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La bataille d’Alep


Publié le 9 janvier 2017 par Colore la vie

[Les informations partagées ici sont à prendre avec la réserve nécessaire. La guerre d’informations est réelle et il est très difficile de pouvoir être sûr des données disponibles. Ce que je te livre ici est un condensé d’informations que j’ai accumulées de plusieurs sources et que j’espère les plus justes possible. Je te demande donc une lecture prudente, de cet article comme de tout autre (magazine, journal, website). Nous devons aujourd’hui recouper nous-mêmes les médias et les points de vue pour essayer de ne pas être crédules face aux gouvernements.]

Naît-on humain ou le devient-on ?

Ce matin, j’écoutais à la radio les quelques maigres informations venant d’Alep. Une cité en guerre, un pays déchiré, des puissances massacrant des civils.

Des enfants se blessent sur du fer à béton, que les murs de leur maison dégueulent par les énormes trous que les bombes ont creusés. Ces enfants n’ont pas accès à l’hôpital. Que peuvent alors faire leurs mamans ? Les bercer, essayer de panser au mieux, en priant un Dieu qu’elles ne savent plus comment nommer d’arrêter les combats juste le temps de sauver un enfant.

Et si cet enfant meurt tout de même ? Et si, guérissant, il continue de grandir dans la violence, pensant que la seule communication possible est celle que tu imposes, pensant que s’il ne tue pas, c’est lui qui mourra ? Si cet enfant-là se retrouve face à un autre enfant ?

Guerre à Alep

Crédits photo (creative commons) : Fulvio Spada

Alep est une ville syrienne, deuxième ville après Damas, la capitale. En 2011, c’était une ville comptant deux à deux virgule cinq millions d’habitants, vivant au gré des manifestations contre le régime de Bachar el-Assad, président de la République arabe syrienne.

Alep fabriquait et exportait son célèbre savon à l’international, celui-ci apportait avec lui les fragrances de l’huile d’olive et des baies de laurier riches de soleil. La Syrie était un pays vivant dans une harmonie et un calme apparents, sous l’égide des portraits des Bassar père et fils trônant dans les rues, à l’entrée des villes, pour bien marquer une dictature entérinée.

En juillet 2011, la rébellion, en particulier l’armée syrienne libre, lance les premiers combats, sortes de guérilla des rues, contre cette dictature. Des forces peu équipées, très mobiles et ne rencontrant pas une franche adhésion de la part des locaux nobles, ces insurgés venant principalement des campagnes plus pauvres.

Ils réussissent tout de même à rallier du monde et à prendre des quartiers complets d’Alep. L’armée syrienne lance alors une contre-offensive en août, pilonnant la ville pour reprendre ces quartiers. Elle estime le nombre de « terroristes » insurgés à l’intérieur des murs à entre six et huit mille.

La guerre syrienne devient une guerre d’usure, où le front s’enlise, où des quartiers sont pris et repris, où des forces en conflit se lient avec d’autres pour tenter d’écraser l’adversaire.

Le camp loyaliste se compose de l’armée syrienne, des forces pro-gouvernementales (pro-Bachar el-Assad), de milices irakiennes, libanaises et afghanes et, depuis 2015, des forces aériennes russes. Le camp rebelle rallie de multiples milices, dont l’armée syrienne libre et le Front al-Nosra.

En 2013, l’État Islamique apparaît et combat aux côtés des rebelles, jusqu’à l’assassinat d’un chef d’une force rebelle (le Front al-Nosra). Les rebelles poussent alors l’État Islamique en dehors de la ville, et celui-ci se rallie aux loyalistes début 2014. Enfin, il y a le YPG, milice kurde s’alliant avec l’un ou l’autre des partis selon ses intérêts.

 Troupes pro-gouvernementales   Troupes rebelles
 Armée syrienne  Armée syrienne libre
 Forces pro-gouvernementales  Front al-Nosra
 État Islamique depuis 2014  État Islamique jusqu’à 2014
 YPG kurde  YPG kurde
 Forces aériennes russes…  Armes occidentales…

 

En 2016, un cessez-le-feu est négocié et entre en vigueur en février. Il ne s’applique malheureusement pas à l’Etat Islamique (loyaliste) et au Front al-Nosra (rebelle), qui continuent à attaquer, occasionnant des combats parmi « les plus violents à Alep depuis plus d’un an ».

En mai, le régime syrien propose une trêve de quarante-huit heures, respectée aussi par les rebelles, qui sera en fait prolongée pendant cinq jours.

En septembre, la trêve proposée pour l’acheminement de secours humanitaires aux populations civiles échoue : les camions de l’ONU restent bloqués à la frontière turco-syrienne. Trente-et-un autres camions de l’ONU et du Croissant Rouge, déjà présents dans la région d’Alep, sont attaqués par un raid aérien russe.

Le bilan humain est aujourd’hui bien trop complexe à élaborer. Aux personnes tuées au combat, s’ajoutent les personnes mortes de faim, de froid, de blessures ou de pathologies non traitées par manque de structure et de matériel. L’ONU a arrêté le décompte à deux cent mille en 2014.

L’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH), quant à lui, continue à recouper les informations pour publier des données qu’il déclare les plus fiables possible. N’oublions pas qu’il est lié aux rebelles et est aujourd’hui la seule source sur ce conflit. Dans son rapport de septembre dernier, l’ONG déclarait que le nombre de morts avait passé le cap de trois cent mille, dont quinze mille enfants.

L’ONU s’est rassemblée récemment à New-York. Elle devait tenter de trouver le moyen de faire cesser cette guerre avant que la ville d’Alep ne devienne un gigantesque tombeau ouvert. Elle n’a cependant pas trouvé d’accord avec le représentant russe, qui qualifie cette réunion de « tentative pour faire oublier Mossoul ». Ce dernier affirme même que, lorsqu’ont été réunies les conditions pour faire passer l’aide humanitaire, l’Occident n’en a proposé aucune.

Moi, loin de comprendre cette politique et ces jeux de pouvoir, je ne vois qu’une chose : des représentants se rejetant la faute n’ont jamais fait évoluer quelque débat que ce soit. Que l’Occident propose de l’aide, je ne le sais pas, je l’espère. Que l’ambassadeur russe à l’ONU soit une personne fiable ou servant des intérêts, je ne le sais pas.

Ce que je sais, c’est qu’Alep est à 3900km, soit près de trente-neuf heures de route de Paris, que c’était une ville sentant la cardamome et les clous de girofle et résonnant du bruit des souks. Aujourd’hui, je n’ai que des images et des mots pour me rendre compte de l’horreur qui s’y joue. Ah non, j’ai des images, des mots ET des personnes. Des survivants, ayant affronté la peur, la mort, la désolation dans leur pays et sur leur voyage et qui viennent me demander une vie digne.

Ça fait maintenant cinq ans que le pays est entré dans une guerre extrêmement violente, meurtrière, qui rend toute une nation exsangue.

Ça fait maintenant cinq ans que chaque jour qui passe apporte son lot de nouvelles horreurs, de nouveaux décès, de nouveaux traumatismes pour une population entière.

Ça fait maintenant cinq ans que les Occidentaux ne semblent pas vouloir voir un crime contre l’humanité car les Syriens viennent demander un asile qui, vraisemblablement, est un vrai sujet de débat et non un droit qui devrait découler naturellement de la solidarité entre êtres humains.

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

Commentaires

11   Commentaires Laisser un commentaire ?

Flora (voir son site)

C’est un conflit bien compliqué et un jeu politique indéchiffrable mais je suis d’accord avec toi, ce qui fait froid dans le dos c’est l’inhumanité avec lequel on traite ce sujet… J’en suis arrivée à la même conclusion que toi sur mon blog il y a quelques semaine 🙁

le 09/01/2017 à 10h18 | Répondre

Claudia

J’étais allée à Alep en 1990. J’y avais passé 8 jours, et 2 semaines en tout en Syrie. De ce que j’avais vu, c’était la plus belle ville de Syrie.
Mon cœur saigne pour Alep et pour la Syrie.
Quand j »y étais allée, j’avais été émerveillée par ce pays. par sa richesse architecturale et historique bien sûr, mais presque plus par la gentillesse et l’hospitalité des habitants.
J’en veux énormément à tous ceux qui ont œuvré pour en arriver à la catastrophe actuelle.

Je discutais l’autre jour avec un collègue, on se demandait pourquoi on parle presque plus des catastrophique destructions de patrimoine que du drame humain et des centaines de milliers de morts. A mon avis, c’est parce que le patrimoine fait partie de ce qui permet aux peuples de se reconstruire, de retrouver leurs racines fondamentales une fois la paix revenue. les monuments ne sont pas plus importants, mais ils ne sont pas moins importants non plus.

La Syrie que j’avais vue n’était pas un paradis, loin de là. c’était une dictature dure, le fils El Assad est un monstre mais le père n’était pas beaucoup mieux. Et pourtant, j’aurais tant souhaité y retourner un jour. Cela n’arrivera pas.

PS: il ne me semble pas que l’EI soit loyaliste, d’autant qu’Assad n’est pas sunnite mais alaouite (branche du chiisme). L’EI est juste contre tout le monde, donc il combat également le front al-nosra et les autres rebelles.

le 09/01/2017 à 10h21 | Répondre

Claudia

Quand je dis que l’EI n’est pas loyaliste, ça ne veut pas dire qu’ils combattent actuellement l’armée Syrienne, hein! Les ennemis de mes ennemis peuvent être provisoirement mes amis…

le 09/01/2017 à 18h49 | Répondre

Madame D

Merci pour cet article !

le 09/01/2017 à 10h36 | Répondre

sarah

Merci pour cet article qui résume bien le conflit, et surtout qui rappel qu’on parle d’humains, d’hommes femmes et enfants avant tout.
Depuis quelques temps, le monde dans lequel je vis me dégoute. Les politiciens ont perdus leur humanité, la vie d’humains se marchande sur fond d’intérêts politiques et financiers. Mais le pire c’est quand j’entends des amis parler de ces Syriens comme s’ils avaient le peste et que ce qui leur arrive ils l’ont mérités. Mais ou va t’on et surtout d’ou vient-on, pour pouvoir dire de tels horreurs? Le monde me fait peur …

le 09/01/2017 à 10h41 | Répondre

Madame Fleur (voir son site)

Je te remercie sur cet article qui m’éclaire beaucoup sur une situation que je connais mal.
Je suis horrifiée des chiffres que tu cites et encore plus de voir quel jeu politique de joue sur le dos d’innocents.

le 09/01/2017 à 11h30 | Répondre

Madame vélo

Merci pour cet article. Autant j’avais réussi à suivre ce qu’il se passait là bas la 1ère année, mais depuis qu’il y a Daesh je n’arrive plus à rien comprendre. Ton article m’éclaire un peu. Mais Daesh est-il vraiment allié à Assad et aux Russes ? Je n’avais pas compris ça !

le 09/01/2017 à 14h10 | Répondre

Flora (voir son site)

Non Daech n’est pas allié à Al Assad et aux russes. La situation est bien plus compliquée que ça… Il n’y a pas que 2 camps. Avant 2014 il y avait un front de rebelles plus ou moins unis contre Al Assad et depuis 2014 l’EI fait bande à part entre autre à cause de la création du califat au quel même le front al-nosra (branche d’al-Qaeda) n’a pas adhéré.

le 10/01/2017 à 09h13 | Répondre

Colore la vie

Merci Flora de cette précision. Effectivement, il n’y a pas que 2 camps puisque déjà tu peux compter les kurdes qui, faisant alliance avec chacun, ne font alliance avec personne! En ce qui concerne Daech, j’ai bien peur que cette entité ne soit pas entièrement seule. Tous les médias te diront que Bassar se défend d’une quelconque alliance avec eux, cependant, je pense (et, comme je le dis au début du billet, ça n’implique que moi) qu’il doit exister une entente sur certains points. Tout le monde sait que Assad méprise les UE et que l’Occident est une cible de Daech. Or, Daech est bien actif en ce moment, alors qu’il est sensé être en guerre pour, si ce n’est agrandir, au moins conserver son territoire syrien. Je me pose simplement des questions.

le 10/01/2017 à 12h02 | Répondre

MlleMora

Je n’avais pas compris non plus que l’EI était allié à Assad – j’ai dû louper le « changement de camp »…
Je n’arrive pas à imaginer le quotidien des personnes qui vivent là-bas. Je ne comprends pas qu’on leur ferme nos portes, qu’on s’inquiète de savoir « quoi faire d’eux ». On peut leur offrir la survie dans un pays « en paix », c’est déjà énorme ! Ils ne viennent pas par amour du camembert, ils viennent pour avoir une chance de vivre, comme chacun le souhaite…

le 09/01/2017 à 14h30 | Répondre

Cricri2j

Merci pour ton article qui nous apporte un vrai éclairage sur la situation. Je trouve l inertie internationale honteuse tout comme l accueil des réfugiés. La France et l Europe ont la mémoire courte…
Je crains également que les dirigeants ou futurs dirigeants des USA et de la France pro-Russie ne permettent pas d arrêter ce conflit qui s enlise. J espere qu ils nous prouveront néanmoins le contraire.

le 09/01/2017 à 17h06 | Répondre

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