Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien chez soi !

Lecture féministe : deux essais et un roman


Publié le 10 mai 2019 par Pippa

Après t’avoir parlé des œuvres de Mona Chollet et Virginie Despentes, j’ai envie aujourd’hui de te parler d’autres livres féministes que j’ai lu ces derniers mois. Contrairement aux articles précédents, celui-ci n’est pas axé sur un(e) auteur(e) en particulier. Alors, on y va ?

Crédit photo (creative common) : Lihlelynne

Libérées : le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale – Titiou Lecocq (essai)

« Un jour, je me suis demandée : pourquoi est-ce moi qui ramasse les affaires qui traînent ? Je n’ai trouvé qu’une seule réponse. Parce que je suis une femme qui vit avec un homme et deux enfants et que, conséquemment, les corvées, c’est pour ma gueule.

Être une femme, ce n’est pas seulement l’idéal de minceur et de cheveux qui brillent, c’est le souci permanent des autres et du foyer, c’est être sans cesse ramenée à la saleté, aux taches, à la morve. L’égalité serait déjà là, mais les femmes conservent la conviction intérieure qu’elles doivent s’occuper de tout et tout le monde, et d’elles en dernier, s’il reste cinq minutes à la fin de leur triple journée.

Cette féminisation de la sphère privée implique une autre conséquence : l’espace public est toujours masculin. Peut-on se dire égaux quand la moitié de la population adapte ses vêtements en fonction des transports et fait attention à ne pas être seule la nuit dans la rue ? Et si le combat féministe devait encore et toujours se jouer dans la vie quotidienne de chacune et chacun, chez soi, dans sa propre maison, devant le panier de linge sale ? »

Cet essai a fait grand bruit lors de sa sortie en automne 2017 et tu en as peut-être déjà entendu parlé (son titre rigolo a tendance à marquer les esprits, non ?). Il me tardait de me le procurer, mais espérant le trouver d’occasion rapidement (tu parles…), j’ai fini par l’acheter neuf plus d’un an après sa sortie.

Sa lecture est assez rapide et aisée, chaque chapitre débute par l’histoire de la fameuse chaussette sale tombée à coté du panier à linge sale (tu la connais également, n’est-ce-pas ?), qui m’a fait sourire.

D’autres anecdotes sur la charge mentale m’ont au contraire horrifiée, comme celle où l’auteure laisse explicitement à son mari le soin de gérer la prise des rendez-vous pédiatriques des enfants, « pour voir » et qu’un des bambins se retrouve avec un tympan percé, faute de réactivité de sa part…

A la fin, un petit quizz de couple permet d’évaluer la répartition de la fameuse charge mentale entre partenaires hétérosexuels. Allez, je partage avec toi l’une des questions adressées à Monsieur qui m’a beaucoup fait rire et que tu pourras lui poser ce soir : Chéri, sais-tu où est rangé le produit pour nettoyer les vitres ? 

J’ai bien aimé sa lecture, même si je n’ai pas d’enfant et vis actuellement seule (= avec mes PROPRES chaussettes à coté du panier de linge sale, c’est pas pareil). Je l’ai prêté à une amie, mère de famille nombreuse, qui a adoré cet essai. Elle m’a confié que cela lui a ouvert les yeux sur plusieurs situations de son quotidien, et a aussi été l’objet de disputes avec son compagnon, mais bon, je me dis que remettre l’église au milieu du village de temps en temps ne peut pas faire de tort, pas vrai ?

En plus, Titiou Lecocq tient un blog trop cool : Girls and geeks.

 

Le Choeur des femmes – Martin Winckler (roman)

« Jean Atwood, interne des hôpitaux et quatre fois major de promotion, vise un poste de chef de clinique en chirurgie gynécologique. Mais au lieu de lui attribuer le poste convoité, on l’envoie passer son dernier semestre d’internat dans un service de médecine consacré à la médecine des femmes – avortement, contraception, violences conjugales, maternité des adolescentes, accompagnement des cancers gynécologiques en phase terminale.

Le Docteur Atwood veut faire de la chirurgie, et non passer son temps à écouter des femmes parler d’elles-mêmes à longueur de journée. Ni servir un chef de service à la personnalité controversée. Car le mystérieux Docteur Karma – surnommé «Barbe-Bleue» – séduit sans vergogne, paraît-il, patientes et infirmières et maltraite sans pitié, dit-on, les internes placés sous ses ordres. Pour Jean Atwood, interne à la forte personnalité et qui brûle d’exercer son métier dans un environnement prestigieux, le conflit ouvert avec ce chef de service autoritaire semble inévitable. Mais la réalité n’est jamais ce que l’on anticipe, et la rencontre entre les deux médecins ne va pas se dérouler comme l’interne l’imagine. »

Ce roman est plutôt épais, mais ne prends pas peur, car tu auras du mal à le reposer une fois entamé (cela faisait longtemps que je n’avais plus lu un livre me procurant cet effet) (vu le nombre de parenthèses depuis le début de cet article, je pense que Mme Parenthèses déteint sur moi…).

Ce roman présente de nombreux portraits de femmes, de tout âge. D’ailleurs, le Dr Jean Atwood est une femme (son prénom se prononce Djin, à l’anglaise). En avançant dans le récit, j’avais très souvent l’impression de lire de vrais témoignages de patientes, et non un roman fictif (même si inspiré de faits réels).

La fin m’a tout de fois un peu déçue car très alambiquée et romanesque, j’aurai préféré une conclusion plus humble. Mais en tout cas, ne passe pas à coté de ce roman, il m’a vraiment touché en plein cœur (sans mauvais jeu de mot).

Si le sujet ne t’effraie pas et que tu cherches une brique pour cet été, je te le recommande.

Si en revanche, tu as souffert de violences médicales gynécologiques et que le sujet est sensible pour toi, ce roman peut remuer de mauvais souvenirs. 🙁

Une chambre à soi – Virginia Woolf (essai)

Publié pour la première fois en 1929, il se base sur plusieurs conférences données par Woolf en octobre 1928 dans deux collèges de l’université Cambridge qui étaient alors réservés aux femmes.

Le sujet principal de ce texte est la place des auteurs de sexe féminin dans l’histoire de la littérature, principalement dans le contexte britannique. Woolf se penche sur les facteurs qui ont entravé l’accession des femmes à l’éducation, à la production littéraire et au succès. L’une de ses thèses principales, qui a donné son titre à l’ouvrage, est qu’une femme doit au moins disposer « de quelque argent et d’une chambre à soi » si elle veut produire une œuvre romanesque.

Un soir, dans une chambre d’hôtel, je zappe pour tromper l’ennui et tombe sur un documentaire relatant la vie et la mort de Virginia Woolf. Ce reportage a été le coup de pied au cul nécessaire pour me pousser à lire son célèbre essai et… j’ai été déçue.

Keuwa ?

Comment ?

Pourtant, je voulais vraiment aimer ce classique mais j’ai eu grande peine à le finir, alors qu’il est plutôt court. Il évoque essentiellement la difficulté pour une femme d’écrire. Trop britannique, un peu daté, je n’ai pas accroché… Mais comme il est considéré comme l’une des œuvres majeures de la littérature féministe, ça valait la peine de tenter, histoire de me faire un avis. Si tu t’en sens le courage (ou es tout simplement plus calée que moi en littérature anglaise), n’hésite pas à t’y plonger (mes jeux de mots sont vraiment douteux, ne m’en veux pas…).

Je pense que cet article sur les lectures féministes sera le dernier car j’ai épuisé mes réserves. Il me reste encore tant à explorer, comme l’œuvre de Simone de Beauvoir par exemple. J’espère la trouver accessible… et qui sait, peut-être que je vais rédiger un quatrième article avec d’autres belles découvertes. N’hésite pas à me partager tes conseils en commentaires et me dire si cette série d’articles t’a plu ou ennuyé. 😉

As-tu déjà lu l’un de ces livres ? Si non, en as-tu envie ? De manière plus générale, quel est ton livre féministe préféré ?


Commentaires

8   Commentaires Laisser un commentaire ?

Colombine

Le roman dont tu parles m’intéresse bien !

J’espère en tout cas que tu continueras à nous parler littérature car j’adore tes articles.

le 10/05/2019 à 11h04 | Répondre

Pippa (voir son site)

Fonce pour sa lecture, il est vraiment très très bon !

Et merci pour ton joli commentaire, mon rythme de rédaction sur SNT est actuellement proche du niveau de la mer mais je lis toujours autant 🙂

le 10/05/2019 à 12h09 | Répondre

Madame Parenthèses

J’ai lu le Choeur des femmes, c’est effectivement un roman très poignant et fort. Je le conseille vivement ! 🙂

Et désolée de déteindre sur toi ^^ Les parenthèses, ça permet tellement de précisions :p

Merci pour les recommandations aussi ! Je ne lis pas du tout d’essai, mais ceux que tu présentes excitent ma curiosité…

le 10/05/2019 à 13h41 | Répondre

Pippa (voir son site)

Je te recommande vraiment celui de Titiou Lecocq ! Je le fais tourner dans mon entourage depuis et il est vraiment accessible. 😉

le 10/05/2019 à 16h03 | Répondre

Melinda

J’ai lu le Chœur des femmes que j’ai adoré (mais je ne me souviens plus de la fin 😅). Et ça fait un moment que je voudrais lire Une chambre à soi. Tu ne m’as pas découragée mais je sais un peu plus à quoi m’attendre 😊

le 10/05/2019 à 15h31 | Répondre

Pippa (voir son site)

Bonne lecture Melinda !

N’hésite pas à venir partager ici ton avis quand tu auras eu l’occasion de lire « Une chambre à soi », ça peut intéresser d’autres lectrices.

le 10/05/2019 à 16h05 | Répondre

Cricri2j

Je ne suis pas trop essai alors je vais passer sur Virginia Wolf mais par contre je vais m empresser d aller lire le blog de Titiou Lecocq et le livre que tu recommandes.

Je pense que les articles sur les livres ne sont pas forcément les plus commentés en tout cas en tant que grande lectrice je les apprécie toujours et m en inspire beaucoup donc je suis preneuse 🙂

le 11/05/2019 à 08h30 | Répondre

Pippa (voir son site)

Merci beaucoup pour ton retour Cricri 🙂

Et bonne lecture !

le 14/05/2019 à 09h48 | Répondre

SI TU SOUHAITES RÉAGIR C'EST PAR ICI !

As-tu lu notre Charte des commentaires avant de publier le tien ?