Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien chez soi !

Mon métier de chercheuse


Publié le 27 septembre 2016 par Louna

Si on m’avait dit, enfant, que je serais chercheuse, quand je serais grande, j’aurais eu beaucoup de mal à imaginer mon avenir. Je me serais sûrement vue en grande blouse blanche, un bécher fumant à la main, empli d’une solution à la couleur improbable. Je me serais imaginée passant mes journées dans un laboratoire à la paillasse blanche, un microscope toujours vissé aux yeux.

Bref, j’aurais été loin (très loin !) de la réalité.

Du coup, je me suis dit que j’allais venir par ici pour t’expliquer, avec des exemples concrets, mon métier de chercheuse.

Mon métier de chercheur

Crédits photo (creative commons) : Unsplash

Un métier polyvalent

La première chose qui me vient à l’esprit pour décrire mon métier, c’est qu’aucun jour de travail ne ressemble au précédent. Je suis impliquée dans différents projets, j’y tiens différents rôles, ce qui m’amène, sans cesse, à changer de casquette : de la laborantine qui passe sa journée au labo, à la cheffe de projet qui organise et anime des réunions techniques, en passant par la formatrice et la communicante.

Voici quelques exemples des tâches que je peux être amenée à faire.

Les aspects techniques

Commençons par les tâches qui correspondent au cœur de métier. Un chercheur est avant tout un scientifique, c’est-à-dire qu’il possède des compétences poussées dans un domaine donné.

Dans l’imaginaire populaire, les domaines de recherche qui apparaissent en priorité sont ceux issus des sciences dites dures (quelle horrible appellation !), telles que les mathématiques ou l’informatique, qui sont des sciences formelles, mais aussi toutes les sciences de la nature au sens large, où l’on retrouve par exemple la biologie, la médecine ou la chimie, mais aussi la physique ou la mécanique.

Mais dans la réalité, il existe également (et heureusement !) tout un tas de chercheurs dont la spécialité est issue des sciences humaines et sociales. On y retrouve la psychologie, l’histoire, la philosophie ou la sociologie, par exemple.

Même si les sujets sont extrêmement variés, les méthodes de travail des chercheurs se retrouvent autour de l’idée principale de valider une hypothèse par l’expérimentation. Du coup, dans mon travail au quotidien, je suis amenée à faire des expériences, puis à analyser les résultats, en vue de valider ou non les hypothèses que l’on souhaite tester.

Comme tu peux l’imaginer, la réalisation de ces expériences ne se fait pas en autarcie. En général, de multiples personnes sont impliquées : les ingénieurs, les techniciens, les usineurs, les modélisateurs, les fabricants. Bref, lorsque l’on souhaite mettre en place une expérience, le travail est considérable et peut représenter plusieurs mois, voire plusieurs années de travail préparatoire.

De la même manière, la phase d’analyse des résultats est souvent considérable et implique généralement plusieurs personnes, expertes du domaine.

La communication

Une fois les résultats d’une expérience analysés, on entre dans la phase de restitution. Pour avancer, un chercheur doit pouvoir échanger avec ses pairs sur son travail, afin de valider ses hypothèses ou ses méthodes de travail et confronter ses résultats à ceux des autres chercheurs qui, au niveau national ou international, travaillent sur des domaines similaires.

Cette phase de restitution peut prendre deux formes : une restitution écrite, sous forme d’articles scientifiques, ou une restitution orale, sous forme de présentations lors de conférences scientifiques.

Les articles scientifiques sont généralement écrits en anglais, et publiés dans des journaux spécialisés. Ils sont soumis à un comité de relecture formé par un ensemble de chercheurs experts dans le domaine étudié, et diffusés sous forme papier ou sur Internet.

C’est à partir de cette base de données internationale que les chercheurs se fondent pour lancer de nouveaux projets ou étayer des hypothèses, en amont des phases d’expérimentation. On appelle ce travail de lecture : l’étude bibliographique du sujet. Là encore, le temps nécessaire pour ce travail préliminaire peut être considérable.

La restitution orale lors de séminaires ou de conférences scientifiques consiste à présenter, le plus souvent en anglais, son travail de recherche devant une assemblée de chercheurs spécialisés dans le domaine d’étude, sous la forme d’un exposé plus ou moins bref. Le but de ces présentations est de permettre aux chercheurs d’un même domaine de se retrouver autour d’une thématique définie pour débattre et avancer ensemble.

La formation

L’aspect encadrement est très présent au quotidien dans mon métier. Même les chercheurs qui n’ont pas le double statut d’enseignant-chercheur sont amenés à former des étudiants tout au long de leur carrière : des stagiaires en fin d’études, des doctorants, des post-doctorants, et depuis peu, de plus en plus d’apprentis.

Nous pouvons également être amenés à donner ponctuellement des cours en université sur des domaines très précis correspondant à notre spécialité.

La gestion de projet

Un des aspects qui est souvent oublié dans le métier de chercheur, c’est la conduite de projet. Certes, nous n’avons pas les mêmes contraintes que les chefs de projet travaillant dans le secteur privé, mais nous devons, tout comme eux, être à même de gérer un budget, de respecter un timing précis, de diriger une équipe de professionnels et de répondre à des objectifs définis.

La part de cette tâche varie selon l’institution dans laquelle le chercheur évolue.

Un métier en constante évolution

Comme tu peux te l’imaginer, étant donné la diversité des tâches que l’on est susceptible d’accomplir, notre carrière peut prendre des directions très variées, selon les opportunités que l’on rencontre, selon notre domaine de spécialisation ou selon l’environnement dans lequel on évolue.

Pour te donner quelques exemples concrets, on peut devenir chercheur, se découvrir une réelle vocation pour l’enseignement, et décider de s’investir de manière poussée dans les cursus de formation des étudiants en master ou en doctorat. On peut également évoluer dans la hiérarchie pour aller vers des domaines moins techniques, mais plus pointus en termes de management de personnes. On peut, au contraire, décider de se spécialiser dans un domaine très précis, où la technique sera prépondérante.

Bref, il y a autant de voies que de personnalités. Et comme c’est un métier où l’on a tendance à privilégier les fortes personnalités, je te laisse imaginer… !

Mais au fait, comment on devient chercheur ?

Pour devenir chercheur, plusieurs voies sont possibles. Que l’on vienne de l’université, d’une école d’ingénieurs ou d’une formation en sciences sociales, par exemple, il faut dans tous les cas être titulaire d’une thèse de doctorat. Cette thèse consiste à travailler pendant généralement trois ans sur un sujet donné, au sein d’un laboratoire et en lien avec une école doctorale. À l’issue de ce CDD de trois ans, la rédaction d’un mémoire de thèse et la soutenance de son travail devant un jury d’experts mènent à l’obtention du grade de docteur.

Un fois notre doctorat en poche, le plus dur commence, puisqu’il faut trouver un poste correspondant à nos attentes scientifiques et professionnelles !

Pour finir, je vais te dire ce qui, personnellement, me motive ou me déplaît dans mon métier de chercheuse.

Avantages

  • L’autonomie : nos objectifs sont généralement pluriannuels, ce qui laisse une grande souplesse dans l’organisation et la structuration de notre travail.
  • La pluridisciplinarité : ça peut paraître étrange, puisque nous sommes tous censés être des experts dans nos domaines, mais en général, la réponse à une problématique donnée nécessite la collaboration de plusieurs experts issus de domaines complémentaires.
  • Le travail en groupe : il est impossible de travailler en autarcie sur des projets de cette ampleur impliquant un grand nombre de personnes sur plusieurs années. Du coup, le travail en équipe est extrêmement précieux. Et ça, c’est clairement un moteur, pour moi !
  • L’international : à travers les articles scientifiques, mais plus encore lors des conférences à l’étranger, j’ai eu l’occasion de discuter avec des chercheurs venus de tout horizon. Et l’échange est facilité par notre intérêt commun sur le sujet scientifique abordé.

Inconvénients

  • C’est un métier qui demande une grande rigueur personnelle. L’autonomie que l’on nous concède nous oblige à être extrêmement vigilants et responsables pour parvenir à mener les projets à terme dans les conditions établies par notre contrat.
  • Comme je le disais précédemment, c’est un métier qui demande une sacrée force de caractère, ce qui mène parfois à des relations conflictuelles, entre personnalités un peu trop fortes pour cohabiter en toute sérénité ! Mais ça, ce sera l’objet d’un deuxième article, puisque ce n’est malheureusement pas inhérent à ce métier !

Et toi, tu es chercheuse ? Ou pas du tout ? Tu connaissais les aspects du métier ? Tu avais des préjugés ? Viens nous dire !

Toi aussi, tu veux nous parler de ton métier ? C’est par ici !

Commentaires

44   Commentaires Laisser un commentaire ?

Flora

Et vive la recherche 🙂
Je me retrouve à 100% dans ce que tu dis et c’est vrai que j’aurais eu beaucoup de mal à imaginer mon boulot il y a 20 ans !

le 27/09/2016 à 08h50 | Répondre

Louna (voir son site)

Hihi ! J’ai une vision de Bébé Louna et Bébé Flora en blouse blanche….! 😉

le 27/09/2016 à 10h04 | Répondre

Margot

Coucou! Moi j’ai lâché l’affaire en sciences humaines: trop peu de temps pour autre chose. Du coup, mon doctorat en poche, je suis finalement retournée dans le secondaire dire aux 6e de souligner la date en rouge!

le 27/09/2016 à 09h36 | Répondre

Louna (voir son site)

Hihi !
Est-ce que du coup tu regrettes ton parcours, ou, au contraire, tu es heureuse d’avoir pu aller jusqu’au doctorat, même si c’est pour quitter la recherche par la suite ?

le 27/09/2016 à 10h05 | Répondre

Margot

Regretter? Ah non, jamais! trop enrichissant de bien connaître les méandres de ce monde, et j’en avais besoin à l’époque. Mais je supportais mal beaucoup de choses, surtout les mentalités. Ravie d’en être sortie et de pouvoir me diriger tranquillement vers de nouveaux projets à présent. L’ambiance est bien différente dans les sciences dites « dures » j’ai l’impression.

le 27/09/2016 à 12h42 | Répondre

Louna (voir son site)

En effet, à voir toutes les commentaires, j’ai bien l’impression que c’est assez différent du côté des sciences dures.
Bon, tant mieux si tu gardes de ce parcours une expérience enrichissante : c’est, après tout, l’essentiel !

le 28/09/2016 à 10h35 | Répondre

Ars Maëlle (voir son site)

C’est drôle, quand j’ai vu la photo, je me suis dit « argh, on cause sciences dures ici, je ne vais pas m’y retrouver ! », puis j’ai vu que tu parlais des sciences sociales.
Mais finalement, autant sur de nombreux aspects, mon expérience rejoins la tienne (méthode scientifique, interdisciplinarité, autonomie, rigueur…), autant il y a des différences assez notables. Je suis dans la recherche en architecture (hein ? ça existe ça ?) côté sciences humaines, et ça veut dire : – de tous petits contrats, puisqu’on ne coûte que les salaires, l’électricité des PC et les bouquins (pas de grosses machines, pas de consommables, pas de paillasses) ; – pas de techniciens, de laborantins ; – des impact factors (cote de la revue scientifique où on publie) si minables que personne ne les connait ni ne les regarde ; – des thèses beaucoup plus longues (en temps (4-5 ans) et en nombre de pages(5 à 800)) ; – pas de vrai statut de la recherche car rattachement au Ministère de la culture, (quasi) tous les chercheurs le sont bénévolement en plus de leur statut d’enseignant à temps plein ; – dans mon domaine spécifique, très peu de circulation internationale car on est complètement liés aux contextes culturel et juridique (mais on y travaille) ; – un lien assez fort vers la « société civile » (entretiens, valorisation vers le grand public) [mais c’est sans doute le cas dans des disciplines plus « dures » aussi]…
Je fais ce petit tableau (pardon pour la tartine… again) car si les gens ont du mal à se représenter la vie d’un chercheur, celle d’une chercheur en SHS est encore plus floue dans les esprits.
Mais ce qui nous rejoint le plus je crois, c’est la curiosité et la passion de comprendre.
Bonne recherche !

le 27/09/2016 à 09h45 | Répondre

Louna (voir son site)

Oh, merci pour ton commentaire ! Je trouve ça vraiment intéressant de savoir comment est faite la recherche dans d’autre domaine que le mien, et plus encore dans des domaines que je ne connais pas du tout !
Du coup, si je comprends bien, tu es enseignante à temps plein, et tu fais de la recherche en plus ? Je n’ose pas imaginer ta charge de travail ! Je savais que la recherche en sciences dures étaient plutôt privilégiée par rapport aux autres domaines, mais je ne pensais pas que les différences pouvaient être aussi énormes. Ça te dirait d’écrire un article « réponse » où tu détailles les particularités de ton métier ? Moi, ça m’intéresserait beaucoup, en tout cas !
Et oui, tu as raison, on se retrouve tous autour de cette passion de comprendre ! 🙂

le 27/09/2016 à 10h03 | Répondre

Luciole

Oh ça m’intéresse beaucoup ce que tu fais ! Je suis moi-même architecte et j’avais envie de faire de la recherche après mon diplôme. J’ai préparé un Master mention recherche dans ce but qui m’a passionnée, et puis je me suis laissée convaincre du manque de débouchés ensuite (et aussi l’école me devenait insupportable pour cause de PFE s’étant mal passé). Bref, je suis aussi intéressée par un article de ta part sur ce sujet!

le 27/09/2016 à 12h35 | Répondre

Ars Maëlle (voir son site)

A vous deux, Luciole et Louna : l’article réponse, c’est avec plaisir, mais je ne sais pas si ça intéresserait tant de gens que ça ! en effet, le domaine de l’architecture est très particulier parce qu’il ne relève pas du Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, ce qui fait que pour l’instant, il n’y a pas de statut d’enseignant-chercheur. Les enseignants ont une charge complète de cours -bien sûr, ce n’est pas 35h par semaine, mais l’équivalent de la fac pour un enseignant sans recherche- et font la recherche sur leur propre temps, et se paient un peu sur les fins de contrats s’il en reste.
De mon côté, je suis encore dans les affres de la thèse, avec un financement interrompu pour raisons médicales, donc je suis vacataire de recherche dans mon labo. Et là, il y a plus qu’un article à écrire sur les caniveaux des établissements publics, remplis de précaires diplômés !
J’écrirai peut-être plutôt sur mon bébé blog (il est né aujourd’hui ;)), ça fait partie des choses qui me tiennent à coeur mais je ne sais pas qui se sentirait concerné ici… Je vous donne RDV là-bas très bientôt !

le 27/09/2016 à 13h45 | Répondre

emma_chan

Moi je fais de la R&D en architecture, plutôt en mode start up et ton expérience m’intéresse beaucoup en tout cas!

le 27/09/2016 à 15h31 | Répondre

Louna (voir son site)

Eh bien je vais guetter ça sur ton bébé blog, alors ! 🙂
Et détrompes-toi, moi aussi je pensais que ce sujet ne serait pas si intéressant, mais visiblement, ça a plu ! 😉

le 28/09/2016 à 10h37 | Répondre

Ars Maëlle (voir son site)

Hop là, petit article rebond publié chez moi pour celles que ça intéresse 🙂

le 03/10/2016 à 22h32 |

Miss Chat

Hihihi je retrouve assez bien mon mari dans ton article ^_^
On généralise sous le terme « chercheur » mais au final, selon le domaine, l’institution et le département, on trouve des métiers de chercheur tellement différents les uns des autres ! Quand je compare Monsieur Chat pendant sa thèse en chimie orga, puis quand il était chercheur en chimie des plasmas, les chercheurs en archéo antique ou préhistorique du département où j’étudiais ou encore ceux en littératures étrangères où j’ai fait mon propre mémoire de master, ça n’a RIEN À VOIR ! J’ai presque envie de dire que ce sont des métiers aussi différents que coiffeur et ingénieur pour le coup…
Comme l’a souligné Ars Maëlle, les sciences humaines sont un peu le parent pauvre de la recherche… Quand je vois les moyens gigantesques qu’avait le labo de chimie plasma de mon mari et comment au même moment les gens d’histoire de l’art devaient gratter pour les 1500€ de matériel de fouilles, ça fait un peu mal. C’est dommage mais dans un sens, je trouve cela plus normal de mieux subventionner un chercheur en médecine ou en pharmacie plutôt que mon prof d’archéologie égyptienne antique Moyen-Empire… 😉 Ce ne sont pas des recherches inutiles, loin de là, mais je préfère que les proportions restent ce qu’elles sont.

le 27/09/2016 à 10h21 | Répondre

Ars Maëlle (voir son site)

Je rebondis sur ces histoires de financements. Je suis bien d’accord, soigner le cancer ou nourrir la planète, c’est fondamental et le plus urgent, mais heureusement que la recherche va tâtonner un peu partout et pas seulement où elle serait utile et rentable tout de suite (sinon, c’est l’armée et Big Pharma qui feraient les programmes scientifiques et basta !). En ce moment, je travaille sur une étude qui va servir à faire évoluer la réglementation française sur la manière de produire notre cadre de vie bâti et de dépenser l’argent public dans ce but. J’aime croire qu’à sa toute petite échelle, ce projet participe à améliorer la vie des gens et notre fonctionnement en société.
La bonne nouvelle, c’est effectivement qu’avec notre budget pour un an, tu ferais tourner un labo de bio pendant 2 semaines max (mon mari dépensait parfois des milliers d’€ de réactifs par semaines, sans compter la machine) 🙂 Donc finalement, on a moins d’argent mais dans notre petit coin, on ne coûte pas si cher, et on apporte quand même notre petite pierre à l’édifice (de la connaissance, du bien, de l’univers et du reste !)

le 27/09/2016 à 13h57 | Répondre

Miss Chat

Non, tu as tout à fait raison et je ne parlais d’ailleurs pas de viser uniquement les recherches rentables. Ca ne rapporte rien de mettre à jour une nouvelle pyramide égyptienne, pourtant ça a une valeur historique et humaine inestimable. Ca ne servira à rien pour le futur mais ça nous permettra de lever un voile sur le passé 😉 Ton étude est encore plus pratique ici et même si le résultat sera peut-être plus indirect qu’un nouveau vaccin, il aura aussi son utilité 🙂
C’est vrai que les besoins sont souvent moindres en sciences humaines mais là, ça dépend vraiment des domaines… L’archéo ou l’anthropologie, ça demande quand même pas mal de sacrés deniers pour bien fonctionner.

le 28/09/2016 à 22h25 | Répondre

Louna (voir son site)

Merci pour ton message Miss Chat, même si je dois t’avouer que je ne savais pas trop comment y répondre, avant qu’Ars Maëlle n’intervienne.

J’ai du mal avec l’idée de classer les spécialités par ordre d’importance, impliquant du coup une priorité de financement. D’ailleurs, dans la réalité, ce sont plutôt les soutiens industriels derrière tel ou tel domaine de recherche qui sont les maîtres du financement, et non pas la nécessité d’étudier ce domaine pour le bien de l’humanité. Je ne veux pas paraître cynique, mais si on prend l’exemple du monde de la recherche pharmaceutique, le mode de fonctionnement ne me paraît pas idéal.
Quant à ne pas négliger les sciences humaines ou la culture, ça me semble également important, mais là, je crois qu’on est d’accord ! 😉

En tout cas, c’est intéressant de voir que ton parcours et celui de ton mari t’ont permis d’avoir un regard sur le monde de la recherche par deux prismes si différents : je t’envie ! 🙂

le 28/09/2016 à 10h49 | Répondre

Miss Chat

Alors, cela diffère peut-être avec la Belgique du coup ? Enormément de chercheurs sont payés par des fonds nationaux (notre CNRS, appelé ici le… FNRS, on n’a rien inventé) donc la recherche est plus « neutre » dans ces cas-là. Les industries jouent un gros rôle également, c’est clair mais, d’après ce que j’ai pu observer, les labos semblent quand même faire attention à ce que ça reste dans leur « domaine ».
Pour le pharma, bon… Je pensais la même chose puis Mr Chat est allé travailler justement dans la recherche en pharma et j’ai maintenant un autre avis sur la question. Je ne dis pas qu’ils sont altruistes hein ! Mais leur façon d’envisager la recherche est très différente d’une entreprise à l’autre 😉
Je parlais de priorité de financements car c’est ce qui arrive dans les faits : le FNRS paie 30 bourses de doctorants par an rien que pour la chimie et en faculté de lettres/histoire, ils sont contents quand ils en obtiennent une seule tous les 2 ans… Je sais que tous ces fonds ne seront pas forcément bien utilisés (…) et pourraient donc être mieux répartis. J’attends de voir si c’est concrètement faisable.

le 28/09/2016 à 22h35 | Répondre

Madame Fleur (voir son site)

Merci pour ce bel article Louna. Je retrouve totalement dans ce que tu dis !
Moi aussi j’ai un métier très différent du tien. Et je te rejoins sur le fait qu’il faut beaucoup de rigueur et de force morale pour y arriver.

le 27/09/2016 à 11h25 | Répondre

Louna (voir son site)

C’est ça qui est magique avec cette formation ! Autant de métiers que de personnes ! 🙂

le 28/09/2016 à 10h54 | Répondre

Swiiixou

Excellent, cet article !! C’est toujours top de découvrir les dessous de métiers qu’on connaît si mal et pour lesquels on a toujours des préjugés (qu’ils se vérifient ou non, et soient positifs ou négatifs, d’ailleurs !!)
Mais, Louna, du coup ça me rend super curieuse… Quel est ton domaine de spécialité, à toi ? Même au sens large si tu ne veux pas nous en dévoiler trop… 😉

le 27/09/2016 à 11h26 | Répondre

Louna (voir son site)

Je suis contente qu’il t’ait plu ! 🙂
Et oui, moi aussi je suis toujours intéressée pour connaître les métiers des autres : finalement, en dehors de son domaine, c’est rare qu’on ait une idée précise de ce que font les gens que l’ont côtoient.

Quant à ma spécialité, tu veux que je te donne celle de ma thèse (c’est-à-dire mes compétences scientifiques) ou celle de mon poste actuel (donc le domaine dans lequel j’applique ces compétences) ? Sachant que, pour des raisons de confidentialité, je ne pourrais pas te donner les deux ! 😉

le 28/09/2016 à 10h57 | Répondre

Swiixou

Oh oui c’est réllément intéressant !!
Ton poste actuel, ce serait top 🙂

le 29/09/2016 à 10h54 | Répondre

Madame D

J’ai tenté 2 ans d’apprentissage dans la recherche fondamentale en astrophysique … mais pas compatible avec ma formation d’ingénieur. Pourtant j’adore lire des revues mais le metier en lui même n’est absolument pas fait pour moi.
Un de ses jours tu me raconteras !

le 27/09/2016 à 12h04 | Répondre

Die Franzoesin (voir son site)

Oh merci c’est super intéressant ! Je cotoie suffisamment de personnes qui sont proches de la recherche pour en avoir une idée mais j’ai quand meme appris des choses 🙂 .

le 27/09/2016 à 12h35 | Répondre

Louna (voir son site)

Tu côtoies des gens qui sont chercheurs dans quels domaines ?
Et tant mieux, si j’ai pu t’apprendre des choses ! 🙂

le 28/09/2016 à 10h59 | Répondre

Luciole

Merci de nous avoir éclairé sur ce métier !

le 27/09/2016 à 12h37 | Répondre

Louna (voir son site)

Avec plaisir ! Ravie de vous avoir fait partagé ça ! 🙂

le 28/09/2016 à 11h09 | Répondre

Madame vélo

Bah ton article m’a frustrée !! En lisant le tire j’ai tout de suite deviné qu’il était de toi, et je me suis dis : « chouette, je vais enfin comprendre un peu mieux ce que fait Louna concrètement ! ». Et finalement, même si tu livres beaucoup d’infos très intéressantes, tu ne rentres pas dans les détails de ton poste à toi, alors je suis frustrée :p Mais c’est pas grave, j’ai appris des choses quand même 😀

le 27/09/2016 à 13h54 | Répondre

Louna (voir son site)

Ahahah ! Désolée Madame Vélo, et sache que c’était aussi frustrant pour moi ! 😉
Mais clairement, je me dois de conserver un minimum de confidentialité sur quelque chose qui touche à mon métier.
Par contre, n’hésite pas à poser tes questions par mail : j’y répondrai avec plaisir ! 🙂

le 28/09/2016 à 11h10 | Répondre

Tamia (voir son site)

Très intéressant ! Je retrouve mon époux dans ton texte. Lui est doctorant en sciences humaines et je suis assez d’accord avec les commentaires ci-dessus : galère pour les financements ! Il n’a pas eu de contrat doctoral, donc il doit se financer par lui-même. Ce qui signifie qu’il a dû chercher des contrats dans les universités pour avoir des horaires aménagées afin de pouvoir enseigner et avancer sa recherche. Sa thèse risque de plutôt durer 5 ans que 3 ans…
Effectivement il faut être autonome et avoir une force morale assez forte pour avancer.

le 27/09/2016 à 14h43 | Répondre

Louna (voir son site)

Oui, je me rends compte, avec tous les commentaires en ce sens, que les conditions sont loin d’être comparables dans tous les domaines de la recherche. Je savais que c’était le cas, mais j’étais loin de m’imaginer que c’était d’une telle ampleur.
J’espère que ton mari va parvenir à faire son chemin dans ce monde-là, doucement mais sûrement.
Bon courage à vous !

le 28/09/2016 à 11h12 | Répondre

Hellodie

Très bon article Louna. Étant moi même enseignant-chercheur, je ne peux qu’approuver. De mon côté, la thèse commence à dater un peu, j’ai eu le temps depuis de passer par le post doc à l’étranger (passage obligé dans ma discipline) puis d’avoir la grande chance d’obtenir un poste en France. Je pense que certains politiques que j’ai entendu cette semaine devraient lirent ton article ! Ceux là même qui s’étonnent de la « fuite des cerveaux  » sur les chaînes d’info ou les émissions de radio. Et oui, apres tout, après avoir formé des doctorants avec pour parti l’argent public, ne serait il pas plus judicieux de financer leur chômage avec ce meme argent public, plutôt que de les voir travailler là où ils peuvent ?! Voilà, coup de geule d’une chercheuse qui souhaite bien du courage aux nouveaux collègues.

le 27/09/2016 à 15h31 | Répondre

Louna (voir son site)

Merci Hellodie !
Et oui, même si l’objet de mon article n’était pas de dénoncer les déboires criants du fonctionnement de la recherche en France (notamment parce qu’étant donné mon domaine plutôt privilégié, je ne me trouvais pas assez légitime pour le faire), tu as raison de pointer du doigt l’incohérence entre la formation qui est proposée et le manque de débouchés pour la suite.
J’espère que les politiques vont commencer à ouvrir les yeux….

le 28/09/2016 à 11h14 | Répondre

Karine (voir son site)

Ah je reconnais bien mon mari dans ta description aussi (il est en génétique et évolution)! En inconvénient on rajouterait les salaires/financements aussi, la non stabilité des contrats. C’est super quand on veut acheter/louer un bien d’avoir un chercheur qui enchaîne bourses (inconnues au bataillon des impots, organismes de logement… qui ne comprennent que les salaires) ou postdocs de 1-2 ans… On est jamais dans les cases!

Et aussi la non reconnaissance en France des docteurs dans les entreprises (contrairement à la Suisse ou aux US par exemple), mals vus, mals considérés, on ne connait pas leurs compétences, leurs capacités… Ils sont juste vu comme des geeks de leur domaine, incapable de parler d’autre chose que de leur sujet ou de gerer plus loin que leur petite étude. Et c’est bien dommage!

Mais sinon c’est sur que c’est un métier très peu connu, où le seul truc qu’on lui dit c’est « alors tu trouves? ».

le 28/09/2016 à 08h08 | Répondre

Marjolie

A la lecture j’ai eu envie d’insister sur les mêmes points: la réalité de la recherche aujourd’hui c’est beaucoup d’invités (= de thésards… manifestement trop) et très, très peu d’admis (les postes sont rares, surtout dans certaines filières, et souvent attribués sur le copinage). C’est un passage très violent dans la vie des jeunes chercheurs…
C’est aussi une sous-dotation criante de la recherche globalement et en particulier dans certaines filières. Sans compter que pour la plupart les chercheurs ne sont pas juste chercheurs mais enseignants-chercheurs. J’enseigne en ce moment à l’université et mes collègues chercheurs n’ont pas de bureau, se payent eux-mêmes leurs livres, leurs stylos…, font eux-mêmes les emplois du temps, les groupes d’étudiants, tout… et gèrent finalement une grosse partie de la scolarité de 500 étudiants à quatre. Ils font de l’administratif et donnent quelques cours ; pour la recherche, c’est le week-end et pendant les congés…
Enfin, comme le dit Karine, effectivement en France, on n’en a que pour les ingénieurs, la thèse n’apporte aucune reconnaissance alors qu’elle est très valorisée à l’étranger… de quoi susciter pas mal d’amertume.
Ce sont des métiers passionnants, mais la recherche est un vrai marasme aujourd’hui en France…

le 28/09/2016 à 09h19 | Répondre

Louna (voir son site)

En effet, les conditions de la recherche sont bien trop souvent affligeantes, et même si je suis loin de vivre une situation comme celle que tu décris, j’ai déjà vu de nombreux collègues dans ce cas-là.

Et tout comme toi, je trouve cela très violent, le passage entre la fin de la thèse et l’entrée dans le monde du travail.

le 28/09/2016 à 11h25 | Répondre

Louna (voir son site)

En effet, j’aurais aussi pu mettre l’accent sur tous les inconvénients que tu listes. Comme je le disais en réponse à Hellodie, je travaille dans un domaine vraiment privilégié, alors je n’ai pas vécu tous ces aléas, mais quand je regarde autour de moi, je me dis que le système marche clairement sur la tête. On prône une libéralisation du marché du travail, et dès qu’on se retrouve avec un contrat précaire (ou pas tant que ça, parce qu’un CDD de 3 ans, c’est tout de même pas rien !), on se voit fermer de nombreuses portes (location d’appartement, accès à la propriété, etc….).

Je suis aussi d’accord avec toi sur le problème de reconnaissance des docteurs en France. Il y avait d’ailleurs eu un article à ce sujet, ici : https://www.sous-notre-toit.fr/longues-etudes-diplome-peu-reconnu-doutes/
Par contre, je ne pense pas que les systèmes d’organisation de la recherche qu’on trouve aux US ou en Suisse soient forcément la solution miracle. Les contrats sont encore plus précaires, les chercheurs doivent systématiquement trouver leur financement, la recherche se fait de manière individuelle où chaque professeur rassemble une équipe autour de lui. Le système français, bien que clairement inadéquat également, on est bien d’accord, permet une organisation de la recherche beaucoup plus concertée. Je me trompe peut-être, et auquel cas, n’hésite pas à me répondre, mais c’est en tout cas l’impression que m’ont donné mes 8 ans d’expérience.

le 28/09/2016 à 11h23 | Répondre

Karine (voir son site)

Ah non aux US ou en Suisse c’est pas mieux en recherche, l’accès à un vrai poste est encore plus tardif et plus compétitif qu’en France. Mais au niveau entreprises privées, les theses sont beaucoup mieux reconnues et valorisées.

le 30/09/2016 à 09h45 | Répondre

Louna (voir son site)

Merci à toutes pour vos commentaires et vos remarques ! Je ne pensais pas susciter un tel débat, et je vais prendre le temps de répondre à chacune, mais je suis heureuse de voir que le sujet vous a intéressé ! 🙂

le 28/09/2016 à 10h26 | Répondre

Ars Maëlle (voir son site)

C’est vrai que l’intérêt pour cet article est impressionnant. J’avais déjà remarqué que le petit monde DMT/SNT était plutôt CSP+ pour être politiquement correct, mais je suis frappée du nombre de chercheuses et compagnes de chercheurs par ici ! (dit-elle en étant les deux ;))

le 03/10/2016 à 22h39 | Répondre

Luciole

J’ai eu la même réflexion en lisant les commentaires !

le 05/10/2016 à 15h07 | Répondre

Mlle Moizelle

Très intéressant comme article! J’avais exactement le cliché dont tu parles en début d’article en tête sur ce métier que je ne connaissais que trop peu/mal. Merci! 🙂

le 01/10/2016 à 16h42 | Répondre

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