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A la une / témoignage

La vie en France en 2050

Nous parlons de plus en plus d’écologie, et c’est super. C’est même redevenu un sujet à la mode après une traversée du désert due à la crise financière de 2008. Je veux dire, pour que le Rassemblement national se mette à en parler (un peu), c’est que ça doit être un sujet sacrément important. Je regarde avec curiosité les questions qui se posent, que ce soit dans ce contexte de campagne pour les municipales, l’année dernière lors du Grand débat, ou à l’international (j’apprécie plus particulièrement les analyses fines et nuancée de l’ami Trump, surtout quand il s’adresse à Greta Thunberg). Et plus ça va, plus je me dis que nous n’avons pas la bonne méthode.

Crédit photo (creative commons) : Stefan Keller

Tout changement nécessite de comprendre ce qu’il implique

En gros, il y a d’un côté ceux qui nous listent toutes les plaies que l’Homme inflige à la planète en espérant faire réagir – mais de toute façon c’est trop tard – et en général le résultat c’est que la plupart des gens se ferment comme des huîtres dans un réflexe de survie immédiate, et de l’autre les pros du green washing qui te soutiennent que l’écologie c’est une chance, que l’économie verte c’est l’amorce et la promesse des Trente glorieuses de demain.

Du coup là-dedans, si tu es comme moi, tu te sens comme un lapin pris dans les phares d’une voiture. Bon. Visiblement on a des choix importants à faire. Et qu’est-ce qu’on fait, dans la vie de tous les jours, quand on a un choix important à faire ? Eh bien on étudie les différentes possibilités, on trie en fonction de plusieurs critères, on fait les pours et les contres, et on essaie, en toute objectivité, de retenir la solution la meilleure, ou en tout cas la moins mauvaise.

Crédit photo (creative commons) : Arek Socha

Choisir entre différents scénarios de « futur »

C’est ça que j’aimerais bien qu’on fasse, tous, pour notre avenir. J’aimerais qu’on ait une présentation de quelques scénarios possibles d’évolution de nos modes de vie à horizon 40 ans, avec pour chacun le « prix à payer » sur différents thèmes, par exemple – et pour rester autocentré sur notre condition humaine :

  • confort de vie,
  • libertés individuelles,
  • santé
  • relations sociales.

Et qu’on nous fasse voter. Qu’on nous demande « Allez-y, choisissez l’avenir qui vous semble le plus désirable, pour vous, pour la planète et pour vos descendants. Choisissez ». Le résultat du vote donnerait ainsi les grandes lignes de la politique à suivre.

Cette idée des scénarios n’est pas de moi. Il y a quelques années, j’ai assisté à une présentation faite par l’Université du Maine d’une étude, datant de décembre 2012, intitulée Modes de vie et empreinte carbone. L’équipe universitaire a imaginé 5 scénarios de ce que pourrait être notre vie dans 40 ans.

Je ne vais pas résumer l’étude, c’est un boulot énorme que je ferais probablement mal. Je vais juste te dire pourquoi elle m’a autant marquée.

Ces scénarios sont connus et décrits précisément depuis plusieurs années

D’abord, cette étude a été cofinancée pour partie par le ministère de l’écologie. J’ai réalisé qu’il y a des gens, au ministère, qui ont dans les mains des pépites aussi incroyables, mais qui ne sont pas du tout relayées par les politiques. En fait, on ne va jamais dans le fond des choses dans les débats politiques, alors qu’on serait bien capables de comprendre (on est pas plus cons que CHUT CHUT PAS DE NOM). On pourrait parler de tellement de sujets si on arrêtait de s’émouvoir de la neige en hiver et du soleil en été. Il y a donc des gens, au ministère de l’écologie, et c’est rassurant je crois, qui peuvent voir plus loin que le bout de leur nez.

Ensuite, la méthode utilisée pour imaginer les scénarios est assez dingo, écoute ça. Bon alors bien sûr, ils ont suivi une méthode classique d’analyse du passé, avec les évolutions constatées dans différents domaines au fil du temps (logement, mobilité, emploi, revenus…), bla bla bla je sens que tu t’ennuies là. MAIS ATTENDS ! Ils ont aussi identifié les « signaux faibles » d’aujourd’hui : les indices presque invisibles, qui si on y prête attention peuvent nous révéler beaucoup sur l’avenir. Par exemple l’essor du bio et du « consommer local », mais aussi celui des info-nano-bio technologies. Mais, et là ça devient franchement incroyable, les rédacteurs de l’étude ont également exploité ce que la littérature de science-fiction a imaginé comme modes de vie, comme sociétés du futur. « Dans la perspective de bâtir des scénarios, le procédé des auteurs [de science-fiction] consiste en la poursuite d’une hypothèse, puis l’exacerbation d’un trait particulier ». C’est pas ouf, çà ? La littérature et la science main dans la main pour essayer d’anticiper l’avenir de l’humanité, ça m’a collé des frissons, je te jure.

Encore 40 ans de consumérisme vert

Les 5 scénarios d’un futur possible qui ont ensuite été décrits m’ont captivée. Je ne les détaille pas, mais en gros il y en a un vraiment – vraiment – déprimant (tous le sont plus ou moins, mais celui-là…), il s’appelle « Société consumérisme vert ». Il est déprimant parce que c’est le scénario tendanciel : c’est ce qui se passe déjà un peu, amplifié par encore 40 ans dans la même direction. Il y a une prise de conscience écologique, mais dans une société qui souhaite maintenir sa consommation. Alors les technologies dites vertes sont développées pour réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en poursuivant la quête de croissance économique (ça ne te rappelle pas une certaine campagne présidentielle ?). Sur le plan politique, les partis d’extrême droite prospèrent, bénéficiant de l’inquiétude des populations face à la dégradation des ressources naturelles que la seule poursuite de la lutte contre le réchauffement climatique n’a pas permis de protéger (Tu la visualises la jolie petite centrale nucléaire qui nous permet d’être au top niveau émission de CO2 ? Ne regarde pas les brassées de déchets nucléaires qu’on ne sait pas traiter et qu’on a jetés au fond des océans dans des caisses qui ont 50 ans de durée de vie).

Un monde de Cyborgs

Un deuxième scénario m’a marquée : « Société individu augmenté ». La professeure nous avait indiqué que ce scénario n’avait rien d’improbable, au regard des investissements actuellement réalisés dans le monde et en particulier dans la Silicon Valley pour hybrider l’être humain avec l’intelligence artificielle et les prothèses mécaniques. Ainsi, en 2050, il y aurait les riches d’un côté, les Cyborgs, et les pauvres de l’autre, les « Minus », qui ne bénéficieraient que d’équipements de seconde main… Là je transpose ce que serait l’équivalent dans un monde de cyborgs de mon vélo à plat et à 3 vitesses quand je pédale avec une copine sur son hollandais (son vélo). Punaise j’espère que je serai dans la team Terminator.

Un monde où les Instagrammeuses sont les nouveaux Platon

Enfin, j’avais trouvé le scénario « Société âge de la connaissance » un peu farfelu à l’époque, mais en le relisant en 2020, je me dis que cette étude est vraiment démente, elle avait capté les signaux faibles d’avant 2012 avec une telle clairvoyance… Ce scénario, c’est l’accès généralisé au savoir grâce à internet, qui permet aux individus de trouver de nouvelles sources d’inspiration, de reconnaissance, d’expression, de revenus. L’économie repose sur la contribution, chacun produit et consomme. La notion de propriété disparaît, l’économie marchande est complétée par les contributions bénévoles à la société de la connaissance. L’apprentissage devient collaboratif. La connaissance devient aussi vitale que l’eau, c’est la clé du développement de soi, de l’existence sociale. La représentation dans les organisations n’est plus assurée par les élites, elles sont structurées par l’intelligence collective. Le groupe dominant est celui des autodidactes, des apprenants tout au long de la vie, connectés à internet. Quand je vois comment les choses évoluent actuellement avec les nouvelles générations et les réseaux sociaux, je me dis que ce scénario n’est pas aussi fou qu’il y paraît d’abord.

Les 5 scénarios sont fascinants à lire, et ils font vraiment réfléchir. Cette étude a maintenant 7 ans, mais elle m’a fortement impressionnée et j’y pense souvent. Combinées à d’autres lectures ou podcasts, elle m’a fait comprendre notamment que les énergies vertes ne sont pas la solution à tout, on ne peut pas miser que sur elles. Nous avons absolument besoin en parallèle de promouvoir les innovations qui favorisent la sobriété, l’efficacité et la mutualisation, sous peine de vivre les scénarios les moins désirables de l’étude.

Et toi, est-ce que tu penses que le sujet de l’écologie est débattu comme il faut ? Est-ce que je t’ai donné envie de relire le cycle des robots d’Asimov ?

A propos de l’auteur

J'ai 36 ans, je suis mariée, j'ai deux enfants de 3 et 6 ans, et je travaille dans le domaine du développement durable. J'aime bien mon boulot, j'aime ma vie de famille, et j'essaie de faire tenir entre les deux un espace de créativité, voire de réflexion. Ici, je souhaite partager ça : quand on est une femme, qu'on a des enfants (ou pas), qu'on travaille, quelles sont les pistes pour trouver sa voie, pour s'accomplir dans son quotidien ?

4 Commentaires

  • Virg
    19 février 2020 at 14 h 19 min

    Est-ce que tu sais si cette étude est traduite quelque part stp ?

    Reply
    • Erica Tcharb
      19 février 2020 at 14 h 52 min

      Oui, si tu suis le lien dans l’article(« modes de vie et empreinte carbone « ) tu tombes dessus, dis-moi si ça ne marche pas.

      Reply
      • Virg
        20 février 2020 at 8 h 29 min

        J’ai trouvé, merci !
        Je te suis sur le fond de l’article : avant de se lancer dans un truc, réfléchissons aux conséquences globales. La voiture élec est l’exemple type : l’Europe fait le choix de se lancer là-dedans pour préserver son indépendance énergétique. Ok mais on n’a pas encore trouvé que faire des batterie et les études montrent que le cycle de vie du voiture élec est finalement plus polluant que les voitures essence récentes. Ça pose question.

        Reply
  • Cricri2j
    19 février 2020 at 22 h 35 min

    Hyper interessant merci!
    Je pense comme toi que si l on visualisait les différents types d avenir nous pourrions faire des choix plus facilement

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