Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien chez soi !

Accro à la vie


Publié le 10 novembre 2015 par Elodie

Les détails deviennent plus précis, plus nets, plus nombreux. Les couleurs plus envoûtantes. Les mélodies plus obsédantes, le vent plus entraînant, le ciel plus vaste, les rires plus forts, les pieds plus légers, l’air plus odorant, les ventres de chat plus doux.

Tout semble plus intense quand je suis en plein trip.

Mon trip, c’est la vie, et je me shoote aux sensations pour me sentir vivante.

Femme face au ciel

Crédits photo (creative commons) : Llima Orosa

Après une enfance malsaine et son corollaire logique, l’adolescence dépressive, les idées noires ont afflué. Les nuits passées sur la moquette orange de mon premier appartement, les yeux rivés au plafond, dont le crépi hante encore mes paupières les jours sombres. Celles passées à me demander où est la vie quand on a la substance d’un fantôme. Celle, enfin, où le chemin a failli s’arrêter, tranché net, celle où j’ai perdu le compte des heures à me demander pourquoi ne pas tout dissoudre dans une belle flaque carmin et dormir enfin ?

Un moyen de m’en sortir a été la douleur, celle de mon visage en feu et de ma chair écorchée. Souffrir pour vivre. La douleur comme sensation ultime, pour me voiler la face et oublier que c’est surtout sous ma peau que je brûle.

Mais après la douleur ? Fuir, toujours. Autant fuir en avant et devenir accro à la vie. La rendre stupéfiante. Ne plus lui tourner le dos, mais la rendre indispensable, elle qui ne semblait qu’optionnelle. Faire le choix conscient de peindre l’univers en arc-en-ciel, de lui donner plusieurs dimensions. Je me shoote à l’exaltation, m’extasie de l’action, me came à la joie.

Tout est prétexte à l’ivresse : l’arrivée des saisons, les cerisiers en fleur, une baignade en pleine nature, les feuilles rougissantes, la première neige. Sentir ses poumons brûler lors d’une course à pied. S’envoler avec un excellent livre. Les improbables rencontres, le joueur d’accordéon sur un banc public, la valse avec un inconnu en pleine rue. Le ballet d’un vol d’oiseaux. Attendre les étoiles sur une plage au bout du monde. Faire une sieste sur un matelas d’herbe. Le silence d’une forêt. Aider son prochain. Se dépasser physiquement, mentalement, psychologiquement. Voyager, le trip ultime, qui donne de la vie aux sens, ma drogue des grands jours.

Les effets sont toujours fidèles à mes attentes. Je les recherche délibérément, ils me déçoivent rarement. L’exultation, l’intensité, le cœur qui déborde, la sensation de pouvoir tout réussir. D’avoir tout réussi. L’impression de s’envoler. Ce n’est pas pour rien qu’on parle de « planer ». De beaux moments, éphémères, fluides, à saisir d’autant plus fort qu’ils coulent entre les doigts.

Bien sûr, à vouloir vivre plusieurs vies en une, l’overdose guette. Il faudrait être fin gourmet au lieu d’être boulimique, privilégier la qualité à la quantité. Difficile de se résigner à ne pas tout avoir, tout faire. À rester sereine devant les différents chemins, là où l’on voudrait prendre des traverses pour tous les arpenter.

Le plus dur, c’est le manque. La terne et poussiéreuse domesticité, la cage dorée du quotidien, les journées enterrée vivante. La sentence tombe : condamnation à l’inaction. Les tête-à-tête avec moi-même. Être seule n’est pas un problème. Mais être inactive, c’est cogiter, risquer de se souvenir. Un jour, il faudra qu’on se confronte, mon passé et moi, mais pas avant d’avoir vécu cinq mille vies.

Les symptômes sont épidermiques. La métaphore de la drogue n’est pas choisie par hasard. Sans ivresse, la poitrine oppresse, l’esprit tourne en rond. Mes shots de vie se passent à l’extérieur. La force du grand air me donne des ailes, je pourrais toucher le ciel. L’intérieur n’est pas propice aux grandes idées, les émotions y sont rabougries, elles tournent comme un lion en cage et, faute de pouvoir sortir, se retournent contre nous.

Se jeter à corps perdu dans la vie est, en définitive, une question de survie. C’est l’énergie du désespoir qui me pousse à vivre, vivre autant que possible, vivre de toutes les couleurs, vivre mal parfois, mais jamais vivre trop.

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Commentaires

4   Commentaires Laisser un commentaire ?

Laure Papiers et Pm

C’est superbe d’être si bien dans sa peau après une enfance difficile! Bravo à toi, c’est un très bel exemple ! Profitons !

le 10/11/2015 à 08h46 | Répondre

Mme Alenvers

Très bel hymne à la vie Elodie! moi aussi, le jour ou j’ai réalisé au fond de mes tripes que la vie pouvait s’arrêter ici et maintenant comme ca, et qu’un jour ineluctablement elle s’arreterait j’ai décidé comme toi de vivre pour tout ce que la vie a à nous offrir et de m’emerveiller des plus petits instants aussi insignifiants soient -ils, afin de les rendre justement important.

le 10/11/2015 à 08h56 | Répondre

Mme Pétillante

Texte tout simplement magnifique <3

le 10/11/2015 à 20h32 | Répondre

Mme Pétillante

Et surtout qui donne de la perspective après une journée bien pourrie 🙂 Merci !

le 10/11/2015 à 20h32 | Répondre

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