Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien chez soi !

Elle était Polonaise


Publié le 13 novembre 2019 par Welna

Elle est née à une époque, dans un pays où il ne faisait pas forcément très bon grandir, en Pologne, en fin des années 1920. Quelques années plus tard, le nazisme grondait dans le pays voisin et la Pologne a vite été considérée comme un pays à envahir. Ses habitants, eux, étaient plus ou moins vus comme des sous-hommes.

Elle a eu une enfance heureuse, choyée parmi sa famille. Ses parents lui ont permis de vivre des premières années confortables et protégées du monde extérieur. Elle a grandi comme les autres enfants, elle aimait rire et jouer avec ses frères et sœurs. Elle était innocente, insouciante, comme devraient l’être tous les enfants à cet âge. Mais d’autres n’étaient pas de cet avis. La Pologne a été envahie, la guerre a éclaté.

Crédit photo (creative commons) : WikiImages

Elle avait 14 ans quand elle a été déportée, arrachée à sa famille et à son pays. Elle avait 14 ans quand elle a été envoyée dans un pays inconnu, inhospitalier, ennemi. Elle avait 14 ans quand elle a commencé à travailler pour une famille allemande, elle, la Polonaise, qui avait eu une enfance heureuse et tranquille.

Elle qui n’avait jamais eu besoin de travailler de ses mains s’est retrouvée employée de force dans une ferme, loin de tout ce qu’elle connaissait, loin de tout ceux qu’elle connaissait. Elle a dû apprendre à travailler dur. Elle a dû apprendre à se forger une carapace, pour ne plus pleurer tous les soirs. Pleurer le manque de son pays. Pleurer de peur pour elle, pour ses parents, pour sa famille. Pleurer de fatigue, tout simplement.

Dans son malheur, elle a eu la chance que ses parents réussissent à lui envoyer des colis de temps en temps. Elle a eu la chance de réussir à garder un lien, si ténu soit-il. Elle a eu la chance de ne pas tomber dans la pire des familles, probablement adoucie par les colis envoyés de Pologne.

Dans ce village allemand, d’autres ouvriers forcés étaient présents. C’est là qu’elle l’a rencontré. Le soldat français, prisonnier de la première heure. Envoyé en Allemagne pour travailler. Loin des combats, mais au cœur de la guerre, ils ont appris à se connaître. L’amour a son propre langage. Une Polonaise, un Français, en Allemagne. Mais ils se comprenaient. Elle avait quelques photos de cette époque, de ces moments où ils arrivaient à se retrouver pendant leurs journées libres, quand ils n’étaient pas au travail forcé. Ils se sont rencontrés là-bas, en Allemagne, tous deux déracinés, loin de leur pays. Ils se sont aimés là-bas, en Allemagne, deux âmes solitaires qui se sont trouvées. Même pendant les pires moments de la vie de belles choses peuvent arriver.

Crédit photo (creative commons) : Myriams-Fotos

Et puis, quelques années plus tard, la guerre s’est terminée. L’armistice a été annoncée. Elle n’a eu que quelques instants pour se décider. Retourner en Pologne auprès des siens ? Ou suivre l’homme qu’elle aimait dans un nouveau pays ? Elle avait 18 ans, elle n’avait pas revu sa famille depuis le début de la guerre. Elle ne savait pas quand elle pourrait les revoir. Mais l’amour a été plus fort. Elle a décidé de le suivre, son soldat français. Elle a décidé de le suivre, et de passer sa vie avec lui.

Elle est arrivée en France, elle s’est mariée, elle a fondé une famille avec son soldat. Elle a appris le français. Elle est devenue Française. Elle a perdu son prénom polonais, ses papiers d’identité indiquaient maintenant un prénom francisé. Elle était mère au foyer. Elle s’est occupée de ses enfants. Elle a pu renouer le contact avec sa famille en Pologne. Elle a pu retourner les voir après la guerre. Elle avait des amies Polonaises qui, comme elle, étaient venues en France après la guerre. Elle n’avait pas renié ses racines. Elle savait que la vie là-bas était dure. Elle nourrissait une forme de haine contre le communisme qui, après le nazisme, ralentissait son pays.

Elle a eu des petits-enfants. Elle est retournée en Pologne avec sa fille, son gendre et leurs enfants. Joyeuse troupe à la découverte de la famille restée là-bas. C’était quelques années après la chute du Mur de Berlin. Ils ont trouvé la Pologne très en retard en comparaison avec la France. Les moissons se faisaient encore à la main. Il y avait peu de voitures dans les rues. Les maisons étaient bien souvent délabrées. Mais elle a revu sa famille, son pays, et ce fut la dernière fois.

Elle a vécu encore une quinzaine d’années, au milieu de la famille qu’elle avait fondée. Elle a raconté son histoire, montré ses photos, elle a partagé sa tranche de vie.

Elle est partie trop tôt, il y a dix ans déjà. Elle me manque toujours, je n’ai pas su profiter suffisamment de ces moments avec elle et je ne pourrai plus jamais rattraper ce temps passé.

Mamie, je t’aime.

Et toi, connais-tu des proches qui ont vécu pendant la Seconde Guerre Mondiale ? T’ont-ils raconté ?

Commentaires

6   Commentaires Laisser un commentaire ?

Mme tracteur

Ton récit me met les larmes aux yeux en pensant à mes grands parents, qui ont aussi connu les horreurs de cette guerre.
Mon grand-père à sauter du train qui l’emenait au sto, il était résistant. Ma grand mère, plus jeune, a fait passer mots et nourriture, à des prisonniers, notamment anglais.

Merci pour ce partage, ces personnes nous quittent progressivement toutes, c’est désormais à nous, leurs proches, de perpétuer le devoir de mémoire.

le 13/11/2019 à 07h58 | Répondre

Welna

C’est important de se souvenir, et de continuer à raconter ces histoires, c’est vrai. Elles font partie de nous, et je regrette tellement de ne pas avoir écouté plus souvent ma grand-mère …

le 18/11/2019 à 17h27 | Répondre

Doupiou

Que d’émotions à la lecture de ton article.
Ma grand-mère me racontait souvent la fuite de l’Italie de Mussolini en se cachant dans les moulins avant d’arriver en France et de devoir travailler très jeune comme couturière pour vivre.
J’ai remonté la trace de mon arrière-grand-père, décédé en déportation alors qu’il était commandant d’un groupe FFI. Quelle fierté !

le 13/11/2019 à 08h57 | Répondre

Welna

Ah oui, j’imagine la fierté quand tu as retrouvé la trace de ton arrière grand père ! La famille de mon père (et mon père) a quitté l’Italie aussi, mais quelques années après la fin de la guerre, car il n’y avait plus rien pour eux là-bas … Mais je n’en sais pas bien plus …

le 18/11/2019 à 17h31 | Répondre

Noémie

Quel beau récit… Ma maman est née en Pologne lors du déclenchement de la guerre. Elle nous raconte souvent sa déportation alors qu’elle avait quelques semaines, la faim, sa maigreur telle que sa survie n’a tenu qu’à un fil, la ferme où ses parents ont été astreints aux travaux forcés, les enfants allemands qu’elle ne comprenait pas et qui la maltraitaient pour cette raison… On ne parle jamais de cette partie de l’histoire pourtant, elle a déchiré bien des coeurs et des familles sans parler des vies perdues. Alors merci de faire revivre cette page sombre.

le 14/11/2019 à 10h36 | Répondre

Welna

Merci à toi pour ton témoignage ! Ta maman a dû beaucoup souffrir, dès ses premiers mois … C’est beau qu’elle puisse te le raconter maintenant ! C’est vrai qu’on parle peu de cet aspect de la guerre, et pourtant …

le 18/11/2019 à 17h33 | Répondre

SI TU SOUHAITES RÉAGIR C'EST PAR ICI !

As-tu lu notre Charte des commentaires avant de publier le tien ?