Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien chez soi !

Devenir paysans : ça y est, j’arrive !


Publié le 6 juin 2019 par Madame Ophrys

NB : Désolée pour le ton un peu (beaucoup ?) plaintif de ma chronique. Je me rends compte en la relisant qu’il y a pas mal de tristesse et de ressentiment, mais c’est ce que j’ai éprouvé à cette période-là. J’ai vécu cette période de transition comme j’ai vécu la préparation de mon mariage : avec beaucoup d’investissement, de coups durs à gérer et un timing serré, avec pour consolation que lorsque l’on aurait déménagé tout serait fini, et ce ne fut pas le cas. Tout ne s’est pas passé comme prévu, il a fallu serrer à nouveau les dents alors que je n’avais plus beaucoup d’énergie et je l’ai mal vécu. Comme ici on se dit tout, sans faux-semblant, j’ai finalement laissé le texte tel quel.

Vivre séparés alors qu’on vient juste de déménager

Dans ma chronique précédente, je t’avais laissée au moment où je retournais en Belgique juste après notre déménagement. Et je ne le vis pas bien du tout. C’est vraiment difficile pour moi de revenir à mon ancien boulot comme si de rien n’était, alors que je viens de déménager toutes mes affaires en France, entamant ainsi officiellement notre nouveau projet de vie que l’on a tant attendu depuis 2 longues années. Même si mon ami est très accueillant avec moi, je ne suis pas chez moi et mon mari me manque, beaucoup. Et c’est pareil de son côté : oui il est chez nous, mais tout seul, il ne connait personne et je lui manque aussi.

Ça te fera peut-être sourire, surtout si toi ou ton conjoint vivez souvent loin l’un de l’autre, mais depuis 9 ans que Chéri et moi sommes en couple, nous n’avons jamais été séparés plus de 48h (en tout cas plus depuis que nous habitons ensemble). On se disait en rigolant que ça nous permettrait de savoir si on tient vraiment l’un à l’autre. Et bien la réponse est oui, des 2 côtés, et il ne nous a fallu que 3 jours pour le savoir. On se téléphonait plusieurs fois par jour et on passait 3h sur Skype tous les soirs.

Je n’arrivais d’ailleurs plus à dormir la nuit, entre le fait que j’étais séparée de mon mari, seule dans une maison qui n’est pas la mienne, avec juste ma brosse à dent pour me tenir compagnie, le stress de mon boulot qui me poussait à finir le plus de choses possibles « histoire que ce soit propre » avant de partir et le fait que je n’avais toujours pas signé de contrat pour quand j’arriverais en France… Ben je pleurais dans mon lit tous les soirs.

Crédit photo (CC) : Anemone123

Chéri de son côté n’a pas eu la vie facile non plus, car à peine une semaine après être arrivé (et alors qu’il aurait bien voulu être à la maison pour faire les « finitions ») son boss l’a envoyé en formation à Nantes, à 250 km de chez nous. Résultat, il était non seulement seul mais aussi loin de chez nous. Autant te dire que ces semaines d’attente avant de nous revoir ont été très longues… Et quel bonheur quand il est enfin arrivé, un vendredi tard en soirée. Je lui ai littéralement sauté dans les bras, comme dans les films, et j’ai pleuré de soulagement pendant de longues minutes. Maintenant qu’il était là, tout allait aller mieux…

Nous n’avons pas vraiment pu profiter de nos retrouvailles, puisque le samedi était consacré à l’EVG/EVJF d’un couple d’amis, donc nous avons été séparés toute la journée. Et le dimanche midi, mon baluchon, mon mari et moi nous mettions enfin en route vers chez nous, pour ne plus jamais revenir en arrière (enfin si, on viendra rendre visite à la famille et les amis, mais on n’habitera plus jamais en Belgique). À nous la France !

Enfin arrivés en France, mais pas encore posés chez nous

La formation de Chéri n’étant pas terminée, il doit de nouveau aller à Nantes pendant 2 semaines. Quoi, mais on vient à peine de se retrouver ! Qu’à cela ne tienne, je viendrai avec toi ! Et c’est comme ça qu’à peine arrivée chez nous, je me suis écroulée sur le sol, j’ai joué avec nos furets (comme ils m’ont manqué !), j’ai pleuré (enfin j’étais chez nous, youpie !), puis j’ai refait mon baluchon pour accompagner mon mari dès le lendemain matin.

Je squattais donc sa chambre d’hôtel le soir, et j’allais au centre commercial le jour pour bénéficier du wifi gratuit. Autant te dire que je n’étais pas vraiment « posée ». J’en ai profité pour mener pas mal de démarches administratives et j’ai postulé à un maximum de jobs, maintenant que j’étais enfin « disponible immédiatement ». Mais sans trop de succès je l’avoue. Ça a d’ailleurs été un gros coup pour mon ego. J’avoue que depuis que j’ai mis un pied dans le monde du travail, je n’ai jamais rencontré de difficultés à changer de job quand c’était nécessaire, et je recevais régulièrement des appels et/ou des mails pour me proposer d’autres opportunités. Je me disais donc que j’allais vite trouver mon bonheur, mais je me trompais.

Dur dur de trouver un job…

Premièrement, avec mon projet de micro-ferme, il est un point non négociable pour moi : je veux rentrer chez moi tous les soirs. Or, j’habite en campagne, et mon métier concerne le secteur industriel, donc essentiellement dans les « grandes villes ». En Belgique nous sommes un petit pays, la distance n’est donc pas un souci, mais ce n’est pas le cas en France. On me propose souvent des jobs très intéressants, mais où il faut faire plusieurs heures de trajet (avec souvent des péages en prime) pour se rendre au boulot, et ça ce n’est pas possible pour moi. On me propose parfois aussi un « appartement de fonction » (autant te dire que c’est un concept dont je n’avais jamais entendu parler avant) pour que je puisse rester sur place en semaine, mais il est hors de question de rentrer chez moi uniquement le weekend !

Deuxièmement, les emplois sont, d’après ce que j’ai pu en voir, assez scindés selon le grade technicien/ingénieur. Et je me retrouve assez mal prise car j’ai un master, je peux donc prétendre à un poste de responsable/cadre, mais on me répond alors que je n’ai pas assez d’expérience pour ce type de job (alors que j’ai tout de même 5 ans d’expérience dans mon domaine, donc c’est assez dur à avaler comme remarque). Et quand je postule à un job de technicien, on me répond que je suis sur-qualifiée. Bon bon bon…

Troisièmement, je suis étrangère. Et la région dans laquelle je suis est assez rurale et peu touristique, ce qui veut dire qu’il y a assez peu d’immigration (ou alors de plus loin, comme d’Afrique). Les gens ne sont pas vraiment habitués aux étrangers et donc un peu frileux concernant les jobs, d’après ce que j’ai pu en voir. Bon là j’avoue j’ai été assez surprise car bon, la Belgique ce n’est pas le bout du monde non plus, c’est juste le pays voisin, les mentalités et coutumes sont tout de même assez similaires et on parle la même langue, donc je ne m’attendais pas à ce que ma nationalité soit une barrière si grande. Mais j’ai tout de même eu quelques surprises avec des recruteurs peu habitués, comme cette dame qui m’a demandé si j’avais un permis de travail (Nous sommes en Europe madame…), une autre un titre de séjour (Mais…), un troisième qui était étonnée de voir que je parlais plutôt bien français (Euh… Merci je suppose ?) et enfin un dernier qui m’a dit que leur entreprise préférait « recruter local » (Alors que j’habite à 10 min, ce ne devait donc pas être du lieu d’habitation dont il parlait…).

J’ai conscience que ce sont des cas isolés et qu’il ne faut pas faire de généralités, mais je pense que j’aurais eu moins de remarques de ce type si j’avais habité dans le Nord ou dans la région parisienne, bref un endroit où les recruteurs sont « habitués » aux étrangers comme moi. De nombreux recruteurs m’ont d’ailleurs dit qu’ils n’arrivaient pas à me joindre sur mon n° belge, car soit ils ne savaient pas faire de préfixe (alors que le +32 est noté dans tous mes mails…) ou qu’ils n’avaient pas de forfait international. Je demeure tout de même stupéfaite que jamais de leur vie ils n’aient eu à téléphoner en dehors de la France, que ce soit dans le cadre du boulot (aucun partenaire international ?) ou de leur vie privée (pas de vacances en Espagne, en Italie ? Pas de famille en dehors de la France ?). Bon depuis j’ai acquis un n° de mobile français, ce problème-là est donc résolu (au moins un ^_^).

Bref tu comprendras donc qu’avec ces 3 barrières (surtout la première, qui dépend uniquement de moi, j’en ai bien conscience), je mets un peu de temps à trouver LE job idéal. Et bien entendu, je ne dispose d’aucune aide financière en attendant, que ce soit de la part de la Belgique ou de la France, donc je suis totalement au crochet de mon mari actuellement, ce qui met extrêmement mal à l’aise la femme forte et indépendante que je suis. Heureusement c’était une possibilité que nous avions envisagée avec mon mari, et nous avions de toute façon décidé que dès que l’un de nous deux avait un job, on déménageait (faut bien se lancer à un moment donné hein…).

Le point positif c’est que comme j’ai du temps libre (enfin, entre 2 candidatures), j’ai pu me consacrer aux travaux d’emménagement/rangement de notre maison (je laisse les travaux de construction/bricolage à Chéri, qui a de l’or dans les doigts pour ça) ainsi qu’aux démarches administratives, que ce soit pour clôturer notre départ en Belgique ou officialiser notre arrivée en France. Et j’avoue que je ne m’attendais pas à autant de démarches ! J’y consacrerai une chronique prochainement, car même si tu n’es pas concernée, je pense que ça te fera bien rire de lire nos galères. Moi à ce moment-là je ne rigolais pas trop j’avoue…

Commentaires

13   Commentaires Laisser un commentaire ?

Viviane

Hauts les cœurs, tout ça va s’arranger et Rome n’a pas été bâtie en un jour !
Clairement la mentalité à la campagne peut être très fermée. Vous avez regardé comment votent les gens ?

le 06/06/2019 à 13h15 | Répondre

Madame Ophrys

Oui en effet, tout vient à point à qui sait attendre :-).
Et non, de manière générale j’évite les débats politiques, question de culture (en Belgique on parle très peu politique par rapport à la France, même si tout le monde va voter).

le 12/06/2019 à 20h16 | Répondre

Colombine

Je suis quand même très étonnée que les employeurs soient aussi frileux d’embaucher une belge ! J’espère quand même qu’il y en a un qui a finalement sauté le pas…

le 06/06/2019 à 15h00 | Répondre

Madame Ophrys

Après, je déduis certaines choses d’après les quelques éléments de retour que j’ai.
Je pense sincèrement que la distance joue plus que ma nationalité, mais quand tout le monde dans le village te dit que tu es la première « étrangère » (citoyenne européenne en tout cas) qu’ils rencontrent de leur vie, tu finis par te poser des questions ^_^

le 12/06/2019 à 20h23 | Répondre

Virg

Je te donne un élément de contexte qui pourrait t’aider à comprendre ce malaise face à « l’étranger » : la plupart des usines/industries des campagnes françaises ont soit licencié en masse soit fermé, décision prise par le « groupe », dans la tête de ces gens c’est un brumeux truc international qu’ils ne comprennent pas trop.
Je te conseille de prendre contact avec les agences d’intérim pour mettre un pied dans le marché local.

En ce qui concerne la paperasse, je te rassure tout de suite, l’administration française est un frein même pour les Français… alors si en plus ton projet n’est pas « classique » ou « normal », c’est l’angoisse. Mon mari et moi changeond de cap pro en ce moment, ces trois derniers mois ont été carrément burlesques. En France, on préfère en rire mais j’avoue que lorsqu’ils ont failli mettre ma petite entreprise dans la m…. j’en ai pleuré de frustration, juste pour un papier.

Bon courage. Juste un conseil : ne perd jamais de vue votre projet de vie initial. Il est génial 😉

le 07/06/2019 à 12h55 | Répondre

Virg

Je me suis aperçu que je manquais à tous mes devoirs, donc je rectifie : bienvenue en France à tous les 2 ! 🙂 🙂 🙂 😉

le 11/06/2019 à 10h40 | Répondre

Madame Ophrys

Et merci, ça fait très plaisir, vraiment ^^

le 12/06/2019 à 20h30 | Répondre

Madame Ophrys

Merci pour le contexte !
Quelque chose que j’ai beaucoup remarqué aussi dans le coin où je suis, c’est que les entreprises sont très franco-centrées.
En Belgique c’est petit, on est donc très vite dans une vision internationale et la maîtrise de l’anglais et/ou néerlandais est quasi obligatoire dès que tu sors du cadre local.
Dans les entreprises françaises auprès desquelles j’ai postulé, il n’ y a pas (ou peu) besoin de l’anglais et très peu de normes internationales, on axe plutôt sur la région ou le pays, ça me fait bizarre mais c’est chouette aussi ^_^.
Mais bon, encore une fois ce n’est sûrement valable que dans ma région campagnarde.

le 12/06/2019 à 20h30 | Répondre

Madame Grenouille

Je travaille sur un très grand site industriel et oui en effet je ne peux pas téléphoner à l’étranger de mon poste. Il faut passer par le standard qui nous redirige vers le numéro demandé. Autant dire que c’est assez décourageant… alors il faut vraiment que ce soit indispensable ! Ou alors un mail fait l’affaire !

le 07/06/2019 à 20h15 | Répondre

Madame Ophrys

Ah oui donc tu confirmes : la vision internationale n’est pas forcément très répandue dans la région alors ?
J’avoeu que je n’y susi pas habituée, en Belgique tu sors très souvent du cadre du pays, donc les préfixes c’est normal pour nous.
Dès que je passais la frontière, à Lille par exemple, et qu’il fallait donner son n° de tel, bien entendu je précisais « 0032 » et souvent on me répondait « ça rentre pas dans les cases »… Ouinnnn.

le 12/06/2019 à 20h33 | Répondre

Madame Colombe

Bonjour,

Comme le conseille Virg, le mieux serait de prendre contact avec une agence d’intérim. Cela vous permettra d’approcher le marché du travail local d’une autre façon.
Bon courage à vous.

le 08/06/2019 à 09h12 | Répondre

Madame Ophrys

Merci du conseil. J’ai déjà mis mon CV en ligne sur de nombreuses agences d’intérim/recrutement, je croise les doigts !

le 12/06/2019 à 20h34 | Répondre

Virg

À ta place, je me déplacerais au culot pour me présenter, discuter avec les nanas de l’agence, etc. Genre « je viens de belgique, nous venons tout juste d’arriver, c’est une chouette région. Je me renseigne un peu sur tout, qu’en est-il du marché de l’emploi ? » Blabla
D’une, n’y va pas pour chercher du boulot, tu te renseignes, tu souris et tu trouves que tout ce qu’on te raconte est passionnant. De deux, les nanas se souviendront de toi, ton CV sera plus facilement cherché. Trois, ça te permet de connaître l’historique de l’emploi de la région : est-ce qu’une boîte a licencié dans le secteur ? Une boîte a peut-être décroché ou perdu un gros contrat ? Un projet d’implantation ?
Et va au marché, chez la boulangère, au petit supermarché du coin et parle avec tout le monde.
Je ne sais plus dans quel coin tu es mais dans nos campagnes connaître du monde est toujours vital, et se faite connaître aussi. Et puis on aime bien causer 😉 si tu fais ça, ta situation va vite faire le tour.

le 13/06/2019 à 10h27 | Répondre

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