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Je parle trois langues


Publié le 30 novembre 2019 par Bibi

Avant mon expatriation, j’étais bilingue: je parlais couramment français et anglais. Mais depuis que j’habite en Suède, je peux me vanter d’être trilingue! Alors, quel effet ça fait d’être polyglotte?

Je parle français

Le français, c’est ma langue natale, mon premier amour, celle avec laquelle je suis la plus à l’aise. Après des études de lettres intenses, je peux me vanter de bien la maîtriser. Et comme je suis contente de ne pas l’avoir apprise tard! Tous les non-francophones que je croise me répètent à quel point c’est une langue difficile, et je suis complètement d’accord. Entre les millions de temps conjugués, l’orthographe plus que désorientante, et une prononciation incertaine, (sans compter les millions de règles de grammaire qui ne font aucun sens), je suis bien embêtée quand on me demande d’expliquer ma propre langue.

J’utilise donc le français à la maison, avec mon mari et ma fille, et avec quelques amis. Sinon, je ne le parle pas, et parfois ça me manque. C’est pour ça que je suis bien contente de t’avoir, toi avec qui je peux écrire dans ma langue maternelle !

Crédit photo (creative commons): Priscilla Du Preez

I speak english

L’anglais, comme tout le monde, je l’ai commencé à l’école. Mais je ne l’ai parlé couramment que quand je me suis mise vers 13 ans à regarder mes séries préférées et lire mes livres favoris dans la langue de Shakespeare. Harry Potter, pour ne citer que lui, a été d’une aide incomparable: j’ai lu ceux qui n’étaient pas encore traduits, juste pour connaître la suite de l’histoire avant tout le monde! Depuis, impossible de voir un film ou une série doublée.

C’est maintenant la langue que j’utilise le plus couramment. Je lis tous mes livres en anglais (si c’est la langue d’origine), regarde tout en VO sans sous-titres, c’est la langue utilisée au travail. Bref, je suis en ce moment plus anglophone que francophone. J’aime cette langue, même si je la trouve moins inventive que le français. Et c’est une langue tellement répandue que c’est un grand avantage de la parler couramment !

Jag pratar svenska

Je me suis mise au suédois quand j’ai déménagé ici. Jamais de ma vie je n’aurais pensé parler cette langue, qui ne compte que 10 millions de pratiquants. Pourtant elle est nécessaire à une bonne intégration dans la société dans laquelle je me suis installée.

Le gouvernement suédois offre des cours gratuits à tous les nouveaux arrivants, cours que je me suis empressés de suivre. Retourner à l’école m’a paru bizarre, mais j’ai tout de même réussi à apprendre la langue en un peu moins d’un an. Je n’ai pas trouvé l’apprentissage difficile, puisque la langue en elle-même comporte bien moins de questions compliquées de grammaire et d’orthographe. Je me considère maintenant suédophone: je rêve en suédois, je peux tenir des conversations compliquées ou professionnelles en suédois, bref, je suis à l’aise.

Crédit photo (creative commons): Gerd Altmann

Je ne sais pas si c’est dû au fait que j’ai appris cette langue tard ou si c’est parce que je la parle depuis moins longtemps que mes autres langages, mais c’est tout de même la langue avec laquelle je suis le moins à l’aise. Je suis constamment frustrée de ne pas pouvoir dire exactement ce que je voudrais, comme je le voudrais. Je pense aussi que c’est parce que je ne la pratique pas autant que je le devrais. Mes interactions en suédois se limitent aux transactions de la vie courante, et aux échanges à la crèche. Comme je parle français à la maison et anglais au travail, j’utilise moins le suédois et c’est dommage, car dans l’apprentissage d’une langue, le plus important c’est de l’utiliser!

Les effets sur mon cerveau

Clairement, être polyglotte est un gros avantage sur beaucoup de points. Je peux facilement m’exprimer quel que soit mon interlocuteur, c’est un gros bonus sur mon CV, et j’ai toujours trouvé passionnant comment la langue peut forger une façon de penser.

Mais parfois l’effet sur mon cerveau est pervers. L’impression de schizophrénie est souvent intense. Chaque langue a ses particularités et amène une façon de penser un petit peu différente. Le suédois, par exemple, est beaucoup plus terre à terre (pour te donner une idée, pour dire « légumes » ils disent grönsaker, littéralement « choses vertes »). Le français est plus imagé. Du coup, une chose que je dis en suédois peut paraître très pragmatique, tandis que si je le dis en français, ça peut être plus poétique. Ma façon de penser change un peu selon le langage que j’emploie. Et, pour fascinant que ce soit de se rendre compte de ces différences, parfois cela me donne l’impression d’être une personne différente selon la langue que j’emploie sur le moment.

En plus, beaucoup d’idiomes et d’expressions ne sont pas traduisibles. Je me retrouve donc comme une idiote, avec une expression anglaise dans la tête, à ne pas trouver l’équivalent en français. Comme en plus, j’ai appris le suédois avec l’anglais comme langue référente, souvent mon cerveau fait ce trajet compliqué: français -> anglais -> suédois. Petit à petit, j’élimine les langues intermédiaires, mais je me suis rendue compte par exemple que quand je veux traduire une phrase en suédois, c’est en anglais que je le fais.

Crédit photo (creative commons): Gerd Altmann

Ces noeuds aux cerveaux font que quand je dois passer d’une langue à l’autre, je me la joue plutôt Jean-Claude Van Damme. Si, par exemple, je parle à mon mari en français, et que tout d’un coup quelqu’un m’adresse la parole en suédois, mon cerveau doit d’un coup passer dans un autre mode… Ce qui fait que la majorité des Suédois qui m’abordent doivent me prendre pour une idiote, vu que je mets un peu de temps à répondre.

Parfois, je ne me rends même pas compte que j’ai changé de langue. Je sais que quelque chose est différent, mais pas forcément quoi. Et j’ai toujours un choc en rentrant en France: comme il est très rare ici d’entendre du français, je remarque toujours les francophones dans la rue…. Du coup, quand je rentre en France, je me retourne sur tous les passants en me disant: « c’est fou, ils parlent français » ! Petit choc qui met une bonne semaine à disparaître.

Au final, être polyglotte a vraiment enrichi ma façon de voir les choses. J’ai maintenant beaucoup de choix quand je veux m’exprimer… Il faut juste que je choisisse la bonne langue au bon moment !

Et toi, combien de langues parles-tu? Quels effets cela a-t-il sur ta façon de penser?

Commentaires

5   Commentaires Laisser un commentaire ?

Maud (voir son site)

C’est fascinant de savoir ce qui se passe dans la tête lorsque l’on parle plusieurs langues !
J’adorerais devenir bilingue anglais. Je n’ai pas l’occasion de le pratiquer et lorsque je m’y remets, je laisse vite tomber malheureusement.
Et c’est dommage car ma fille de 4 ans nous réclame de parler anglais à la maison ^^
On a déjà basculé la moitié (voire plus) des courtes vidéos qu’elle regarde chaque semaine en anglais et elle adore !

le 30/11/2019 à 08h27 | Répondre

Bibi

C’est déjà super que ta puce soit demandeuse de ça ! Si tu peux l’encourager c’est peut être aussi le moyen de te faire progresser toi 😉
je sais que de mon côté regarder mes séries et films en anglais sous-titrés français, puis anglais quand je me sentais suffisamment à l’aise, m’a fait beaucoup progressé – sans m’en rendre compte en plus, vu que c’était du vrai loisir.

le 30/11/2019 à 20h52 | Répondre

Pimprenelle

« Ces noeuds aux cerveaux font que quand je dois passer d’une langue à l’autre, je me la joue plutôt Jean-Claude Van Damme. Si, par exemple, je parle à mon mari en français, et que tout d’un coup quelqu’un m’adresse la parole en suédois, mon cerveau doit d’un coup passer dans un autre mode… »
Je suis trilingue également (français langue maternelle, néerlandais seconde langue, oubliée puis réapprise lors d’un déménagement, et anglais avec mon compagnon) et je crois que la réaction que tu décris est assez normale. En fonction de mes interlocuteurs et de ce que je veux exprimer, je peux passer d’une langue à l’autre, mais ça demande une petite adaptation mentale. Je compare ça à un changement de vitesse comme à vélo. 🙂
Et je te dis pas comment j’admire les traducteurs-interprètes !

le 30/11/2019 à 23h13 | Répondre

Miss Chat

Je vais chipoter… La définition « déchire » les linguistes depuis très longtemps mais ce qui est relativement acquis aujourd’hui, c’est que s’il y a une forme d’effort conscient de la part du locuteur, c’est qu’il n’est a priori pas bilingue 🙂 (faut dire aussi que certains linguistes considèrent que si tu « comprends » une langue sans la parler ni l’écrire, tu peux être appelé bilingue. Heu faut pas exagérer…)
Perso, je suis la « ligne dure » de la définition donc un bilingue est pour moi un natif ou quasi natif de 2 langues, quelqu’un qui les a appris tôt généralement et les utilise comme des langues maternelles, sans aucune distinction. De manière générale, je trouve que les Belges par exemple font fort la distinction, je pense parce qu’il y a beaucoup de « vrais » bilingues chez nous, qui grandissent en français et en néerlandais. Il y a donc un « besoin » d’une certaine manière de différencier ces natifs de ceux qui en parlent couramment 2 parce qu’ils en ont apprise une. Typiquement, sur nos CV, on trouvera donc une distinction entre « Néerlandais – Bilingue » et « Néerlandais – Courant » !
Bref, conclusion : je parle 4 langues mais je ne suis pas quadrilingue, à mon grand regret ! Je suis quand même une « bilingue précoce » (comme on dit dans le jargon) parce que mon père est espagnol et que j’ai bien grandi avec cette langue. En revanche, je ne l’ai approfondie et maîtrisée réellement qu’à l’université et je la perds par manque d’utilisation, raisons pour lesquelles je ne me considère pas bilingue aujourd’hui… Dommage mais une langue étrangère se perd tellement vite 🙁 (preuve d’ailleurs que je ne suis pas bilingue : ce sont des langues <> !) Mon néerlandais (flamand !) me permet de tenir une conversation professionnelle sans être trop compliquée et je parle couramment anglais, ma langue d’études et de travail. C’est la seule langue pour laquelle je pourrais dire que je suis bilingue sans avoir trop l’impression d’exagérer mais chaque fois que j’apprends un nouveau mot, je me dis que je suis encore loin du niveau natif (forcément).
Je te rejoins évidemment sur le fait que le multilinguisme ouvre des possibilités incroyables en terme de flexibilité du cerveau, d’enrichissement et de côtés pratiques ! Le fait que tu dises que ta façon de penser change avec la langue que tu utilises, hé bien c’est un concept qui a été théorisé en linguistique : le langage forge le monde 😉 (et son inverse est théorisé également : le monde forge le langage)

le 04/12/2019 à 10h52 | Répondre

Miss Chat

Le était censé être le mot « étrangères » !

le 04/12/2019 à 10h58 | Répondre

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