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A la une / témoignage

Être loin de sa famille

Depuis plus de 5 ans maintenant (comme le temps passe vite quand on s’amuse !), mon mari et moi nous sommes éloignés de la France pour s’envoler 2000 kilomètres plus au Nord. Et même s’il n’y a aucun décalage horaire, qu’on est à deux heures d’avion, et qu’on garde toujours contact grâce à la technologie, ces kilomètres de distance sont un vrai écart, que l’on ressent particulièrement en temps de crise.

Contact virtuel

Il n’y a pas à dire, garder contact de nos jours est relativement simple. Une fois par semaine, c’est un call avec nos parents, et on a souvent des nouvelles grâce à tous nos groupes WhatsApp (pour nos deux familles, j’en ai compté 9 en tout… Évidemment, tous ne sont pas très actifs !).

Souvent je me fais la réflexion que je communique plus souvent avec ma famille maintenant que je suis plus loin. Après tout, je ne les tiens plus pour acquis. L’ « effort » de garder contact est en fait beaucoup plus conscient pour moi. Avant, pas de problèmes si je ne parlais pas à ma mère toutes les semaines, vu qu’il suffisait que je m’invite à dîner un soir. Les barbecues de l’été, les sorties ciné ou resto ou les deux, tout ça était assez naturel et permettait de garder nos liens proches.

Mais maintenant qu’un ciné ensemble implique un billet d’avion, je me retrouve à instituer d’autres rituels. Le dimanche après-midi est très souvent consacré à Skype, par exemple. Et de manière paradoxale, on parle plus. Car oui, les activités communes sont exclusivement: nous devant un écran racontant nos vies mutuelles. Alors oui, on parle de tout et de n’importe quoi, mais on parle aussi de choses plus en profondeur, je trouve.

Crédit photo (creative commons) : secondfromthesun0

Tout ça pour dire que grâce à la technologie, il est quand même très rare que ma famille me manque beaucoup. Je ressens plus le mal du pays quand je pense à du bon pain qu’à ma famille. Et du coup, je savoure d’autant plus les moments où l’on se retrouve. Bref, la plupart du temps, la distance n’est pas un problème…. Sauf en cas de crise.

Ne pas être là

Des crises, tout le monde en traverse, et nous en avons eu notre part. Quand mon mari et moi avons perdu un bébé en milieu de grossesse. Quand ma grand-mère est partie. Quand ma meilleure amie a vécu un drame. Et quand nous sommes en plein milieu d’une crise sanitaire mondiale. C’est dans ces moments que la distance se fait le plus sentir.

Parce que ne pas être là, ça veut dire vivre les choses chacun de son côté. Ne pas épauler, écouter, pleurer ensemble. Essayer de continuer, chacun dans son quotidien, sans pouvoir ressentir le confort de sa maman proche, ou sans trouver les mots justes, parce qu’ils ne peuvent être dits que par texto sur le moment.

Alors la majorité du temps, on arrive à trouver des solutions pour raccourcir la distance. Il m’est arrivé de prendre le premier avion venu ou de faire un aller-retour d’une journée, pour aller à un enterrement, pour tenir la main de ma mère lors de l’opération de mon père, pour pouvoir être là. Et chaque fois, je me rends compte que j’ai de la chance de n’être qu’à 2 heures, d’avoir un travail qui me permet de prendre des jours, et d’avoir l’argent pour faire ces trajets.

Crédit photo (creative commons) : StockSnap 

Mais il arrive que la distance ne puisse être raccourcie. Dans des cas exceptionnels comme celui que nous vivons maintenant, mais aussi parce que parfois, il est impossible de se rendre auprès de ceux que l’on aime. Ces moments-là remettent en question notre choix d’expatriation.

Bien sûr, j’ai conscience que même si nous étions en France, nous n’aurions pas pu voir nos familles. Nous serions restés à Paris, quand eux sont dans le Sud, l’Ouest, dispersés. Mais nous ne vivons pas les choses ensemble. Nous discutons confinement, nous nous appelons plus souvent et prenons plus de nouvelles. La Suède n’est toujours pas en quarantaine au moment où j’écris, et j’ai l’impression de vivre dans un autre monde, loin de celui de mes parents.

Et si jamais quoi que ce soit devait arriver, nous serons éloignés, très éloignés. J’essaye de ne pas être alarmiste, il y a peu de raison d’envisager le pire, mais cette crise m’a fait me rendre compte que même si j’ai de la chance de n’être qu’à 2 heures d’avion, je suis tout de même loin, très loin. Je ne peux m’empêcher de me demander ce que l’on ferait s’il n’y avait plus d’avion, plus de possibilités de rester en contact facilement. Et c’est là que je regrette de ne plus être à 20 kilomètres de ma famille.

Du coup, je pense très fort à toi, qui est (vraisemblablement) loin de ta famille aussi, du moins pour le moment: parfois, la distance physique est dure. Mais rappelle-toi, comme je le fais moi-même en ce moment, que tu peux tout faire pour te sentir plus proche de ceux que tu aimes. Si la distance physique est grande (et c’est ce qui est nécessaire pour stopper la propagation du virus), il faut raccourcir la distance émotionnelle. Ce que je fais depuis quelques jours, et que je t’encourage à faire pour ne pas sombrer dans la mélancolie et l’isolement, est de dégainer tout l’arsenal de technologie à ma disposition pour rendre cette période particulière la plus humaine possible. J’appelle ma grand-mère, je joue à des quiz par textos avec mon frère, j’envoie des photos de ma fille à mes parents: bref, je me rapproche d’eux, si ce n’est dans la réalité, au moins virtuellement.

Et toi, comment vis-tu l’éloignement d’avec ta famille? Quels moyens utilises-tu pour te sentir plus proche d’eux?

A propos de l’auteur

Expatriée en Suède depuis 5 ans, je suis une vraie geek, désorganisée (un peu), créative (beaucoup), mais surtout passionnée (de films, de livres, de jeux vidéos...) Ancienne actrice, réceptionniste, assistante, auteur, femme de ménage (et j'en passe!), maintenant maman, je touche à tout et adore te parler de mes expériences!

9 Commentaires

  • Maye
    22 mars 2020 at 8 h 38 min

    Il n’y a pas que les crises qui sont difficiles à vivre, chaque moment important…. J’ai vécu deux ans au Japon, et pendant ses deux années j’ai perdu mon papa, mes deux meilleurs amies se sont mariées (pas ensemble) et ma soeur a eu un bébé. Tant de choses ratées ! Ça a été très difficile à vivre, entre culpabilité, colère, tristesse, regret… Et la solitude, si dure a gérer ! Quand mon père est décédé, évidemment c’était dur pour tout le monde et je ne hiérarchise pas nos peines, mais de savoir ma famille unie a l’autre bout du monde quand moi j’étais seule a été très difficile.
    Heureusement que nous avons internet aujourd’hui, effectivement c’est une bénédiction pour les longues distances.
    Et paaaarfois un plaie, aussi. Quand même mère me reproche de ne pas avoir donné de nouvelles depuis une demi journée xD

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    • Bibi
      23 mars 2020 at 13 h 45 min

      Effectivement, rater toutes les bonnes occasions est aussi très difficile. Comme tu le dis, la culpabilité et la solitude sont les plus dures à gérer. Ca a dû t’arriver à toi aussi, surtout quand un aller-retour veut dire une énorme somme et autant de temps, mais pour moi ca m’a aussi mis face à des choix improbales et compliqués: le mariage d’une amie ou le baptême de mon neveu ?? Pas facile de les faire, et de les justifier ensuite… Mais généralement les gens comprennent.

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  • Sarah
    22 mars 2020 at 9 h 12 min

    Je vis en France et pourtant je suis loin de mes parents et du reste de ma famille car ils habitent tous un raton de 10km.. Je les vois 1 a 2 fois l’année… Mais c’est un choix. Et que je sois proche où loin en ce moment comme de toute façon on ne peut se voir ça ne change rien. Mais en temps normal j’essaie de rentrer pour tous les grands événements et chaque moment est encore plus précieux car on ne sait pas quand sera le prochain. Certes je n’ai pas la quantité, mais la qualité de nos échanges au téléphone ou autre est bien là et c’est le plus important.

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    • Bibi
      23 mars 2020 at 14 h 27 min

      Tu as absolument raison, la qualité prime sur la quantité ! Après tout, peu importe comment, le plus important c’est que vous mainteniez une chouette relation.

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  • Vee
    22 mars 2020 at 9 h 12 min

    Effectivement, internet aide sûrement beaucoup dans ces cas-là ! J’avoue que c’est quelque chose que je connais peu en temps normal, j’habite à cinq minutes de chez mes parents ; cela dit, en ce qui concerne la crise actuelle, ça ne change rien : je ne vis pas en France donc nous ne sommes pas confinés, mais on nous conseille fortement de ne pas sortir si on n’y est pas obligé. Je ne peux pas télétravailler donc je continue d’aller au bureau et suis donc plus exposée à une contamination que la moyenne, et mes parents étant âgés, il est hors de question d’aller les voir avant que ça soit fini (et en cas de problème, aucune visite à l’hôpital ne serait autorisée de toute façon) donc ils sont en fait tout aussi inaccessibles que si j’étais dans un autre pays, ça ne change rien du tout pour le coup ! Heureusement que la technologie permet de se voir ou s’entendre virtuellement 🙂

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    • Bibi
      23 mars 2020 at 14 h 29 min

      C’est effectivement un moment particulier, où même ton plus proche voisin paraît habiter à des millions de kilomètres. Et comme tu le dis, même si tu n’es pas en quarantaine, c’est important que tu prennes toi-même tes distances, pour te préserver toi et tes proches. C’est le choix que nous avons fait ici aussi.

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  • Virg
    22 mars 2020 at 14 h 06 min

    Pour le coup, je vis plutôt très bien la séparation avec ma famille en ce moment car c’est une manière de les protéger. Je me verrai comme une criminel de leur rendre visite en ce moment avec un enfant de 2 ans et un mari exposé à des cas contacts à son boulot juste avant le confinement.
    En revanche, je m’inquiète de leur isolement, donc oui, vive Internet !

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    • Bibi
      23 mars 2020 at 14 h 43 min

      Vive Internet ! Je n’avais pas vu la séparation et la distance comme un devoir de préserver la santé de tes parents, mais tu as absolument raison au final, c’est aller les voir qui leur serait dommageable…

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  • Maia
    23 mars 2020 at 5 h 00 min

    Nous vivons à Ho Chi Minh, au Vietnam, qui a jusqu’a présent très bien gérer la situation. Depuis quelques semaines, la situation se complique. Un cas a été diagnostiqué dans notre résidence, qui a été aussitôt mise en quarantaine. Ici, on parle de quarantaine totale: interdiction de sortir pendant 14 jours, nous devons nous faire livrer les courses avec un processus très strict pour la réception. La famille, déjà peu rassuré au loin, et pourtant habituée à nos péripéties et aventures en Asie, est très anxieuse. Cependant, j’ai plus peur pour eux, en France, à voir les comportements actuels. Nous restons en contact par whatsapp tous les jours, et finalement cela change peu par rapport à nos relations habituelles. Nous parlons plus, nous nous rassurons mutuellement sur les bons gestes. Impossible de rentrer en France alors que nous travaillons toujours ici de la maison sachant que nous ne pourrions pas revenir avant probablement des mois suite aux restrictions de voyage. Nos parents nous disent d’ailleurs que nous sommes mieux au Vietnam qu’en France. Ma plus grande peur est d’avoir un proche hospitalisé et ne pouvoir être avec ma famille. Nous gardons quand même des échanges beaucoup plus souvent que d’habitude, cela rassure.

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