Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien chez soi !

La femme que j’aimerais être


Publié le 27 mars 2020 par Bibi

La femme que j’aimerais être est toujours bien habillée. Elle peut porter des chemises d’homme, des pantalons carottes, des ballerines. Ses habits ne se plissent pas, ne froissent pas, sa coiffure reste en place toute la journée, son maquillage ne coule pas. Elle est belle et classe en toute circonstance. Elle porte des talons régulièrement, ça ne lui fait pas mal au pied. Elle est délicate et aime prendre soin d’elle, de sa peau et de son corps.

La femme que je suis a depuis longtemps oublié classe pour lui préférer le confort. Tennis aux pieds, cheveux bouclés que je n’essaye plus de dompter, khôl qui coule… Je n’ai jamais réussi à être tirée à quatre épingles pendant plus d’une heure. Mes vêtements se froissent, ne tiennent pas en place. J’ai l’air rabougrie en ballerines et vite mal aux pieds en talons. Je trouve que c’est une perte de temps et d’argent d’utiliser trop de produits beauté, et me retrouve avec une peau grasse et des cheveux constamment emmêlés.

Crédit photo (creative commons) : StockSnap

La femme que j’aimerais être fait attention à son empreinte carbone, sa consommation de plastiques et va au marché pour acheter local. Elle cuisine régulièrement pour sa famille, ne cède jamais à la tentation fast food. Sa maison est bien rangée, propre, et a une homogénéité de décoration. Elle partage les tâches de manière équitable avec son mari. Elle ne rechigne pas à la tâche et est prête à faire les petites choses quotidiennes qui font de sa maison un endroit agréable à vivre.

La femme que je suis est tout le temps pressée, ou fatiguée, ou pauvre, souvent une combinaison des trois. Alors au quotidien, l’effort de réduire les déchets ou le coût de consommer local sont rédhibitoires. Souvent, ranger est trop compliqué et fatiguant, sans parler de nettoyer un peu. La répartition des tâches à la maison est malheureusement très genrée : je ne touche pas à un marteau, mon mari ne touche que très peu à l’aspirateur (attention, il fait autant que moi à la maison, c’est juste que par un mystère de nos éducations respectives, il ne sait pas repasser et je ne sais pas planter un clou). Cela nous convient à tous les deux, et correspond à nos forces et faiblesses, mais parfois j’aimerais montrer un autre exemple à ma fille. Ma maison est un nid douillet souvent très bordélique, parfois sale, mais surtout un bric-à-brac sans nom remplis de babioles, de gadgets et de beaucoup de choses que nous aimons mais qui n’ont ni queue ni tête mises toutes ensembles. C’est notre bazar.

La femme que j’aimerais être a confiance en elle. Elle ne rougit pas quand elle s’adresse à un supérieur ou au guichetier de la banque. Elle sait cacher ses émotions, même les plus fortes, et ne tombe pas en miettes à la première réflexion. Elle sait être discrète, elle sait se mettre en colère si besoin et trouve toujours les bons mots selon les circonstances. Elle est fière d’elle-même sans être arrogante, sait se vendre quand il le faut et reconnaît ses défauts sans mauvaise foi.

Crédit photo (creative commons) : Igor Link 

La femme que je suis rigole très fort, ne sait pas se fâcher, a tendance à dire oui pour ne pas embêter les autres. Je suis timide, angoissée, et ressasse beaucoup trop les choses dans ma tête. Flemmarde tendance casanière, j’ai la mauvaise habitude de me laisser bercer par le quotidien. Ma peau blanche qui rougit à la moindre contrariété et mes grands yeux rendent impossibles toute dissimulation émotionnelle. Je pleure souvent, pour pas grand chose, pour un mot touchant ou une vidéo émouvante. Je pleure à gros sanglots tonitruants à la fin des films tristes. Je pleure de joie, aussi, en voyant l’amour entre mon mari et ma fille. Bref, je pleure souvent, trop souvent.

La femme que j’aimerais être sait quoi faire de son corps. Elle contrôle ses mouvements, est délicate et douce. Elle sait être sexy quand il le faut et n’hésite pas à faire jouer son corps. Sa sexualité est discrète mais bien vivante, modérée tout en restant excitante.

La femme que je suis est un exemple parfait de la maladresse. Je suis délicate comme un camion poubelle qui aurait dix pouces dans chaque main et deux mains gauches. Mon mari se moque régulièrement de mes bleus et égratignures gagnées en me prenant tous les coins de tables disponibles et en manipulant les ustensiles les plus simples. Mes tentatives de séduction sont des parodies de situations tirées de films (et même pas de films érotiques!), qui sont souvent trop subtiles pour être remarquées par ma cible. J’assume ma sexualité sans problèmes, mais en parle comme un charretier en rut (ce qui retire beaucoup du charme), souvent sans me soucier d’à qui j’en parle.

La femme que j’aimerais être n’existe pas, pas vraiment. Ce n’est ni idéal, ni un objectif. C’est un rêve construit par mon imagination (et sûrement quelques magazines qui traînaient). C’est la femme adulte que moi, petite fille, je croyais vouloir être, et que parfois je regarde passer en me demandant ce qui s’est passé.

Ce qui s’est passé, c’est que je ne suis pas cette femme. Advienne que je pourra, je ne suis pas née comme ça. Je suis comme je suis, bien réelle, avec tous mes défauts et mes complexes. Oui, je manque de délicatesse et de confiance en moi, je suis une bourrine timide parfois trop flemmarde. Mais je suis aussi débrouillarde, positive et toujours attentive aux autres. Petit à petit, au fil des années et des expériences, j’ai réussi à accorder la vision de celle que je voulais être avec celle que j’étais réellement. J’ai appris à me connaître, mais j’ai aussi identifié les choses que je voulais (et pouvais!) changer chez moi. Je refuse de laisser ma flemme l’emporter. Je fais tous les jours des efforts pour gagner en confiance. Je fais des blagues sur ma maladresse et embrasse sans complexes mon manque d’apprêt. C’est juste qui je suis !

Et surtout, surtout, quand je me regarde dans le miroir, j’essaye autant que possible de me dire: « voilà la femme que j’aimerais être ».

Et toi, quelle image as-tu de la femme idéale? Quels défauts voudrais-tu changer et quels sont ceux que tu embrasses avec fierté?


Commentaires

10   Commentaires Laisser un commentaire ?

Sarah

En te lisant je préfèrerais 1000 fois être copine avec la femme réelle que tu es que celle que tu décrit, pure produit du patriarcat 🙂
Là où tu vois des défauts, moi au contraire j’en vois des qualités. Tu es toi, simplement toi, et pas un pathétique copié collé du modèle standard de la femme que tu le dis si bien, on essaie de nous vendre jour après jour dans les magazine, et ça c’est (selon moi) ta plus grande force 🙂

le 27/03/2020 à 08h24 |

Bibi

Merci ! Le problème c’est que je ne voyais que les qualités de la femme idéale dans ma tête comme les seules « valables » ou « acceptables » pour une femme. Longtemps je me suis dit que ma vulgarité et ma maladresse étaient des désagréments…. Jusqu’à ce que je réalise (notamment grâce à des commentaires comme le tien!) qu’en fait c’était ca qui faisait de moi qui j’étais.

le 30/03/2020 à 13h37 |

Colombine

J’aurais pu écrire cet article ! Team « les coins de table sont mes amis » (à tel point queMon Chéri a toujours peur qu’on me prenne pour une femme battue vu les bleus sur les cuisses que j’ai). Idem pour le délicate comme un camion poubelle ! J’ai appris à faire avec mais j’avoue que j’envie toujours un peu les femmes qui ont l’air toutes douces et classes…

le 27/03/2020 à 22h41 |

Bibi

L’herbe est toujours plus verte chez le voisin, moi aussi je rêvais d’être douce et délicate (et d’avoir les cheveux lisses)! Mais au final quand j’essaie de l’être j’ai l’impression de mentir, donc j’ai laissé tomber (et c’est beaucoup de boulot !)
Mon mari se moque ouvertement de tous les bleus qui apparaissent sur mon corps juste en me baladant dans l’appartement… Et ne me laisse pas utiliser une perceuse, par crainte pour ma vie, la sienne, et éventuellement celle du voisin.

le 30/03/2020 à 13h40 |

Lucie

J’adore 🙂 Bravo pour cet article et bravo à toi d’être toi 🙂 Dans le même genre, je suis moi aussi souvent confrontée à « la maman que je voudrais être » 😉

le 28/03/2020 à 10h38 |

Bibi

Merci 🙂
J’ai moins ressenti la pression de la maman que je devrais être, mais peut-être justement parce que j’avais déjà appris à lâcher prise sur la femme idéale! J’espère en tout cas que tu es bien dans la peau de la maman que tu es et pas celle que tu penses devoir être

le 30/03/2020 à 13h42 |

Doupiou

La femme que tu aimerais être un cliché et qui n’a pas très l’air très rigolo à avoir comme amie… Je préfère dix fois plus la version réelle et fun que celle que tu aimerais être !
Cela me fait bien rire parce que j’aime être bien habillée au travail ou lors de repas familiaux. Et cela donne parfois de situations assez cocasses quand je termine ma journée, je fourre mes talons dans mon sac, je roule ma robe autour de mon ventre, je tresse mes cheveux et j’enfile mon pantalon et mes bottes de moto. Adieu le glamour et bonjour le fun !
Reste telle que tu es et non comme celle que tu voudrais être, c’est bien mieux !

le 28/03/2020 à 12h31 |

Bibi

Merci 🙂
C’est complètement un cliché, mais le temps que je m’en apercoive il était trop tard… C’est chouette que tu aimes t’apprêter, c’est tellement agréable de te sentir belle. Moi j’évite parce que ca dure moins de 10 minutes. Et l’image de toi sur ta moto avec ta robe roulée m’a bien rire, merci 🙂

le 30/03/2020 à 13h45 |

Cricri2j

J ai beaucoup de points communs avec toi et je regarde ces femmes qui ont l air de se réveiller déjà apprêtées en me demandant comment elles font.
Moi je passe mon temps à me tacher!! Je ne sais comment

le 28/03/2020 à 16h49 |

Bibi

Pareil, aucune idée de comment elles font ! J’imagine que c’est une question de personnalité, moi c’est beaucoup trop de travail… Et de toute facon, je finis soit tâchée comme toi, soit toute froissée, soit avec mes cheveux qui partent dans tous les sens 🙂

le 30/03/2020 à 13h47 |

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