avant de pouvoir le faire, il faut qu’un professionnel soit passé nous installer les escaliers, percé un trou pour la porte (et reboucher l’ancien), changé la toiture,…
Tout cela ne peut se faire que par des professionnels, et avec un équipement spécifique.
Donc nous ne pourrons intervenir qu’en fin de travaux, or ici c’est dès le début que cela bloque ^_^
Et concernant le fait de changer d’entrepreneur, j’ai répondu dans mon commentaire ci-dessus. En bref, on n’a pas trop le choix…

le 04/12/2018 à 12h08 | Répondre

Colombine

Ça ne doit vraiment pas être évident cette attente. Surtout que vous n’avez aucune visibilité sur la fin des travaux. Après, avoir déjà refait toute la toiture en 1 semaine, ils sont efficaces dans l’entreprise de ton cousin.

En attendant, est-ce que vous en profiter pour étaler les achats de ce dont vous pourriez avoir besoin ? (peintures, divers outils pour travailler la terre, meubles….)

le 30/11/2018 à 09h20 | Répondre

Madame Ophrys

Oui il sont efficaces, c’est d’ailleurs aussi pour cela qu’on leur a confié nos travaux les yeux fermés : nous avions déjà pu voir quelques uns de leurs travaux et franchement c’est de la bel ouvrage.
Le truc c’est qu’ils ont l’habitude de travailler pour des professionnels (restaurants, bâtiments publics, vendeurs indépendants,…)
Donc des clients avec de plus gros chantiers, beaucoup plus lucratifs que simplement notre petite maison.
Le deal c’était qu’ils nous casent entre leurs gros chantiers, par-ci par-là, sauf que là on a l’impression qu’ils nous ont un peu oubliés…

Et en effet, en attendant on achète du matos et de l’équipement (électro-ménager de cuisine par exemple), mais on ose jamais trop se lancer vu que on ne sait pas combien de temps on va avoir ça sur les bras : un poêle à bois et une cuisine équipée, c’est pas fait pour être stockés dans des cartons pendant des années non plus.

Donc on peut pas vraiment avancer de notre côté sans qu’il bougent un peu du leur également.

le 04/12/2018 à 12h13 | Répondre

Madame Canoë

Bonjour merci pour le partage des démarches…
Les banques peuvent être complètement ubuesque et faire tourner en bourrique beaucoup de monde… et elles ont beau être en concurrence elles ont le monopole de notre argent.
Je vous soutiens mais je me pose la question de l’attente. Pourquoi attendez vous l’entreprise de votre cousin? N’y a t’il que lui qui puisse faire les travaux?
Avez vous essayé de contacter des mandataires en maitre d’ouvrage qui peuvent gerer les travaux à distance?
Vu la situation car le prêt est déjà à rembourser chaque mois, je suppose que le cout des travaux peut être plus optimisé en mettant un coup d’accélérateur, quitte à payer -un peu- plus? Et sinon, pour ce qui est du déménagement, après tout vous êtes propriétaires, est ce que vous envisageriez de vivre sur votre terrain en habitat temporaire (mobile home, yourte ou autre cabane) le temps de la construction? Cela vous ferait gagner du temps sur la plantation des arbres.
Mon expérience, nous venons de devenir propriétaires et commençons à planter des fruitiers car on sait aussi que c’est long à donner du fruit!
Bon courage en tout cas!

le 02/12/2018 à 16h10 | Répondre

Madame Ophrys

Pour notre choix de garder notre entrepreneur, j’ai répondu dans les commentaires plus haut.
Concernant le fait de déménager quand même et d’habiter sur notre terrain, nous y avons bien réfléchi, et encore maintenant c’est une option que l’on n’exclut pas.

Simplement, on aimerait se faciliter la tâche : quand on déménagera de Belgique en France, on aimerait que ce soit pour habiter chez nous. Une caravane serait une solution temporaire, mais déjà il faudrait investir les fonds pour l’achat, et ensuite ok pour y passer quelques semaines, mais on risque de vite se sentir à l’étroit avec nos 4 furets et leur grande cage.
Nous avions également réfléchi à louer un gîte, une chambre d’hôte ou un appart, mais cela ajoute pas mal de démarches administratives et logistiques supplémentaires, sans compter le coût que cette solution générerait.

Donc pour l’instant on croise les doigts (enfin, on se ronge les sangs plutôt) en espérant que les travaux se terminent rapidement et que l’on puisse enfin déménager et être sur place pour s’occuper de notre jardin !

le 04/12/2018 à 12h19 | Répondre

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