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Pessah ou la Pâque juive : son histoire, ses coutumes et ses traditions


Publié le 3 avril 2015 par Madame Exubérante

Après Hanoukka, voici l’heure du nouveau billet « culture et tradition » de saison !
Voici le venir le mois d’avril, le soleil, Pâques, la chasse aux œufs, les orgies de chocolats et autres douceurs (qui a encore crié au régime au fond de la salle ?? Qu’il se dénonce ?)

Dans mon calendrier, le mois d’avril est synonyme de la Pâque juive, que nous appelons Pessah, cette fête étant l’une des trois grandes fêtes majeures du judaïsme.

J’aime cette fête parce qu’au-delà de la convivialité et des grandes tablées, elle a une symbolique et un folklore très important.

L’histoire de Pessah

La fête de Pessah dure huit jours, et est célébrée en début de printemps, du 15 au 22 du mois juif de Nissan. Elle commémore la libération des Hébreux de l’esclavage en Égypte ancienne. En accomplissant les rites de Pessah, nous pouvons revivre et ressentir la réelle liberté obtenue par nos ancêtres.

Après de nombreuses décennies d’esclavage sous les pharaons d’Égypte, pendant lesquelles les Israélites furent contraints à un travail écrasant, D.ieu vit la détresse du peuple et envoya Moïse chez Pharaon avec ce message : « Laisse partir Mon peuple, pour qu’il Me serve ».

Lorsque, malgré plusieurs avertissements, Pharaon refusa d’obéir à l’ordre divin, D.ieu envoya sur l’Égypte dix plaies dévastatrices qui y semèrent la désolation, détruisant bétail et récoltes.

Au milieu de la nuit du 15 Nissan de l’année 2448 depuis la création (1313 avant l’ère commune), D.ieu infligea aux Égyptiens la dernière des dix plaies, qui tua tous leurs premiers-nés. Ce faisant, D.ieu épargnait les Enfants d’Israël, « sautant par-dessus » leurs maisons – d’où le nom de la fête : Pessah signifie « le saut » en hébreu.

Pharaon chassa alors littéralement ses anciens esclaves du pays, et les Israélites s’en allèrent dans une telle hâte que le pain qui devait leur servir de provision pour la route n’eut pas le temps de lever.

600 000 hommes adultes, et beaucoup plus de femmes et d’enfants, quittèrent l’Égypte ce jour-là, entamant leur voyage vers le mont Sinaï et leur naissance en tant que peuple élu de D.ieu.

C’est cette histoire que nous lisons, en hébreu, dans le texte le soir de Pessah, dans un livre appelé la « Haggadah ».

Celle de la famille est une vieille édition de Tunis et date de 1932, c’est un vrai trésor et comporte de très belles illustrations. J’ai la chance que mon père puisse chanter le texte en hébreu, et avec ma sœur nous lisons ensuite en simultané la traduction en français.

Passa’h signifie « passage » :

  • passage de l’ange de la mort par-dessus les maisons des enfants d’Israel (donc passage de la mort à la vie)
  • passage de l’esclavage à la liberté
  • passage à travers la Mer rouge
  • passage de l’inexistence d’Israël à sa constitution en un peuple
  • passage de l’hiver au printemps.
explications Pâques juive Pessah

Crédits photo (creative commons) : Photo Gallery Israeli Ministry of Tourism

La célébration de Pessa’h

Petite précision qui a son importance : les jours de fête sont dits des jours de « Yom Tov » et la fête commence toujours la veille à la tombée de la nuit pour finir le lendemain à la tombée de la nuit.

Les juifs vivant en Israël ne font qu’un seul jour de fête, tandis que les juifs comme moi vivant en Diaspora font deux jours de fête, pour mieux ressentir l’esprit de la fête par rapport à l’exil de la Terre Sainte.

Cette année, la fête commencera donc vendredi soir 3 avril pour se terminer le dimanche 5 à la tombée de la nuit.

La fête de Pessah est divisée en deux parties :

  • Les deux premiers jours et les deux derniers jours (qui commémorent l’ouverture de la Mer Rouge) sont des jours de fête entière, des jours de « Yom Tov ».
  • Les quatre jours du milieu sont appelés ‘Hol Hamoed, les demi-fêtes, « jours intermédiaires ». La plupart des travaux y sont permis.
  • Deux autres jours de Yom Tov viennent conclure la fête, qui se termine par la « Mimouna » ou la « Mimounight » chez les Djeuns parce que c’est l’occasion de faire une méga teuf !

Rituels de la fête

Le Hamets

Comme on ne sort plus physiquement d’Égypte, plusieurs rituels composent la fête, à commencer par l’interdiction de consommer du « Hamets ». Pour rappeler le pain non levé que les Israélites consommèrent en quittant l’Égypte, nous nous abstenons de manger ou même d’avoir en notre possession toute forme de « ‘hamets » depuis la mi-journée de la veille de Pessa’h jusqu’à la fin de la fête.

Le ‘hamets est un grain qui a levé. Il s’agit donc de toute nourriture ou boisson contenant ne serait-ce qu’une trace de blé, d’orge, de seigle, d’avoine, d’épeautre ou de leurs dérivés qui n’ont pas été surveillés de manière à en empêcher la fermentation. Le pain, les gâteaux, les biscuits, les céréales, les pâtes et la plupart des boissons alcoolisées en font partie.

Chaque année, je me livre donc à un ménage extrêmement méticuleux de printemps !

Jeudi soir, je me livrerai donc à une chasse au trésor dans la maison, car j’irai cacher un petit morceau de pain quelque part, et il faudra que mon mari le trouve (oui on s’amuse bien chez nous), pour montrer qu’on a bien recherché le « Hamets » dans la maison et vendredi dans la matinée, je brûlerai le hamets trouvé pour le faire disparaître totalement. Le hamets dont il est impossible de se débarrasser peut être vendu à un non-juif pour la durée de la fête.

La Matsa

Si tu as lu la liste des éléments que nous ne pouvons pas consommer, tu dois te dire que nous ne pouvons plus rien manger ! Loin de là, ne t’inquiètes pas !

Au lieu du ‘hamets, nous mangeons de la Matsa : un pain plat qui n’a pas levé. Il faut absolument consommer de la Matsa les deux premiers soir de fête. Les jours suivants, la consommation de Matsa est facultative.

Le Seder

L’événement central de Pessah est le Seder, célébré les deux premiers soirs de la fête. Le Seder est un repas de fête familial, jalonné de traditions et de rituels.

Les principales obligations du Seder sont :

  • Manger de la Matsa.
  • Manger des herbes amères – pour commémorer l’amertume de l’esclavage subi par les Israélites.
  • Boire quatre coupes de vin ou de jus de raisin – une boisson royale pour célébrer notre liberté retrouvée.
  • La lecture de la Haggadah, un texte qui relate l’histoire de la sortie d’Égypte dans les détails. Cette lecture est l’accomplissement du commandement biblique de raconter aux enfants l’histoire de la sortie d’Égypte la nuit de Pessah.

Sur la table, nous disposons un grand plateau sur lequel doivent être placés sept éléments. Pour chacun, nous disons une prière spécifique :

  • trois Matzoth, du pain azyme, disposées l’une au-dessus de l’autre
  • le Karpass, des herbes vertes (céleri ou persil)
  • de l’eau salée pour rappeler le goût des larmes des enfants d’Israël pendant leur esclavage
  • le Maror, des herbes amères, pour rappeler l’amertume de la vie en Égypte (romaine, laitue ou endives). Et comme chaque année, ma grand-mère va couper les feuilles de salade, et comme chaque année, mon père, de sa grosse voix, lui dira « Mais enfin la belle-mère, je vous ai dit 100 fois de les laisser entières, les feuilles ! ». Ce à quoi elle répondra « Mais mon fils, chez nous, on ne faisait pas comme ça. ». Ça fait partie de la tradition !!
  • le ‘Harosseth, un mélange fait à base de dates, noix, pommes, amandes avec du vin rouge, symbole du mortier utilisé par les esclaves hébreux pour la fabrication des briques
  • le Zrouaʿ : un os pour rappeler le sacrifice de l’agneau pascal à l’époque du Temple de Jérusalem
  • le Bēṣa : un œuf dur, en souvenir de la destruction du Temple de Jérusalem
  • le H’azéret : supplément d’herbes amères, pour faire ensuite un sandwich de matsa et d’herbes amères.

Une fois le récit terminé, sur les coups de 22h, un riche dîner, principalement à base de viande d’agneau, est également servi. Ça diffère vraiment selon les familles et les coutumes du pays d’origine. Ma grand-mère d’Algérie sert généralement un « remous », un plat de matsa cuite avec des fèves, des navets, des artichauts et de la viande. Et du côté de mon père qui est Tunisien, on sert un « Msoki », un plat de matsa cuite également avec beaucoup de légumes et de la viande, dont la consistance et l’aspect sont, à mon goût, beaucoup plus colorés et plus appétissants que le premier, qui est très verdâtre.

On dresse la table la plus belle possible, et ça, c’est ma partie car j’adore dresser de belles tables ! On mange accoudés sur le côté gauche, en signe de liberté.

Ce Séder familial est l’occasion de se remémorer le passage de leurs ancêtres de l’esclavage à la liberté, chaque personne devant se considérer comme elle-même libérée et sortie d’Égypte.

Pour « mimer » la sortie d’Egypte et ce grand déménagement qui a tout chamboulé, on change de vaisselle et on utilise une vaisselle qui ne sert que pour pessah. J’ai donc, en sus de mon service de viande et de mon service de lait, deux autres services complets, qui ne me servent qu’une semaine dans l’année.

Je te le concède : c’est une fête assez contraignante quand on a une vie professionnelle et sociale déjà bien remplie, mais c’est une fête avec une symbolique très forte, qui nous oblige aussi à bousculer un peu nos habitudes et notre quotidien.

NDLR : D.ieu est noté ainsi dans le texte, car dans la religion juive, on ne doit pas citer son nom.

Et toi ? Tu connaissais les traditions de la Pâque juive ? Tu la fêtes toi-même ? Quelles sont les traditions qui y sont liées, spécifiques à ta famille ? Raconte ! 

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Commentaires

4   Commentaires Laisser un commentaire ?

Madame D

Je suis juive de naissance et non pratiquante. C’est toujours très agréable d’entendre parler des origines des fêtes (qu’importe la religion d’ailleur).

le 03/04/2015 à 11h05 | Répondre

Madame Fleur (voir son site)

J’adore que tu nous racontes tes traditions. C’est vraiment très intéressant et enrichissant !

le 03/04/2015 à 12h28 | Répondre

MlleMora

Intéressant ! Je connaissais un peu Pessah par des copines, mais je n’avais jamais compris l’origine, donc là, ça y est, je sais ! super article !

le 07/04/2015 à 15h00 | Répondre

el brahmi

j aime les religion et faite c magnifique

le 25/03/2018 à 12h15 | Répondre

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