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Comment on vit 18 ans en dépression et comment on peut s’en sortir


Publié le 29 avril 2014 par Miss Jiu

Aujourd’hui, je vais te parler de la dépression (tatatam). Et oui, sortons tous de suite les grands mots, car en voilà un qui fait beaucoup de bruit et qu’on entend souvent… voire qu’on utilise des fois à tort et à travers.

Il ne faut pas en effet confondre dépression et déprime, cette déprime qui peut te toucher à un moment de ta vie, dans des circonstances particulières (rupture, perte d’emploi, décès …) et qui a beaucoup de symptômes similaires à la dépression (envie de rien, morosité, irritabilité, voire même pensées suicidaires). Mais ce qui la distingue de la dépression, c’est notamment la durée d’affectation. Une déprime est passagère, et la dépression dure.

C’est bien de dépression dont je vais parler. Comment vit-on, au quotidien, quand on est dans cet état psychique ? Cette situation, c’est la mienne. Peut-être es-tu dans le même cas. Alors, au travers de mon expérience, voici quelques clés pour commencer à aller mieux. Car on touche là un premier point de la dépression : on n’a jamais l’impression qu’on ira mieux un jour. Mais c’est faux !

Le début de la dépression

J’ai 27 ans et je suis en dépression depuis plus d’une dizaine d’années. Je ne sais pas exactement quand, nous recherchons le point de départ avec mon médecin. Probablement depuis 18 ans, en fait.

18 ans, ça laisse le temps de passer par divers stades. Pour commencer, l’hyper-contrôle, ce sentiment un peu agressif qu’il faut être parfait, ce sentiment d’anxiété quand on est avec les autres, l’impression de ne jamais être à la hauteur, et de s’escrimer encore et encore.

Un sentiment aussi de ne jamais être à sa place. À ce moment-là, j’étais au collège. Je me cachais dans toutes les infirmeries que je croisais, quand les cours devenaient insupportables, quand c’était trop dur. J’ai développé des migraines en série. J’ai aussi passé mon temps de récréation, les pauses de midi et tout ce temps libre d’école, au sein de la bibliothèque. Je me perdais dans la lecture, j’étais isolée. Je souffrais de cette isolation, mais toute tentative pour en sortir me plongeait encore plus dans les affres de la morosité.

bibliothèque

Crédits photo (creative commons) : My name's axel

Je ressentais un immense vide, que je tentais de combler par des pulsions alimentaires. Quand ma mère s’en est rendue compte, j’ai commencé à voler de la nourriture dans les placards pour me remplir. Toujours plus, toujours cachée. Comment ne pas se faire prendre ? Je trichais, je mentais, je cachais, et je me gavais.

Quand la dépression s’aggrave

Puis je suis passée à une autre étape. Certains peuvent rester dans l’hyper-vigilance, moi j’ai changé. Je suis allée vers une agressivité beaucoup plus marquée, et un grand vague à l’âme. Le sentiment d’être nulle, que personne ne nous aime, d’être totalement inutile, la question lancinante du « pourquoi je suis là ? », la susceptibilité exacerbée.

Toutes ces choses étaient déjà présentes, mais je me suis mise à les formuler. Je ne suis pas psy, je ne connais pas les mots qu’il faudrait utiliser pour en parler, mais voilà, c’est ce que ça m’a donné comme impression. Une hyper-vigilance mêlée à ce sentiment tendu d’agressivité et de solitude. Je m’isolais, mais je regrettais la solitude.

Cependant, mon agressivité ne me permettait pas d’en sortir. J’étais comme un lion en cage, qui meurt de faim, et qui mord la personne venue le nourrir.

Au fur et à mesure, l’agressivité s’est retournée vers moi. J’en voulais à tout le monde, mais surtout à moi en particulier. « Qu’est ce qui cloche chez toi !? ». Et là, j’ai commencé l’automutilation. Fourchettes, couteaux puis lames de scalpel pour se couper les bras, les jambes. D’abord un peu, puis beaucoup. Un sentiment intense de soulagement me soulevait le cœur à chaque entaille.

À cette époque, je venais de commencer mes études supérieures. J’étais sous pression, et ça a exacerbé toutes les tensions qui me tiraillaient.

La boulimie est devenue plus compliquée à gérer. Je finissais par dépenser tout mon argent (et même au-delà !) pour acheter de quoi me remplir, encore. Puis je finissais par tout vomir, parce que, quand même, il fallait maîtriser ça aussi. Les idées suicidaires, qui étaient déjà présentes, mais sous-jacentes, se sont mises à sortir au grand jour.

Une infirmière m’a dirigé vers un centre psy étudiant. Je suis passée dans les bras d’un infirmier psy, puis d’un psychiatre. J’ai été bourrée de médicaments. Puis j’ai subi une opération. Ça semble anodin, mais cette opération concernait ma poitrine : image de soi, du corps, de ce que les autres pensent.

J’ai arrêté de me faire vomir et les crises de boulimie ont continué. J’ai pris 15 kilos en 6 mois. J’avais touché le fond. Et je suis repartie sur l’hyper-vigilance et le contrôle absolu pour m’en sortir. J’ai maîtrisé toute la nourriture que je mangeais, je contrôlais absolument tout de ma vie, et ça m’a permis de vivoter, un peu.

Je t’explique tout ça pour te montrer que, quelque part, quand on croit qu’on a touché le fond ou quand on croit qu’on s’en est sorti, ce n’est pas vrai.

Ce que je faisais, c’était une fuite en avant. Mon hyper-contrôle me permettait toujours de sortir juste assez la tête de l’eau pour pouvoir tenir en apnée lors de la prochaine vague.

J’alternais les moments particulièrement dévastateurs avec ces moments de contrôle absolu, qui me tenaient en vie. Quand ça devenait trop dur, je partais. Changement d’études, de lieu, et même de pays. De l’hyper activité aussi, pleins de projets. Et dès que je me retrouvais à nouveau posée, dès que j’étais seule avec moi-même, la douleur lancinante revenait.

solitude chambre jeune femme

Crédits photo (creative commons) : coloredgrey

Sortir la tête de l’eau

C’est comme ça qu’un jour, après avoir été redirigée par un médecin généraliste vers un centre de soin psy, je me suis retrouvée à l’hôpital. Un mois chez les fous, dirions-nous. Quand on va jusqu’à devenir un danger pour soi, il faut savoir accepter la main qu’on nous tend, sans mordre.

Moi, je l’ai fait, parce qu’à ce moment-là, j’étais fiancée, j’avais le boulot que je voulais, et que malgré tout, je touchais le fond. Et pour lui, je devais d’essayer d’aller mieux. Là encore, c’était une erreur de ma part. Je n’aurais pas dû le faire pour lui, j’aurais dû le faire pour moi. Mais dans ces moments-là, j’étais trop centrée sur ma douleur pour penser à me faire du bien.

Quand on touche le fond, il faut se raccrocher à la seule chose qui donne envie d’essayer quand même : son chéri, sa sœur, sa mère, son père, son grand-père disparu, son chat. N’importe qui, n’importe quoi, tant que ça permet de se donner ce dernier sursaut.

Une grande part de la dépression, c’est la culpabilité. Je me sentais toujours coupable d’aller mal. Je me disais : « Tu n’as aucune raison d’aller mal ! », « Il y a des gens qui souffrent tellement plus que toi ! ». Et je ne pensais pas que je méritais d’aller mieux. Pire que ça, je pensais que je n’avais pas le droit d’aller mal. Et donc pas le droit de demander de l’aide.

J’écris tout ça aujourd’hui pour tendre une main. On ne peut pas comparer les douleurs, parce que quand on souffre, on souffre pleinement. Quelle que soit la chose qui te fais souffrir, tu n’as pas à te sentir coupable de souffrir. En souffrant, tu es une victime, pas une hypocondriaque qui se prend pour une martyre. Et si tu souffres, c’est que tu as une raison de souffrir, quelle qu’elle soit.

En sortant de l’hôpital, je n’allais pas mieux. Ça faisait maintenant des années que le sommeil m’avait fui. Des années que le moindre contact avec d’autres personnes déclenchait chez moi des pics d’anxiétés incroyables.

Des fois, c’était pire, avec des crises qui m’envoyaient aux urgences. Des fois c’était presque gérable. Parfois, je passais ma nuit sans dormir, malgré toutes les pilules du monde. Et parfois, je parvenais à trouver le sommeil.

Vers un nouveau chemin

Ce qui m’a aidée, c’est de tomber sur un psy qui était fait pour moi. Le « je vais aller voir un psy », c’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire. Faire la démarche, c’est très difficile. Et la mauvaise nouvelle : des fois, les psys qu’on trouve ne sont pas du tout adaptés à nous.

Il y a psychiatres, psychanalystes, psychologues, et certains ont des doubles casquettes. Parmi les psychologues, tous n’utilisent pas forcément les mêmes méthodes, et tous n’ont pas la même personnalité.

Alors voilà : si ton psy ne te convient pas, change. Oui, ça t’a demandé de la force de pouvoir oser y aller, mais cela ne sert à rien si ça ne t’aide pas. Et s’il n’est pas adapté, s’il ne te convient pas, tu n’avanceras pas.

marcher vers la lumière dans la forêt

Crédits photo (creative commons) : Hartwig HKD

J’ai vu 6 médecins et infirmiers psy, des psychiatres, des psychologues, avant d’en trouver un qui me convienne. Et pour être honnête, ce sont les circonstances qui m’ont fait changer de médecin, ce n’est pas moi qui ait demandé à le faire.

Mais c’est justement en trouvant ce dernier médecin que je me rends compte que quelque part, les autres n’étaient que des pansements sur une fracture. Ils me soulageaient, mais ça me donnait juste assez de force pour continuer et ça ne m’aidait pas à comprendre et à aller mieux.

Et aujourd’hui ?

Sans mentir, aujourd’hui, ça fait un an et demi que je le vois et oui, ça va mieux. J’ai vécu dans cette année et demi, un mariage, une grossesse, un accouchement. Personne n’y croyait, mais je l’ai fait. Tout en travaillant.

Est-ce que ça y est, je suis « guérie » ? Non, pas encore, et je dirais même loin de là. Mais je ne vais plus aux urgences psychiatriques, j’ai abandonné l’automutilation, même si, des fois, c’est vrai, j’en ai encore envie. Je ne prends plus d’antidépresseur, par choix, parce que je veux être pleinement présente pour mon enfant.

Oui, bien sûr, je continue de souffrir. Ça serait mentir que de dire qu’il peut se passer une semaine sans que je pleure ou ait envie de pleurer. Je survis encore, je ne vis toujours pas. Mais j’ai l’espoir, l’espoir qu’un jour, je puisse vivre enfin. Et ça, c’est déjà un pas en avant.

Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas. Lao Tseu

Les aides qui existent pour réussir à se relever

Pour toi, qui te sens mal, qui es perdue.
Pour toi, qui pleures toutes les semaines, voire tous les jours.
Pour toi, qui ne comprends pas pourquoi ça va si mal.
Pour toi, qui te dis qu’il n’y a pas d’avenir possible.
Pour toi, qui penses que seul survivre existe, et que vivre n’existe pas.
Pour toi, enfin, qui penses l’alimentation comme une arme, et le corps comme un problème.

Il existe des aides gratuites. Des centres de jour, où l’on trouve des gens qui vont mal, aussi, et des gens qui sont là pour aider. Des médecins, des psychiatres, des psychologues, des infirmiers, des aide-soignants.

Ces centres médicaux-psychologiques existent dans les quartiers, ce sont des petites maisons, et on n’y est pas comme dans un hôpital impersonnel et froid. Là-bas les gens sont bienveillants, et ils t’accueillent, avec tes faiblesses, avec tes fragilités. Ils t’aident.

Tout ce qu’ils te demandent, c’est un pas en avant.
C’est de prendre le téléphone, et de les contacter.
C’est de tendre une main, qu’ils puissent te relever.

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

Commentaires

5   Commentaires Laisser un commentaire ?

amélie

merci pour ce témoignage courageux car souvent les gens minimise ce qui n’est ni plus ni moins qu’une maladie.
On s’en sort effectivement avec un ‘vrai’ psychologue et un arrêt de ces médicaments qui ne changent rien.

le 29/04/2014 à 11h26 | Répondre

Miss Jiu

merci amélie pour ton commentaire 🙂
Parfois les médicaments peuvent servir de béquille, pour tenir juste le temps de tendre une main, d’appeler à l’aide. Mais c’est vrai que le « vrai » travail, c’est sur soi qu’il faut le faire, dans sa tête, pour avancer. Et ça prend beaucoup de temps, d’énergie. Et c’est frustrant, et décevant, de voir comment cela peut être pris pour une faiblesse plus que pour une maladie !

le 30/04/2014 à 17h12 | Répondre

Vanouille

Merci Miss Jiu pour ce témoignage !
J’ai eu l’impression de lire ma vie, la boulimie en moins. J’ai 28 ans et je suis passée par les mêmes étapes que toi. Les phases d’hyper-contrôle qui alternent avec les phases où l’on a l’impression de toucher le fond des océans…
Je te souhaite beaucoup de courage et de bons moments et de prendre le temps d’aller mieux pas à pas, à ton rythme. C’est une nouvelle vie qui commence, une vraie aventure ! J’essaye aussi en ce moment et ça demande pas mal d’ajustements :). Bon courage et beaucoup de bonheur avec ta petite famille !

le 29/04/2014 à 15h23 | Répondre

Miss Jiu

Merci Vanouille ! J’avance effectivement. Ca va un peu mieux, on continuer de progresser avec mon médecin, de trouver le pourquoi du comment. Malheureusement le problème alimentaire ne se règle pas du jour au lendemain ! Je vais continuer à travailler dessus, pour m’en sortir vraiment. J’ai pu entrevoir ce qu’il y a derrière, la vraie vie, et ça me semble très prometteur ! J’ai hâte !
Je te souhaite à toi aussi beaucoup de courage. C’est toujours courageux, d’affronter ses démons.

le 30/04/2014 à 17h14 | Répondre

Inno

Je suis très touchée par ce témoignage qui est très courageux, car souvent, quand on est dépressif, on s’entend dire « bouge toi un peu », ou plus gentiment « ça va passer ». Quand on fait une dépression depuis plusieurs années, il faut aussi pas mal de temps pour remonter la pente, mais le principal est là : l’envie de s’en sortir avec l’acceptation de se faire aider par des professionnels. Bon courage sur ce chemin que j’ai connu et dont je peux dire que je suis guérie. Je te souhaite la même chose, mais y’a pas de raison…

le 22/05/2014 à 17h06 | Répondre

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