Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien chez soi !

Le jour où les anti-dépresseurs m’ont peut-être sauvée


Publié le 5 avril 2016 par La Liseuse

Un beau jour, au printemps, j’ai rencontré quelqu’un. Très vite, nous avons voulu entamer une relation. Il m’impressionnait beaucoup : je lui trouvais de multiples talents dans des domaines variés, beaucoup d’humour et une grande générosité. J’étais éblouie par cette histoire qui commençait. Et aussi par ma chance que quelqu’un d’aussi génial veuille être dans une relation avec moi. Tu te rends compte ? C’était incroyable.

La seule chose qui me chiffonnait un peu, c’est que j’avais l’impression de passer après une autre personne, qu’il appelait sa « meilleure amie ». Elle était entrée dans sa vie à peine quatre mois auparavant, et il avait tout de même eu une courte relation amoureuse avec elle. Ça n’avait pas bien marché, et ils avaient décidé de rester amis. J’avais l’impression qu’elle prenait toute la place dans sa vie, et que lui, il ne faisait pas suffisamment attention à m’en laisser (ils se voyaient entre deux et trois fois par semaine, chaque semaine, et parfois le weekend. De mon point de vue, c’était elle qui proposait, et lui acceptait sans penser à moi).

J’étais tout de même éblouie par lui (je crois que ça, tu l’as bien compris), donc je n’osais pas protester trop fort. Mais bon, il y avait quelque chose qui clochait. Je ne le voyais pas réellement quand j’étais dans la situation, mais ça clochait. Et un jour, il a fini par me dire qu’il voulait arrêter la relation. Tout s’est écroulé.

J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps sur les épaules de mes amis. Les pauvres, ils avaient du mal à réaliser l’ampleur de mon chagrin et la force avec laquelle j’y avais cru.

Dans l’enthousiasme du début de notre relation, ce jeune homme et moi avions réservé des billets pour partir en escapade. Il m’a proposé de me rembourser les billets de train, mais pour le garder encore un peu avec moi, j’ai souhaité que nous fassions ce voyage. Il a accepté. Autant notre escapade était superbe, l’endroit très beau, la météo idéale, autant une tristesse infinie régnait au fond de moi. J’avais le plus grand mal à ravaler mes larmes.

Nous avons parlé de rester amis. En général, je ne suis pas spécialement favorable à cette idée, car ça me perturbe émotionnellement, mais j’ai voulu essayer. Dès le premier rendez-vous en tant qu’amis, j’ai compris que sa « meilleure amie » était déterminée à occuper tout le terrain et à ne me laisser aucune place. J’ai capitulé : j’ai préféré lui dire que nous ne serions pas amis. Revivre la même chose, ne pas avoir de place, même pas en tant qu’amie ? Non merci.

Quelques mois ont passé, j’ai cessé de pleurer tout le temps. J’ai continué à vivre, mais c’était difficile. J’ai repris le chemin des rencontres amoureuses. Une demi-année plus tard, en novembre, j’ai rencontré quelqu’un qui m’a beaucoup intéressée. Je me voilais bien volontiers la face : j’étais contente de trouver chez lui des qualités et des traits similaires à ceux de mon amoureux du printemps. Je cherchais la même personne, et j’avais envie de croire que c’était une bonne idée de faire davantage connaissance. Quand il s’est avéré qu’il n’était ni fiable ni sincère, mon monde s’est écroulé une seconde fois.

Mon meilleur ami est arrivé chez moi un soir pour dîner, m’a regardée dans les yeux et m’a dit qu’il voyait bien que quelque chose n’allait pas. Je me suis remise à pleurer, en gémissant que je ne trouverais jamais personne d’aussi bien que mon amoureux du printemps. Je suis entrée dans la phase de l’espoir perdu. Je ne pouvais plus croire à mon avenir sentimental, en rien du tout, j’étais foutue. Il m’a écoutée et a tenté de me réconforter.

À cette même période, j’ai eu de manière très rapprochée plusieurs déceptions : une fête qui s’est terminée en queue de poisson, une situation embarrassante, de gros problèmes de mésentente familiale, le début de l’hiver qui me pesait beaucoup, et puis diverses bricoles qui ont fini de m’accabler complètement. J’ai pensé que je ne pourrais jamais me remettre de tout ça.

J’en étais arrivée au point de penser que la vie ne valait plus la peine d’être vécue et qu’il fallait y mettre un terme. J’étais en train de réfléchir à la meilleure méthode :

  • la corde (« Je ne sais pas, il faut faire toute une installation, c’est compliqué, je vais me rater… »),
  • les médicaments (« Je ne sais pas comment on se les procure et lesquels il faut. »),
  • la noyade (« Bof, pas envie non plus. »),
  • l’arme à feu (« Je n’y ai pas accès dans ma vie… »),
  • les veines (« Je ne sais pas, j’ai peur de me faire mal, quand même… » – tu le vois, l’énorme paradoxe ?)…

Et en parallèle, j’avais un gros dilemme intérieur :

  • Devais-je écrire des lettres pour les personnes qui resteraient, en leur expliquant comment leur comportement m’avait pourri la vie et à quel point ils étaient responsables de mon choix d’en finir ?
  • Ou devais-je plutôt écrire un truc un peu lambda, non détaillé, du genre : « J’ai voulu tout arrêter. » ?

La première solution me semblait intéressante, car j’avais effectivement de sérieuses choses à reprocher à certaines personnes. Ceci dit, je craignais que la culpabilité et les remords les rongent pour le reste de leur vie sur cette planète. Sans compter que je ne souhaitais en aucun cas finir dans les flammes de l’enfer pour avoir été la mauvaise personne qui avait dénoncé nommément les gens qui lui avaient rendu la vie impossible.

Donc, ce dilemme-là battait son plein dans ma tête quand je me suis présentée chez ma psy pour ma séance hebdomadaire. Je me suis mise à pleurer, et je lui ai fait part de mon impression que ça ne servait plus à rien de continuer.

La tête de ma psy a changé. Elle a commencé par me demander si je me sentirais prête à prendre des anti-dépresseurs. Je lui ai répondu que j’étais d’accord si elle pensait qu’il le fallait. En même temps, lorsque j’avais joué franc-jeu avec elle en lui disant mes intentions, je savais bien au fond de moi que je pouvais m’attendre à repartir avec une ordonnance.

Être sous anti-depresseurs

Crédits photo (creative commons) : e-Magine Art

Je me suis alors rendue à la pharmacie du coin de sa rue. J’avais les yeux encore pleins de larmes, et mon ordonnance dans le sac. On m’a fourni ce que ma psy m’avait prescrit : un anti-dépresseur léger (enfin « léger », je ne sais pas, mais elle m’avait prescrit le plus faible dosage), ainsi qu’un anxiolytique.

Et apparemment, mon organisme est particulièrement réceptif : mes idées noires sont parties dès le premier jour de ce traitement. Fini, plus rien. Les anxiolytiques étaient incompatibles avec la conduite automobile (ce qui ne me gênait pas, puisque je n’avais pas de voiture), et j’ai très vite compris pourquoi : j’ai dormi comme jamais. Je D.O.R.M.A.I.S. Le matin, j’avais du mal à entendre le réveil (j’ai failli le rater plusieurs fois). Le soir, je me couchais très tôt, en m’écroulant, pour faire des nuits très longues et d’un sommeil profond.

Très rapidement, ma psy et moi avons convenu de diviser la dose par deux, pour que j’arrête de dormir autant, car c’était limite gérable. Heureusement que ma vie était un peu vide, à l’époque… Peu de temps après, nous avons arrêté les anxiolytiques, pour ne continuer qu’avec les anti-dépresseurs. Au bout de quelques mois, elle m’a proposé de passer à un comprimé un jour sur deux, pour arrêter de la façon la plus progressive possible et éviter une rechute brutale.

Le printemps est arrivé, j’ai essayé de commencer à m’auto-suffire. Ma psy a voulu m’apprendre à apprécier le temps que je passais seule, à le valoriser. Moi qui avais toujours considéré la solitude comme du temps un peu gaspillé et inutile, j’ai fait des escapades toute seule, jusqu’à l’étranger. La psy me renouvelait régulièrement mon traitement.

Quand elle a parlé d’arrêter, je me suis crispée : l’hiver arrivait et je ne voulais pas me retrouver démunie, exposée à tous les vents, sans ma béquille pharmaceutique. J’ai contre-proposé de passer à un comprimé tous les trois jours. Il me semble que ce n’est pas une posologie habituelle, même en période de sevrage, mais elle a accepté. Pour m’y retrouver, je notais au feutre indélébile sur la plaquette quel jour je devais prendre chaque comprimé. Je n’ai jamais loupé un seul cachet.

Lors des différents renouvellements, le médicament que je prenais a eu des problèmes d’approvisionnement. Il m’est arrivé que la pharmacie au coin de la rue du cabinet ne puisse pas me fournir et qu’on m’envoie chez un confrère un peu plus loin. Je me souviens avoir attendu mon tour au guichet de la seconde pharmacie, tendue, espérant qu’ils aient « ma drogue » et puissent me la fournir. Dans ma tête, je me répétais : « Je veux ma came ! »

J’avais aussi tendance à changer régulièrement de pharmacie pour renouveler mon anti-dépresseur. J’avais un peu d’embarras à ce sujet, je me sentais un peu gênée… Alors, pour ne pas que ça apparaisse de manière trop visible dans mon dossier, je changeais d’officine.

Et puis un jour, dans ma pharmacie de quartier cette fois, j’ai dit à la pharmacienne qui me servait que j’allais bientôt arrêter, que j’étais en train de diminuer la dose, d’un ton d’excuse. Elle a relevé la tête et m’a regardée, en m’assurant qu’il ne fallait pas être gênée à ce sujet. Elle m’a expliqué calmement que ça pouvait arriver d’en avoir besoin et qu’il n’y avait rien de honteux à ça. Ça m’a fait du bien de l’entendre, ça m’a réconfortée. Je n’étais pas totalement consciente d’être si mal à l’aise à ce sujet, et je lui ai finalement été très reconnaissante de sa réaction.

L’hiver est revenu, et un homme merveilleux est entré dans ma vie. Quelle ironie, juste au moment où le temps que je passais toute seule devenait intéressant ! Ma psy s’est réjouie des retournements de situation qui avaient débouché sur cette rencontre, des comportements qu’elle avait réussi à me faire changer et des farces du hasard.

Au bout de quelques mois, elle a à nouveau évoqué la possibilité d’arrêter le traitement. Je me suis crispée encore une fois, car une relation qui commence est toujours un peu fragile (cf. le début de l’article). Même si ça se passait bien, on ne sait jamais.

Le printemps est arrivé, et cette fois, j’ai accepté d’arrêter le traitement pour de bon. Je finissais justement ma plaquette. J’allais lui demander un renouvellement quand nous nous sommes mises d’accord sur l’arrêt définitif.

Et puis, à la fin de la séance, quand je suis sortie de son cabinet, elle a refermé la porte derrière moi, comme d’habitude. Avant de repartir, j’ai pensé  : « L’ordonnance ! » J’allais sonner de nouveau, mais je me suis ravisée et j’ai souri. Je n’avais plus besoin qu’elle me prescrive un renouvellement, nous venions de nous mettre d’accord. Ça m’a fait un peu bizarre, mais je suis rentrée chez moi, et tout s’est bien passé.

Et toi ? Tu as déjà connu des périodes très compliquées dans ta vie ? Tu as déjà dû avoir recours aux médicaments pour aller mieux ? Comment s’est passé le sevrage ? Viens en parler…

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Commentaires

4   Commentaires Laisser un commentaire ?

Madame Fleur (voir son site)

Je me reconnais tellement dans ton article que je ne sais pas par où commencer !
Je comprends tout à fait ton désarroi, pendant 6 années j’ai vécu une non -relation avec un gars que j’avais placé au dessus de tout. Comme toi j’ai beaucoup pleuré et je regrette vraiment de ne pas avoir vu quelqu’un a ce moment là. Cela m’aurait sans doute beaucoup aidé à surmonter cette détresse que je ressentais chaque jour.
J’ai pris des anxiolytiques pour d’autres problèmes et en effet ça peut aider quand vraiment tout le reste ne fonctionne plus. Merci pour ton témoignage.

le 05/04/2016 à 09h23 | Répondre

MlleMora

Ta psy a l’air vraiment très bien, elle t’a bien accompagnée tout du long du traitement. Et c’est super que tu aies accepté de te faire aider tant que tu en ressentais le besoin. J’espère qu’aujourd’hui cet épisode est loin derrière toi…

le 05/04/2016 à 13h48 | Répondre

La Liseuse

Merci pour vos réponses. L’épisode est bien derrière moi, mais qui sait si j’aurai besoin d’aide plus tard dans ma vie? ça peut arriver…

le 06/04/2016 à 06h37 | Répondre

Mathilde

Ton article me redonne de l’espoir quant aux antidépresseurs car je suis en phase de « test » et beaucoup ne m’ont pas convenu du tout, ont même aggravé mon état. Concernant les anxiolytiques je suis stabilisée, j’ai trouvé le bon à une dose raisonnable, c’est déjà un début. Je voulais savoir si tu avais déjà eu des symptômes pires qu’au départ avec certains antidépresseurs, si oui, lesquels ? Et comment as-tu « trouvé le bon » ? Merci à toi, et article sympa, comme toujours 🙂

le 26/04/2016 à 00h02 | Répondre

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