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Lecture féministe : 3 raisons de lire Mona Chollet


Publié le 10 janvier 2019 par Pippa

La rencontre

Un après-midi dans une gare à Bruxelles, je bois un café avec une amie qui est en transit dans la capitale belge pour quelques heures. Le genre d’amie avec qui tu refais le monde, et où tu quittes la conversation avec une liste de films à voir/livres à lire/expos à visiter longue comme un jour sans pain (expression de mamy assumée). Ce jour-là, nous discutons minimalisme, problème de logement et difficulté de me construire un foyer depuis que je suis partie de chez mes parents. Son sage conseil est de me répondre « Tu DOIS lire Mona Chollet ».

Comme toujours, je laisse traîner le post-it avec ses recommandations un certains temps, puis me décide à le commander (après 2 ou 3 rappels à l’ordre de la part de mon amie). Et depuis, je répète à toutes personnes intéressées par l’un des sujets de ses essais : « Tu DOIS lire Mona Chollet ». Peut-être que toi aussi lectrice, l’un de ses sujets te parle.

Mais avant-tout, qui est Mona Chollet ? C’est une journaliste et écrivaine franco-suisse, qui écrit principalement sur le féminisme (mais pas que). Je vais te présenter ici brièvement trois de ses essais les plus populaires, j’espère qu’ils te donneront envie de les ouvrir (et de les partager). Sache qu’ils sont disponibles gratuitement en ligne sur le site de l’éditeur, ce qui est une très bonne chose pour les « lecteurs sur écran » et les curieux (j’avais commencé ainsi mais ai fini par les commander au format papier par confort, on ne change pas).

Crédits photo : Photo personnelle.

Chez soi – 2015

A lire gratuitement en suivant ce lien.

Le foyer, un lieu de repli frileux où l’on s’avachit devant la télévision en pyjama informe ? Sans doute. Mais aussi, dans une époque dure et désorientée, une base arrière où l’on peut se protéger, refaire ses forces, se souvenir de ses désirs. Dans l’ardeur que l’on met à se blottir chez soi ou à rêver de l’habitation idéale s’exprime ce qu’il nous reste de vitalité, de foi en l’avenir.
Ce livre voudrait dire la sagesse des casaniers, injustement dénigrés. Mais il explore aussi la façon dont ce monde que l’on croyait fuir revient par la fenêtre. Difficultés à trouver un logement abordable, ou à profiter de son chez-soi dans l’état de « famine temporelle » qui nous caractérise. Ramifications passionnantes de la simple question « Qui fait le ménage ? », persistance du modèle du bonheur familial, alors même que l’on rencontre des modes de vie bien plus inventifs…
Autant de préoccupations à la fois intimes et collectives, passées ici en revue comme on range et nettoie un intérieur empoussiéré : pour tenter d’y voir plus clair, et de se sentir mieux.

Mon avis : C’est donc par cet essai que j’ai commencé. Une fois l’intro (un peu longue) passée, j’ai été happée par les faits évoqués, m’ouvrant les yeux sur des évidences jusqu’alors invisibles pour moi. J’ai été surprise de découvrir la quantité incroyable d’aspects liés au « domicile/cocon » qui y sont abordés. J’ai particulièrement apprécié les chapitres sur la critique de la tenue du ménage par une vraie fée du logis (ce que je ne suis pas)  et celui sur l’incursion des réseaux sociaux dans nos espaces privés (nous ne sommes plus jamais seuls). Ce livre évoque aussi l’importance d’un « cocon », quand la société glorifie le mode de vie « nomade », avec par exemple le succès des tiny houses. Bref, un essai pas forcément long mais plutôt dense en information, dont sans doute l’un ou l’autre sujet qui te parlera plus.

Beauté Fatale – 2012

A lire gratuitement en suivant ce lien.

Soutiens-gorge rembourrés pour fillettes, obsession de la minceur, banalisation de la chirurgie esthétique, prescription insistante du port de la jupe comme symbole de libération : la « tyrannie du look » affirme aujourd’hui son emprise pour imposer la féminité la plus stéréotypée. Décortiquant presse féminine, discours publicitaires, blogs, séries télévisées, témoignages de mannequins et enquêtes sociologiques, Mona Chollet montre dans ce livre comment les industries du « complexe mode-beauté » travaillent à maintenir, sur un mode insidieux et séduisant, la logique sexiste au cœur de la sphère culturelle.
Sous le prétendu culte de la beauté prospère une haine de soi et de son corps, entretenue par le matraquage de normes inatteignables. Un processus d’autodévalorisation qui alimente une anxiété constante au sujet du physique en même temps qu’il condamne les femmes à ne pas savoir exister autrement que par la séduction, les enfermant dans un état de subordination permanente. En ce sens, la question du corps pourrait bien constituer la clé d’une avancée des droits des femmes sur tous les autres plans, de la lutte contre les violences à celle contre les inégalités au travail.

Mon avis : Second essai que j’ai lu et qui a été une seconde claque. Le sous-titre de celui-ci est « les nouveaux visages d’une aliénation féminine » et recense les moyens actuels de pression sur le corps des femmes. Je l’ai prêté à une amie qui m’a dit n’avoir rien appris de neuf dans cette lecture. Certes, ça se défend et tu es surement déjà au courant de la « pression du bikini » en été mais je trouve que voir rassemblé sous forme de livre tout ce qui ne va pas permet vraiment de prendre conscience de l’ampleur du problème. En plus, comme pour tous les essais, des tas de liens bibliographiques/cinématographiques sont recensés en bas de pages, ce qui permet de prolonger les recherches. Pour l’anecdote, dans celui-ci, j’ai particulièrement aimé l’analyse de Gossip Girl, une série que j’adore mais qui se révèle en fait être problématique, en raison notamment de ses propos aseptisés par rapport aux bouquins dont elle est tirée.

Sorcières – 2018

A lire gratuitement en suivant ce lien.

Qu’elles vendent des grimoires sur Etsy, postent des photos de leur autel orné de cristaux sur Instagram ou se rassemblent pour jeter des sorts à Donald Trump, les sorcières sont partout. Davantage encore que leurs aînées des années 1970, les féministes actuelles semblent hantées par cette figure. La sorcière est à la fois la victime absolue, celle pour qui on réclame justice, et la rebelle obstinée, insaisissable. Mais qui étaient au juste celles qui, dans l’Europe de la Renaissance, ont été accusées de sorcellerie ? Quels types de femme ces siècles de terreur ont-ils censurés, éliminés, réprimés ?
Ce livre en explore trois et examine ce qu’il en reste aujourd’hui, dans nos préjugés et nos représentations : la femme indépendante – puisque les veuves et les célibataires furent particulièrement visées ; la femme sans enfant – puisque l’époque des chasses a marqué la fin de la tolérance pour celles qui prétendaient contrôler leur fécondité ; et la femme âgée – devenue, et restée depuis, un objet d’horreur. Enfin, il sera aussi question de la vision du monde que la traque des sorcières a servi à promouvoir, du rapport guerrier qui s’est développé alors tant à l’égard des femmes que de la nature : une double malédiction qui reste à lever.

Mon avis : Il est tout beau, tout chaud, car il est sorti en septembre 2018. Quand j’ai appris le sujet, je trépignais d’impatience et l’ai immédiatement précommandé. La sorcellerie « historique » n’est essentiellement abordée que dans l’introduction, mais les chapitres suivants exposent trois portraits de « sorcières modernes » (femme indépendante, femme sans enfant et femme âgée). Quand j’ai fait la connaissance de mon copain, je me suis présentée à lui comme étant une (gentille ?) sorcière pour le faire rire, de par ma passion pour la botanique. Plutôt drôle, non ? (non)

Étant une trentenaire sans enfant par choix qui a appris à ne pas trop compter sur un homme, tu comprends sans doute pourquoi ce livre m’a particulièrement parlé. Il regorge d’informations sur des sujets divers et actuels, comme par exemple, le contrôle du corps des femmes par les médecins et les violences gynécologiques qui en découlent. C’est bien ancré en nous que la visite chez le gynéco, c’est une fois par an. Mona Chollet nous interroge alors en ce sens : passons-nous également un examen médical annuel pour contrôler nos poumons ? Est-ce que les hommes contrôlent l’état de leur appareil reproducteur chaque année ? Je ne pense pas. Alors, pourquoi nous effrayer avec ce contrôle obligatoire de notre organe reproducteur qui peut « dégénérer en cancer du jour au lendemain si tu loupes une visite médicale » ? Bref, ce n’est que l’un des nombreux sujets à débats évoqués dans ce livre, que je te recommande chaudement si tu veux en savoir plus (oui, la propagande continue).

Voila voila, il y a beaucoup à dire encore et je ne vais pas spoiler tout le contenu de ces essais mais la discussion peut évidemment se poursuivre en commentaires !

As-tu aimé cet article « lectures » ? Aimes-tu lire des auteurs féministes ? Si oui, lesquel(le)s ? Connaissais-tu Mona Chollet ? Es-tu, toi aussi, une sorcière ? Dis-moi tout en commentaire !

Commentaires

6   Commentaires Laisser un commentaire ?

Die Franzoesin (voir son site)

On m a aussi conseillé cette lecture récemment, parce que je ne veux plus me teindre les cheveux – entre autres. Spontanément je crois que le deuxième essai me parle le plus, je le note donc pour mes livres à lire 2019 !

le 10/01/2019 à 12h51 | Répondre

Pippa (voir son site)

C’est vrai que Mona Chollet y évoque le cas de Sophie Fontanelle qui a décidé d’assumer ses cheveux naturels. Un bel exemple à suivre et bonne lecture 🙂

le 10/01/2019 à 14h13 | Répondre

Caroline (voir son site)

j’ai lu beauté fatale, et je l’ai offert ensuite à ma meilleure amie… le genre de bouquins qu’il faut faire tourner ;D

le 10/01/2019 à 13h25 | Répondre

Pippa (voir son site)

Tu as tout à fait raison !

le 10/01/2019 à 14h11 | Répondre

Eldoé

J’avais entendu parler de sorcières mais n’avais pas spécialement accroché au descriptif. Sur tes conseils, j’ai commencé de lire chez soi.
Merci!! J’adore (même si le sujet est dur)!

le 11/01/2019 à 16h06 | Répondre

Pippa (voir son site)

Oh, merci pour ton retour 😉
Bonne lecture !

le 11/01/2019 à 18h41 | Répondre

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