Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien chez soi !

En quoi consiste vraiment le métier d’assistante sociale ?


Publié le 13 octobre 2014 par Leaureine

Dans l’esprit de la plupart des gens, l’assistante de service social (oui, c’est le vrai nom, « assistante sociale » ça n’existe pas), c’est une vieille mégère a l’air pincé, en tailleur, froide et dure comme la pierre, qui vient avec son agenda sous le bras retirer les enfants des familles sans plus de considération. Et avec quelques brimades et phrases assassines au passage.

Ou alors l’assistante de service social, c’est une fonctionnaire qui arrive à 9h, repart à 16h et passe sa journée à boire du café.

Sauf que dans la réalité, ce n’est pas, mais alors pas du tout ça !! Ces représentations viennent bien de quelque part, c’est certain, et comme dans toutes professions nous avons notre lot de caricatures vivantes, mais heureusement, c’est loin d’être une généralité.

Tu veux avoir un aperçu de la réalité des faits ? Alors suis-moi dans le service départemental où je travaille…

Je tiens à préciser que je vais me concentrer ici sur une facette du métier, la plus généraliste, celle des assistants de service social de secteur. Parce que oui, des ASS, vous pouvez en croiser absolument partout ! Il y en a à l’éducation nationale (auprès des élèves, et auprès du personnel), dans les entreprises de plus de cinquante salariés, dans les Centre Communaux d’Action Sociale, dans certains commissariats de police, à l’Aide Sociale à l’Enfance (c’est mon cas), dans les Centres Médico-Psychologiques, dans les Centres de Planification, à l’hôpital, il y en a dans les instituts spécialisés pour enfants et adultes handicapés… Bref, nous sommes partout !

À tout âge de la vie, et dans toutes les situations, un assistant de service social peut te venir en aide.

Ici, il n’y a que des assistantES de service social : eh oui, exclusivement des femmes ! C’est un métier à 90% féminin. Par conséquent, et avec toutes mes excuses, par commodité, je parlerai au féminin !

L’assistante de service social de secteur est souvent le premier interlocuteur des personnes en difficulté, parce qu’elle est, tout simplement, la référente sur un secteur géographique déterminé. Par exemple, dans notre circonscription d’action sociale, il y a trois assistantes de service social qui se partagent les différents quartiers de la ville, de manière bien définies. Deux autres sont sur des secteurs ruraux, avec plusieurs petites communes.

femme rousse à lunettes

Crédits photo (creative commons) : Ralph P.

Alors, qu’est ce qu’une journée type d’une ASS de secteur ?

8h30 : arrivée au bureau. On se salue, on prend un café avec les collègues, on échange sur les situations en cours. Rapide coups d’œil aux mails : il faudra rappeler M. Martin, qui ne parvient pas à remplir son dossier de surendettement seul, et Mme Dupont qui est épuisée par les crises de son ado de seize ans, qui a une nouvelle fois menacé de fuguer…

Il est déjà l’heure de partir en permanence ! 30 kilomètres à parcourir pour atteindre le bureau de permanence, en pleine campagne, dans les locaux de la mairie.

9h15 : arrivée à la permanence. Il y a déjà cinq personnes. Des visages connus, d’autres non. Elle accueille, comme on dit, le « tout venant » lors des permanences. Elle peut recevoir tout type de personnes, présentant tous types de problématiques : personnes en difficultés financières, parents rencontrant des difficultés avec leurs enfants, adultes qui accompagnent leurs parents âgés et dépendants, personnes handicapées… Toutes les difficultés sont abordées.

La permanence est le lieu d’un premier contact, d’une aide ponctuelle éventuellement, mais l’accompagnement à proprement parler se fera au travers de visites à domicile, sur d’autres temps.

13h : retour au bureau. L’occasion de prendre une pause déjeuner, de parler de tout et de rien avec les collègues, et parfois aussi des situations qu’on a rencontrées, parce qu’on n’a pas toujours le temps de se voir entre tous les rendez-vous qui s’enchaînent !

13h45 : il faut se mettre aux « suites de perm' ». Avec tous les gens rencontrés ce matin, de multiples démarches sont à faire. Contacter des créanciers, des bailleurs sociaux, des mutuelles, la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH), la CAF, la CARSAT… Remplir des imprimés, rédiger des rapports sociaux pour appuyer des demandes, entre autres.

Par exemple, Mme Dubois, bénéficiaire du RSA, qui vit dans un hameau isolé, voudrait passer le permis de conduire : il faut voir avec l’association qui propose cette formation, vérifier la faisabilité, faire une demande écrite avec un rapport social circonstancié pour justifier cette demande.

Autre exemple : M. Lebon, qui a reçu une facture d’électricité de 800€ à cause de son logement mal isolé, ne peut pas payer cette somme face à sa faible pension de retraite. Le fournisseur d’énergie menace de lui couper le courant… Il faut alors intervenir auprès du fournisseur, négocier un plan d’apurement, enjoindre M. Lebon à verser une certaine somme pour justifier de sa bonne foi, et travailler avec M. Lebon la perspective d’un relogement, ou d’une consommation différente.

15h : Rendez-vous dans une école primaire pour une équipe éducative. Le professeur des écoles et la directrice sont inquiets pour une petite fille, Lola, qui présente des comportements inquiétants. Elle dort en classe, ne s’intéresse pas aux apprentissages, et pose également des problèmes de comportement en répondant à l’instituteur. Les parents sont invités à cette réunion, l’ASS ne les connait pas. Ils expriment leurs difficultés avec leur fille, qui mène la famille à la baguette, et qu’ils n’arrivent pas à contrôler. Ils expliquent leur difficulté à avoir eu un enfant, et disent l’avoir beaucoup couvé, et lui imposer peu de limites. L’ASS va leur proposer de les revoir, à la maison, de rencontrer Lola… Dans sa tête, elle commence à envisager la possibilité de leur proposer une Aide éducative à domicile, c’est-à-dire l’intervention d’un éducateur pour les aider à travailler leurs positionnements de parents.

17h : Deux carrés de chocolat et un thé, il est temps d’aller en visite à domicile avec la collègue du service d’Allocation Personnalisé à l’Autonomie. Des personnes se sont inquiétés pour M. Dupuis, 85 ans, qui vit seul dans un appartement. Il semble avoir perdu son autonomie, a laissé le gaz allumé pendant plusieurs heures, on l’a également retrouvé perdu dans sa propre rue, incapable de retrouver son chemin. Il est nécessaire d’évaluer la situation, et de voir ce qu’on peut proposer à ce monsieur et à sa famille : est-il en capacité de rester au domicile ? A-t-il besoin d’une aide pour les actes de la vie courante ? Est il encore en capacité de gérer son budget ?

18h30 : Fin de journée, il est temps de rentrer à la maison. Demain, il y aura des réunions de service, des visites à domicile, de nouvelles personnes à contacter. Demain, il y aura peut être un Recueil d’Informations Préoccupantes arrivé sur le bureau, parce qu’une école dénonce des actes de violences physiques sur un enfant. Demain, il y aura peut-être une situation d’urgence à gérer : une jeune mère, jeté à la rue par son mari avec son enfant, qui se retrouve sans ressources et sans logement… Finalement, une journée type, ça n’existe pas dans ce métier !

Dramatiques ? Parfois. Émouvantes ? Souvent. Drôles ? Ça arrive ! Toutes les situations que nous rencontrons dans notre quotidien d’assistantes de service social sont autant de personnes, autant d’histoires de vie, autant de grands malheurs et de petits bonheurs.

Parfois notre métier nous pèse, car nous faisons face à des personnes dans de telles situations difficiles que nous ne savons plus comment les aider. Parfois notre métier nous énerve, quand nous faisons face à des personnes qui essaient de profiter du système. Parfois notre métier nous fait rire, et nous partageons souvent ces rires avec les usagers qui viennent nous voir.

Tous les jours, notre métier nous enrichit. Tous les jours notre métier nous nourrit et nous rend riches de contacts humains et de petites victoires quotidiennes.

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

Commentaires

17   Commentaires Laisser un commentaire ?

Vanouille

Merci Leaureine ! C’est une très belle présentation de ton métier et ça se voit que tu l’aimes ! Et c’est un noble métier d’aider les gens en difficulté. Chapeau bas 🙂

le 13/10/2014 à 10h19 | Répondre

Madame Nounours

C’est pas un métier évident et c’est clair que tu dois voir des cas de toute sorte. Moi aussi je travaille dans le social mais à une autre échelle et c’est vrai que c’est pas facile tous les jours pour certaines personnes. C’est cool que parler de ton métier, ça permets d’avoir une autre image des assistantes des services sociaux.

le 13/10/2014 à 10h41 | Répondre

Claire Gezillig

Merci de nous donner une vision d’ensemble de ton métier… On le connait tous de nom mais c’est difficile d’imaginer ce qui se fait dans les faits.
Bon courage pour continuer de le faire jour après jour, parce que c’est difficile mais nécessaire 😉

le 13/10/2014 à 11h41 | Répondre

Mam Agrume

Pour travailler dans le secteur médical, je peux t’assurer que je ne voyais pas du tout ton métier comme tu en décris les clichés !
Cœur sur toutes les ASS !

le 13/10/2014 à 12h08 | Répondre

Madame Violine

Vous êtes d’une grande aide ! Paroles d’une enseignante spécialisée (CLIS – ULIS)…
Vous faites partie de nos partenaires pour faire « progresser » (pas forcément dans le sens scolaire du terme) l’enfant, l’élève, sa famille. Vous êtes donc indispensables !!!

le 13/10/2014 à 12h12 | Répondre

MlleMora

C’est un très beau métier, indispensable à la société et pas assez reconnu. J’ai longtemps pensé à me tourner vers ce métier, d’ailleurs, je vais me renseigner pour le futur de ma carrière professionnelle…
Merci de nous avoir fait partager ton quotidien !

le 15/10/2014 à 10h49 | Répondre

Joanna

Je suis conseillère ESF, donc travailleur social moi aussi et effectivement notre quotidien ressemble beaucoup à ça! Tu pourrais peut-être écrire un article sur les difficultés qu’on rencontre au quotidien (manque de financements, préjugés de nos proches…)?

le 16/10/2014 à 11h46 | Répondre

MAG

je m’y retrouve dans ta description 🙂

le 21/10/2014 à 11h35 | Répondre

kiki

J’ai encore tant de mal a croire que certains puissent nous caricaturer de la sorte. Perso j’adore vraiment mon métier et 15 ans après mes premières permanences et un nombre incalculable de rencontres inoubliables…je ne m’en lasse toujours pas!

le 21/10/2014 à 13h53 | Répondre

l'AnS

Les persones qui abusent du système j’espère qu’on parle des « politicos/financiers » qui s’en mettent plain les fouilles et achètes une troisième résidence secondaires, de ceux qui pour des enjeux politiques nous mettent dans des situations délicates (ne pas avoir de bureau pour recevoir les usagers) et pas ceux qui ont compris le fonctionnement d’un système et « trichotent » pour se faire un petit plaisir que les minimas sociaux ne permettent pas d’avoir et qui bien souvent a été dicté comme un besoin par notre société. Hein? on est d’accord?

le 22/10/2014 à 00h02 | Répondre

viojub

tout à fait d’accord, c’est la réflexion que je me suis faites après lecture de cet article, somme toute intéressant et pertinent

le 21/03/2016 à 23h37 | Répondre

séverine

Bonjour Leaureine,
BRAVO pour ce texte.
Pour être passée en polyvalence, je trouve que tu as vraiment bien décrit notre quotidien. Moi je suis maintenant ASS en milieu hospitalier. Il n’y a là non plus pas de journée type…
Je pense qu’il faut que cet article soit lu par le plus grand nombre pour parvenir à changer les représentations que certains ont des ASS.

le 22/10/2014 à 21h35 | Répondre

suzi 14

Franchemt, belle description! Stagiaire 3eme annee ASS!

le 23/10/2014 à 12h17 | Répondre

Nathalie

Merci Leaureine pour ce joli témoignage. J’aimerai aborder un autre point qui me semble indispensable quant aux représentations de notre métier. En effet, si on voit bien la dimension technique dans la résolution des difficultés des personnes par la mise en place d’aide, il faut aussi aborder la relation d’aide, sinon certains pourront continuer à penser que nous sommes dans l’assistanat des personnes. Préjugé qui perdure d’autant que la situation sociale et économique de notre pays et des personnes que nous accompagnons se dégrade.
Alors non, nous ne sommes pas dans l’assistanat ! Notre métier est fondé sur le respect des droits de l’homme qui implique des valeurs humanistes et le respect de chaque personne accompagnée dans le respect de sa singularité et temporalité. L’accompagnement social que nous mettons en oeuvre comporte deux dimensions. 1 socio-technique pour résoudre les difficultés en s’appuyant sur les dispositifs, lois… qui existent et qui va nous amener à travailler en réseau car seule nous ne pouvons pas tout faire. De plus il nous faut beaucoup de créativité, de bricolage quand rien n’existe ou que nous avons épuisé toutes les ressources existantes. Et une dimension solidaire où nous allons accompagner la personne en respectant sa singularité et temporalité, ses refus aussi parfois, car cela demande du temps à une personne d’accepter de faire un dossier de surendettement ou une demande d’Aah….même si cela nous semble nécessaire. Et surtout, nous ne faisons pas tout POUR la personne mais AVEC, ce qui est très différent. Nous recherchons la participation de la personne à travers les actes que nous envisageons ou posons. Elle n’est pas ASSISTÉE mais ACCOMPAGNÉE. Ainsi nous allons lui faire prendre conscience de ses potentialités, de ses compétences, de son réseau… car la personne n’a pas que des freins, des défaillances…Même avec des personnes qui ne sont plus en capacité de s’exprimer nous allons travailler avec la famille, l’entourage, les professionnels pour poser des actes respectueux et en adéquation aux besoins de celle-ci. Notre métier consiste à développer l’autonomie des personnes, c’est tout le contraire de l’assistanat. Et pour cette raison , les petites réussites des personnes sont à valoriser et notre objectif final est bien qu’elle se passe de nous et arrive à faire sans nous. Il y a un gros travail à faire sur les a priori de notre métier que ce soit auprès des personnes mais aussi des institutions ou des politiques.

le 26/10/2014 à 07h11 | Répondre

Maïscha

Merci pour ce témoignage, je suis comme toi assistante de service social. J’exerce mon métier comme toi en qualité d’ASS de secteur en outre mer. Il y a peu de moyen, on doit beaucoup travailler le coté éducatif. Les habitants de l’outre mer sont confrontés au chômage de masse, à la monoparentalité et aux maladies psychosomatiques. Le secteur que j’occupe actuellement est agréable, il est au bord de la mer, il fait chaud, donc on fait les VAD, le matin de préférence. J’aime beaucoup mon métier, ma récompense est le sourire retrouvé de mes usagers.

le 29/10/2014 à 01h10 | Répondre

Aublanc Manon

Bonjour Leaureine, je vous écrit parce que je suis actuellement en train de préparer mon oral pour entrer dans l’école d’assistante de service sociale, et j’aimerais parler avec vous car une fois le diplôme obtenu, j’aimerais travailler à l’ASE.
Je vous laisse mon adresse mail si vous êtes d’accord : manonaublanc@gmail.com
Merci, bonne journée

le 06/03/2018 à 16h38 | Répondre

Anais Serrano

Salut, ta présentation m’a vraiment intéressé
Je passe bientôt le concours oral, tu pourrais me dire selon toi quels est la différence entre un CESF et une ASS? MMMMMMerrrrciiii 🙂 d’avance ! 🙂

Anais
serranoanais13@outlook.fr

le 06/04/2018 à 10h31 | Répondre

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