Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien chez soi !

Mon régime alimentaire, les agriculteurs français et moi


Publié le 21 août 2015 par Mangue

En plein été et à l’heure où les magazines féminins font leur Une avec des corps en maillots de bain et les régimes qui vont avec, loin de moi l’idée de te parler de perte de poids et de régime draconien. En fait, c’est la mobilisation estivale des agriculteurs français qui m’a poussée à écrire cet article. Attention, message de soutien aux petits agriculteurs français inside !

Je n’ai pas la prétention d’expliquer ici la complexité du système de subventions, d’aides de la PAC (Politique Agricole Commune) et de répartition des marges avec la grande distribution. Encore moins de te dire comment il faudrait que tu manges. J’aimerais simplement partager avec toi ma petite expérience de modification de mon régime alimentaire pour respecter les besoins de mon corps, mes convictions personnelles et mon porte-monnaie !

Légumes

Crédits photo (creative commons) : nociveglia

Si tu le veux bien, revenons tout de même un moment à la Une des magazines féminins et à leurs conseils de régimes de stars à la mode !

Une collègue de travail, avec qui je déjeunais un midi autour d’une bonne assiette de steak-frites, m’expliquait son nouveau régime : le régime chrononutrition. Le principe est simple : il s’agit de prendre un bon petit-déjeuner copieux et équilibré, un déjeuner équilibré à midi en fonction de ton appétit et enfin un dîner léger à base de salade ou de soupe. Aussi bête que ça.

Je suis restée bouche-bée devant ses explications et les détails de son suivi par sa diététicienne… Ce qu’elle me décrivait là, ce n’était pas pour moi un nouveau régime à la mode, mais tout simplement un régime alimentaire équilibré basique ! J’ai pensé qu’elle était en train de se faire arnaquer par sa diététicienne, aveuglée par une nouvelle expression séduisante…

Et puis je me suis dit qu’en fait, ce principe de base n’était sans doute pas aussi connu, ou en tout cas pas aussi respecté dans la pratique, que ce que je pensais. Il m’a d’ailleurs suffi de regarder dans ma propre famille et parmi mes amis pour m’en rendre compte.

Chez nous, on a la « gastronomie généreuse ». Je dirais bien par chauvinisme que c’est une spécificité du Sud-Ouest, mais il me semble que c’est un peu la même chose dans de nombreux coins de France ! Un repas-type dans ma famille, par exemple, c’est : entrée + charcuterie + plat avec viande + fromage + dessert. Et ceci pour tous les repas, toute l’année (et en période de fêtes, tu peux facilement ajouter une seconde entrée et un second plat !). On est loin du dîner léger, donc ! Ce n’est pourtant pas faute de connaître le principe d’un régime équilibré, mais les traditions et les habitudes l’emportent, et le corps s’y habitue !

Au milieu de cette tradition de gastronomie généreuse, j’ai toujours eu une sensibilité végétarienne. Je trouve les petits veaux mignons, les petits porcelets adorables (comme mon ami Babe, tu te souviens de ce film des années 90 ?), et la viande crue ou saignante me dégoûte : je suis incapable de toucher de la viande crue pour la mettre dans une poêle et incapable de manger ce qu’il y a dans mon assiette s’il y a des traces de sang…

Durant mon adolescence, j’ai donc tenté de devenir végétarienne… et j’ai dû tenir deux semaines ! Difficile dans une famille productrice de charcuterie qui en consomme à tous les repas ! Ma volonté de fer (ou pas) ne l’a pas emporté !

Ce n’est qu’une fois partie du foyer familial et installée dans mon studio d’étudiante que j’ai essayé tant bien que mal de trouver le régime alimentaire qui me convenait et avec lequel mon porte-monnaie était d’accord. Très peu de viande, donc, et assez peu de légumes frais pour la piètre cuisinière que j’étais alors. Une majorité de boîtes de conserve et de pâtes, comme beaucoup d’étudiants.

Puis une première expatriation aux États-Unis et l’adoption de la gastronomie locale très grasse (hot dogs, burgers et mauvais fromage fondu) m’ont fait prendre environ neuf kilos en six mois.

Mal dans mon corps, j’ai pris rendez-vous avec la diététicienne de l’université dès mon retour ! Ses explications étaient simples : reprendre un régime équilibré et varié, en mangeant mes repas à heures fixes. Il ne s’agissait donc pas de suivre un régime draconien, mais plutôt d’avoir à nouveau une bonne hygiène de vie.

La mise en pratique a été très simple, car ces préconisations correspondaient non seulement aux besoins de mon corps, qui s’y est adapté très facilement, mais aussi à mon mode de vie. Je n’avais pas envie de cuisiner le soir, donc un repas léger me convenait très bien, je ne voulais pas manger de viande à tous les repas, etc.

C’est également à ce moment-là que mon chéri et moi avons décidé d’habiter ensemble. Monsieur a joué le jeu du régime équilibré pour me soutenir et me faire plaisir… Non sans râler parce qu’il était en manque de viande !

Ok, jusque là, tout va bien, on est contents pour toi, vas-tu me dire, mais quel est le lien avec les agriculteurs français ? Eh bien, revenons à nos moutons (tout mignons) !

Car c’est aussi à cette époque que j’ai commencé à véritablement m’investir dans des associations, à comprendre les dessous du système de la PAC, les contraintes des agriculteurs, et à m’intéresser aux alternatives à la grande distribution.

Nous nous sommes alors lancés dans l’aventure des AMAP, non sans appréhension, car à l’époque, le système n’était pas aussi répandu qu’aujourd’hui ! On ne savait pas trop dans quoi on mettait les pieds !

Nous avons été séduits par plusieurs éléments : le côté « directement du producteur au consommateur », le fait que le prix payé aille directement à l’agriculteur, sans intermédiaire, et que les légumes produits ne parcourent pas plus de cinquante kilomètres entre le champ et l’assiette. L’agriculture bio ou raisonnée était également un point positif pour nous.

Dans une AMAP, les échanges avec le producteur sont donnant-donnant et valorisants : comme des « actionnaires », nous investissons dans son activité, lui fournissons un revenu fixe toutes les semaines, quelle que soit sa production, et nous recevons nos « dividendes » en légumes !

Certains producteurs jouent d’ailleurs le jeu à fond ! Ils organisent des « assemblées générales » de l’AMAP, pour rendre compte à leurs « investisseurs » de leurs activités, des investissements faits, des difficultés rencontrées, des choix à faire (préférez-vous planter plus de pommes de terre ou diversifier les types de courges ?), et peuvent faire appel aux adhérents pour un coup de main, lors de journées « ramassage de haricots », toujours conviviales et ponctuées d’un bon apéritif après l’effort !

Le contact humain et les échanges avec les producteurs et les autres adhérents nous plaisaient beaucoup !

Nous étions encore étudiants, mais Chéri était en contrat de professionnalisation, donc nos moyens étaient sans doute un peu supérieurs à ce qu’ils étaient lors de mes premières années d’étude. Pour autant, on ne roulait pas non plus sur l’or. Ce système de commercialisation était toutefois dans nos moyens sans grever notre budget.

L’AMAP nous fournissait tous les légumes pour la semaine, et nous a permis de découvrir plein de légumes anciens ou peu vendus en grande surface. Nous avons ainsi fait de belles découvertes (miam la courge spaghetti et le rutabaga !) et de moins bonnes (youhou, du topinambour…). Le fait d’avoir des légumes frais et donc périssables dans le frigo nous a aussi encouragés à plus cuisiner et à limiter le gaspillage. Finalement, on faisait plus d’économies qu’en achetant plein de trucs au supermarché que l’on aurait fini par jeter.

Si tu trouves le système des AMAP trop contraignant, il existe d’autres propositions, comme par exemple « La Ruche qui dit Oui », où tu peux commander en fonction de tes besoins, et non toutes les semaines.

Parallèlement, nous avons aussi considérablement réduit notre consommation de viande. Plus question d’en manger à tous les repas : un jour sur deux (voire moins) suffit amplement pour répondre aux besoins du corps.

Les économies ainsi réalisées nous ont permis d’arrêter d’acheter de la viande en grande surface et de préférer le petit boucher-charcutier du quartier. La différence de tarif n’est pas forcément très élevée, mais la différence de qualité est bien là ! Cerise sur le steak, on sait que le prix payé au producteur est plus avantageux.

Comme nous avons la chance d’avoir un congélateur, il nous arrive aussi régulièrement de commander des colis de viandes diverses via le réseau des AMAP.

J’ouvre une petite parenthèse de quelques lignes pour t’expliquer comment fonctionne mon oncle, qui est éleveur de bovins en Auvergne, pour arriver à gagner sa vie. Il produit trois sortes de vaches dans le même élevage :

  • les « vaches Carrefour », croisement de différentes races sélectionnées pour leur rentabilité, avec beaucoup plus de gras et nourries avec des farines et des aliments de piètre qualité,
  • les « vaches boucher classique », qui peuvent être issues également de croisements de différentes races mais qui sont nourries avec des aliments de meilleure qualité et de la bonne herbe,
  • et enfin les « vaches AOC Salers » issues de la race auvergnate des Salers (on ne prononce pas le « s » final, sous peine de passer pour un touriste parisien !), de qualité supérieure, qui sont commercialisées chez les bouchers de la région ou dans des magasins de producteurs.

Depuis que nous avons tous les deux un emploi, nous continuons sur cette lancée, et essayons de passer de plus en plus via les magasins de producteurs, les magasins du style « Biocoop » et les petits commerçants de quartier. Nous limitons nos achats en grande surface à tout ce qu’on ne trouve pas ailleurs. Quand c’est possible, nous essayons aussi de consommer des produits issus du commerce équitable.

À notre petite échelle, on ne va sans doute pas changer le système. Mais si nos petits actes d’achat citoyens peuvent améliorer les conditions de vie de quelques agriculteurs et leur permettre de maintenir leur activité, c’est déjà une grande joie ! Sans compter qu’en contrepartie, nous avons le plaisir de consommer des produits de qualité (je n’ai jamais eu autant de compliments sur une assiette de carottes !).

Et je croise très fort les doigts pour que le rapport de force entre grands distributeurs et producteurs puisse s’équilibrer et que les agriculteurs français voient enfin leurs productions rémunérées à leur juste valeur !

Je n’en ai pas trop parlé dans cet article, car le sujet est complexe, et je ne suis pas une experte, mais je ne peux quand même pas te quitter sans avoir dit un petit mot sur la PAC !

Pour faire simple (voire un peu simpliste), cette subvention aux agriculteurs, gérée par l’Union Européenne, a pour vocation d’aider les producteurs. Les pays de l’UE cotisent dans un « pot commun », qui est ensuite redistribué aux agriculteurs de l’UE selon divers critères, notamment le nombre de bêtes ou d’hectares détenus par les exploitants.

Le problème est triple dans ce système :

  • à l’échelle française, non seulement les agriculteurs sont dépendants de ces aides (car elles les obligent à pratiquer des prix trop bas, c’est un peu un cercle vicieux), mais ceux qui touchent le plus d’aide sont les plus gros exploitants, ceux qui devraient logiquement en avoir le moins besoin !
  • à l’échelle européenne, les agriculteurs français pointent du doigt la concurrence déloyale des agriculteurs espagnols, soumis à des règles plus souples,
  • enfin, à l’échelle mondiale, les petits producteurs des pays en voie de développement souffrent de l’agriculture européenne subventionnée qui vient envahir leurs marchés. Par exemple, le lait français coûte moins en Guinée que le lait local, et c’est la même chose pour le poulet, et plein d’autres produits…

De quoi en perdre le sommeil, même en comptant les moutons (ha ha) !

Je te laisserai sur cette phrase scandée par quelques amis agriculteurs : « Dans sa vie, on a tous besoin un jour d’un médecin, d’un dentiste ou d’un ingénieur, mais tous les jours, trois fois par jour, on a besoin d’un agriculteur ! »

Et toi, tes convictions ont fait évoluer ta façon de manger ? Tu fais partie d’une AMAP ou tu hésites encore ? Tu fais partie ou voudrais faire partie d’une association ? Viens donc en parler !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

Commentaires

7   Commentaires Laisser un commentaire ?

sarah

Fille d’agriculteur, je te remercie pour cet article très clair! j’essaye moi aussi d’éviter les intermédiaires et je privilégie les légumes et fruits de saison. Par contre dans mon coin paumé il n’y a pas beaucoup d’AMAP et il n’y a pas de ruches… du coup je privilégie les magasins bio et biocoop. Je suis très viande mais j’ai tellement eu l’habitude de manger les vaches de mon papa que maintenant j’achete rarement de la viande en supermarché. Je préfère de loin ne manger qu’un steack par semaine, mais que ce soit un ‘vrai’ steack!

le 21/08/2015 à 08h48 | Répondre

Marjolie

Je suis très sensible au sujet depuis plusieurs années. En région lyonnaise, il y a plein de producteurs d’à peu près tout et plein d’initiatives pour pouvoir leur acheter directement leurs produits (et c’est aussi moins cher… à mon petit marché bio à la ferme, le steak bio et « artisanal » est moins cher au kilo que le steak conventionnel Carrefour, la personne qui vend des produits d’épicerie vend du saumon sauvage surgelé moins cher que le saumon d’élevage de chez Picard…)
Je suis atterrée quand je pense aux difficultés des agriculteurs et en particulier des éleveurs. Je trouve qu’il n’est pas seulement anormal mais aussi vraiment immoral que ceux qui produisent de l’indispensable, ceux qui fabriquent du concret, du tangible, ceux qui travaillent de longues journées tous les jours de l’année peinent à vivre de leur travail, alors que notre système permet à certains qui ne produisent rien de s’en mettre plein les poches…

le 21/08/2015 à 09h57 | Répondre

Marina

Petite parenthèse sur la chrononutrition sans rapport avec ton sujet : le principe est aussi d’adapter les repas en fonction de la nature des aliments : le matin le corps a besoin de protéine qu’il n’assimilera pas bien le soir ; le sucré consommé l’après-midi est rapidement brûlé par l’organisme, etc… du coup on mange de tout, rien n’est interdit, mais on privilégie tel type d’aliments pour tel repas. Plusieurs femmes de ma famille s’y sont mises et ont perdu plusieurs kilos, et comme ce n’est pas un régime de restriction mais une modification des habitudes de vie, le résultat est durable…
Et sinon par curiosité, ton oncle est éleveur dans quel coin d’Auvergne ? Je connais bien 😉

le 21/08/2015 à 10h02 | Répondre

Mangue

Désolée j’ai mis un peu de temps à répondre aux commentaires (en vacances, déconnexion, tout ça… )
J’avoue que je ne suis pas une experte en chrononutrition mais le principe de base me semblait si.. basique! Mais je me suis un peu plus renseignée suite à ton commentaire et effectivement on trouve des exemples de menus sur Internet, ça n’est pas trop contraignant et me rappelle assez les principes d’une alimentation équilibrée et d’un rythme de vie sain, avec un aspect de calcul des quantités nécessaires de chaque aliment selon nos besoins.. seul hic, il n’y a jamais de dessert dans les exemples de menus proposés!
Mon oncle est éleveur dans le cantal. Ah l’Auvergne, une région superbe et les salers sont les plus belles vaches du monde!

le 24/08/2015 à 22h28 | Répondre

Rosy

Pour compléter tes propos sur les « systèmes alternatifs », je rajouterai les monnaies locales.
Il s’agit d’un système qui permet de soutenir l’économie locale, notamment les agriculteurs.
Vente directe, produits locaux de qualité, les arguments sont nombreux. Le principe est que l’argent que l’on dépense circule un maximum sur le territoire plutôt que d’aller enrichir les multinationales comme c’est la cas quand on achète en grande surface…
Et pour le consommateur, c’est un peu comme un label de confiance (un peu du genre « vous pouvez y aller c’est local et c’est bon » 😉 !!)
Par exemple en Auvergne dans le Puy-de-Dôme, il y a la « Doume ». N’hésitez pas à vous renseigner sur ces monnaies locales il y en a peut-être chez vous, elles sont en plein développement !

le 21/08/2015 à 14h39 | Répondre

Mangue

Très bonne remarque Rosy! À Toulouse nous avons le sol violette, ça fonctionne plutôt pas mal mais il me semble que ça reste assez limité à un cercle de convaincus et de bénévoles des associations concernées, difficile de toucher le grand public!

le 24/08/2015 à 22h33 | Répondre

MlleMora

C’est super intéressant, et ça fait plusieurs mois, que dis-je, années, qu’avec mon chéri on se dit qu’il faudrait qu’on soit un peu plus responsables, mais on a du mal à changer nos habitudes, c’est pas évident, mais on fait des petits pas vers une consommation responsable…

le 23/08/2015 à 20h46 | Répondre

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