Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien chez soi !

« Tu es belle » – ou la théorie du bonjour


Publié le 25 octobre 2017 par Freesia

Il était presque 16h alors je pressais le pas, il fallait que j’aille chercher mon fils à la garderie. Comme à mon habitude, je passe par l’artère piétonne pour aller plus vite, salue les commerçants que je connais et souris aux passants que je croise. C’est à ce moment-là que j’ai entendu ce « wahou » un brin discret. Je me suis retournée et ai aperçu cet homme, le coiffeur du salon devant lequel je passe tous les jours. Il me fixait. J’en déduis que cette remarque m’était destinée, je ne savais pas trop comment l’interpréter mais à vrai dire, ça me passait au dessus de la tête : je devais presser le pas pour retrouver mon fils.

Une quinzaine de minutes plus tard, me revoilà dans cette artère piétonne, courant après mon fils qui veut à tout prix aller dans l’autre sens. J’ai complètement oublié cet homme. Pourtant, je le recroise. Il me fixe. Quand il me dépasse, j’entends clairement un « tu es belle » soufflé avant de mimer un baiser. Je fais abstraction et continue de m’occuper de la seule chose qui m’intéresse : mon fils. L’homme se rapproche pourtant alors que je lui tourne délibérément le dos et recommence « tu es trop belle ». Je fais diversion et réussis à repartir dans le bon sens cette fois-ci. Ouf, l’homme est parti. Je me sens mal à l’aise sans réussir pourtant à mettre un mot dessus.

Et l’homme revient, en vélo cette fois. Il me dévisage de la tête aux pieds, continue de me tourner autour et lâche un énième : « tu es belle ». Je presse le pas, prends mon fils sous le bras et avance d’un pas ferme pour rejoindre mon appartement rapidement.

Pendant les huit minutes de marche qu’il me reste jusqu’à chez moi, l’homme recroisera ma route trois fois. Trois fois le même manège. C’est comme s’il m’attendait, me suivait.

Rien d’agressif mais un malaise ambiant. Je veux juste rentrer chez moi. Qu’on me laisse tranquille.

Crédit photo : Surdumihail

Et en m’asseyant dans mon canapé, tranquille, je repense à un statut Facebook qu’une amie a posté quelques semaines auparavant. Un statut tout simple mais qui me parlait. Un statut qui a fait polémique.

Aujourd’hui, un mec dans la rue :

«Hey mademoiselle, c’est deux gros avantages que je vois là ! Tu voudrais pas m’en faire profiter prochainement en me laissant ton numéro ?». Non mais…

Un de ses amis a commenté. Et j’ai dû réagir, je n’ai pas pu m’en empêcher.

« Tu prend ça comme une agression mais n’importe quel mec serait content dans le sens inverse … Perso je ne crois pas beaucoup a ton histoire, mais sache que même si ce mec est un débile profond à mon avis , cela reste un « compliment » , et tu as juste à avoir assez de reparti pour l’envoyer chier . . .  Il ne t’a pas insulté , il n’a rien fait de mal a par t’adresser la parole (d’une manière assez dégueulasse ) mais cela n’a rien d’un scandale désolé. […] Tu es au courant que tu ne t’es pas faite agresser ? Dis-moi que tu es au courant s’il te plait ?  A Quel moment on sait où est la limite , à quel moment c’est de la séduction et d’un autre coté l’agression sexuelle ? Pour ne prendre aucun risque on ne parle à aucune fille dans la rue ? C’est peut-être ça la solution, mais conçois que tout le monde est diffèrent et que ce mec n’a probablement aucun autre moyen de rencontrer des filles à part par internet ( ce qui est assez récent ) .
Le mot  » harcèlement  » est dénaturé dans ce cas tu ne crois pas ? »

Non, je ne croyais pas. Je n’étais pas d’accord avec ce commentaire que je trouvais culpabilisant et stigmatisant pour la victime. Du moment qu’on interpelle quelqu’un sur son physique, je considère ça comme une agression. Si l’homme en question avait commencé par dire « bonjour », par dire des banalités. Il aurait perçu si la femme en question était ouverte à discuter ou non. Ici, comme pour mon cas, on parle d’un homme qui casse les barrières sociétales. Or, quand tu es une femme, tu entends des remarques, tu perçois des regards, des mouvements comme cela tous les jours. Et c’est ces mêmes piques qui, mises bout à bout, font qu’on en a marre, qu’on appelle ça du harcèlement de rue. Même si elles sont dites par des personnes différentes, elles ont un impact négatif, elles font te sentir mal-à-l’aise, honteuse, humiliée, insultée, elles te remettent en question (« est-ce que mon jean est trop moulant ? Ma chemise trop décolletée? »). Tous ces sourires en coin, ces façons de t’interpeller, de te dévisager, de se coller à toi, de t’appeler « ma belle », tout ça dégrade l’estime de soi de la victime. On ne cherche pas ces remarques, on subit les propos douteux ; ceux-là même qui nous font douter de notre image. Et c’est pour ça qu’il ne faut pas hésiter à appeler ça du harcèlement. N’en déplaise à mes collègues.

Pendant que les hashtags #metoo ou #balancetonporc pullulent sur les réseaux sociaux, nous avons eu une grande conversation à ce sujet. Le crédo de mon collègue : le harcèlement de rue a été inventé, nous nous l’imaginons. Mon crédo : on doit repenser le civisme, le respect et la manière d’aborder quelqu’un.

Mais du coup, comment aborder une femme ?

Une femme, quand elle se promène dans la rue, quand elle prend le bus, quand elle rentre chez elle ou quand elle sort boire un verre, ne doit pas être une cible potentielle. C’est avant tout un être humain. Commençons donc par les considérer comme des êtres humains à part entière. Et l’aborder de la sorte sans préambule n’est pas « un compliment ». Non, un compliment, c’est tourné joliment. Ça commence par un bonjour. Ça respecte un éventuel refus.

Dire « bonjour » permet à la femme de ne pas se sentir surprise par cet inconnu qui lui adresse la parole. Le « bonjour » sert de déclencheur à une possible conversation; il permet d’instaurer un contexte moins agressif, de jouer sur les mots employés et la façon dont ils sont perçus. On dit « bonjour » en allant à la boulangerie, en croisant le facteur, en déposant ses articles sur le tapis de la caissière. On dit « bonjour » tous les jours quand on aborde des personnes connues ou inconnues. Pourquoi donc cette femme qu’on désire aborder serait-elle différente ? Pourquoi donc cette femme ne mérite-elle pas la plus basique des politesses et de savoir-vivre ?

Dire « bonjour » permet de savoir si la personne est disponible pour parler. Si la femme répond, s’arrête, alors oui, pourquoi pas, on peut lui dire qu’en la voyant, on a juste eu envie de lui dire qu’elle était belle. Qu’on attend pas forcément autre chose et qu’on espère qu’elle passera une bonne journée. Ou qu’on s’excuse de la déranger alors qu’elle a visiblement l’air pressé, qu’on comprendrait si elle n’acceptait pas mais qu’on a très envie de la revoir, autour d’un café peut-être. Au final, le fond sera le même. Mais pas la forme. Et c’est justement cette manière de dire les choses qui feront que la femme ne se sentira pas agressée.

Dire « bonjour » avant de commencer à parler permet tout simplement de respecter la personne en face. On dit « elle est belle » en passant devant la vitrine d’un magasin au sujet d’une robe. Une robe, un tableau, une paire de chaussure ne se formalisera pas d’un bonjour. Une femme si. A mon sens, lui dire « bonjour » permet tout simplement de ne pas reléguer la femme à un rang d’objet.

Dire « bonjour » permet tout simplement  de gommer toutes les petites zones floues qui paraissent suspectes, dangereuses. Ces zones sombres qui mettent mal-à-l’aise et qui rendent les propos humiliants ou honteux. Ce n’est certes qu’un tout petit mot mais qui influera sur la perception de la femme abordée.

Evidemment, en aucun cas le fait de dire « bonjour » avant d’enchaîner sur « Si je te file 50 euros, tu me fais une pipe » ne pourra être bien pris. Qu’on soit bien d’accord.

Crédit photo : Sigfrid Lundberg

En aucun cas, l’utilisation de gestes plus ou moins grossiers, les sifflements, les commentaires sur un physique ou une tenue, l’insistance après un refus de continuer une conversation ou un évitement n’est de la flatterie. C’est souvent mon cas : j’essaye malencontreusement de fuir; et ce n’est pas par timidité ou fausse modestie. Non, c’est juste un sentiment de malaise et j’aimerais que cela cesse.

En aucun cas, insister ou utiliser des amis, la force ou une position sociale pour faire accepter un rendez-vous ou obtenir un numéro n’est approprié.

En aucun cas envoyer plusieurs SMS sexuels, plus ou moins insistants, à une personne non consentante, ne peut être toléré.

En aucun cas suivre une personne qui ne cherche qu’à rentrer chez elle n’est admissible.

En aucun cas, profiter des transports en commun pour se frotter à une femme, lui mettre la main dans le décolleté, l’embrasser sans qu’elle y consente ou lui toucher les fesses ne peut être vécu autrement que comme une agression.

Oui, ceci est considéré comme du harcèlement. La femme n’a rien demandé, ne connait pas son interlocuteur et a potentiellement pas envie d’entendre que cet homme aimerait lui « choper le cul », qu’elle « a deux beaux atouts » ou qu’elle est « baisable ». Non, ces commentaires sont tout à fait inappropriés.

Je suis consciente que tous les hommes ne sont pas comme ça. Qu’il en existe des très biens. Je suis consciente qu’aborder une femme peut être compliqué, qu’on peut avoir peur de se faire rembarrer ou pire se faire considérer comme un de ces hommes ci-dessus. Je sais que la majorité silencieuse ne réagit pas comme ça. Je le sais.  Mais je sais aussi que ce genre de situations arrivent tous les jours, toutes les semaines, tous les mois de l’année. Je sais que le nombre de #metoo sur Facebook, Twitter ou Instagram m’a donné la nausée. Je sais que des lycéennes de l’établissement où j’exerce se font insulter ou toucher « parce que ce ne sont que des filles, et que les filles ne servent qu’à ça ». Je sais que je rentre chez moi tous les jours en baissant la tête devant le coiffeur, de peur qu’il perçoive ça comme une invitation à recommencer.

Je sais.

Et toi ? Est-ce que tu as déjà vécu une ou plusieurs situations comme celle-ci ? Que penses-tu du mouvement #balancetonporc ? Dis-nous tout. 

Commentaires

29   Commentaires Laisser un commentaire ?

audrey

oui ca m’est arrivée. Dans le bus, de nuit, un mec s’assoit à coté de moi et commence à me toucher la cuisse, et quand je lui demande d’arréter me répond « c’est bon je sais que t’aime ça ». J’ai eu la trouille je suis descendue aussitôt du bus (au lieu de me rapprocher du chauffeur, comme une idiote, mais mon instant de survie m’a imposé de sortir de là). Sauf que le mec en question est descendu aussi et m’a suivie dans la rue. Déserte, personne pour m’aider au cas où. Il m’a suivie jusqu’à arriver à une place avec pas mal de monde. Là il a hésité puis est parti.

J’ai eu la peur de ma vie, et n’ai plus repris les transports en commun depuis.

le 25/10/2017 à 08h41 | Répondre

Pauline

J’avais 13 ans, je me suis fait aborder par un inconnu dans la rue. Il m’a touché les seins, sur la place publique. J’avais 13 ans, j’en paraissais 16, je ne savais pas quoi faire, je me sentais mal mais je ne voulais pas me faire remarquer. Je me sentais mal mais sans savoir pourquoi. Je me suis enfuie en m’excusant de ne pas pouvoir rester. Ca a, heureusement sans doute, été la seule fois « directe ». Après, il y a eu les remarques graveleuses d’hommes +/- âgés où tu baisses la tête pour ne pas entendre et ne dis rien pour ne pas accentuer le sentiment de malaise.

le 25/10/2017 à 08h58 | Répondre

Madame Pinpon

Ma plus grosse humiliation (je ne parle pas de celle où durant une soirée, avec cette danse débile du Cotton Eyed Joe où on passe deux par deux sous des personnes qui forment un pont avec leurs bras, un mec a fortement appuyé son doigt à l’entrée de mon vagin à travers ma jupe…) a été faite par une personne qui ne m’avait ni parlé, ni touché, ni envoyé de courrier pervers. En gros, je n’ai pas été agressée au sens littéral du terme non plus. Mais cette agression ressentie, m’a faite pleurer, crier, m’aurait fait porter plainte si j’avais pu l’identifier.
Je n’ai pas posté le #metoo car je n’avais pas envie d’avoir des questions derrière de la part de mon entourage, surtout de mes parents… Je ressens de la honte en évoquant cela, bien que je sache que ce n’est pas normal.
Mais j’ai aussi eu dans mes « amis FB » une femme de mon âge qui a posté, énervée, la définition de harcèlement sexuel en demandant d’arrêter d’exagérer. J’ai halluciné. Personne n’a la même sensibilité, on ne connait pas l’histoire de tout le monde, et c’est typiquement ce genre de discours qui font culpabiliser les victimes et les font taire !! Mais elle s’est faite rembarrer par pas mal de monde, dont beaucoup d’hommes, j’étais heureuse de cela.
Ton histoire m’a fait flippé, je pense que j’essayerais de changer de rue si j’étais à ta place : ce n’est pas un conseil, ni la chose à faire car c’est ton droit de passer où tu veux, du coup je te trouve courageuse dans cette situation. Merci pour avoir partagé cet article !

le 25/10/2017 à 09h13 | Répondre

Muscadine (voir son site)

J’approuve à 100% ton article.
Je pense que les média sont entres autres à blâmer: tant que les femmes seront exposées comme des bouts de viande (bien habillées et pas très fufutes), rien ne changera, Rien que dans les films pornos, elles sont passives et stupides. L’éducation /la sensibilisation dans les écoles serait un point de départ pour stopper cela. Merci Dr Kapote (de Causette).
Me too, j’étais en voyage en solo en Italie, il y a une dizaine d’années. J’étais dans la rue, habillée en randonneuse. Un type m’a abordé. Du style insistant. Je l’ai d’abord ignoré, mais il a persisté en me suivant. Je lui ai dit non, je ne suis pas intéressée, plutôt fermement, et il m’a insulté en retour… Mais il m’a fichu la paix ensuite… J’avais les genoux qui tremblaient.
Quand je vivais à Paris, j’évitais systématiquement une station de métro à cause des mains baladeuses… Trop de monde de toute manière pour dire quoi que ce soit, les gens étaient entassés comme du bétail. Et je ne suis pas une ‘bombe’: j’ai du poil aux pattes que je ne rase pas et je porte du 46!

le 25/10/2017 à 09h20 | Répondre

Louxor

Des anecdotes, verbales comme physiques, j’en ai plein, que ce soit dans la rue, dans les transports, dans une bibliothèque universitaire ou à l’époque où j’étais stagiaire (maintenant je travaille en freelance, ça règle le problème).

Mais je ne partage pas du tout ton point de vue sur le « bonjour » : ce mot est déjà utilisé par les « gros lourds », et pour moi il constitue déjà du harcèlement de rue. Il arrive même que des hommes me disent « bonjour » alors que je les ai déjà dépassés et sans que nos regards se soient croisés. Il ne s’agit donc pas d’une tentative de communication, mais (à mon avis) de l’envie de tester leur « contrôle » : faire en sorte que je m’arrête, que je me retourne, que je leur consacre de l’attention. (Et donc je n’ai aucun scrupule à continuer ma route sans m’arrêter). Et malheureusement, j’ai déjà été tellement embêtée par des gens qui commençaient par un bonjour, puis par me demander leur chemin, pour enchainer sur une phrase de drague, que maintenant je ne m’arrête tout simplement plus dans la rue s’il s’agit d’un homme. (Les rares hommes qui cherchent vraiment leur chemin pourront toujours demander aux autres hommes)

Concernant les personnes qui pensent que le harcèlement de rue est inventé :
_ ils manquent de compassion (ce n’est pas parce qu’une situation ne les dérange pas eux-mêmes qu’elle ne mérite pas d’être abordée comme un problème à traiter)
_ ils se sentent peut-être gênés de se rendre compte qu’ils se comportent eux-mêmes comme des gros lourds, sans voir où est le problème
_ ils se rendraient peut être mieux compte s’ils se faisaient régulièrement aborder (avec allusions sexuelles) par de grands gaillards tatoués (désolée pour le stéréotype, je cherche un équivalent que des hommes lambdas puissent percevoir comme une menace physique potentielle)

Pour revenir au sujet de l’article, je pense tout simplement que la politesse c’est de ne pas draguer dans la rue (ni les transports, etc.). La « drague », c’est juste le fait de lancer plein d’hameçons pour voir si un poisson finira par mordre : c’est par nature irrespectueux. Et en plus, c’est une sacrée perte de temps par rapport aux sites et applis de rencontre (où les filles cherchent des rencontres) et à toutes les occasions sociales où on peut réellement se montrer séduisant (et s’arrêter si la personne en face n’est pas intéressée).

Pour terminer, à l’attention des hommes qui liraient ce commentaire :

« Si tu es un homme, ne dis rien à une femme dans la rue que tu ne voudrais pas qu’un homme te dise en prison. » (la citation n’est pas de moi)

Vous faites probablement partie de la majorité d’hommes tout à fait respectueux : vous pouvez faire un pas de plus en réagissant quand vous entendez quelqu’un faire une remarque ou un geste déplacé. (Oui, ça demande du courage ! Merci à ceux qui en ont eu quand j’en ai eu besoin)

le 25/10/2017 à 09h53 | Répondre

Charlotte aux petits pois (voir son site)

Merci pour cet article si bien écrit, Freesia. Je trouve, comme toi, que les faits sont souvent minimisés et admis alors que des qu’ils créent un malaise, une tension dans le chef de la victime; des qu’il s’agit de faits non consentis, on tombe dans le champ du harcèlement sexuel au sens de la loi. Maman d’une petite fille, j’espère tel’ement Pour elle qu’elle ne connaîtra pas la peur et le malaise d’être suivie, alpaguée par des sobriquets ou des attouchements. Dénoncer est le meilleur début, éduquer les hommes et les femmes une suite logique… mais suis je trop optimiste?

le 25/10/2017 à 10h26 | Répondre

Madame Fleur (voir son site)

Je me retrouve beaucoup dans tes mots. Je suis polie je réponds souvent bonjour et c’est presque toujours suivi d’autre chose ! Je déteste ça du coup je ne réponds plus quand on me dis bonjour car je n’en veux pas que ce soit pris comme une invitation !
Tout ça pour dire que oui c’est du harcèlement et c’est extrêmement fatiguant !

le 25/10/2017 à 10h52 | Répondre

Clara

Pour moi, le « bonjour » n’est pas forcément nécessaire.
Si la situation que tu décris au début de l’article s’était arrêté ah « wouah. T’es belle. » Je n’aurais (personnellement) pas considéré ca comme une agression. (Plus comme un commentaire qui échappe à la personne, une admiration sincère qui peut être flatteuse sans être gênante. Après tout, je fais parfois des efforts d’habillement pour être positivement remarqué.)
Mais ça doit s’arrêter là. C’est à moi de remercier et de relancer la conversation si j’en ai envie.
Je considère comme agression tout commentaire/action répété, grossier/vulgaire/déplacer (t’es bonne, t’as des gros seins, je veux te xxx…) ou d’être touché (à part bien sûr une main sur le bras où l’épaule pour me signaler quelque chose).

C’est malheureux qu’il y ait autant de personnes qui n’aient pas un minimum de savoir vivre.
Oui, on peut se permettre beaucoup avec certaines personnes. Certains hommes/femmes apprécient les blagues vulgaires, de danser coller serrer, les commentaires osés. Mais d’abord on doit s’assurer que c’est bien le cas.

Deux remarques annexes:
– pourquoi ne pas lui avoir dit stop ? Il est bien évidement en tort (et aurait dû remarqué par lui même que tu n’étais pas intéressé) mais je me demande pourquoi tu n’as pas eu le réflexe d’essayer de l’arrêter (qui aurait probablement été le mien). La peur qu’il s’énerve, que ton fils le remarque, l’idée que ça ne servirait à rien?

– Les hommes aussi peuvent se faire agresser. Les femmes aussi peuvent être agresseurs. Je pense entre autre aux écoles/universités ou certains lancent des grands concours de montrage de fesses ou de chat-b*te sans vraiment demander à ceux qui sont à côté si ça les gêne.
(Mais ils avaient la bonté de ne pas s’approcher des filles à part si elles y allaient d’elles même.)

Les abrutis et agresseurs sont une grande minorité (dans les pays occidentaux). Je n’en ai jamais rencontré et je veux rester sur cette idée plus positive de la société.
Et il faut continuer à se battre pour changer les mentalité de tout le monde.

le 25/10/2017 à 11h01 | Répondre

Miss Chat

Si tu n’as jamais rencontré d’agresseur/harceleur, je ne pense pas que tu soies à même de juger quelle aurait été ta réaction. La très grande majorité des personnes concernées n’osent rien dire par peur de représailles et c’est bien légitime, il me semble.
Quant au « waouh t’es belle », typiquement cela dépendra du ton. Si c’est effectivement sur un ton émerveillé, cela peut être considéré comme flatteur (mais tu dois pouvoir entendre que tout le monde ne le prendra pas comme ça). Mais soyons honnêtes, ça arrive dans combien de cas ?
Par ailleurs, on ne discute pas de la proportion hommes-femmes ; on parle du harcèlement de rue, peu importe qui il touche. Mais si tu veux partir là-dedans, la proportion d’hommes concernés est anecdotique donc je ne vois pas vraiment l’intérêt de les mentionner comme si cela excusait quoique ce soit ?

le 25/10/2017 à 11h14 | Répondre

Clara

J’ai posé la question à Freesia parce que justement sa réponse m’intéressait. Il peut y avoir des tas de raisons, aucune mauvaise et ca donne un autre point de vue aussi sur son expérience.
Ce n’est pas un jugement et encore moins une condamnation, juste une info que je trouve pertinente car le silence des victimes est en ce moment très discuté dans les médias.

Pour les hommes qui se font agressés, je pense au contraire que c’est très important d’en parler. Car vu qu’ils sont moins nombreux et souvent enfermés dans cette idée (stupide) de devoir être viril et fort, ils auront encore plus de mal à s’exprimer. Et toutes les victimes doivent se faire entendre.
Dire qu’il y a des victimes des deux sexes ne diminue pas ce que vivent les femmes et n’excuse pas non plus ce que font certains hommes/femmes.
Mais ca me parait important d’énoncer ce fait aussi anecdotique soit-il.

le 25/10/2017 à 20h26 | Répondre

Miss rose

Parce que je l’ai vécu au quotidien toute mon enfance/adolescence, je pense pouvoir te répondre : ça dépend des jours. On est tous pareils, parfois tu as l’esprit combatif, d’autres fois tu es plus fragilisée, peu importe la raison. Donc parfois tu l’envoies ch… en sachant pertinemment que tu prends un risque, d’autres fois tu es juste estomaquée/paralysée/fatiguée, MAIS tu prends peur à chaque fois. Je suis contente de lire que cela n’est jamais arrivé à quelqu’un, je ne pensais pas que c’était possible.
Pour ce qui est du « tu es belle », ça dépend complètement du ton ; et je peux t’assurer que tu sauras faire la différence le jour où ça t’arrivera (ce que je ne te souhaite évidemment pas).
C’est là où je ne rejoins pas non plus Freesia, le bonjour ne suffit pas mais s’il induit une politesse peut-être un respect, tout est dans l’intention de la personne. Le débat actuel me fait gentiment sourire « comment définir le harcèlement de rue », plus hypocrite c’est pas possible. On sait tous faire la différence entre le jour où on est méprisé et le jour où on est respecté, gentiment dragué à la limite, absolument tout est dans l’intention de l’autre, ce qui se ressent dans l’intonation, le regard, les gestes.
en revanche, je conçois complètement la difficulté de transcrire cela dans un texte de loi.

le 27/10/2017 à 15h10 | Répondre

Miss Chat

Amen 😉

Je ne comprends pas comment on peut remettre en question le harcèlement de rue… Ces gens n’ont aucune soeur/amie/cousine(/mère ?) qui l’ait subi ? Ils n’ont pas regardé les multiples documentaires en caméra cachée qui montrent cela ?
Est-ce que certains essayent de se rassurer en se disant « mais non, c’est pas possible, on n’est pas descendu aussi bas » ?
Est-ce qu’ils pensent réellement qu’on est des milliers à mentir « juste comme ça », pour « attirer l’attention » ? Et attirer l’attention sur quoi ? Ca n’a aucun sens.

Contrairement à une commentatrice plus haut, je n’ai pas de souci avec une vraie drague, c’est-à-dire comme tu l’as expliquée avec de la politesse, bonjour-au revoir a minima. Tant qu’il y a un « vrai but » derrière, pas juste celui d’imposer sa domination et son ascendant sur une femme.
Je me suis faite aborder dans une gare il y a quelques années par un jeune homme tout gentil, qui m’a dit bonjour, s’est excusé de me déranger mais voulait me dire qu’il me trouvait jolie et que ça lui ferait plaisir si j’acceptais de prendre un café avec lui. J’ai refusé (gentiment ; pas de raison de lui gueuler « tu me harcèles, dégage !! », si ?) et il a dit au revoir (gentiment). C’est tout. Ce n’était pas du harcèlement de rue et c’est à mille lieues des sifflements, bruits de bouche et remarques graveleuses qu’on peut entendre d’habitude.

Consentement + approche ; ça ne me semble pas très compliqué à respecter…

le 25/10/2017 à 11h05 | Répondre

une mummy (voir son site)

Cela m’est arrivé, une fois même, c’était ce que l’on peut appeler une tentative de viol, j’avais seulement 13 ans. Ce traumatisme a fait que dès que l’on m’aborde dans la rue maintenant, je suis effrayée. Je me sens comme un animal pris pour cible. Ton article est très juste, un simple « bonjour » et la peur disparaît, je ne me sens plus en danger, seulement en face d’une personne humaine qui veut me parler. C’est fou ce qu’un simple mot peut changer du tout au tout une situation! Bravo pour ce bel article!

le 25/10/2017 à 11h09 | Répondre

Madame Zou (voir son site)

Merci pour ton article ! C’est très bien écrit. Je pense que nous sommes toutes confrontées un jour où l’autre à ce type de problème, mais je me rends compte qu’il n’y a pas de règles préétablies. Par exemple, j’ai été « touchée » dans les transports par un mec en costume-cravate, quand un jeune en jean basket m’a juste dit un jour « très belle avec le pouce levé » (ça m’avait d’ailleurs touché positivement). Je suis aussi parfois suivie et ça me fait très peur. Tu peux avoir des regards « de rapaces » comme des regards d’homme qui te trouvent juste belle. Quoiqu’il en soit, j’ai conditionné certains de mes comportements : pas de décolletés, pas de jupes trop courtes, je cherche une place tranquille dans les transports, j’écoute de la musique à fond, etc… Quant au travail, je tenais à dire que j’étais dans un monde très masculin & dans l’industrie. Les remarques sexistes arrivent surtout des ouvriers en usine, mais je n’ai jamais eu de soucis avec mes collègues de bureau / le management. Au contraire. Ils ont l’air content de bosser avec une jeune femme et n’ont jamais eu de gestes déplacés. Et c’est bête, mais ça fait du bien quand certains hommes sont juste gentils, que certains collègues te regardent d’un regard qui veut dire : tu es jolie mais sans geste ni rien (heureusement hein, je suis mariée), et ça fait quand même du bien de se sentir juste jolie tout en étant pas en mode « proie ».

le 25/10/2017 à 11h58 | Répondre

MlleMora

C’est fou que les mecs ne comprennent pas ça. Par contre, quand il s’agit de leur soeur, de leur femme, de leurs filles, je suis certaine que le discours changera… Demande donc à ton collègue s’il aimerait savoir que sa femme se fait parler comme ça dans la rue ?
Pour moi, c’est clair, j’ai déjà eu des conversations sans équivoque avec des hommes dans les lieux publics (oui, oui ça existe aussi), je n’étais aucunement mal à l’aise car il y avait du respect pour moi en tant qu’être humain comme tu le dis bien. Même s’il y avait de la drague, ça restait de la drague, justement.
Et sinon, tous ceux qui t’abordent directement comme si t’étais à leur disposition, et te traitent comme une proie, bah nan, je cautionne pas : j’ai aucunement envie que mes filles apprennent comme j’ai du le faire, à repérer les lourds qui harcèlent. Les mecs, eux, ils peuvent aller dans la rue sans se demander si leur tenue est provocante, sans se dire qu’il ne faut pas rentrer trop tard, sans baisser les yeux pour éviter de croiser le regard des femmes..
Décidément, y a des choses qui ne tournent toujours pas rond, et tant mieux que ça sorte enfin en masse, si ça peut se faire remettre en question des mecs ce sera déjà ça de gagné.

le 25/10/2017 à 12h37 | Répondre

Dory

Je vais avoir 29 ans et des expériences du genre, j’en ai eu des tas aussi malheureusement…Et de la part d’hommes de tous âges et tous milieux, en passant du jeune des cités, au contrôleur de train et au papi de 60 ans minimum…

Sifflements, coups de klaxon, drague super lourde, allusions sexuelles devant tout un wagon de train (personne n’a réagi…), propos sexuels très crus dans la rue etc etc…Trop c’est trop ! Et pourtant, que ceux qui pensent que cela vient de la tenue vestimentaire, détrompez-vous ! C’est arrivé peu importe ce que je portais, de la jupe niveau genoux, en passant par le jean ou même le manteau long d’hiver !

Du coup, j’ai été obligée de changer mes habitudes de vie car je ne supportais plus cela. Aujourd’hui, je ne porte des jupes qu’en compagnie de mon mari, je ne passe plus devant les terrasses de bar et j’évite le regard des hommes que je croise.

Et le pire de tout ça, c’est que lorsque je raconte ça à mon mari aujourd’hui, au mieux j’ai droit à un « C’est rien ça » au pire, des rires. Mon mari est pourtant quelqu’un de très bien et qui ne ferait jamais une chose pareille, preuve que c’est toute l’éducation des hommes qui est à revoir.

Cela se passe en France, en 2017, c’est juste scandaleux…

le 25/10/2017 à 14h30 | Répondre

Maman Pavlova (voir son site)

j’ai tellement d’histoire comme cela a Lyon… C’est terrible et j’ai si peur pour mon bébé ….

le 25/10/2017 à 15h51 | Répondre

Mlle Laine

Malheureusement, j’ai l’impression qu’on a presque toutes ressenties un jour ce malaise face à des propos ou gestes mal placés …
Pour ma part, j’ai modifié ma garde robe (qui n’a jamais été olé olé non plus … mais j’ai arrêté de mettre des légers décolletés, et des jupes/robes) après une remarque de mon directeur de thèse sur la beauté de mon décolleté (je m’étais penchée) … Je lui avais fait part de mon malaise après cette remarque par mail (à lui et à mon collègue). Des excuses de la part de mon collègue. Une superbe ignorance de la part de mon supérieur …
Quelques années auparavant (j’avais 20 ans), un homme chez qui j’avais été employée pour un job d’été était de passage dans ma région, et m’avait « naturellement » invité à dîner. Resto chic, ambiance feutrée … J’étais très mal à l’aise. Mais le summum a été atteint lorsqu’il m’a proposé de rester dormir avec lui dans son hôtel. Il avait l’âge d’être mon père. Je ne sais pas si c’est du harcèlement (il a réitéré sa proposition plusieurs fois dans la soirée, m’a quand même ramenée chez moi suite à mes refus, mais m’avait appelée plusieurs fois le lendemain pour me demander de ne pas en parler) mais je me suis sentie salie, et vraiment dégoutée …
Suite au scandale, mon mari m’a demandé si ça m’arrivait d’avoir des remarques dans la rue. Et ben oui, tiens pas plus tard qu’hier, une bande de jeunes m’a répété plusieurs fois que j’avais un gros c** … Il s’est excusé de la part de ces hommes, il s’est excusé que beaucoup soient comme ça … Heureusement, il y a des hommes qui comprennent …

le 25/10/2017 à 15h56 | Répondre

Choupichette

Même si je ne suis pas d’accord avec tout ce que tu dis, je voudrais te remercier pour cet article !
Comme la majorité des femmes (!!) j’ai moi aussi connu mon lot d’agressions plus ou moins traumatisante : du frotteur de genoux dans le rer, au mec qui me pose une main sur ma hanche dans un escalator, au gentil mot doux quand on refuse des avances graveleuses (« tfaçon t’es moche salope »)… Après des années à laisser faire, à ne pas oser parler, protester, crier j’ai décidé d’arrêter !! pourquoi me sentir honteuse MOI alors que c’est eux qui devraient avoir honte ?! Alors je jettes des regards noirs, je leur dis clairement et audiblement que je ne suis pas intéressée et parfois je parle très fort pour attirer l’attention autour de moi (et 9 fois sur 10, le mec rougit et se casse)
Et pourtant, je me suis déjà fait aborder plusieurs fois de manière tellement charmante et touchante, et lorsque je disais « non merci » c’était suivi par « oh dommage, bonne journée quand même ». Voilà, c’est pas compliqué !
Quand j’en parle à mon mari il est à la fois choqué et blasé. J’essaie de lui faire comprendre que s’il voit ça il DOIT réagir ! ce n’est pas par ce qu’il est un homme qu’il n’est pas légitime pour intervenir, au contraire !! mais c’est encore un autre problème (l’implication des hommes)

Je me demande quand même comment notre gouvernement va définir l’agression sexuelle de rue ou le harcèlement dans cette loi qu’ils souhaitent instaurer, car c’est réellement une question de ressenti et d’impression. Un bonjour peut être propice à une discussion apaisée comme annonciateur d’un comportement de lourd…

C’est un sujet qui me touche tellement, je pourrais écrire encore 2 gros pavés cm celui ci !

le 25/10/2017 à 15h56 | Répondre

Flora (voir son site)

Je suis d’accord avec toi sur les grandes lignes mais je vais me faire l’avocat du diable parce que je trouve qu’on range un peu de tout et n’importe quoi dans ces hashtags…

Pour ma part je ne me formalise pas sur les mots si ça ne reste que des mots, ça peut être une agression verbale certes mais en mon sens pas un harcèlement. Je dirais que même un geste déplacé genre une main aux fesses en boite est un attouchement mais pas un harcèlement. Je range ça dans la case « incivilités de rue » comme quand quelqu’un te bouscule, coupe une queue ou crache par terre. Après je peux comprendre que ce soit plus embêtant pour d’autres personnes et forcement le monde serait bien meilleur sans !

L’harcèlement vient par définition de la répétition de ces gestes répressibles et c’est à mon avis important de faire la différence histoire de ne pas se disperser dans les combats engagés. Personnellement je trouve que la culture du silence est à condamner dans ce genre de situations. Je crois qu’on doit vraiment apprendre à dire « non merci » aussi parce que souvent ça marche ! Oui ignorer quelqu’un devrait être un message suffisant dans un monde parfait mais puisque ça ne marche pas il faut trouver autre chose de plus efficace. Je ne suis pas en train de blâmer les victimes mais de dire qu’ il y a aussi des gestes qui peuvent éviter des situations indésirables. Autant qu’un bonjour peut changer comment on va percevoir une interaction, un non merci peut en changer la tournure aussi.
Bref, vaste sujet !

le 25/10/2017 à 19h22 | Répondre

Lutine Chlorophylle

D’un point de vue légal, cela dévient du harcèlement à partir de deux fois.

Le terme de harcèlement de rue porte bien son nom car, même s’il est proféré par des personnes différentes à chaque fois, il est récurent. (Dans le premier exemple de l’article en plus, on a un type qui revient à la charge par 6 fois, si je compte bien. En plein dans le harcèlement, même à titre personnel, ici.)
Il est clair qu’on ne serait guère émues si, au cour d’une vie, une seule fois et sans recommencer, un homme nous disait quelque chose comme ça. Mais c’est tout le temps.
Et c’est aussi pour ça qu’il faudrait qu’ils apprennent à fermer leur gueule. Ok, c’est peut-être la première fois que tel homme s’adresse à telle femme. Mais il n’est pas le premier. Du tout. Et c’est pour ça que c’est insupportable.

le 26/10/2017 à 07h55 | Répondre

Lutine Chlorophylle

On dit par exemple « être harcelé par les moustiques », ou une célébrité « harcelée par ses fans ». Pourtant ce n’est pas tout le temps le même moustique, ni le même fan, qui revient. Certains reviennent plusieurs fois, d’autres une seule. C’est la même idée pour le harcèlement de rue. 😉

le 26/10/2017 à 13h38 | Répondre

Flora (voir son site)

Je suis d’accord avec toi, dans le cas du coiffeur qui revient à la charge X fois c’est clairement du harcèlement. je parlais plus d’autres situations que j’ai vu défilé sous le #metoo. On ne peut pas mettre un vrai comportement d’harcèlement dans le même panier qu’ une insulte aussi grossière soit elle…

le 26/10/2017 à 17h11 | Répondre

Marjolie

Sur la limite entre harcèlement et attouchement lié à la répétition on peut en discuter (Lutine a très bien répondu je trouve), mais considérer qu’une main aux fesses est du même ordre qu’une « incivilité » consistant à cracher par terre par terre, ça me semble passer totalement à côté des choses, minimiser le problème et continuer à entretenir ceux qui refusent de voir dans leurs représentations (donc à entretenir le harcèlement). Il y a un monde entre faire un truc crade irrespectueux de l’espace public en général et faire un truc crade dirigé personnellement contre quelqu’un, niant son statut de personne, avec l’intention de montrer une emprise ou un contrôle sur elle, le tout à teneur sexuelle et avec (dans l’exemple cité) une atteinte physique.
Je serais curieuse de savoir si on peut penser ça en ayant déjà été victime : si tu veux bien le dire, est-ce ton cas? (même si, comme il a été écrit dans un commentaire précédent, je suis hélas étonnée que certaines aient eu la chance d’y échapper).

le 28/10/2017 à 08h13 | Répondre

Flora (voir son site)

Oui j’ai déjà eu droit à ça, plusieurs fois même… Mais je continue à penser que je n’ai jamais subi de harcèlement parce que, que ce soit les mains mal placées, les « hey mademoiselle » ou les insultes, ça a dans mon cas toujours été des événements isolés et jamais je ne me suis sentie en insécurité, critère qui à mon avis fait la vrai différence. Comme je dis je voudrais bien vivre dans un monde où tout le monde respecte tout le monde bien sûr mais élever ma petite histoire de main aux fesses au rang de harcèlement c’est un peu minimiser l’atteinte morale de vrais harcelées je trouve. Ceci n’est que mon avis qui n’engage que moi bien entendu.

le 28/10/2017 à 16h01 | Répondre

Lutine Chlorophylle

Je copie une partie d’un statut d’une amie, publié au moment du fameux « mee too ».

Depuis quelques jours , j’ai eu l’occasion d’échanger avec plein de mecs sur le sujet. C’est assez chouette, parce que c’est assez rare. D’habitude c’est plutôt le genre de chose dont on parle entre copines, d’un air entendu.
Mais il y a quand même quelques réactions qui m’étonnent un peu, du coup je me suis dit qu’un bon vieux pavé des familles ne serait pas de trop.
Déjà la réaction “mais on est perdu, vous mettez le viol et le harcèlement dans le même panier , ça ne va pas !”
Mec, quand tu dis ça , ce que j’entends (peut être à tord), c’est “oh non, parce que le viol c’est un truc horrible que je n’ai jamais commis, par contre le harcèlement de rue j’y ai sûrement un peu participé et je ne veux surtout pas qu’on puisse me traiter de “porc”, moi qui suis si gentil et pas du tout un gros connard”. Hum
Mais la réaction la plus étonnante pour moi, c’est vraiment ce “oui mais on sait plus à quoi s’en tenir , bientôt on risquera de passer pour un “porc” juste en abordant une fille c’est pas juste”.
Et votre immense indignation à l’idée de devoir avoir peur lorsque vous voudrez aborder une fille.
Comme si c’était impossible pour vous d’imaginer avoir peur de temps en temps lors de vos interactions avec une femme.
Alors je vais passer pour la méchante féminazi hystérico-misandre, mais en fait je trouve que c’est une bonne chose, cette peur que vous ressentez tout à coup.
C’est bien, que la peur change de camp. C est le but même.
Vous savez combien de fois par jour on a peur ?
Cette peur, le matin devant notre armoire, quand on renonce à mettre la jupe qu’on adore parce qu’on sait le nombre de mains au cul et de “hey salope!” qu’elle va nous couter ?
Cette peur, qui nous fait mettre nos clés en poing américain dans notre poche, par réflexe comme ça, lorsqu’on traverse une ruelle le soir, alors qu’on sait très bien qui si on se fait violer, on aura 80% de risque que ce soit plutôt par l’un de vous, les mecs de notre entourage, et pas par un inconnu dans la rue ?
Cette peur à chaque fois qu’on se rapproche d’un garçon, que celui-ci ne se comporte pas correctement ?
Et vous vous indignez à l’idée d’avoir peur d’être mal perçu en voulant aborder une fille ?
Bah moi je la trouve hyper saine, cette peur.
Je trouve ça vraiment bien, si elle vous permet de réfléchir avant d’aborder une fille, de vous demander comment faire pour ne pas passer pour un gros “porc”. Quels mots choisir, comment se placer, bref, être attentif à la personne que vous avez en face.
Et je vais même vous dire que dans le doute , vous pouvez toujours vous abstenir.
C’est juste un peu dommage que vous ayez peur de risquer de passer pour un porc au lieu d’avoir peur de ce que pourrait ressentir une fille quand vous l’aborder, mais c’est déjà ça.
Ah, et pour tous ceux qui vont me dire que du coup “on pourra plus rien faire ou rien se dire !”, je ne vous crois pas.
Je pense qu’au contraire, le seul risque que l’on prend c’est de commencer à engager des interactions basées sur le respect , et peut être , soyons fou, sur la confiance.
Ça vaudrait pas un petit peu la peine d’essayer ?

le 26/10/2017 à 08h00 | Répondre

Lumi

Je suis d’accord dans les grandes lignes, sauf peut-être sur cette question du bonjour qui ne me paraît finalement pas suffisant en tant que tel. Je m’explique : comme Madame Fleur, je suis « gentille ». Et souriante. Et malheureusement, pour certains, répondre en souriant à un bonjour n’est pas une simple marque de politesse mais clairement une invitation.
C’est ainsi qu’il y a quelques années un type m’a suivie jusqu’à mon travail (ce qui ne correspondait pas du tout à son itinéraire) en se comportant comme si on était devenus les meilleurs amis du monde, juste parce que j’avais répondu à son bonjour… Et moi je ne savais plus comment lui signifier qu’il me mettait mal à l’aise, parce qu’après tout, je lui avais répondu, non ? Je l’avais autorisé à me parler, d’une certaine façon… Après coup, je me suis sentie coupable d’avoir envoyé un signal trompeur (!) alors que je n’avais fait que me montrer polie…
Du coup je dirais qu’il y a bonjour et bonjour 😉 Et qu’un homme qui entame une approche par un bonjour ne va pas forcément pour autant savoir où placer le curseur d’une interaction sociale normale…

le 26/10/2017 à 08h20 | Répondre

emma_chan

je trouve le sujet intéressant et suis plutôt d’accord avec les positions plus fines : Oui ton coiffeur fou est carrément flippant, oui ce n est aucunement acceptable de se faire toucher de manière non sollicitée, mais non désolée je ne pense pas qu un garçon ne doive jamais draguer une fille en publique sous pretexte que les gros lourds existent. En lisant tout ces témoignages, ce que j espère c est apprendre a ma fille a remettre « les lourds » a leur place sans pour autant considérer chaque garçon dans la rue comme un potentiel agresseur. et qu il y ai plus de professeurs capote pour parler aux ado filles et garçons sur les façons de rentrer en contact et pourquoi pas avec un bonjour!

le 26/10/2017 à 21h00 | Répondre

Emmanuelle Merteuil

Merci pour cet article que je trouve particulièrement bien rédigé, très clair et tout en finesse 🙂
Effectivement, repenser notre rapport aux autres et notre façon de les aborder, c’est un pas important, auquel on ne pense pas forcément…

le 08/11/2017 à 10h47 | Répondre

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