Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien chez soi !

J’ai survécu à un incendie


Publié le 31 mars 2015 par Creamy

Je suis sure que tu t’es déjà demandé comment tu réagirais devant une situation d’urgence comme un incendie. En tout cas, moi, je m’étais posée la question de temps en temps. Savoir ce que je choisirais de sauver en premier. Les photos, les souvenirs chers à mon cœur, ce genre de choses. Sans enfants, je pensais surtout au côté matériel. Eh bien laisse moi te dire que le moment venu, tu oublie tout ce à quoi tu pensais jusque-là. Laisse-moi te raconter mon expérience…

Nous sommes à la mi-mai 2005. Il est a peu près minuit et demi. Je vis chez mon petit copain de l’époque dans un F1 de la rue d’Arras, à Saint Omer. Notre appartement était au deuxième étage : un logement tout en longueur, avec au fond une salle de bain, avec un trou énorme dans le plancher au niveau des WC. Oui oui, on pouvait pratiquement faire coucou aux voisins du dessous en faisant notre popo ! Ensuite, une petite kitchenette, et dans la pièce d’à côté, une grande salle qui nous servait de chambre à coucher, salle à manger et salon.

L’immeuble était relativement vieux, et très mal entretenu. On peut le qualifier d’insalubre. Les escaliers étaient très abimés, et tout était majoritairement construit en bois. En face de chez nous et au rez-de-chaussée, un couple et leur fils, qui ont été placés sous curatelle, occupent les deux autres appartement. Au-dessus de chez nous, un couple de jeunes, comme nous. Oui parce que j’avais 23 ans.

Ce soir-là, je suis au lit pendant que mon copain joue à World of Warcraft sur son ordinateur. Un peu plus tôt dans la soirée, le voisin est venu cogner à notre porte 2 fois pour nous réclamer des cigarettes. Régulièrement de toute façon, il y a souvent des bruits de disputes et des cris, à notre étage. À force, on n’y prête plus attention. Pour la petite histoire, je dors nue. Je ne dis pas ça pour donner un petit côté érotique à mon histoire, mais tu verras, ça aura son importance.

Il est environ une heure du matin lorsque des bruits se font entendre dans l’immeuble. J’ouvre un œil et je me rendors. Mon copain a son casque sur les oreilles, il joue en ligne avec ses amis, il n’entend rien. Une dizaine de minutes plus tard, on cogne à la porte. Doucement d’abord, et comme je n’ai pas envie de me lever, ça finit par cogner tellement fort que la porte (en bois rappelle-toi) tremble. Mon copain se lève cette fois, et il ouvre la porte.

Il n’y a plus personne derrière et il referme en jurant. Il se remet sur son jeu. Encore aujourd’hui, je me demande comment il a fait pour ne rien voir, bref. Pour le coup, je suis complètement réveillée et je me lève pour aller aux WC. En arrivant dans les toilettes, je vois de la fumée sortir du trou. Et l’odeur de brulé, évidemment, qui commence à se faire sentir. Je me précipite dans la salle et je crie (oui enfin, je gueule comme un putois) à mon copain qu’il y a le feu.

j'ai vécu un incendie

Crédits photo (creative commons) : Arcadiuš

Je suis toujours en tenue d’Eve et j’étais à la limite de quitter l’appartement comme ça. J’attrape un pantalon un pull au passage que j’enfile a la va vite. Je mets mes baskets, je vois mon téléphone et mon portefeuille sur le bureau, j’attrape tout ça… et je m’enfuis. Mon copain et mon chat étaient dans l’appartement aussi, mais je m’enfuis, sans penser à rien d’autre qu’à survivre. Dans le couloir de l’étage, la fumée est partout, il fait une chaleur insoutenable, j’ai du mal à respirer. Entre le moment où je suis sortie de l’appartement et celui où j’arrive sur le trottoir en bas, je n’ai absolument rien vu. Il y avait le feu partout mais j’étais dans un tel état de panique et l’adrénaline était si forte que je n’ai rien percuté.

Mon copain prend le temps de fermer la porte à clef avant de me rejoindre… Comme quoi, on a vraiment des réflexes idiots. Il a essayé d’attraper le chat, mais celui-ci, paniqué également, s’est caché. Alors il a ouvert la fenêtre. Ça n’a fait qu’amplifier le feu. Nous avons retrouvé la dépouille de notre minou quelques jours plus tard quand nous avons pu constaté les dégâts. Il est mort asphyxié.

En bas, je suis en pleine crise de panique. Les pompiers m’ont mis sous oxygène, je pleure sans m’arrêter. Sous nos yeux, notre appartement est dévoré par les flammes. Il y a des bruits d’explosions partout. Nous voyons sortir mes voisins du dessus, à moitié habillés, paniqués eux aussi. On se regroupe, on assiste impuissant à la destruction de nos appartements. À la perte de nos affaires, de nos souvenirs.

Les voisins arrivent, puis le maire. Ils nous annoncent que nous allons être logés à l’hôtel pour cette nuit. Ma famille vit dans la Drôme, je suis seule dans le nord, je suis désemparée et j’ai l’impression de vivre un cauchemar éveillée.

Les pompiers continueront jusque tard à maitriser l’incendie, qui n’aura fait qu’une seule victime, notre chat. Nous apprendrons plus tard que le feu a démarré au rez-de-chaussée. Le locataire s’est endormi dans un vieux canapé avec sa cigarette. Au lieu d’éteindre le feu dès son réveil, il est monté voir ses parents pour leur demander de l’aide. Ils étaient limités. Le temps qu’ils comprennent ce qu’il convenait de faire, le feu s’était emparé de l’appartement. Ils ont appelé les pompiers, ont frappé à notre porte, et ils sont sortis de l’immeuble.

L’après incendie

Nous avons passé la nuit à l’hôtel. Une nuit blanche, évidemment. Le lendemain après-midi, on est retourné dans notre appartement. On a ouvert la porte et vu pas très loin de l’entrée la dépouille de notre minou. Nous n’avons pas pu entrer. Le plancher était trop endommagé et on sentait le gaz dans la pièce. On a rappelé les pompiers, et nous avons bien fait. Il y avait bien une fuite de gaz.

L’image et l’odeur de notre appartement resteront gravés dans ma mémoire à tout jamais. Nous sommes revenus le lendemain pour prendre des photos, et pour recevoir l’expert pour l’assurance.

Là, nous avons constaté que notre chat n’était plus là. Nos voisins étaient entrés chez nous pour piller ce qui restait de nos affaires récupérables et l’avaient emporté pour l’enterrer. C’est en allant chez eux pour laver nos mains que nous nous sommes aperçus que certaines de nos affaires étaient chez eux.

En même temps que la nature humaine me dégoutait, une voisine, jusque-là totalement inconnue, me réconciliait avec elle. Cette mère célibataire de 3 enfants nous a pris en charge. Elle nous a fourni le gîte et le couvert, des habits, elle nous a accompagné dans nos démarches pour se reloger.

Passé le choc de l’incendie, j’ai remué ciel et terre pour qu’on soit dignement relogés. J’ai adressé une lettre au maire pour mettre en avant l’état insalubre de l’immeuble, que nous demandions son appui pour trouver un autre appartement. Côté HLM, il n’y avait rien du tout. Je me suis dirigée vers les agences. À l’aide de la tante de mon copain et de mes appels à l’aide, nous avons fini par obtenir un appartement non loin du nôtre, qui avait récemment été rénové, et ce malgré nos chômages à tous deux. Le maire, pour nous aider, a trouvé un petit travail à mon copain. Ça nous a aidé à reconstruire un peu nos vies. Côté assurance, nous avons récupéré presque 3000 euros. Compte tenu de ce qu’il y avait dans l’appart, on s’en est pas si mal sorti.

Une semaine plus tard, pas loin de notre immeuble dévasté, un autre immeuble insalubre a pris feu pour les mêmes raisons. Il y a eu cette fois une victime humaine. Dans un appartement, les pompiers ont retrouvé un élevage de chatons illégal. Il y en avait une trentaine. Nous avons contacté la SPA pour adopter un de ces petits chatons, en hommage au nôtre qui n’avait pas survécu, et quand la police nous l’a permis, nous en avons choisi un.

Cet incendie a eu un impact incroyable dans ma vie. Jusque là en dépression suite à une fausse couche tardive 5 mois plus tôt, j’ai décidé de repart à zéro. Je n’avais plus rien de toute façon. J’ai quitté mon copain, avec qui je n’étais de toute façon plus en phase depuis longtemps. J’ai quitté le nord et j’ai rejoins ma famille dans la Drôme. Ça n’a pas été facile, mais j’ai réussi à m’en sortir. J’ai même rencontré le père de mon fils quelques mois plus tard.

Aujourd’hui, je suis phobique du feu et des bruits d’explosions (jusqu’au bruit des ballons de baudruche qui éclatent, pour tout te dire… ) et je pars en panique dès que j’ai du mal à respirer. Mais bon, je me soigne…

Et toi ? Tu as déjà vécu un incendie ? Comment as-tu réagi sur le moment ? Comment as-tu vécu la période qui a suivi ? Viens en discuter…

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

Commentaires

8   Commentaires Laisser un commentaire ?

Madame Licorne (voir son site)

Oh là là ma pauvre ! je n’ai jamais vécu ce genre d’expérience mais j’avoue que j’ai le feu et les incendies en horreur ! j’ai qu’une trouille c’est être un jour confrontée à ça ! je vérifie trois fois avant de partir que le gaz est bien coupé… mais malheureusement comme pour ton expérience on n’est pas à l’abri d’un voisin qui oublie une cigarette ou une casserole sur le feu ou encore d’un problème électrique…
J’imagine le choc, ça a du être difficile de s’en remettre ! bon courage !

le 31/03/2015 à 09h32 | Répondre

Madame Rose

pffiouuuuuu ça fait flipper ! Honnêtement, je ne sais pas comment je réagirai, comme toi, avec mon mari, nous sommes d’accord sur ce qu’il faut embarquer avant tout : nos papiers d’identité. Un couple d’ami à nous a connu la même chose dans leur maison et ils ont TOUT perdu, refaire les papiers a été une galère sans nom. Ils nous ont donné quelques ficelles du type faire stocker des scans d’un maximum de justificatifs d’achat de ce que nous avons dans la maison, faire des photos des bijoux portés et de la maison en général pour aider l’expert en assurance. Nous avions l’intention de faire tout ça puis le temps passe et nous ne l’avons toujours pas fait. Ton article fait remonter cette crainte à la surface et je pense que je vais passer une partie de mon weekend à faire le nécessaire.
Pour les animaux, nous avons de la chance, nous sommes en maison, donc en rez-de-chaussée. Désolée pour ton petit chat.

le 31/03/2015 à 09h32 | Répondre

Maelisa

C’est une très bonne idée ces astuces. Il faudrait effectivement avoir des documents scannés et enregistrés sur des centres de sauvegarde…

le 31/03/2015 à 12h08 | Répondre

Madame Fleur (voir son site)

J’imagine assez bien ton traumatisme. Comme toi, j’avais imaginé ce qui se passerait si j’étais confronté à un incendie et en fait ta réaction est complètement différente. J’ai vécu un incendie sur mon lieu de travail. J’étais seule, je m’en suis rendu compte très vite mais cela s’est propagé très rapidement. Comme toi, je n’ai rien pris à part mon manteau et mon sac. Je n’ai pas pensé une seconde à chercher l’instincteur comme cela m’a été reproché mais en même temps, je n’avais pas eu de formation donc je ne suis pas sûre que j’aurais su l’utiliser. Depuis, j’ai eu une formation. Mais je suis toujours anxieuse quand je suis dans un endroit avec du gaz et je verifie régulièrement que certains appareils sont débranchés.

le 31/03/2015 à 09h45 | Répondre

MlleMora

Waouh… quelle histoire, effectivement, la première réaction est celle de l’instinct de survie j’imagine… Ca a dû être vraiment traumatisant, pas étonnant que tu aies peur maintenant.
Il y avait eu un incendie dans mon immeuble la nuit du jour de l’an, j’étais enceinte de 8 mois et toute seule à l’appart, j’avoue que j’ai bien flippé, heureusement, les pompiers étaient là très vites et nous ont rassuré en allant voir chaque appart occupé (j’étais au 17ème et le feu a pris au 3ème, il n’a jamais atteint mon étage)

le 31/03/2015 à 10h46 | Répondre

Nya (voir son site)

Cet incendie t’a à la fois traumatisée et permis de prendre un nouveau départ, on peut le voir comme un événement aux conséquences positives, avec le recul. Mais quel traumatisme, et pauvre petit chat 🙁

J’ai connu les fuites de gaz de l’immeuble, avec intervention des pompiers, périmètre de sécurité, la totale. Les deux fois, j’ai pris mes papiers, mon pc portable (c’est mon outil de travail, toute mon entreprise est dessus, tous mes revenus en dépendent = vital) et mon chat dans sa cage.

Heureusement, ce n’était pas des situations critiques comme la tienne, où la moitié de l’immeuble est déjà en feu, j’ai eu quelques minutes pour sortir le chat de sous le lit. J’y pense de temps en temps, et je garde toujours la cage du chat dans un endroit accessible. En ce moment, on habite au rez-de-chaussée, s’enfuir serait facile, mais quand on est en étage, ce n’est pas la même chose.
j’espère ne jamais vivre ce genre de situations, même si au Canada, il y a des détecteurs de fumée partout, impossible qu’un incendie se déclare sans qu’on le sache dès les premiers instants.

le 31/03/2015 à 15h51 | Répondre

Philyra

Ca ne m’ai jamais arrivé (ouf !) et maintenant, je vis dans une maison équipée de détecteurs, donc le risque est moins élevé (mais toujours présent).
Par contre, c’est arrivé à ma soeur. Elle vit dans un immeuble bas de seulement 2 étages, au-dernier. Un incendie s’est déclaré au rez-de-chaussée. Elle n’a pas pu attraper son chat, mais celui de ma mère (appart à côté) s’est laissé attraper. Heureusement, les pompiers ont été rapides : la fumée n’a pas eu le temps de se propager et son chat n’a rien eu.

le 31/03/2015 à 19h24 | Répondre

Madame Pinpon

Merci pour ton article…
Comme l’indique mon pseudo, j’ai connu plusieurs incendies, mais heureusement pour moi, jamais du côté victime.
En 12 ans de services, les incendies sont toujours vécus comme un désastre. Devoir se reloger, continuer sa vie alors que ses souvenirs sont détruits, vêtements, papiers… Le plus dur dans le matériel, dans ce qu’on me dit, ce sont les photos. Je ne parle pas des pertes autre que matérielles, facilement imaginables dans la douleur qu’elles causent.
En te lisant, je me suis imaginée en train d’essayer d’attraper mon chat dans un moment pareil, impossible. La panique ou la peur dans la voix ne ferait que de lui donner l’envie de se cacher encore plus… Pauvre petite bête.
Chez moi, j’ai extincteur et détecteur de fumée depuis toujours. Je milite depuis longtemps pour l’équipement de détecteurs, avant que cela soit obligatoire.
Et quelle rage j’ai à chaque fois que j’entends que « les détecteurs ce sont juste une façon d’enrichir l’état », ou des « ça sert à rien ça sonne tout le temps ». NON !!
Puisse ton reportage éclairer un peu ces personnes très mal renseignées et/ou de mauvaise foi… Mon expérience a des histoires encore plus tristes à raconter mais ça ne semble pas faire mouche à chaque coup. :/
Et pour finir sur une note plus gaie, une fois, j’ai sauvé deux cochons d’Inde de l’asphyxie, ça a fait gentiment rire mes collègues, mais j’étais trop fière de moi ^^

le 12/01/2017 à 10h54 | Répondre

SI TU SOUHAITES RÉAGIR C'EST PAR ICI !

As-tu lu notre Charte des commentaires avant de publier le tien ?